L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Heilles, dans l'Oise, en France. Son clocher central est roman et date de la première moitié du , mais la base fut reprise en sous-œuvre vers le milieu du , et a perdu son caractère roman. La reprise a permis de relier les croisillons du transept à la fois au chœur et à la nef par des passages berrichons, cas unique dans la région. Le chœur fut reconstruit au milieu ou pendant la seconde moitié du dans un style gothique rayonnant un peu rustique, avec des chapiteaux et des clés de voûte sans décor sculpté. Il est néanmoins intéressant pour représenter l'un des rares exemples de l'application de ce style à des petites églises rurales. Le transept suivit peu de temps après, et ne fut apparemment pas voûté. La nef unique, rebâtie à la même époque, conserve son plafond lambrissé d'origine, tandis que les croisillons furent équipés de voûtes factices pendant la seconde moitié du . La croisillon nord subit des remaniements plus importants, et est presque exclusivement néo-gothique. Du bas-côté nord de la nef, ne subsistent plus que les grandes arcades bouchées. L'église Saint-Martin a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy, et les messes dominicales y sont célébrées que quatre à cinq fois par an, le samedi à 18 h 30.

Localisation

L'église Saint-Martin est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans la vallée du Thérain, au pied du versant septentrional du plateau de Thelle, sur la commune de Heilles, à la sortie est du bourg en direction du hameau de Mouchy-la-Ville et Mouy, rue de l'Église (RD 512), près de la mairie-école. Elle est entourée de l'ancien cimetière, bien visible depuis la route, et dégagée d'autres constructions. L'élévation méridionale est alignée sur la route. Le site est dominé par un coteau boisé du côté sud, qui plonge l'église dans la pénombre la plupart du temps. Le manque d'ensoleillement et les eaux de ruissellement exposent l'édifice à des problèmes d'humidité permanents. Un peu plus au nord, s'étend le marais de Mouchy.

Historique thumb|left|Nef, vue sur le transept.

L'église est dédiée à saint Martin de Tours. L'histoire de la paroisse et de son église reste méconnue, et l'on ignore sa date de fondation. Tous les renseignements sur les différentes étapes de construction sont à tirer de l'analyse archéologique. La partie la plus ancienne de l'église est l'étage de beffroi du clocher, que les chapiteaux archaïques à volutes d'angle et à godrons, et la corniche beauvaisine très saillante., permettent de rattacher à l'architecture romane du début du . Il rappelle encore ce que devait être le clocher d'Hermes avant son effondrement.. La nef non voûtée pourrait remonter à la même époque, mais aucun élément conservé en élévation ne parle dans ce sens. Les fenêtres en tiers-point du côté sud ne paraissent pas être issues d'un remaniement, car les murs sont assez homogènes tout autour, et le portail occidental ainsi que le petit portail bouché du côté sud sont nettement gothiques. Les dessins qui se détachent en bas-relief sur les tympans évoquent les remplages des baies rayonnantes, et c'est justement au style rayonnant que se rattache le chœur. Mais les chapiteaux aux corbeilles nues, les clés de voûte non décorées, les bases détruites et les réseaux rustiques de ses fenêtres ne permettent pas de préciser la période de construction exacte, d'autant plus que l'authenticité des réseaux n'est pas assurée. thumb|upright|Verrière d'axe (1865).

