Le cheval est, au Kirghizistan comme dans tous les pays de culture nomade turco-mongole, un élément important de l'économie et de l'identité locales. Originellement symbole de statut social, la possession de nombreux chevaux permet aux nomades kirghizes de réaliser des opérations militaires, de chasser, et de se déplacer dans leur pays montagneux. La propriété de grands troupeaux est interdite à l'époque soviétique, ce qui entraîne de nombreuses difficultés pour les Kirghizes. Les Russes tentent de remplacer la race traditionnelle par un cheval croisé, le Novokirghize, mais le cheval local perdure jusqu'à nos jours. Après une période de crise dans les années 1990, l'élevage équin et la consommation de lait de jument connaissent un renouveau, de même que les jeux et les fêtes équestres traditionnels.
Le Kirghizistan se distingue par l'élevage de six races de chevaux, dont la race patrimoniale symbole du pays, le cheval kirghiz. Le cheval est célébré dans la littérature et les traditions orales qui en font un double de l'être humain. Il est couramment sacrifié lors de fêtes rituelles, qui ont connu un renouveau depuis la fin du communisme.
Histoire
vignette|alt=photographie ancienne, d'un couple chacun sur son cheval avec un enfant, devant un commerce|Famille kirghize achetant des denrées à Osh en 1902. Le Kirghizistan est traversé depuis très longtemps par des cavaliers, car ce pays est situé sur la route de la soie.. Avant la période soviétique, le nombre de chevaux possédés déterminait le statut social d'un Kirghiz.. L'animal sert à la fois pour les déplacements de ce peuple nomade, et pour les travaux agricoles à l'aide d'un travois. L'arrivée de la traction hippomobile à roues est en effet très tardive au Kirghizistan, ne datant que de la seconde moitié du .. Jusqu'à la fin de ce siècle, toutes les actions militaires des Kirghizes se font à cheval. L'économie entière du pays est tournée vers l'élevage d'animaux : les chevaux et les moutons servent de monnaie d'échange dans tous les domaines. Les enfants apprennent à monter à cheval dès leur plus jeune âge. Les compétences de cavalier sont donc particulièrement respectées..
Période communiste Collectivisation et sédentarisation Comme d'autres pays intégrés à l'URSS, le Kirghizistan voit reculer ses traditions équestres avec la création des kolkhozes et des sovkhozes, à cause, entre autres, de l'importation de véhicules à moteur. Les Kirghizes résistent assez longtemps à la sédentarisation, la plupart d'entre eux préférant rester nomades. Il en résulte des affrontements parfois violents entre les éleveurs nomades et les partisans du communisme, certains préférant abattre tout leur cheptel avant de fuir le pays, plutôt que de le donner à la collectivité. La saisie de ces cheptels, comportant d'autres animaux domestiques en plus des chevaux, est à l'origine des premières fermes d'État collectivisées au Kirghizistan. Il s'ensuit une sédentarisation croissante des Kirghizes à partir de 1931, particulièrement parmi les couches les plus pauvres de la population. Les fermes collectives mettent des chevaux à disposition pour la garde et la surveillance des troupeaux.. Alors que les éleveurs nomades pouvaient posséder des troupeaux comptant jusqu'à 80 chevaux, le nombre de bêtes qu'ils sont autorisés à détenir pour leur propre usage est strictement limité. Dans la région du district de Tong (province de Yssykköl) dans les années 1970, ils n'ont droit qu'à une jument et un poulain, les animaux supplémentaires étant confisqués pour la collectivité. Il est cependant très fréquent que les éleveurs dissimulent des chevaux aux autorités..
