Ladislas le Bref ou Ladislas Petite-Coudée (en polonais Łokietek), né vers 1261 et mort le , est un duc de la dynastie Piast dont les efforts de trente ans aboutirent à la réunification des provinces polonaises et la restauration de l'État polonais. Couronné roi de Pologne en , il ne réussit cependant pas à rassembler l'ensemble des territoires polonais. La Silésie restait divisée en principautés dont les souverains Piast avaient en majorité fait allégeance au roi de Bohême, la Poméranie avait été conquise par les chevaliers Teutoniques et la Mazovie avait conservé sa souveraineté.

Biographie

Un pays morcelé Jusqu’au début du , le royaume de Pologne s’affirmait comme un État de plus en plus puissant sous l’autorité centralisée de la dynastie des Piast. En 1138, suivant la dernière volonté du roi , qui voulait éviter à ses enfants les guerres fratricides qu'il avait connues lui-même, le pays est divisé entre ses quatre fils, chacun recevant un duché héréditaire. L'autorité suprême revient à l'aîné de la maison Piast qui porte le titre de Princeps Senior et siège à Cracovie. Ce fut le début d'une période de près de deux cents ans de division du Royaume.

Piast par son père et sa mère, Ladislas n’a que sept ans lorsque son père , duc de Cujavie, décède en 1267. En tant que son troisième fils, il devient alors duc de Brześć Kujawski et de Dobrzyń nad Wisłą où il partage le pouvoir avec ses deux frères cadets, et Siemowit de Dobrzyń. Trop jeunes pour gouverner, c’est leur mère, Euphrosyne d'Opole, qui assure la régence. Mineur, Ladislas reste sous l’autorité de sa mère et séjourne régulièrement à Cracovie, à la cour de , avec lequel s’est lié son frère aîné . n'a pas de descendance et c'est bien Lech qui doit lui succéder.

En 1275, Ladislas est affranchi de la tutelle de sa mère et prend le titre ducal de son père.

La mort de le Noir

Lorsque , devenu duc de Cracovie, décède à son tour le sans laisser d’héritier, il laisse son duché héréditaire de Sieradz à ses frères. Ladislas lui donc succède à Sieradz, alors que le trône de Cracovie est disputé par les aînés de la maison Piast : , duc de Mazovie, et , duc de Wrocław.

Dans la guerre pour le trône de Cracovie, Ladislas soutient Boleslas de Mazovie contre Henri. Ce dernier est appuyé par la bourgeoisie allemande, alors que la majorité de la noblesse polonaise soutient Boleslas. Le , Boleslas, Ladislas et son jeune frère Casimir infligent une lourde défaite aux alliés d’Henri (, Przemko de Ścinawa et ) à la bataille de Siewierz.

Tentative de s’emparer de la Petite-Pologne et défaite face à

Malgré cette victoire, Boleslas de Mazovie renonce au trône et abandonne à Ladislas le Bref tous ses droits sur la Petite-Pologne. Ladislas s’empare du duché de Sandomierz, mais ne réussit pas à garder le château du Wawel et doit s’enfuir de Cracovie, laissant la ville à .

Ayant perdu le trône de Cracovie, Władysław s’efforce, dès la fin 1289, de renforcer sa position à Sandomierz. Ainsi, il marie sa nièce au roi de Hongrie .

Le , peu de temps avant de mourir, rédige un testament par lequel il fait de , duc de Grande-Pologne, son successeur à Cracovie. Impopulaire, en 1291, Przemysł abandonne la Petite-Pologne ainsi que le duché de Sandomierz dont Ladislas le Bref s’était emparé à soutenu par les notables de Cracovie.

Cependant, Ladislas ne se résigne pas à laisser Venceslas gouverner la Petite-Pologne. En 1292, l’armée tchèque, renforcée par des détachements envoyés par les ducs de Silésie et le margrave de Brandebourg, chasse Ladislas de Sandomierz. Il se réfugie à Sieradz où il subit un siège en . La place forte ne résiste pas très longtemps. Ladislas et son frère Casimir se retrouvent prisonniers de Venceslas. Le , ils sont contraints de rendre un hommage de vassalité à Venceslas et de signer un accord en vertu duquel ils renoncent à revendiquer la Petite-Pologne. En échange, ils peuvent rester en Cujavie.

