Bilal Hadfi, né le à Jette (Belgique) et mort le à Saint-Denis (France)., est un terroriste djihadiste français d'origine marocaine ayant grandi et résidé en Belgique, dans la commune de Neder-Over-Heembeek.
Il fait partie du commando des trois kamikazes du Stade de France lors des attentats du 13 novembre 2015 en France, l'attaque terroriste la plus meurtrière perpétrée en France sous la , se faisant exploser à proximité du restaurant McDonald's près de l'enceinte sportive. Hadfi était connu pour son engagement radical au sein de l'État islamique, après être parti en Syrie en . Il est le plus jeune membre du commando terroriste impliqué dans ces attentats.
Biographie
Enfance et radicalisation Orphelin de père depuis l'âge de douze ans, Bilal, dernier d'une fratrie de quatre enfants, a grandi d'abord à Jette puis dans la cité de Versailles à Neder-Over-Heembeek, dans le nord de Bruxelles, avec sa mère, ses frères et sa sœur. Sa famille est française d'origine marocaine, mais habite en Belgique depuis de nombreuses années. Un enquêteur belge le décrit comme un garçon . Sa sœur témoigne également qu'il était, malgré son sourire, un enfant mal dans sa peau, et qu'il buvait de l'alcool depuis l'âge de 12 ans. Dans le cercle familial, il était surnommé .
Il fréquente jusqu'en cinquième le collège néerlandophone catholique Sint-Pieterscollege de Jette. Ses camarades le décrivent comme un garçon de petite taille, sociable, qui . Passionné de jeux vidéo, il pratique également la natation et le taekwondo avec assiduité, atteignant un niveau avancé.
En 2010-2011, il poursuit sa scolarité à l’Institut Anneessens Funck, dans le centre-ville de Bruxelles. L’une de ses enseignantes témoigne de son intérêt marqué pour la politique, qui animait les débats en classe. Cependant, d'après elle, ses idées se sont progressivement radicalisées, vers 2014-2015, il a cessé d’écouter de la musique, et affirmé que sa future épouse devrait se voiler pour éviter d’être agressée. L'une de ses camarades de classe témoigne qu'a cette même periode, avoir remarqué qu'il était devenu plus pratiquant, qu'il avait arrêté de consommer de l'alcool, et qu'elle se doutait « qu'il était pour le combat ».
Entre 2011 et 2015, il est connu pour des faits de délinquance notamment du vol, du recel, et des stupéfiants. Sur les réseaux sociaux, Bilal, habitant d'un quartier miné par le chômage et la petite délinquance, s'affiche avec de grosses voitures, des liasses de billets neufs, des propos anti-police et des poses de rappeurs.
Un enquêteur belge révèle que, dès l'été 2014, Bilal affichait sur son profil Facebook son soutien à la cause palestinienne, puis la Syrie. Des recherches sur les nasheed (chants islamiques) et le sham (région du Levant, souvent associée à la Syrie dans le contexte djihadiste) ont également été retrouvées parmi ses activités en ligne. Vers la fin 2014, son discours sur les réseaux sociaux est de plus en plus radical et le vocabulaire se fait plus guerrier et religieux : il y exprime d'abord un mépris marqué pour les actions pacifiques, comme les manifestations de soutien à la cause palestinienne, qu'il juge inefficaces, tout en appelant explicitement à une mobilisation armée au nom du « terrain d'Allah ».
Attentat contre Charlie Hebdo et départ en Syrie Après l'attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, ses propos en ligne deviennent ouvertement menaçants : il évoque, avec une ironie cynique, un projet d'attentat contre la presse belge.
En classe, et devant les élèves, il défend ouvertement les attaques intervenues en France, déclarant que et que . Malgré les alertes de son enseignante, la direction de l’établissement n’a pas donné suite, par crainte de stigmatisation.