Création du Novokirghiz
Lorsque les Russes conquièrent l'Asie centrale, ils déplorent la taille trop petite des chevaux kazakhs et kirghizes., et ne prennent pas en compte la possibilité que ces animaux petits et laids puissent être les mieux adaptés à leur milieu.. Un haras est créé à Prževalsk (Karakol) en 1907, puis devient un établissement public en 1912. Les chevaux kirghizes y sont croisés avec des chevaux de trait et des trotteurs.. Le régime socialiste crée deux autres haras à Yssyk Koul et Naryn, respectivement en 1926 et 1927.. De nombreux chevaux sont importés : 17 % du cheptel équin des kolkhozes et des sovkhozes kirghizes est d'origine étrangère ou métissé en 1949, cité par .. La création d'une nouvelle race, nommée Novokirghize (en russe, « nouveau kirghize ») est officialisée en 1954, avec la création du stud-book, cité par .. Les croisement se font surtout avec des Pur-sangs et des chevaux du Don. Le succès est important, car en 1979, 53 % du cheptel équin de la Kirghizie est de race Novokirghize, le cheval kirghize ayant disparu des statistiques officielles. Cité par ..
Anecdote Début 2016, un citoyen britannique travaillant pour une mine d'or est arrêté pour avoir qualifié une saucisse traditionnelle kirghize de « pénis de cheval »..
Reconstruction de l'élevage équin Après la dislocation de l'URSS, certains éleveurs kirghizes parviennent à reconstituer de grands troupeaux de chevaux, de l'ordre d'une quarantaine de têtes. Le début des années 1990 s'accompagne paradoxalement d'une baisse assez importante du nombre de chevaux, en raison des grandes fêtes populaires célébrant la fin du communisme, pour lesquelles de nombreux chevaux sont abattus et consommés. La crise de l'élevage qui accompagne le démantèlement progressif des institutions soviétiques entraîne une dévaluation du métier d'éleveur, bien que le cheval garde un statut prestigieux. La traction hippomobile est très employée dans les années 1990, car la crise provoque des difficultés d'approvisionnement en carburant. La situation ne commence à s'arranger que dans les années 2000..
De 2003 à 2010, le gouvernement kirghize adopte des mesures pour favoriser l'élevage équin. Approuvé par un arrêté du gouvernement le , ce programme a pour dessein l'augmentation du cheptel en qualité et en quantité, afin d'obtenir suffisamment de chevaux pour les différents débouchés (viande, lait, travail et sport)... Le développement de l'écotourisme à cheval depuis les années 2000 est également notable.
Revalorisation du cheval kirghize Parallèlement, certains particuliers tentent de reconstituer des troupeaux de la race des chevaux kirghizes pré-soviétiques, en rassemblant des animaux issus de régions reculées.. Lorsqu'il visite les principaux haras du pays en 1992, Jean-Louis Gouraud constate la quasi-disparition du cheval kirghize et en fait part à un ministre. Il écrit une longue lettre, qui est conservée par le gouvernement du pays, demandant la protection et la sauvegarde de ce .. Le ministre de l'agriculture de l'époque, Karipbek Arcanov, lui promet la .. D'après Gouraud, il faut toutefois attendre l'investissement d'une autre Française, Jacqueline Ripart, dans les années 2000, pour assister à de véritables initiatives en faveur de la revalorisation de cette race patrimoniale. Elle monte le projet Kyrgyz Aty , dont le but est la sauvegarde et le développement du cheval kirghiz, ainsi que la promotion de cette race auprès des habitants ruraux pour leur faire prendre conscience de l'utilité de l'animal dans leur biotope montagneux. Avec l'appui de ses contacts dans le pays, plusieurs festivals autour du cheval ont été créés depuis 2005, notamment sur la rive sud de l'Yssyk Koul. Ces festivals comprennent des courses, des jeux équestres et des concerts.. Carole Ferret observe aussi une « re-nationalisation » de la race Novokirghize, certains spécialistes du pays estimant que qu'ils dominent chez les chevaux métis, ce qui est bien évidemment contraire aux lois de la zootechnieD. Tatarkova, cité par ..
