Fernand Kerforne, né le à Quimperlé (Finistère) et mort le à Rennes, est un géologue français. D'abord étudiant en mathématiques, il se tourne vers la géologie à partir de 1887 et obtient un doctorat de l'université de Paris en 1901, devenant professeur à l'université de Rennes où il travaillait déjà dans des fonctions subalternes depuis 1892.

Biographie Origines familiales et formation secondaire

Il effectue ses études secondaires au collège de Pont-Croix près d'Audierne.

Études supérieures de mathématiques (1882-1887) De 1882 à 1884, il est élève au lycée Louis-le-Grand de Paris, en classe de Mathématiques spéciales, en vue d'entrer à l'École polytechnique. Surmené et affaibli, il tombe malade lors de sa deuxième année de préparation et il ne peut, pour cette raison, se présenter au concours. Il quitte Paris où sa santé ne peut se rétablir.

Bachelier ès lettres et ès sciences, il devient en répétiteur au lycée de Laval, tout en continuant à étudier les mathématiques, préparant l'examen des bourses de Licence. D' à , il suit les cours de Mathématiques à la Faculté des sciences de Paris, puis retourne à la rentrée, en , au lycée de Laval où il poursuit les mêmes études.

Réorientation vers la géologie (1887-1892) La carrière scientifique de Fernand Kerforne prend bientôt une autre direction.

À Pâques 1887, à l'occasion d'une visite à l'abbaye de Solesmes (pour voir Dom Pothier et écouter les chanteurs de l'abbaye), il trouve dans une carrière de calcaire carbonifère, non loin de Solesmes, quelques fossiles qu'il rapporte à Laval. À la bibliothèque de Laval où il se rend pour rechercher des ouvrages de détermination et étudier ses échantillons, il fait la connaissance du bibliothécaire, Daniel Œhlert qui s'intéresse à ses trouvailles, l'interroge sur ses études et ses goûts.

Sous la direction de ce dernier, le jeune amateur est initié à la Géologie. Il ne tarde pas à parcourir les environs de Laval, le marteau à la main, à la recherche des gisements indiqués par Œhlert. Guidé et encouragé par Œhlert, qu'il accompagne bientôt, il abandonne les mathématiques pour se consacrer uniquement à l'étude des sciences naturelles, et tout spécialement de la géologie. Il travaille avec Œhlert qu'il suit dans ses excursions pour le Service de la carte géologique de France, et apprend auprès de lui l'art de relever avec précision les contours des formations en Mayenne.

Ne pouvant préparer à Laval la Licence ès-Sciences naturelles, il obtient d'être nommé maître auxiliaire au lycée Saint-Louis de Paris. D' à 1890, il suit les cours de Faculté des sciences de Paris et travaille au Laboratoire de géologie. Il commence ses études géologiques à l'époque où les recherches d'Edmond Hébert font entrer cette science dans une phase nouvelle.

Sous la direction d'Hébert, la géologie régionale et la dissection stratigraphique étaient à l'honneurPlusieurs jeunes chercheurs faisaient leurs premières armes en abordant les monographies régionales, en s'astreignant à l'observation rigoureuse des faits.. Tout en poursuivant ses études de prédilectionFaisant des Principes de Charles Lyell son livre de chevet., Kerforne, nommé Répétiteur, passe en quelques mois dans divers établissements : au Lycée de Coulommiers (janvier à ), au Lycée de Bourges (mars à ), où il fait la connaissance de M. de Grossouvre.

En , il est nommé répétiteur au lycée de Caen, où il reste jusqu'en . Il fréquente le laboratoire d'Alexandre Bigot et étudie la géologie des environs de Caen; son premier travail original est une Note sur l'Ordovicien de May-sur-OrneLa note est publiée à Rennes, mais ses matériaux ont été recueillis pendant son séjour à Caen..

Préparateur à la Faculté des sciences de Rennes (1893-1902) et doctorat En , il est nommé préparateur-délégué à la Faculté des sciences de Rennes, passe sa licence ès-Sciences naturelles en , et est titularisé dans les fonctions de préparateur en . Désormais, il ne quittera plus la Faculté des Sciences de Rennes.

