L'église Saint-Félix est une église catholique paroissiale située à Saint-Félix, dans l'Oise, en France. Elle réunit une vaste nef unique du début du à un chœur gothique du , qui se compose de trois vaisseaux parallèles, et se termine par un chevet plat. Le portail occidental, de la première période gothique, constitue l'amorce d'une nouvelle façade, qui est finalement restée inachevée. L'intérieur de la nef surprend par une charpente portée en partie par des poteaux de bois, dont certains se superposent aux petites baies romanes, et évoque une grange plutôt qu'un édifice religieux. Les trois vaisseaux du chœur, relativement cloisonnés et d'une facture rustique, sont séparés par des grandes arcades flamboyantes, issues d'une reprise en sous-œuvre au cours de la première moitié du . De l'architecture d'origine, ne restent plus que les réseaux des fenêtres, en partie incomplets, et des vestiges des supports. Les voûtes d'ogives actuelles sont purement fonctionnelles, et ne reflètent aucun style particulier. L'église Saint-Félix fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le . Elle est aujourd'hui affiliée à paroisse la Sainte-Claire de Mouy, et les messes dominicales n'y sont plus célébrées que deux ou trois fois par an, le samedi à 18 h 30.
Localisation thumb|left|Mairie et église, vue depuis l'ouest.
L'église Saint-Félix est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans les plaines marécageuses de la vallée du Thérain, sur la commune de Saint-Félix, rue Principale (RD 12), à côté de la mairie. Elle est entourée de l'ancien cimetière, bien visible depuis la rue, et dégagée d'autres constructions, sauf au nord de la nef, ou un appentis s'insère entre la mairie et l'église. Devant le chevet, l'ancien cimetière n'est qu'une bande étroite, et ne permet pas de le contempler en prenant du recul : ce n'est que depuis la route, et à travers les pâturages situés à l'est de l'église, que l'on gagne un aperçu du chevet. Au nord du chœur, les arbres et une abondante végétation cachent la vue sur l'église.
Historique
Selon l'abbé Lebeuf, le patron de la paroisse est probablement un saint Félix martyrisé à Vernot, dans le diocèse de Sens, avec un saint Félicissime, le . L'avancement de la fête patronale vers le aurait ultérieurement apporté la confusion avec saint Félix de Gérone, traditionnellement considéré comme patron local.. — L'histoire de la paroisse et de son église reste méconnue, et l'on ignore sa date de fondation. L'on peut seulement se tenir aux conclusions à tirer des constats archéologiques. Les fenêtres à double ébrasement de la nef romane ne permettent pas de la faire remonter au-delà du début du . Le chœur qui existe à cette époque est remplacé par la construction actuelle à trois vaisseaux et au chevet plat au second quart du , comme le donne à penser la coexistence de vestiges de supports proches du premier style gothique dans le collatéral nord, avec les réseaux de type gothique rayonnant dans la plupart des fenêtres. Le portail actuel est plaqué devant la façade un peu plus tôt, à la fin du ou au début du , mais a été modifié et défiguré depuis. L'hypothèse soutenue par Janny Noblécourt, que le portail serait rapporté, ne se justifie pas par son absence d'homogénéité avec le reste, ni par le gâble tronqué, et l'on conçoit mal pour quel motif le conseil de fabrique aurait voulu récupérer un portail aussi mal conservé. Au début du , les grandes arcades du chœur sont reprises en sous-œuvre, et les voûtes du vaisseau central du chœur sont refaites.. thumb|Vue depuis le sud.
Sous l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné et de l'archidiaconé de Clermont, et du diocèse de Beauvais. Le collateur de la cure est l'abbé de Saint-Lucien de Beauvais, en même temps principal seigneur temporel du village. La paroisse passe pour l'une des plus riches du diocèse. L'abbaye possédait, sur le chemin de Thury-sous-Clermont, un manoir, qui tombe en ruines dès le début du , et dont on acheva la démolition vers 1760. Jusqu'à la Révolution française, une délégation des habitants se rend annuellement à Montmorency, le , jour de la fête de saint Félix, puisque la collégiale Saint-Martin abrite des reliques du saint patron, qui sont promenées ce jour-ci dans les rues de la ville, dans le cadre d'une procession solennelle. Selon l'abbé Lebeuf, les habitants de Saint-Félix viennent participer à la procession pour exprimer leur gratitude aux chanoines de Montmorency pour leur avoir cédé une relique de leur patron, mais ce n'est qu'une supposition, et les fondements de cet usage sont déjà oubliés au . — En 1825, la commune est rattachée à Hondainville, mais recouvre son indépendance sept ans plus tard : autrement, l'église aurait risqué la fermeture au culte et l'abandon. C'est après 1835 que la nef, jusque-là mal éclairée, est pourvue de fenêtres supplémentaires, tout en conservant les petites baies romanes tout en haut des murs..
L'église Saint-Félix est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à paroisse la Sainte-Claire de Mouy. La vie spirituelle, quasiment éteinte, se limite à deux messes dominicales anticipées par an, célébrées certains samedis à 18 h 30, pendant la période d'avril à octobre.. S'y ajoutent quelques célébrations particulières à la demande des fidèles.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée un peu irrégulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, afin de s'aligner sur le tracé de la route, l'église suit un plan en T, et se compose de deux parties bien distinctes. La nef, en forme de grange, est un vaste espace de plan rectangulaire, à charpente apparente. Des arcades la relient à la base du clocher, en même temps première travée du chœur, et aux deux collatéraux ou chapelles latérales du chœur. Avec ses deux chapelles, le chœur réunit trois vaisseaux parallèles à deux travées chacun, le tout voûté d'ogives, et se terminant par un chevet plat. Une sacristie occupe l'angle entre nef et collatéral sud, et une tourelle d'escalier ronde flanque le chevet du collatéral sud, près de l'angle. Le clocher est coiffé d'une flèche octogonale en charpente cantonnée de quatre pyramidons, avec une couverture d'ardoise. La nef et les parties orientales sont munies de deux vastes toitures indépendantes, la deuxième étant établie perpendiculaire à la première. Il y a donc des pignons à l'ouest, au nord et au sud. Pour des raisons d'esthétique, le chœur dispose également d'un petit pignon à l'est. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou par une petite porte au sud.
