Les attentats du en France (communément appelés simplement le 13-Novembre) sont une série de fusillades et d'attaques-suicides terroristes islamistes perpétrées dans la soirée du à Paris et dans sa périphérie par trois commandos distincts et revendiquées par l'organisation État islamique (Daech). Le bilan des victimes fait état de (puis, indirectement, 132 avec les deux suicides consécutifs) et de , dont . Ces attentats sont les plus meurtriers perpétrés en France sous la et, au moment de leur déroulement, les deuxièmes en Europe (hors attentats aériens), après les des attentats de Madrid du 11 mars 2004, ou troisièmes si l'on prend en compte les de l'attentat du Crocus City Hall à Moscou huit ans et quatre mois plus tard, en .

Une première attaque a lieu à Saint-Denis, aux abords du Stade de France, où se joue un match amical de football France-Allemagne. Le personnel de sécurité leur refusant de pénétrer dans l'enceinte du stade, trois terroristes se font exploser dans ce qui constitue les tout premiers attentats-suicides en France.

D'autres attaques ont ensuite lieu à Paris, dans plusieurs rues des et , où trois individus mitraillent des terrasses de cafés et de restaurants.

L'attaque la plus longue et la plus meurtrière, qui fait et de nombreux blessés, a lieu dans la salle de spectacle du Bataclan (également dans le ), où environ assistent au concert du groupe américain de rock . Trois autres terroristes ouvrent le feu sur le public, puis prennent plusieurs groupes de spectateurs en otage, avant que les forces de l'ordre ne donnent l'assaut et abattent les tueurs.

Ces attentats ont de nombreuses conséquences sécuritaires. , déclare le président François Hollande la nuit des attentats. La gravité de la situation est telle que le gouvernement décrète l'état d'urgence sur tout le territoire national, une première depuis le putsch d'Alger de 1958. La police et la gendarmerie effectuent de nombreux contrôles dans tout le pays pour traquer les criminels en fuite et prévenir de futures attaques, tandis que le président de la République rencontre tour à tour les grands dirigeants mondiaux afin de tenter de mettre sur pied une coalition élargie pour « détruire Daech » dans ses fiefs de Syrie et d'Irak. Le Belgo-Marocain Abdelhamid Abaaoud, qui selon les autorités françaises joue un dans l'organisation de ces attentats, est tué en même temps que deux complices le , lors d'un assaut donné par les forces de police à Saint-Denis. À la suite de ces attentats liés à la Belgique et en raison du risque de nouvelles attaques, les autorités belges placent Bruxelles en état d'alerte maximale du au . L'unique survivant des commandos responsables de ces attaques, Salah Abdeslam, est capturé par la police belge dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean, le , après quatre mois de fuite.

La même cellule terroriste franco-belge, constituée autour d'Abdelhamid Abaaoud et dirigée depuis Raqqa, coordonne les attentats déjoués à Verviers en , la tentative d'attentat du train Thalys le 21 août 2015 et les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles. Ces attentats s'inscrivent ainsi dans une campagne de l'État islamique visant à multiplier les attaques en Europe, son porte-parole al-Adnani ayant appelé dès à viser plus particulièrement la France. Présentés comme une vengeance vis-à-vis des frappes aériennes de la coalition internationale, les attentats viseraient aussi un but stratégique fixé par Abou Moussab al-Souri, à savoir provoquer des affrontements communautaires et une montée du racisme en Europe, afin de favoriser le recrutement de djihadistes pour l'organisation.

Les attentats suscitent dès la nuit du au des réactions internationales. De très nombreux hommages sont rendus aux victimes, notamment des rassemblements et du slacktivisme avec le slogan (« Priez pour Paris »). Cette nuit tragique devient par la suite un élément culturel important en France avec notamment des témoignages de victimes et de proches des victimes.

Dix-huit accusés sont jugés à Paris à partir du , ce qui constitue la plus grande audience criminelle jamais organisée en France. Le , la cour inflige vingt peines d'emprisonnement d'une durée allant de deux ans à la perpétuité incompressible ; cette dernière est appliquée à Salah Abdeslam ainsi qu'à cinq terroristes présumés morts.

Contexte

Terrorisme en France et à l'étranger

En , les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, qui se réclament respectivement d'Al-Qaïda au Yémen et de l'État islamique, commettent une série d'attentats et d’autres actes criminels faisant dix-sept morts.

D'autres attentats ont suivi : en , Sid Ahmed Ghlam échoue dans son projet d'attentat, mais tue néanmoins Aurélie Châtelain à Villejuif (Val-de-Marne). Le , Yassin Salhi étrangle et décapite son patron, puis tente de faire exploser une usine de production de gaz industriels et médicaux de Saint-Quentin-Fallavier (Isère). Le , quatre jeunes de , dont un ancien militaire, sont soupçonnés de projeter une attaque contre le camp militaire du fort Béar, à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), et de vouloir filmer la décapitation d'un officier. Un attentat dans un train Thalys, le , aurait pu avoir des conséquences bien plus graves sans l'intervention de voyageurs. Enfin, le , un autre projet d'attaque visant des militaires de la Marine nationale à Toulon (Var) est déjoué..

La France n'est pas la seule touchée. Les 14 et , les fusillades de Copenhague tuent deux personnes, et, en mars et en juin en Tunisie, l'attaque du musée du Bardo et l'attentat de Sousse, revendiqués par l'organisation État islamique (EI), en tuent respectivement vingt-deux et trente-neuf. Le Premier ministre du Royaume-Uni David Cameron annonce en septembre qu'un attentat de l'EI visant Élisabeth II a été déjoué..

