thumb|upright=1.5|La Vierge parmi les vierges (v. 1488)Tableau du Maître de la Légende de sainte Lucie, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.. est une antienne. À l'origine, il s'agissait de la huitième des grandes antiennes « Ô » de l'Avent dans le rite romain ancien. À partir de la Renaissance, ce chant tomba quasiment dans l'oubli.
Depuis 2019, l'Église anglicane en Amérique du Nord fait chanter cette antienne le , tout comme son ancienne tradition selon le rite de Sarum.
Texte latin françaisÔ virgo virginum, quomod fiet istudquia nec primam similem visa es,nec habere sequentem ?Filiæ Ierusalem, quid me admiramini ?Divinum est mysterium hoc quod cernitis.Ô Vierge des vierges !comment cela se pourra-t-il faire ?Nulle autre n'a jamais été, ni ne pourra jamais être semblable à vous.Pourquoi vous étonnez-vous de moi, fille de Jérusalem ?Ce que vous voyez est un mystère divin. Corpus antiphonalium officii Dans son catalogue, Dom René-Jean Hesbert en classifia comme CAO4091.
Historique Origine En effet, dans le fonds ancien du rite romain, il existait quelques groupes d'antiennes. Il s'agissait des compositions non bibliques mais surtout littéraires, qui peuvent être classées en trois groupes. Pendant le temps de l'Avent, c'était de grandes antiennes « Ô » de l'Avent tandis que pour Noël et l'Épiphanie il s'agissait des antiennes qui se commençaient par l'incipit Hodie (aujourd'hui). Un autre groupe était des antiennes en dialogue (Il est à remarquer que l'O virgo aussi possède cette caractéristique). On y constate l'influence de la liturgie byzantine. Ainsi, la psalmodie en solo de l'Église catholique est directement issue de la liturgie hébraïque selon le texte biblique alors que la psalmodie alternée à deux chœurs naquit vers 375 sous Basile de Césarée en Orient.
La question qui reste encore de nos jours est, d'après les études récentes, que le temps liturgique de l'Avent n'existait pas à Rome avant le p. 59, note n° 143.
L'hypothèse pour cette dernière se maintient, car l'Avent fut importé de la Gaule dans laquelle l'évangélisation avait été effectuée par les prêtres grecs tel Irénée de Lyon.
Mentions dans les documents anciens Avec les sept grandes antiennes « Ô » de l'Avent, la huitième Ô virgo virginum se trouverait dans le Responsorial de saint Grégoire le Grand († 604), publié tardivement en 1774Revue bénédictine, p. 514, 1885-1886 . Ces huit antiennes étaient réservées aux vêpres pendant une semaine avant la Nativité. La publication présente le titre de manuscrit, Antiphonario Vaticanæ Basilicæ et la page 28, mais sans cote. Encore faut-il retrouver ce manuscrit en manière critique, pour confirmer ce renseignementÀ vrai dire, il reste peu d'indices sûrs au regard de la liturgie de l'époque de saint Grégoire. Les témoignages apparurent très tardivement, par exemple les mentions de Jean Diacre (†880) avec moins de certitude (voir The Oxford History of Christian Worship, p. 244, Oxford University Press 2006 )..
Manuscrit de texte le plus ancien Le document le plus ancien qui conserve le texte actuel est le manuscrit latin 17436 de la bibliothèque nationale de France, dit antiphonaire de Compiègne copié en 877 ou avant, et préparé sans doute en faveur de l'inauguration de l'abbaye Saint-Corneille de CompiègneNotice Bnf .
Théoriquement, il s'agissait d'une copie des manuscrits que le Saint-Siège avait expédies de RomeD'une part, il existe des lettres des papes qui mentionnaient les expéditions des livres. D'autre part, les manuscrits grégoriens les plus anciens gardaient les stations qui précisaient les églises de Rome où le pape faisait les célébrations. Informations tout à fait inutiles en Gaule, mais ce qui manifestait l'authenticité du rite..