Intérieur Nef thumb|upright|Vue vers l'est.
À l'instar des autres nefs uniques de la période romane dans la région, avant les remaniements qu'elles ont pu connaître, la nef de Saint-Félix s'apparente à une grange, si l'on fait abstraction des arcades ouvrant sur les parties orientales. Cependant, en l'occurrence, l'impression est renforcée par les poteaux avec contre-fiches, qui se superposent aux murs gouttereaux et sont logées dans les angles, pour supporter les poutres longitudinales sur lesquelles reposent les pannes sablières de la charpente en carène renversée. Grâce à cette disposition, unique dans les églises de la région, les murs sont partiellement déchargés du poids de la charpente. En arrière des sablières que l'on aperçoit, une deuxième sablière repose sur les murs. Les poteaux sont équidistants, et au nombre de sept de chaque côté. C'est au-dessus des poteaux que les entraits reposent sur les sablières, soutenus par des contre-fiches. Chaque entrait est relié au faîtage par un poinçon, décoré de moulures à la base. Sinon, la charpente est dépourvue de toute ornementation, et les poteaux, contre-fiches et entraits sont des troncs d'arbre à peine équarris. Une autre particularité s'observe à l'ouest, où l'on s'aperçoit que le pignon est formé par des pannes et chevrons très rapprochés. Une structure similaire, mais plus légère, existe aussi à l'est, et fait double emploi avec le pignon en dur, qui manque à l'ouest.
L'espacement régulier des poteaux ne tient pas compte de la position des fenêtres romanes, poussées haut sur les murs, comme dans les nefs les plus anciennes du Beauvaisis, telles que Notre-Dame-du-Thil, à Beauvais, Bresles, Hermes, Montmille (commune de Fouquenies), Therdonne, Velennes, etc ; p. 123-124.. Les baies sont en plein cintre et largement ébrasées, et s'ouvrent au-dessus d'un glacis à gradins, comme dans la chapelle de la Vierge de Condécourt, dans l'abside de Moussy et dans les nefs de Bailleval, Champlieu et Glaignes. La charpente d'origine devait donc être différente. Les grandes fenêtres du sont situées dans le premier et le quatrième des six intervalles entre les poteaux. La fenêtre occidentale, plus grande que les baies romanes latérales, et plus petite que les baies modernes, s'ouvre au-dessus d'un long glacis pentu, mais n'est que faiblement ébrasée. L'arc en plein cintre de cette fenêtre devait pénétrer dans l'ancien pignon en pierre, et a été supprimé lors de la suppression de ce dernier, à l'occasion de la pose de la charpente actuelle. Le portail paraît rectangulaire depuis l'intérieur de la nef, alors qu'il paraît comme étant en anse de panier à l'extérieur. Quant à l'extrémité orientale de la nef, elle montre une succession de trois arcades en arc brisé sans chapiteaux ni colonnettes, séparées par de larges pans de murs. L'arcade ouvrant dans le collatéral nord est la plus petite, et celle ouvrant dans la base du clocher est plus que deux fois plus élevée. Les arêtes de ces deux arcades sont agrémentées de moulures prismatiques flamboyantes. En revanche, les arêtes de l'arcade vers la chapelle sud, qui est de hauteur intermédiaire, sont seulement chanfreinées.
Chœur thumb|upright|Nef, vue dans le chœur. thumb|upright|Chœur, vue vers le nord.
Par son plan de trois fois deux travées, s'inscrivant dans un rectangle et voûtées plus ou moins à la même hauteur, avec des pignons au nord et au sud, les parties orientales de l'église Saint-Félix évoquent l'église de Neuilly-sous-Clermont. Si l'on ne tient pas compte de la disposition des pignons et toitures, l'on peut également citer Brenouille, Jaux, Mogneville, Nogent-sur-Oise, et Orrouy. Jaux et Orrouy représentent idéalement les chœurs-halle de la moyenne vallée de l'Oise à la période flamboyante. Nogent-sur-Oise, Plailly et Villers-Saint-Paul incarnent le mieux ce même concept architectural pendant la première moitié du . Les chœurs-halle peuvent aussi se limiter à deux fois deux travées, ou comporter une niche d'autel, comme à Villiers-Saint-Paul. L'idée est de créer un vaste espace largement unifié, sans distinction trop prononcée entre le vaisseau central, les croisillons du transept et les collatéraux et chapelles latérales, grâce à des piliers minces et la suppression de tout cloisonnement. Cet objectif est rarement atteint si le chœur-halle n'est pas homogène, comme à Brenouille, Mogneville et Saint-Félix, ou englobe en plus la base d'un clocher central, comme dans les deux derniers cas. À Saint-Félix aussi, l'homogénéité stylistique suggérée par les élévations extérieures n'est qu'apparente. La première travée du vaisseau central, qui sert de base au clocher, est séparée de la travée suivante par un arc diaphragme des mêmes dimensions restreintes que l'arcade vers la nef, à la fois moins large et moins élevée que le vaisseau lui-même. Les deux piliers qui délimitent cet arc diaphragme sont d'un fort diamètre en regardant depuis les chapelles, et les grandes arcades longitudinales sont nettement moins élevées que les voûtes, quoique soigneusement moulurées.