Jacques-Joseph Techener est un éditeur, bibliophile, bibliographe et marchand-libraire expert d'ancien français né à Orges (Haute-Marne) le et mort à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) le Necrologie pour Jacques-Joseph Techener in Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1873, p. 247ff (voir en ligne.).

Fondateur de la société d'édition Maison Techener, il fut l'un des plus importants éditeurs et bibliophiles du XIXe siècle. Il fut le fondateur avec l'écrivain et académicien Charles Nodier de la revue Bulletin du bibliophile, la plus ancienne revue académique consacrée à l'histoire du livre dans laquelle les plus importants intellectuels de l'époque ont collaboré tels Firmin-Didot, Silvestre de Sacy, Sainte-Beuve, Jules Janin ou encore le baron Jérôme Pichon.

Acteur important du renouveau de la bibliophilie, Techener, par ses publications et plus généralement par ses activités, contribue au développement du marché du livre ancien en Europe. Il devint un expert reconnu, mandaté par de notables collectionneurs, comme Henri d'Orléans, duc d'Aumale, fils du roi des français Louis-Philipper Ier, pour qui il achète plusieurs ouvrages précieux, comme le C. Julli Cæsaris Commentarii ayant appartenu à Montaigne ou encore un ouvrage d'Aristophane annoté par Rabelais, aujourd'hui conservés à la bibliothèque du musée Condé au sein du château de Chantilly.

À la tête d'une importante collection comportant plus de 40 000 ouvrages et manuscrits anciens et au centre d'un réseaux d'érudits et d'intellectuels européens, Techener publie de nombreux ouvrages d'auteurs anciens ou de ses contemporains et proches comme ceux de l'académicien Silvestre de Sacy, de l'historien Paulin Paris, de l'académicien Charles Nodier, de l'écrivain et érudit Paul Lacroix, de l'écrivain Tallement des Réaux , du milliardaire Charles Ephrussi ou encore du prince Auguste Galitzine et se consacre en parallèle dans la rédaction de catalogues précis inventoriant de nombreuses bibliothèques comme celles de la duchesse de Berry Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, du prince d'Essling, du baron Isidore Taylor ou encore de Charles Nodier.

Très réputés, Jacques-Joseph Techener, puis son fils, Joseph-Léon, ont eu pour clients les plus importants collectionneurs de l'époque : la famille Rotschild, notamment Edmond de Rotschild, l'industriel Nicolas Yemeniz, le duc d'Aumale Henri d'Orléans, ou encore le collectionneur et imprimeur Ambroise Firmin Didot.

Une partie de sa collection, dont de nombreux manuscrits très anciens, des incunables et des éditions aldines, sont détruits lors de l'incendie du 29 juin 1865 chez Sotheby's à Londres. Cet incendie provoqua la perte de nombreux livres et manuscrits exceptionnels ayant pour beaucoup une provenance royale ou princière.

