La révolte kanak de 1917 est un soulèvement de tribus kanaks contre l'administration coloniale française de la Nouvelle-Calédonie dans le contexte de la Première Guerre mondiale.
D'une part, la Grande guerre en France entraîne une pression supplémentaire pour l'approvisionnement en denrées et en mobilisation de soldats dans les colonies. Certains colons français sont contraints d'étendre leurs élevages sur des territoires habités par des Kanaks pour répondre à la demande de l'administration coloniale. D'autre part, bien que le code de l’indigénat soustraie les Kanaks à la conscription dans les armées françaises, l'administration coloniale demande l'« engagement volontaire » de tribus kanaks en leur faisant faussement miroiter des droits et des gains territoriaux.
Les autorités françaises organisent un pilou à Tiamou en pour désamorcer les tensions grandissantes entre les tribus animistes d’Atéou et de Tiamou et les catholiques de Koniambo. Le chef de Tiamou, Noël Néa Ma Pwatiba, se ravise le jour de la cérémonie et brûle sa case en signe de révolte contre l'autorité française. Après l'arrestation de membres de sa tribu, Noël de Tiamou se réfugie dans la brousse et entame avec d'autres membres de tribus animistes, dont Cavéat, chef de Ouen-Kout, une forme de guérilla contre l'administration française qui les traque dans les montagnes jusqu'en . Les autorités françaises offrent une récompense pour la capture de Noël de Tiamou qui est finalement décapité le . La révolte est suivie par un procès à Nouméa en 1919 ; 78 hommes sont jugés, 61 condamnés et 2 guillotinés en 1920.
Contexte général de colonisation
Politique de colonisation La colonisation civile libre, puis organisée, ou du moins encadrée, se développe pour la culture de la canne à sucre, du café, du coton, ou l’élevage, futurs Caldoche(s), et s'accompagne de personnels administratifs à résidence temporaire (Zoreilles).
La colonisation pénale, (au bagne de Nouvelle-Calédonie) (1864-1924), importe une population nouvelle, destinée ou non à demeurer sur le territoire, à la fin de sa peine. Elle se double de la déportation de communards, et d'opposants des autres colonies, dont l'exil d’Algériens kabyles rebelles.
Assez rapidement, est décrétée l'amnistie de communards, et l'installation de certains, dont Claude Petitjean (De la Commune de Paris à l’œuvre de colonisation par Luc Legeard).
Enfin, pour le travail minier (dont le nickel), mais aussi pour les plantations et l'élevage, on fait appel à une main d'œuvre, sous contrat, d'origine asiatique (Tonkin, Java, Inde, Chine, Japon), et océanienne (Nouvelles-Hébrides/Vanuatu).
Côté non mélanésien Les colons s'installent sur des terres réputées disponibles, selon l'administration, et, de fait appartenant ou ayant appartenu aux populations autochtones, et mises à disposition par l’administration, sous forme de concessions.
La politique foncière est ainsi faite de confiscations, d'expropriations, d'accaparements, de spoliations, entraînant la constitution de petites, grandes (et très grandes) exploitations agricoles « européennes ». Diverses tentatives de culture ne réussissent pas : canne à sucre, café, coton…
Pour nourrir la colonie, se met en place un élevage bovin extensif, (le pic des têtes est atteint en 1917). La divagation, intentionnelle ou non, de bétail, dû au refus de clôture des élevages provoque la destruction de tarodières, champs d'ignames et autres cultures vivrières kanaks.
L'incendie éventuel, accidentel, d'installations kanak prépare le terrain à des extensions, d'autant que n'est guère octroyé un droit de passage des mélanésiens sur les anciennes terres.
Côté mélanésien, autochtone, kanak Au fur et à mesure du front de la colonisation, les populations autochtones sont déplacées (par installations, familles, clans, villages, vallées), avec relégation sur des terrains de moindre qualité : montagne à chèvre, roche nue, marécage, terre inondable, colline infertile, surface trop minéralisée. Puis, ce sont les assignations à résidence, cantonnements, « réserves »…
Le déracinement et la déstabilisation de l'économie vivrière mélanésienne entraînent une sous-alimentation, accentuée par l'alcoolisation et le tabagisme.