La Belgique est également particulièrement touchée par le terrorisme. Le premier attentat commis par l'organisation État islamique en Occident est perpétré le au musée juif de Bruxelles, causant la mort de quatre personnes. Après les attentats de janvier, le pays a mis en place l'opération Vigilant Guardian sur le modèle de l'opération Sentinelle. De plus, la filière belge est citée dans la plupart des attentats récents perpétrés ou déjoués en France et en Europe. Les armes utilisées par les terroristes pour commettre la plupart de ces actes ont été achetées ou obtenues en Belgique. Enfin, des attentats visant des commissariats de police ont été déjoués de justesse notamment l'élimination de la cellule terroriste dite « de Verviers » ou encore la nuit du Nouvel An.. Dans le cadre des vagues de perquisitions conduites dans le pays à la suite des attentats du , la police a découvert que des djihadistes présumés espionnaient un haut responsable nucléaire, ce qui a poussé les autorités à craindre des attaques contre des centrales nucléaires. La Belgique est même qualifiée par certains médias de du terrorisme en Europe. En effet, le pays est, en Europe, celui qui compte le plus grand nombre de personnes parties combattre en Syrie ou en Irak, proportionnellement à sa population. Le pays, très proche de la France, fait face à une menace terroriste parmi les plus fortes d'Europe..... Le , sa capitale, Bruxelles, est frappée par une série d'attentats-suicides à l'aéroport et dans une rame de métro à la station Maelbeek , faisant et .

À la suite de l'attentat du Thalys en août déjoué in extremis, François Hollande déclare : .. Plusieurs semaines avant les attentats, le juge du pôle antiterroriste Marc Trévidic prévenait également : . Les vidéos d'interview ne fonctionnent que sous le lien archivé de Wayback Machine. L'article est renommé après les attentats « "On manque d'hommes pour neutraliser les terroristes" - Le juge Marc Trévidic ».

La France, un pays devenu cible Les attentats de sont inspirés par le djihadiste Abou Moussab al-Souri qui dans son recommandait dès 2005 de commettre des attaques terroristes en Europe via la jeunesse musulmane immigrée afin d'.. Selon lui, des attentats répétés engendreraient une réaction hostile à l'islam, qui pousserait en réaction les musulmans de France à rejoindre leurs rangs..

Alors qu'au début du millénaire la France n'était pas une cible des djihadistes du Moyen-Orient, notamment de par son refus de cautionner l'attaque américaine de l'Irak en 2003, la tonalité change progressivement entre le vote de la loi sur les signes religieux dans les écoles en 2004 et celui de l'interdiction du port du voile intégral en 2010. Le jet d'une grenade lacrymogène à proximité de la mosquée Bilal à Clichy-sous-Bois attise les émeutes de 2005, puis la republication l'année suivante par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet fait de la France une nouvelle cible des djihadistes, bien que les projets d'attentats ne parviennent pas à se concrétiser. Aussi, le , le théologien en chef d'Al-Qaïda Abou Yahya al-Libi exhorte à frapper trois pays européens où ces caricatures sont republiées, dont la France. Élu président de la République en 2007, Nicolas Sarkozy finit d'aligner la France sur les États-Unis en procédant au retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'OTAN et en renforçant le contingent français en Afghanistan..

Le , au Caire, un groupe de jeunes touristes français est visé par un attentat à la bombe, faisant quinze blessés et une morte, âgée de . Au cours de l'enquête, des interpellations (dont celle du belge Farouk Ben Abbes) par les autorités égyptiennes aboutissent à l'information selon laquelle la France était visée par des projets d'attentatNathalie Guibert et Véronique Mortaigne, « Le Bataclan, un haut lieu de la culture ciblé de longue date par les islamistes », Le Monde, . au Bataclan.. Cette menace était liée au fait que les propriétaires juifs de la salle de spectacle avaient prévu, en , d'organiser un gala de soutien à l'Armée israélienne, comme en 2007Julien Heyligen, « Le gala pour la police israélienne contesté », Le Parisien, . et 2008.

Dispositifs antiterroristes

Depuis le , le plan Vigipirate était placé au niveau « alerte attentat » en Île-de-France, sur décision du Premier ministre. Depuis le , le président de la République, chef des armées, déploie à l'échelle nationale l'opération Sentinelle (toujours en cours), pour faire face à la menace terroriste et protéger les points sensibles du territoire.

À la suite des attentats, la loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement est votée, élargissant l'arsenal de mesures antiterroristes dont dispose l'État, notamment en matière de surveillance des communications..

Politique extérieure

vignette|Un Rafale français engagé dans l'opération Chammal appontant sur le porte-avions américain , le .

En 2014, au cours des guerres civiles en Syrie et en Irak, l'État islamique prend le contrôle de larges territoires dans ces deux pays. En , les massacres de Sinjar dans le Kurdistan irakien provoquent une intervention militaire des pays occidentaux. Une coalition se forme et lance une campagne de frappes aériennes contre l'EI ; en Irak, à partir du , puis en Syrie, le ... La France, de son côté, intervient au sein de cette coalition en menant l'opération Chammal, d'abord en Irak le , puis en Syrie le ...

Avec le début des frappes aériennes de la coalition internationale, l'État islamique passe d'une logique de « djihad régional » — focalisé à la lutte contre les États de la région — à une logique de « djihad global », en se déclarant en lutte contre le reste du monde et en particulier contre l'Occident.... Alors que l'État islamique n'avait jusque-là jamais menacé l'Europe, le Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole de l'État islamique, publie un message où il appelle au meurtre des citoyens des pays de la Coalition, ....

Le , la France annonce le déploiement du porte-avions français Charles de Gaulle pour lutter contre l'organisation de l'État islamique à partir du ..