Biographie Fils de Joseph Techener (vers 1769 à Vienne -1813 à Mayence au retour de la campagne de Russie), chirurgien aide-major autrichien naturalisé français installé à Orges et de Geneviève Babouot d'une ancienne famille d'Orges Jacques-Joseph Techener, aîné d'une fratrie de cinq enfants, commença ses études au collège de LangresEntrée « Techener (Jacques-Joseph) » in Louis-Gustave Vapereau: Dictionnaire universel des contemporains, I-Z, volume 2, Hachette, 1858, p. 1647 (voir en ligne).. Il perdit son père à l'âge de onze ans. Aidé par un oncle maternel, le jeune Techener monta à Paris où il est d'abord entré dans l'important cabinet de lecture connu sous le nom de « Cercle encyclopédique » ou « Cercle littéraire encyclopédique », fondé par Thomas Aurore Armand Martainville-Delaage, libraire au Palais-Royal (, 87, 88Annonce du « Cercle encyclopédique » dans La Pandore. Journal des spectacles, des lettres, des arts, des mœurs, et des modes, numéro 277 du 17 avril 1824, p. 4 (voir en ligne).) depuis 1812Archives nationales: Liste générale des brevetés de l'Imprimerie et de la Librairie (1er Empire et Restauration), p. 324 (voir en ligne).. Il devient assez rapidement directeur du Cerlce encyclopédique. Il fut ensuite employé comme commis chez le libraire d'ancien Jean-François Royez. La mort de ce dernier lui a permis de devenir, pendant trois ans (1824 à fin 1826) l'adjoint de la veuve Royez et à apprendre à connaître et à apprécier les livres anciens. vignette|365x365px|Couverture du premier numéro du Bulletin du bibliophile fondé par Techener et l'académicien Charles Nodier. En , il s'établit à son compte dans une librairie ouverte au de la place de la Colonnade-du-Louvre, qui fut transférée, vers 1855, au de la rue de l'Arbre-Sec. Très rapidement, son réseau et à ses nombreux voyages à travers l'Europe, lui permirent de réunir une grande quantité de livres anciens et de précieux manuscrits, que les bibliophiles achètent aussitôt. Dans le même temps, une succursale de la Maison Techener, La librairie historique d'ouvrages, journaux, caricatures, autographes, etc. relatifs à la Révolution, fut ouverte au Place de l'Oratoire (Paris). François Noël Thibault (1805-1890), dit Noël France, d’origine paysanne, caporal licencié du 4e régiment d’infanterie de la garde royale (1830) et futur père d'Anatole France, qui était entré chez le libraire-éditeur comme commis, dirigea cette annexe pour le compte de Techener en 1838. Il s'en rendit acquéreur en 1839, renomma l'établissement Librairie politique ancienne et moderne de France et le transféra en 1840 dans l’immeuble voisin Léon Carias : Anatole France, Paris, Les Éditions Rieder, 1931, , (voir en ligneCatalogue de la Librairie politique ancienne et moderne de France-Thibault, place de l’Oratoire du Louvre, 6, non daté (voir en ligne).

Le 23 janvier 1830, il épouse Anne Jeane Désirée Deremarque à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris.

En 1834, il fonde le Bulletin du bibliophile avec l'académicien et ami Charles Nodier. Encore existante en 2026, cette revue est la plus ancienne revue académique consacrée à l'histoire du livre. Très vite, celle-ci, publiée mensuellement, connaît un immense succès à l'échelle européenne. Les plus importants intellectuels de l'époque collaborent avec Techener. On retrouve en autres, l'écrivain Charles Asselineau, l'académicien Sylvestre de Sacy, le poète Emile Deschamps, l'historien Cuvillier-Fleury, le médecin Desbarreaux-Bernard, l'imprimeur Firmin Didot, le littérateur Patin de la Fizelière, l'écrivain Alfred Franklin, le prince Augustin Galitzine, le critique littéraire Jules Janin, le romancier et historien Paul Lacroix, l'historien Paulin Paris, le bibliophile le baron Jérôme Pichon, l'écrivain Sainte-Beuve, l'archéologue et historien Auguste Vallet de Viriville, l'auteur dramatique et historien Francis Wey, le conservateur du Louvre et écrivain Horace de Viel-Castel, le haut-fonctionnaire et littérateur Louis Monmerqué, l'homme de lettres Philarète Chasles, le bibliographe et médiéviste Le Roux de Lincy, le diplomate, haut-fonctionnaire, homme politique et bibliophile Grangier de la Marinière, le ministre, académicien et historien Victor Cousin ou encore le manufacturier et bibliophile Nicolas Yéméniz. Ces intellectuels, très proches pour certains de Victor Hugo, Baudelaire, Gambetta, Napoléon III, Gustave Courbet, de Nerval ont permis, par leur collaboration avec Techener le développement rapide de la revue. Dans le même temps, Techener éditent de nombreux ouvrages (plusieurs centaines) en collaboration avec l'académicien Sylvestre de Sacy, Louis-Aimé Martin, ami proche de Lamartine et de Bernardin de Saint-Pierre ou encore l'historien Paulin Paris. vignette|Henri d'Orléans, duc d'Aumale, client régulier de Techener, par Léon Bonnat. En parallèle, Techener, en raison de sa grande connaissance des livres, rédige des catalogues, en tout plus de 400, des grandes bibliothèques. Cela s'inscrit notamment le cadre de ventes de ces collections. Ainsi, il rédige les catalogues des plus prestigieuses collections, comme celles de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry (1832), du prince d'Essling, du baron Isidore Taylor, de La Roche-Aymon, de Charles Nodier, de Louis-Aimé Martin, de Monmerqué, de Martineau de Soleinne, d'Armand Bertin, ou encore d'Emeric-David.