L'Expectation de l'Enfantement de la Sainte Vierge L'antienne Ô Virgo Virginum est étroitement liée à la fête de Notre Dame de l' « Ô », célébrée en Espagne, le , huit jours avant NoëlAlbert Cook, The Christ of Cynewulf, p. 39, 1900 Adolphe-Charles Peltier, Dictionnaire universel et complet des conciles, p. 975 . Son origine est vraiment ancienne, à partir du dixième concile de Tolède tenu en 656. Ce concile fit créer cette fête, dans le contexte théologique, sous titre de l'Expectation de l'Enfantement de la Sainte Vierge. L'antienne est chantée dans l'office des vêpres de cette Expectation.
Indice dans le chant vieux-romain Un manuscrit copié au précisait l'usage de l’Ô Virgo Virginum au Vatican. Il s'agissait de l’Antiphonale officii, manuscrit B79 des archives Saint-Pierre de la Bibliothèque apostolique vaticane . Cet antiphonaire n'était pas celui du chant grégorien mais celui du chant vieux-romain, plus ancien et qui restait singulièrement en usage à la chapelle du VaticanCe chant était déjà pratiqué à Rome, lorsque les religieux carolingiens commencèrent à composer le chant grégorien au .. Dans le manuscrit, l’Ô virgo virginum se trouve à la fin de sept antiennes « Ô »Les livres anciens mentionnaient souvent que les sept antiennes aurait été fixées par le pape Pie V, sans connaître le chant vieux-romain . Le bréviaire de Pie V, publié en 1568, n'est pas disponible en ligne (le 22 août 2021)..
Reprise dans le chant grégorien
Rite de Sarum en Angleterre Le calendrier liturgique de grandes antiennes fut introduit au Royaume-Uni, à la suite de l'installation de Guillaume le Conquérant († 1087). Ce dernier fit établir, à la cathédrale de Canterbury, le rite de Sarum, une hybridation du rite de Rouen et la liturgie locale anglaise, selon lequel furent constituées les huit antiennes y compris Ô Virgo Virginum réservée au . En effet, la dévotion pour la Sainte Vierge y était si profonde. Même après la réformation, les églises anglicanes garderont cette pratique en huit antiennes.
Changement d'usage liturgique Rien n'est certain sans consulter les manuscrits. En fait, à partir du dans les pays germaniques, les antiennes d' « Ô » supplémentaires furent composées, soit pour enrichir le répertoire, soit pour réaliser le nombre des 12 Apôtres. Au contraire, à Rome et ailleurs, on gardait encore huit antiennesIl s'agit de ce que Dom René-Jean Hesbert constatait pour son groupement du chant grégorien, ouest (latin) et est (germanique)..
L'antiphonaire dit de Poissy est un témoin de ce changement (bibliothèque d'État du Victoria, manuscrit 096.1 R66A). Dans ce manuscrit pour l'ordre des Prêcheurs et copié vers 1340, les sept grandes antiennes « Ô » de l'Avent se trouvent successivement sur les folios 30v - 31v alors que l’Ô Virgo Virginum est tout à fait séparée, sur le folio 392r, d'après lequel la fonction de cette dernière était différente dans la liturgie des dominicainsIl est à noter qu'à cette époque-là (), les dominicains ne favorisaient pas la conviction de l'Immaculée Conception au contraire des franciscains (voir l'article Tota pulchra es Maria)..