Alliance avec

Pour essayer de contrer le roi de Bohême, et Ladislas, qui jusque-là étaient concurrents, se rencontrent en à Kalisz, dans le but de mettre au point une stratégie commune pour se débarrasser de . Le , à l’initiative de l’archevêque de Gniezno, Jakub Świnka, Władysław et son frère Kazimierz concluent un accord avec Przemysł. En échange de leur soutien, Przemysł, qui n’a pas de fils, fait de Ladislas le Bref son héritier en Grande-Pologne, en Petite-Pologne et en Poméranie orientale. Cet accord est scellé par le mariage entre Ladislas le Bref et Jadwiga, la fille de Boleslas le Pieux, l’oncle de Przemysł.

Le plan mis au point à Kalisz doit déjà être revu l’année suivante lorsque Casimir est tué par les Lituaniens. Casimir n’étant pas marié et n’ayant pas d’enfant, c’est son frère Ladislas le Bref qui hérite de son duché de Łęczyca.

Le , Jakub Świnka couronne roi de Pologne à Gniezno, sans attendre l’accord du pape et du Saint-Empire. Quelques mois plus tard, le , est enlevé et assassiné par des sbires à la solde du margrave Valdemar de Brandebourg. vignette|400x400px|Pologne 1275-1300 Śląsk - Silésie, Wielkopolska - Grande-Pologne, Malopolska - Petite-Pologne, Mazowsze -Mazovie, Zakon Krzyzacki - Ordre Teutonique

Duc de Grande-Pologne et de Poméranie

Lorsque Ladislas, soutenu par la noblesse, succède à Przemysł en Grande-Pologne et en Poméranie, de Głogów fait valoir ses droits sur le trône de Cracovie qui lui avait aussi été promis par Przemysł en 1290.

Les deux parties trouvent un accord le , grâce notamment à l'intervention de l'évêque de Poznań Jan Gerbicz. reçoit toute la région au sud de l’Obra. De plus, Ladislas le Bref adopte , le fils d’ de Głogów, à qui il promet d’offrir, lorsque celui atteindra l’âge de sa majorité, le duché de Poznań. Et si Ladislas décède sans descendance, le Fidèle héritera de toute la Grande-Pologne.

Ladislas a beaucoup de difficultés à imposer son autorité en Grande-Pologne. Le brigandage est généralisé. Le camp des opposants à Ladislas est de plus en plus puissant, avec à sa tête le nouvel évêque de Poznań Andrzej Zaremba. L’archevêque de Gniezno Jakub Świnka, qui constate l’incapacité de Ladislas à gouverner efficacement, prend ses distances.

En , à Kościan, de Głogów conclut un accord avec Andrzej Zaremba. En échange d’un soutien pour s’emparer de la Grande-Pologne, de la Poméranie orientale et de la couronne de Pologne, Henri promet d’élargir les privilèges de l’Église et d’offrir le poste de chancelier du royaume à une personne du camp des opposants à Ladislas le Bref.

L’exil

, devenu roi de Bohême en 1297, a aussi l’ambition de devenir roi de Pologne. Pour cela, il doit éliminer Władysław, son adversaire le plus redoutable. En 1299, Ladislas le Bref doit de nouveau rendre un hommage de vassalité à Venceslas. En , sous le prétexte que Ladislas ne remplit pas ses devoirs de vassal, organise une expédition punitive. Ladislas réussit à s’enfuir et à quitter le pays alors que sa femme et ses enfants se cachent à Radziejów.

Le retour vignette|upright|Sceau de Ladislas le Bref, roi de Pologne, 1320 En 1304, Ladislas le Bref, disposant du soutien du Saint-Empire et de la Hongrie, revient d’exil et s’empare de Wiślica et de Lelów. Ce retour triomphal aurait sans doute été de courte durée s’il n’y avait eu le décès de le . Continuant sur sa lancée, Ladislas s’empare avant la fin de l’année des duchés de Sandomierz, Sieradz, Łęczyca et Brześć Kujawski. Ladislas bénéficie une nouvelle fois de circonstances favorables lorsque , en route vers la Pologne à la tête d’une armée pour revendiquer la couronne, est assassiné à Olomouc le . Sa mort, suivie d’une guerre civile en Bohême, laisse les mains libres à Ladislas. Ayant rallié à lui la majorité des chevaliers de Petite-Pologne, Ladislas fait plier les patriciens de Cracovie et l'évêque de Cracovie Jan Muskata, en accordant de nouveaux privilèges à la ville et à son évêque.