En 1853, il expertise pour le duc d'Aumale l'Aristophane de Rabelais, que le duc rachète au banquier Dawson Turner.

En 1856, lors de la grande vente de la bibliothèque de l'homme de lettres Jean-Pierre-Agnès Parison (1771-1855), Jacques-Joseph Techener achète pour son fidèle client le prince Henri d'Orléans, fils du roi des Français Louis-Philipper Ier, le précieux C. Julli Cæsaris Commentarii anciennement possédé par Montaigne.

En 1861, il publia une Histoire de la bibliophilie. vignette|Charles-Augustin Sainte-Beuve par Bertall.|267x267px En 1865, Techener, confronté à quelques difficultés financières, doit se séparer d'une partie de sa collection. 13 sont alors planifiées par Sotheby's afin d'écouler cette grande collection. Celles ayant lieu à Paris sont ouvertes au public. La numéro 7, ayant lieu à Londres, est elle inaccessible au public. La vente numéro 7 comprenait d'inestimables ouvrages très anciens dont 96 manuscrits, 206 incunables et 106 éditions aldines. Au total près de 3000 ouvrages ont été détruits. Malheureusement, le 29 juin 1865, un incendie détruisit l'ensemble de ces ouvrages. Cela constitue un immense préjudice pour Techener évalué à 200 000 francs-or. Techener, non satisfait des compensations proposées par les assurances, intente un procès Sotheby, Wilkinson & Hodge. Cet incident constitue l'une des plus grandes pertes d'ouvrages anciens aux côtés de l'incendie de la bibliothèque de Turin en 1904 et de celle de la bibliothèque de Bosnie-Herzégovine en 1992.

En 1867, le fils Techener, qui a déjà travaillé, comme son père, avec le duc d'Aumale Henri d'Orléans, achète pour ce dernier, dans le cadre de la vente de la bibliothèque du manufacturier Nicolas Yemeniz, le précieux ouvrage d'Alain Chartier de Vérard sur peau de Vélin pour 11.050 francs, ce qui fait de lui l'un des livres plus chers de l'époque.

Par son activité de libraire-éditeur et de bibliophile, Techener contribua à l'essor du marché du livre ancien en France. Après la Révolution française, de nombreux ouvrages précieux avaient quitté le territoire pour rejoindre les collections étrangères. Par ses acquisitions et ses ventes, il participa au rapatriement d'une partie de ce patrimoine bibliographique, favorisant ainsi le développement du marché français des livres anciens et la revalorisation des ouvrages rares. Il a par ailleurs réimprimé en petites séries ces ouvrages de grande valeur pour permettre à tout le monde d'y avoir accès. vignette|265x265px|Charles Ephrussi, historien, critique d'art et grand collectionneur, collaborateur au Bulletin du bibliophile. Techener décède le 10 juin 1873 à Neuilly-sur-Seine des suites d'une longue maladie. Il est enterré au cimetière de Montmartre. L'académicien Silvestre de Sacy et l'écrivain Paul Lacroix lui rendent hommage dans le numéro du Bulletin du bibliophile suivant son décès

Descendance Jacques-Joseph Techener, de sa femme Anne Jean Désirée Deremarque, a eu deux enfants :

Joseph Léon Techener (1832-1888), qui continue l'œuvre de son père, que ce soit sa société d'édition ou le Bulletin du bibliophile, d'où descendance ; Léonie Isabelle Techener (1839-1913), d'où descendance

Son fils et successeur Léon Techener (1832-1888) lui dédia son ouvrage Bibliothèque Champenoise (1886, réimprimé en 1972), dans la préface duquel il inséra une Notice sur Jacques-Joseph Techener, par M. S. de Sacy et le Discours prononcé le , sur la tombe de J.-J. Techener, par M. Paul Lacroix.

Publications vignette|279x279px|Paul Lacroix par Nadar.