Liturgie locale En dépit de ce changement, le calendrier ancien était maintenu auprès de quelques diocèses. Ainsi, une chronique de l'archidiocèse de Rouen racontait sa pratique particulière et distinguée, qui se continuait encore en 1452 : La tradition ne disparut pas même à Paris. En 1727, Jean Grancolas mentionnait l'ancienne coutume parisienne dans son Commentaire historique sur le bréviaire romain, avec les usages des autres églises particulières et principalement de l'Église de Paris :
Une polyphonie en usage au Vatican Les deux manuscrits du motet de Josquin des Prés († 1521), en fait en contrafactum, se trouvent dans la Bibliothèque apostolique vaticane, en tant que manuscrit Cappella Giulia XII-4 copié en 1536 ainsi que manuscrit Cappella Sixtina 46. Il s'agit d'un précieux témoignage que l'antienne de ce compositeur était en usage au VaticanUniversité d'Oxford . Comme l'œuvre se trouve indépendamment et non avec d'autres antienns « Ô », on peut considérer que son usage était particulier. Faute de rubrique, on ne sait pas à quel moment cette œuvre était chantée. Il est à noter que le codex Cappella Giulia XII-4, qui était en usage dans cette chapelle, est un manuscrit très important, car il était lié à la famille delle Rovere de laquelle le pape Jules II († 1513) était le membre. Il n'était autre que le fondateur de cette chapelle Jules (Giulia).
Usage actuel Selon la reforme liturgique après le concile Vatican II, l'usage se conserve pour l'antienne de l'Avent, dans le Calendarium Concilii Vaticani IIAcadémie de chant grégorien .
Rite anglican En ce qui concerne le rite anglican, la pratique de grandes antiennes « Ô » de l'Avent fut rétablie au avec l'usage de la langue latineHoratio Nicholson, The Appendix Hymnal, p. 13, 1870. En effet, les calvinistes avaient ruiné l'utilisation du latin dans la liturgie. Après la Deuxième guerre mondiale aux États-Unis aussi, ses fidèles continuaient encore à chanter cette huitième antienne au The Living Church, le 12 décembre 1948, p. 13 .
Or, le supérieur décida de suivre le calendrier catholique, c'est-à-dire à partir du , selon lequel l’O virgo virginum est finalement omise (The Hymnal 1982)Adrian Leak, Archbishop Benson's Humming Top, p. 17 - 18, 2018 .
Décision récente, c'est la restauration de l'ancien calendrier et la coutume. Le dernier livre de prière de l'Église anglicane en Amérique du Nord (2019) fit les rétablir avec huit antiennesSite Liturgical Calendar of the Anglican Church in North America (hormis le calendrier Episcopal 1979).
Antienne officielle d' « Ô » de l'Avent pour le , dans le livre de prière auprès de l'Église anglicane : 1662 : O Virgo Virginum (insérée dans le Livre de la prière commune) 1979 : O Emmanuel (facultative) 2019 : (Amérique du Nord) O Virgo Virginum
Pitance
thumb|upright=1.1|Œuvre du dit Maître de la Virgo inter Virgines (vers 1495).
Mise en musique
À la Renaissance Josquin des Prés (vers 1450 - † 1521) : motet à 6 voix, NJE24 10 Notice Bnf Pierre de Manchicourt (vers 1510 - † 1564) : motet à 6 voix pour la fête de l'Immaculée Conception (1534)Notice Bnf
Influence sur les Beaux-Arts
Il est vraisemblable que l'antienne avait inspiré quelques peintres, qui laissèrent leurs œuvres sur ce sujet. Elles sont normalement intitulées Virgo inter Virgines (La Vierge parmi les vierges). Ce genre avait apparu vers 1400Didier Martens, Entre l'Italie et les Flandres, p. 36, 1997 .
Notes et références Notes
Références bibliographiques Prosper Guéranger, L'Année liturgique, première section, L'Avent, édition, Julien, Lanier, Cosnard et Cie, Paris 1858
Daniel Saulnier, Des Variantes musicales dans la tradition manuscrite des antiennes du répertoire romano-franc, thèse de doctorat, Paris 2005
Autres références
Voir aussi Articles liés Traditions des antiennes « Ô » de l'Avent Grandes antiennes « Ô » de l'Avent Les « Ô » en Espagne Les « Ô » en Angleterre Antienne
Liens externes
Notices Antiphona, Académie de chant grégorien (Belgique) Synopsis O Virgo Virginum, université de Ratisbonne
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