Il travaille sans relâche, au laboratoire et sur le terrain. Malgré une mésentente avec Jean SeunesIl ne trouve pas toujours l'aide nécessaire et les encouragements du titulaire de la chaire, Jean Seunes, qui, attaché à l'étude des Ammonites et des Echinides, semblait dédaigner quelque peu les terrains qui ne renferment pas ces précieux fossiles., il s'acharne au travail et accumule les observations nouvelles. Il trouve du reste, pendant de longues années, en Daniel Œhlert, un ami et un conseiller.

Encouragé par Edmond Hébert et Ernest Munier-Chalmas, il soutient sa thèse sur La région silurique occidentale du Finistère à l'université de Paris, le . Il s'agit d'une étude liée à la presqu'île de Crozon. Poursuivant ses recherches, il parcourt une grande partie de la Bretagne, du Maine et de la Normandie, et se voue particulièrement à l'étude des terrains paléozoïques du Massif Armoricain.

Professeur à l'université de Rennes (à partir de 1902) À partir de 1902, il devient chargé de conférences de Géologie et de Minéralogie. Pendant la Première Guerre mondiale, il assume la direction du laboratoire de Géologie, remplaçant Jean Seunes, en congé de maladie. Il est désigné comme son successeur dans la chaire de Géologie de l'université de Rennes en .

Il est le fondateur en 1920 de la Société géologique et minéralogique de Bretagne. En , il est nommé Conservateur du Musée des sciences naturelles de Rennes. À ce nouveau poste, il s'adonne avec intérêt à l'œuvre de reclassement et de réorganisation de ces précieuses collections.

Il meurt brutalement en 1927.

Travaux scientifiques Études géologiques du Massif armoricain L'œuvre scientifique de Fernand Kerforne est considérable. Il s'est attaché surtout à l'étude de l'Ordovicien et du Gothlandien, précisant et caractérisant les divers niveaux que présentent les coupes de la presqu'île de Crozon, devenues classiques. Au Sud de Rennes, il indique la place exacte des schistes intermédiaires, et l'âge des schistes et arkoses de Bains. Il associe la paléontologie à ses études stratigraphiques, recueille et étudie lui-même de nombreux fossiles. Il revise la faune coblencienne de Bois-Roux, s'attache à l'étude des graptolites et de certains trilobites du Massif Armoricain. Les travaux de Fernand Kerforne ont exercé une influence décisive sur le développement des études géologiques dans le Massif Armoricain.

Ayant concentré ses recherches sur les terrains anciens, et mettant en relief certaines complications de structure dans les terrains plissés du Sud de Rennes, il a tenté une synthèse tectonique d'une partie de la Bretagne.

Collections géologiques du Massif armoricain Kerforne, professeur à partir de 1919, complète les collections géologiques de l'Université de Rennes avec des échantillons régionaux, et contribue à mettre en valeur les fonds. Il permet aussi la constitution d'une bibliothèque géologique, notamment via la création d'une Société géologique et minéralogique de Bretagne qui acquiert entre .

thumb|Vitrines des collections de géologie.

Le Laboratoire de Géologie de Rennes devint, grâce à lui, le centre d'un mouvement scientifique régional, par ses travaux, ses voyages, son enseignement, ses excursions, ses nombreuses relations avec les géologues armoricains, il était devenu chef d'école.

Applications de la géologie à l'industrie Les applications de la géologie à l'Industrie et spécialement à l'art des Mines ont vivement intéressé KerforneMineurs et ingénieurs ont, à maintes reprises, sollicité ses conseils et son concours.. Il est l'un des artisans les plus actifs des prospections minières en Bretagne, et a pu fréquemment utiliser dans la pratique ses connaissances géologiques très étendues. Ce rôle d'ingénieur-conseil fut particulièrement important en ce qui concerne l'étude des minerais de fer de l'OuestIl aimait, après avoir cartographié avec précision les périmètres étudiés, suivre les travaux de recherches qui devaient contrôler ses observations. Il étudia ainsi une grande partie du bassin ferrifère de Châteaubriant, les régions de Collinée, Lorges, Gouarec, et quelques concessions normandes. de la France.

Les gisements métalliques variés ont aussi attiré l'attention de Fernand Kerforne, qui a découvert de nombreux gîtes nouveauxEntre autres : du minerai de plomb à Paramé, à Saint-Aubin-d'Aubigné, à Saint-Aubin-du-Cormier; du Wolfram et de la Cassiterite à Parcé; du Mispickel à Loguivy-Plougras; de l'Or à La Chapelle-Saint-Melaine; de l'Antimoine à Ergué-Gabéric..