Élevage En 1948, la densité de chevaux au Kirghizistan était de 41 pour 100 habitants, soit presque un cheval pour deux personnes.. Le recensement de 2005 montre cependant que l'élevage équin est environ deux fois moins important que l'élevage bovin..
vignette|centre|upright=4|alt=Troupeau de chevaux sur une vaste étendue plate désertique, avec des montagnes en arrière-plan|Biotope traditionnel du cheval au Kirghizistan.
Le cheval est élevé pour le transport, la viande, le lait, la peau et les crins. Il sert aussi beaucoup pour la chasse et la surveillance des troupeaux, qu'ils soient bovins, ovins ou équins. Le nombre de chevaux s'est accru progressivement depuis les années 2000 :
Année199620022006 Nombre de chevaux recensés en république du Kirghizistan
À la fin des années 2000, le prix d'un cheval adulte est relativement élevé, entre et . La qualité de l'élevage kirghize est réputée, puisque des acheteurs font le déplacement depuis le pays voisin du Kazakhstan.
Races
La FAO relève la présence de six races différentes élevées actuellement ou par le passé dans ce pays : le cheval du Don, le Kirghiz, le Novokirghize, l'Oryol, le Trotteur russe et le Pur-sang.. Le haras d'Ajkol, dans l'arrondissement Tonskij de la région de lYssyk Koul, cherche à développer des chevaux kirghizes « améliorés » par croisement avec des Pur-sangs pour la participation aux courses de chevaux, et dans l'objectif d'un développement du sport hippique et des jeux équestres..
Mode d'élevage et d'utilisation vignette|alt=Photographie d'un troupeau de chevaux|Groupe de chevaux kirghizes élevé pour la viande. L'élevage est essentiellement extensif. Les soins aux chevaux se sont globalement améliorés, mais restent très variables d'un élevage à un autre, en fonction notamment de la destination de l'animal. Un cheval ambleur ou un cheval de course est généralement bien traité du fait de sa valeur financière. Un cheval de travail n'a au contraire que peu de valeur.. D'après Amantur Žaparov, ces animaux sont bien soignés dans l'ensemble. Celui qui frappe son cheval sur la tête ou qui le fait travailler jusqu'à épuisement est mal vu. Les remèdes traditionnels restent utilisés, mais les Kirghizes ont adopté les vaccinations et la médecine vétérinaire, qu'ils ont découvertes à l'époque communiste..
Pendant la saison chaude, les animaux de travail sont entravés ou attachés à un piquet à l'extérieur lorsqu'ils ne sont pas utilisés, et ce afin d'éviter qu'ils ne partent trop loin. Lorsqu'un cheval a été soumis a un effort, il est toujours mis à l'attache, et généralement recouvert d'un tapis pour éviter qu'il ne prenne froid. Le cheval est gardé à l'attache quelques heures le temps de se reposer, puis relâché.
Pendant leur pacage libre, les juments (généralement de 10 à 15) sont gardées en troupeau avec un unique étalon, et mises à l'attache cinq à six fois par jour pour la traite. La nuit, tout le troupeau est remis en liberté. Il faut aller le chercher à cheval et le regrouper au matin, pour la première traite, qui est généralement effectuée par les femmes et les enfants.. Les troupeaux qui n'ont pas de traites sont généralement beaucoup plus importants et gardés en estive en totale liberté pendant l'été, les éleveurs vérifiant les éventuelles attaques de loups et les vols un jour sur deux. Le vol de chevaux est un important problème culturel au Kirghizistan. Les troupeaux pouvant se déplacer assez loin, les éleveurs s’entraident pour repérer les bêtes qui appartiennent aux gens du village. Pendant la saison froide, en fonction de l'intensité des intempéries, les chevaux sont gardés en pacage libre ou rentrés et nourris au foin, ou aux céréales pour ceux qui travaillent le plus.
Pratiques
vignette|gauche|alt=Phographie ancienne d'un groupe de cavaliers|Partie de Kok-Boru (attrape-chèvre), entre 1865 et 1872.