D'après Le Monde, au moins un des proches de Bilal, de la cité de Versailles, aurait déjà séjourné en Syrie. Il pourrait s'agir d’Abou Islam Al-Belgiqi, connu pour avoir posé, sourire aux lèvres, à côté d’un corps décapité. De même, des liens auraient été établi entre Bilal et des membres de la famille Abdeslam.
Peu de temps avant son départ, selon sa sœur, il s’était mis à prier et fréquentait, la mosquée tous les jours, à Molenbeek. D'après sa mère, il avait arrêté de consommer de l'alcool et du cannabis.
Le , il écrit sur Facebook : . Il quitte le foyer familial, le , prétextant selon sa mère, des vacances au Maroc, pour aller sur la tombe de son père. Il part de Bruxelles, pour la Turquie à Antalya puis Gazientep, et rejoint l'État Islamique en Syrie le . Il commence aussitôt son entraînement de combattant. Sa mère fait le choix de ne pas prévenir les autorités, afin selon elle qu’il ne soit pas incarcéré s’il décidait de rentrer. Pour autant, il fait l'objet d'un signalement aux autorités dès le mois de mars pour son départ en Syrie. Comme les frères Abdeslam, il figure sur une liste de l’Organe belge de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM), qui compte huit cents noms.
Durant les mois qui suivent, il déclare à ses proches et poste sur les réseaux sociaux des photos avec son AK-47. En mai, il dit à sa mère qui l'implore de revenir en Belgique, que . Il aurait alors fait la rencontre d'Abdelhamid Abaaoud, l'un des responsables de l'organisation des attentats du .
Retour en Europe et préparation des attentats Fin juillet, il annonce à sa mère, qu'il ne donnera plus de nouvelles et qu'il s’apprête à partir dans un camp d'entrainement pour trois mois. En réalité, il est très probablement en route pour l'Europe. ll est localisé en août en Turquie, et en Grèce, notamment à Athènes et Thessalonique. Il passe par la Serbie, et la Hongrie, le , où il retrouve Chakib Akrouh (l’un des trois assaillants des terrasses parisiennes). En Hongrie, à Kiskoros, ils se procurent des cartes SIM pour rentrer en contact avec Salah Abdeslam, qui vient les chercher le .
Le , à Schaerbeek un appartement est loué pour une durée d'un an, sous fausse identité, dans lequel les enquêteurs belges retrouveront ses empreintes digitales, celles de Salah Abdeslam, et de Chakib Akrouh ainsi que du matériel destiné à la préparation d'explosifs. Un autre appartement est loué à Charleroi le , dans lequel les enquêteurs trouveront à nouveau les empreintes de Bilal, ainsi que celles d'Abdelhamid Abaaoud.
Environ un mois avant les attentats, Bilal se rend à plusieurs reprises dans une librairie islamique située près de la planque de Charleroi. Il y cherche des ouvrages décrivant le paradis ainsi que des invocations phonétiques pour effectuer ses prières, ne maîtrisant pas l'arabe. Le vendeur, remarquant sa foi approximative, mais également son inquiétude sur le sujet du paradis, le met en garde contre la tentation de Daech, sans pour autant se douter qu'il avait devant lui l'un de ses membres.
Le , les trois véhicules du commando terroriste quittent Bruxelles et la Belgique pour Paris. L'équipe des terrasses ainsi que celle du Stade de France, s'installent dans un pavillon loué pour la semaine à Bobigny. Ils terminent probablement ce soir là, la préparation de leurs ceintures explosives, car un rouleau de scotch sera retrouvé dans la maison. Attentats du 13 novembre vignette|Localisation des explosions aux abords du Stade de France à Saint-Denis au soir du 13 novembre.|gauche Le , la Renault Clio de Salah Abdeslam stationne entre 18 h 20 et 19 h 20, au terminal 2C de l'aéroport de Roissy. Le téléphone de Bilal borne à cet endroit également. Ni l'enquête, ni les interrogatoires d'Abdeslam ne parviendront à déterminer les raisons de ce déplacement.