Devenu duc de Cracovie, s’installe au Wawel le . Ses deux priorités sont de reprendre le contrôle de la Grande-Pologne et de la Poméranie. En Grande-Pologne, il ne réussit qu’à s’emparer de villes frontalières avec la Cujavie : Konin, Koło et Nakło. Le reste de la Grande-Pologne est envahi par de Głogów (à l’exception de la région de Wieluń dont a pris le contrôle). Fin 1306, à proximité de Tczew, Ladislas le Bref affronte l’armée du Brandebourg et s’empare de la Poméranie orientale qu’il confie à des gouverneurs.

Conquête de la Poméranie de Gdańsk par les Teutoniques

En Poméranie, la bourgeoisie allemande de Tczew et de Gdańsk lorgne vers les margraves de Brandebourg alors que la noblesse polonaise reste loyale à Władysław le Bref. En , le Brandebourg, à l’appel de la bourgeoisie, envahit la Poméranie et assiège Gdańsk. Les Chevaliers Teutoniques sont appelés à l’aide par les Polonais. Mais après avoir rejeté le Brandebourg, l’Ordre Teutonique entend bien conserver la région pour l'intégrer à son État monastique. Le , les Teutoniques s’emparent de Gdańsk, massacrent les habitants polonais et conservent la ville. Ladislas ne contrôle plus que la partie méridionale de la Poméranie.

En , les Teutoniques s’emparent de Tczew. En avril, ils demandent aux Polonais de leur payer une forte rançon pour quitter la Poméranie et Gdańsk, ce que Ladislas refuse. La conquête de la Poméranie s’achève en , lorsque les Teutoniques s’emparent de Świecie après un siège de deux mois. Le contrôle de la Poméranie permet aux Teutoniques de transférer leur capitale de Venise à la forteresse de Malbork.

Élimination de l’opposition

Si Ladislas le Bref ne s’est pas engagé plus activement dans la défense de la Poméranie, c’est parce qu’il devait faire face à une importante opposition intérieure en Petite-Pologne, dirigée par l'évêque de Cracovie Jan Muskata et Albert, le bourgmestre allemand de Cracovie, qui préfèrent s'unir aux Allemands et au royaume de Bohême.

Ancien partisan de , Jan Muskata mène la vie dure à Ladislas. Il noue des contacts avec les deux grands ennemis de Ladislas : et . En , l'archévèque Jakub Świnka vient au secours de Ladislas en privant l’évêque de Cracovie de sa mitre et excommuniant à la suite d'un procès canonique. En , Ladislas fait arrêter Muskata et l’emprisonne pendant six mois avant de l’expulser de la région. Muskata fait appel au pape. En , le tribunal papal l'innocente et le légat annule l’excommunication.

En , Ladislas affronte une tentative de coup d’État fomentée par la bourgeoisie allemande de Cracovie et de Sandomierz, et dirigée par Albert, le bourgmestre de Cracovie. Les mutins appellent d’Opole à monter sur le trône. Les rebelles s’emparent de la ville mais pas du château royal du Wawel, défendu par les fidèles de Ladislas. On ne sait si Bolko intervient à titre personnel ou en tant que vassal du nouveau roi de Bohême Jean de Luxembourg. Ladislas écrase la mutinerie grâce à l’aide des Hongrois et Bolko doit fuir Cracovie en . Ladislas sanctionne lourdement les meneurs et supprime de nombreux privilèges accordés à la ville.

Conquête de la Grande-Pologne

La normalisation de la situation en Petite-Pologne permet à Ladislas de se tourner vers la Grande-Pologne. Après le décès d’ de Głogów le , son territoire est partagé entre ses cinq fils qui doivent affronter la noblesse opposée au démembrement du duché. Au début 1314, une révolte éclate, sans doute inspirée par Ladislas le Bref. Les insurgés se rendent vite maîtres de toute la Grande-Pologne, à l’exception de Poznań qui résiste. Ils appellent Ladislas à monter sur le trône. Ce n’est qu’en que Ladislas obtient la reddition de Poznań. Il ne laisse aux enfants d’ qu’un petit territoire situé sur l’Obra.

Ayant réalisé la conquête de la Grande-Pologne, Ladislas peut mener une politique étrangère plus active. En 1315, il conclut avec les monarchies scandinaves (Danemark, Suède et Norvège), le Mecklembourg et la Poméranie, une alliance dirigée contre le Brandebourg. La guerre éclate un an plus tard, mais n’a pour conséquence que la dévastation des zones frontalières.