C'est à une époque nettement plus tardive qu'appartient la base du clocher, dont les piliers et arcades ont été totalement reprises en sous-œuvre vers le milieu du . La sculpture reste à l'état d'ébauche, mais les ogives prismatiques de la voûte, qui s'inscrivent dans le style gothique flamboyant, et les arcades en plein cintre au sud, à l'ouest et au nord, qui annoncent la Renaissance, indiquent la période de transition entre ces courants d'architecture à l'époque indiquée. Plus problématique est la datation des deux croisillons du transept. Le croisillon nord, qui abrite la chapelle de la Vierge, fut reconstruit en 1855 aux frais de l'abbé Millière, vicaire général. Sa fausse voûte d'ogives, son absidiole, sa fenêtre du côté nord et sa rosace côté ouest sont néo-gothiques. Les traces de la jonction avec l'ancien bas-côté nord de la nef, ajouté puis démoli à des époques indéterminées, furent effacées lors de la création de la rosace. Le croisillon sud, ou chapelle Saint-Claude, subit une reconstruction analogue au dernier quart du , mais sans adjonction d'une absidiole. Les fenêtres du chœur furent « réparées » en 1865 aux frais de la commune, et quatre parmi elles furent dotées de vitraux en grisaille. La baie d'axe reçut une verrière polychrome...

Sous l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné de Mouchy-le-Châtel, de l'archidiaconé de Clermont, et du diocèse de Beauvais. Le collateur de la cure est le chapitre Saint-Michel de Beauvais. Il détient aussi un tiers de la dîme du village, les deux autres tiers revenant au chapitre de Mouchy. La cure est à portion congrue, et ses revenus annuels se limitent à vingt-quatre mines de blé, douze d'avoine, un cochon, une toison et un oison.. L'église Saint-Martin est inscrite aux monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy. C'est une très grande paroisse, qui s'étend sur dix-huit communes, et compte une vingtaine d'églises. Puisque le curé est seul à assurer le service paroissial, les célébrations se font rares dans les villages. À Heilles, les messes dominicales se limitent à la période hivernale de novembre à mars, et ont lieu le samedi à 18 h 30 en alternance avec Balagny-sur-Thérain et ..

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée un peu irrégulièrement, avec une nette déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme, et se compose d'un porche ouvert devant le portail occidental de la nef ; d'une nef unique non voûtée ; d'un transept débordant, dont la croisée sert de base au clocher ; et d'un chœur composé d'une très courte travée droite et d'une abside à sept pans. L'unique bas-côté de la nef, au nord, a disparu. Comme particularité, des passages berrichons font communiquer non seulement les croisillons avec la nef, mais également avec le chœur. Une tourelle d'escalier occupe l'angle entre nef et croisillon sud, et une sacristie se situe au nord du chœur. La nef est recouverte d'un berceau lambrissé. Les croisillons sont pourvus de fausses voûtes d'ogives en matériaux légers. La croisée du transept et le chœur sont voûtés d'ogives. Le portail occidental constitue l'unique accès à l'église. La nef et les croisillons possèdent des toitures à deux rampants couvertes de tuiles plates du pays, avec des pignons à l'ouest, au nord et au sud. Le chœur possède un toit à croupes également couvert de tuiles plates, et le clocher est coiffé d'une pyramide de charpente, couverte d'ardoise.

Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.

À l'instar de la plupart des nefs uniques de la région conçues pour ne pas être voûtées, son intérieur n'est qu'une simple salle rectangulaire. Ansacq, Barbery, Clairoix, Éméville, Hondainville, Mogneville, Pondron, Roberval, Rully ou Saint-Félix, sont quelques exemples de nefs uniques qui, comme Heilles, n'ont pas été munies de bas-côtés après coup, ou ont déjà perdu leur bas-côté, et qui n'ont pas non plus été voûtées. Dès le , et surtout à la période classique, beaucoup de ces nefs rustiques sont munies de fausses voûtes en berceau en bois plâtré. Au , se répandent les fausses voûtes d'ogives en matériaux légers, comme en témoignent les deux croisillons du transept (voir ci-dessous). À Heilles, subsiste le plafond lambrissé, qui est susceptible de dater d'origine, si la nef date bien de la même époque que le chœur, comme le suggèrent tous les détails de son architecture. Ce type de plafond n'est plus très fréquent, et se trouve encore à Bailleval, Catenoy, Hodenc-en-Bray, Mogneville, Monchy-Saint-Éloi, Pondron, Roberval, Saint-Martin-des-Champs (Paris), etc. Les sept entraits avec leurs poinçons reposent ici sur des corbeaux, et ne sont pas décorés de moulures ou d'engoulants.