La voiture est de retour à Bobigny, puis quitte le pavillon à 20 h 38, avec Bilal et les deux terroristes irakiens, tous trois équipés de ceintures explosives. Vers 21 heures, Abdeslam dépose les membres du commando aux abords du Stade de France. Bien qu’il ne soit pas établi que le commando soit arrivé en retard par rapport au plan initial, les enquêteurs relèvent un détail troublant : à cette heure, le public venu assister au match France-Allemagne est déjà à l’intérieur du stade. Il devient donc impossible pour eux de se mêler à la foule et, par conséquent, de causer un grand nombre de victimes.
Les trois hommes sont aperçus par une caméra de surveillance à , marchant côte à côte en direction de la porte A du stade. L'un d'entre eux est au téléphone. Sans billets, ils errent aux alentours du stade pendant plusieurs minutes. Selon un membre de la police judiciaire, il est difficile d'imaginer, qu'ils aient réellement pensé à rentrer dans le stade avec leur ceintures, en raison des palpations qu'ils auraient dû subir par les agents de sécurité. Pourtant, un agent de sécurité du stade et témoin, affirme avoir empêché à plusieurs reprises un terroriste, qu'il a identifié comme Bilal, qui n'avait pas de billet, de rentrer dans le stade. Ce témoignage est confirmé par le rapport de l’enquête sur les attaques terroristes, qui affirme que l’un des trois kamikazes a tenté, en vain, entre 21 h 05 et 21 h 25, d’entrer à quatre reprises dans l’enceinte, où se jouait le match entre la France et l’Allemagne, afin de se faire sauter au milieu de la foule dans les tribunes. Par ailleurs, François Molins, procureur de la République de Paris, avance une hypothèse : les membres du commando auraient pu naïvement croire qu’ils pourraient pénétrer dans le stade sans billet, méconnaissant les strictes procédures de sécurité en vigueur pour les grands matchs internationaux, qui rendent toute entrée impossible sans titre valide.
Entre et , les deux terroristes irakiens déclenchent leur ceintures explosives l'un après l'autre, tuant une personne. Juste après, la seconde explosion, comme l'ont révélé les investigations téléphoniques, Bilal a un échange d'une trentaine de secondes avec Abaaoud, le coordinateur des attentats. vignette|Le McDonald's aux abords du Stade de France, lieu devant lequel Bilal Hadfi s'est fait explosé, quelques jours après les attentats du 13 novembre. Alors que l'attaque du Bataclan a déjà commencé et qu'une prise d'otages va bientôt commencer, tandis que l'équipe des terrasses a terminé ses massacres, Bilal active sa ceinture d'explosifs à 21h53, soit pratiquement une heure après son arrivée sur le lieu du stade et une vingtaine de minutes après les deux autres terroristes. Il se tue devant un McDonald's, à environ 500 m de l’entrée sud-est du stade, blessant onze personnes. Une passante constate des morceaux de corps sur ses vêtements et la tête du terroriste au sol, arrachée de son corps.
Lendemain des attentats, enquête et procès
Enquête autour de l'attaque du Stade de France Concernant l'attentat contre le Stade de France, l'enquête tente de percer le mystère du faible bilan humain causé par l'explosion des trois terroristes. En effet, l'action combinée des trois hommes n'a tué qu'une seule personne et a fait plusieurs dizaines de blessés, un bilan bien inférieur à ce qu'une bombe aurait pu occasionner lors d'une rencontre à laquelle assistaient 70 000 spectateurs.
Le préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Galli, admet notamment que . Un enquêteur s'interroge : .
Les enquêteurs s’interrogent également sur les raisons qui ont poussé Bilal à activer sa ceinture explosive à un endroit où il n'a tué personne d'autre que lui-même (mais blessé onze personnes). Le préfet de Seine-Saint-Denis déclare : .
Les raisons de leur bilan limité n'ont toujours pas été clairement établies à ce jour, bien que plusieurs hypothèses aient été avancées (arrivée en retard, impossibilité d'entrer dans le stade faute de complicité, explosions synchronisées avec l'attaque du Bataclan, remords ou regrets, etc.).