Il est appelé à s'occuper de l'étude hydro-géologique de nombreux projets d'adduction d'eau potable en Ille-et-Vilaine, dans la Sarthe et la Mayenne. Au début du , il étudie les conditions géologiques de l'établissement de nombreux barrages hydro-électriques en Bretagne et s'intéresse aux problèmes nouveaux posés par ces étudesIl reconnut que ces ouvrages n'offriraient de véritable sécurité que s'ils étaient ancrés sur un substratum rocheux sain, et dont les cassures et les déformations possibles ont été parfaitement examinées. Sa collaboration en ces questions était très appréciée des techniciens qui le consultaient fréquemment..

Hommages Une rue de Rennes porte son nom.

Publications 1893 Note sur l'Ordovicien de May-sur-Orne (Calvados). (Bulletin de la Société scientifique et médicale de l'Ouest, II, 1893, ). 1895 Remarques sur les argiles fossilifères d'Apigné (Ille-et-Vilaine). (Ibid., IV, 1895, ). 1896 Faune des schistes et calcaires coblentziens de l'Ille-et-Vilaine. (Ibid., V, 1896, ). 1897 Un cas de tératologie dans une Scutella Faujassii Defrance. (Ibid., VI, 1897, .) Le niveau à Trinucleus Bureaui dans le Massif armoricain et en particulier dans la presqu'île de Crozon. (Ibid., et 257.) 1898 Le niveau à Phacops Potieri dans l'Ille-et-Vilaine. (C. R. Association. fr. av. sc., Session, Nantes, 1898, .) . Note préliminaire sur le Silurien de la presqu'île de Crozon. (Bulletin de la Société scientifique et médicale de l'Ouest, VII, 1898, .) 1899 Sur l'Ordovicien de la presqu'île de Crozon (Finistère). (C. R. Ac. Sc., CXXVIII, 1899, 1, , .) Classification des assises ordoviciennes du Massif armoricain. (C. R. Ass. fr. av. se., Session, Boulogne-sur-Mer, 1899, .) Sur les principaux niveaux du Dévonien de l'Ille-et-Vilaine. (Bull. Soc. sc. et méd. Ouest, VIII, 1899, .) Esquisse tectonique de la région silurienne de la presqu'île de Crozon (Finistère). (Ibid., .) Note sur l'Ordovicien du Sud de Rennes. (Ibid., .) 1900 Sur le Gothlandien de la presqu'île de Crozon. (C. R. Ac. Sc., CXXX, 1900, 1, , .) Classification des assises gothlandiennes du Massif armoricain. (C. R. Ass. fr. av. sc., session, Paris, 1900, .) Description de trois nouveaux Trilobites de l'Ordovicien de Bretagne. (Bull. Soc. géol. Fr., série, XXVIII, 1900, .) Sur la découverte du Dévonien moyen dans l'Ille-et-Vilaine. (Ibid., .) L'Ordovicien du Sud de Rennes (Deuxième note). (Bull. Soc. sc. et méd. Ouest, IX, 1900, .) 1901 1901. Étude de la région silurique occidentale de la presqu'île de Crozon (Finistère). [Thèse pour le Doctorat ès sciences, Paris]. Rennes, F. Simon, 1901, in-8°, VI + 234 pp., 30 fig., 1 pl. carte en couleurs à 1 : 80 (Paru également dans le Bull. Soc. sc. et méd. Ouest, X, 1901, , 30 fig., 1 pl. carte.) Discordance du Cambrien sur le Précambrien, près de Rennes. (Bull. Soc. géol. Fr., série, I, 1901, .) (En collaboration avec Jean Seunes). Observations sur un gisement tertiaire des bords de la Vilaine aux environs de Rennes. (Ibid., .) 1902 Note sur le Gothlandien inférieur du Massif armoricain. (C. R. Ac. Sc., CXXXV, 1902, 2, , .) Note préliminaire sur les Graptolites du Massif armoricain. (Bull. Soc. géol. Fr., série, II, 1902, .) Note sur quelques échantillons des Graptolites de Bretagne intéressants au point de vue de l'organisation et du développement. (Bull. Soc. sc. et méd. Ouest, XI, 1902, .) 1903