Trois grandes arcades en arc brisé, non moulurées, aux arêtes même pas chanfreinées, ont été percées après coup dans le mur septentrional, sans reprise en sous-œuvre. De telles arcades, réduites à leur plus simple expression, se trouvent aussi à Duvy, Éméville, Ormoy-Villers, Pondron, Viarmes, Saint-Vaast-de-Longmont, etc. Le plus souvent, les arcades ménagées après coup ont au moins des tailloirs. Janny Noblécourt ne reconnait pas clairement ces arcades comme telles. Pourtant, ce n'est pas rare que le manque d'entretien conduit à la démolition des bas-côtés, voire de la nef tout en entier, comme à Cramoisy, Breuil-le-Vert, Duvy, Mogneville, Pondron, Rieux, Rouville, Rousseloy, et sans doute à Clairoix. L'appareil de tout-venant qui bouche les arcades ne se distingue guère de celui des murs, et dans la première arcade, une petite porte très basse, avec un linteau de bois, est déjà bouchée elle-même. Les baies épargnées dans les murs qui bouchent la deuxième et la troisième arcade sont en plein cintre, et puisque leur origine romane est évidemment à exclure, elles doivent dater de la Renaissance ou de la période classique. En dépit de l'existence de ces deux fenêtres, la nef est relativement sombre, car l'existence ancienne d'un portail au milieu du mur méridional réduit le nombre de fenêtres également à deux, et la première de ces deux baies en tiers-point est à moitié bouchée. En haut du mur occidental, le jour entre par l'unique fenêtre munie d'un remplage que possède la nef. Son pourtour est mouluré d'un tore, muni de bases très simples, et les meneaux des deux lancettes surmontées d'un oculus affectent une modénature aigüe, caractéristique de la période rayonnante tardive et du style flamboyant. Les deux écoinçons ajourés conservent des vitraux anciens, en mauvais état, ce qui permet d'exclure en l'occurrence une origine néo-gothique du réseau. En dessous de la baie, le portail est surmonté d'un arc de décharge en tiers-point.

Étant donné la sobriété de la nef, le regard est naturellement attiré par les trois arcades qui s'ouvrent sur les trois travées du transept. Au milieu, l'arc triomphal vers la base du clocher est en plein cintre, et a été repris en sous-œuvre au milieu du , comme déjà évoqué. Il retombe maintenant sur deux gros piliers cylindriques libres, partagés avec deux arcades disposés obliquement, du fait du manque de place. Ces arcades ne devaient pas exister, sous cette forme, avant la reprise en sous-œuvre. Leur position oblique est caractéristique des passages berrichons, qui relient directement, comme à Heilles, la nef aux croisillons du transept : dans des nefs de plan basilical, le raccordement se fait par les bas-côtés. Du temps de l'existence du bas-côté nord, l'église Saint-Martin présentait peut-être l'un des rares exemples d'un croisillon communiquant à la fois avec le bas-côté et la nef. Les arcades en tiers-point des passages berrichons ont été redécorées de moulures, de colonnettes à chapiteaux et de culs-de-lampe néo-gothiques, dans le cadre du remaniement des croisillons. Même si ces passages ne conservent donc plus leurs caractéristiques d'origine, ils demeurent intéressants pour la rareté de cette disposition dans la région : l'on ne peut guère citer qu'Ableiges, Arthies, Belle-Église, Brignancourt, Delincourt, Marquemont, Moussy, Nogent-sur-Oise, Villers-sous-Saint-Leu et Saint-Martin-des-Champs. À Catenoy et Puiseux-Pontoise, les passages berrichons ont disparu à la suite de remaniements.

Base du clocher thumb|upright|Vue vers l'ouest.