Les réserves ont eu pour conséquence la ségrégation spatiale et sociale ; « Les réserves ont été un frein à l'intégration des mélanésiens autochtones et à leur adaptation au monde moderne ». « Délimitées sur la Grande Terre sans tenir compte des territoires réels de chaque clan, regroupant par le cantonnement des clans différents parfois ennemis, isolant les groupes, établies dans l'ignorance de la nature réelle de l'organisation coutumière, elles ont modifié les hiérarchies et les relations traditionnelles. Insuffisantes en sols et en espace, elles ont gêné l'extension des cultures commercialisables. »
Les structures sociales kanak sont disloquées : perte de terres coutumières, perte de grottes où reposent les restes des ancêtres, déracinement, perte d’identité, asthénie durable, dénatalité, abandon de pans entiers de la coutume. Le premier recensement officiel donne kanak en 1887, en 1891, en 1897, en 1901, ce qui constitue une véritable saignée : 5 % de la population mélanésienne. La population baisse, se maintenant à environ personnes (dont sur la Grande Terre) entre 1900 et 1920..
Aux maladies courantes (echtyma, impétigo, herpès, eczéma, éléphantiasis, hydropisies, conjonctivite blépharite, infections pulmonaires…) s'ajoutent les maladies importées : lèpre (1866, dès 1862 aux Loyauté, via des Samoans)http://leprosyhistory.org/file_db/NewCaledoniaFiles.pdf, dengue (1883, 1908), variole (1893), blennoragie, pian, syphilis (importée ou non).
La christianisation, double, se poursuit, attisant des dissensions religieuses entre tribus catholiques et tribus protestantes, et tribus réticentes ou soucieuses de préserver leurs cultures animistes. L'appropriation du christianisme par les Mélanésiens, acculturation, ou inculturation, ou adaptation partielle, des populations christianisées se fait avec la perte de certaines caractéristiques du mode de vie traditionnel kanak : imposition de la robe mission et du manou (hors Nouméa), destruction des huttes rondes (traditionnelles, adaptées, aérables, hygiéniques), imposition de constructions rectangulaires (inadaptées, inadaptables).
On vise à éradiquer les coutumes traditionnelles : destruction des pierres sacrées panyao, d'abondance ou de guerre, chargées par le rite de capture de l'esprit du mort (ko devenant rhee) (Maurice Leenhardt, 1935, 220).
La défaite kanak, à la suite de la grande révolte kanak de 1878, la conquête armée qui a suivi, les actions punitives, les réserves, tout conduit à une asthénie générale, marquée par une dépopulation (de à en 1850 à en 1900-1920 ).
Les Mélanésiens peuvent bénéficier du salariat auprès des colons (et des administrations) : ramassage du café, soin au bétail, domesticité, construction (routes, ports)… Mais, assez vite, ils sont concurrencés par la main d'œuvre immigrée, contractuelle en principe, plus malléable, mais tout aussi soumise aux abus de colons et de gérants des mines (trucage de comptes, de pesages…). Les Kanak sont à la fois (au sens où ils sont mis en réserves) et exposés aux abus ou maladresses des syndics du service des Affaires indigènes (SAI), qui sont souvent des gendarmes (24).
L'absence d'état-civil pour les seuls Kanak (dénomination, recensement, naissances-mariages-décès, filiation, adoption…) n'empêche pas la mise en place d'un impôt de capitation. La politique indigène se résume, pour l'ensemble des colonies françaises dans le monde, au statut ou régime de l’indigénat (1887-1946) : les Kanaks sont « sujets français » , et non pas « citoyens français ».
L'administration se défie globalement des chefferies traditionnelles (bouleversées) et met en place ses propres structures. Les pressions exercées sur les grands chefs, les petits chefs, exigences administratives, sur les chefferies administratives et les chefferies de clans, jouent du feuilletage des pouvoirs, et sont ressenties comme autant d'humiliations, potentielles ou réelles. On peut parler d'une sorte de nationalisme kanak latent (rapport 727 du , gouverneur Repiquet).
Le village kanak de l'Exposition universelle de Paris de 1889..... illustre bien l'image qu'on peut ou veut donner des populations autochtones.
Le tout se fait sur fond de rivalités ou de guerres coutumières, ou de chefferies, mais aussi de solidarités claniques ou tribales. Les guerres tribales (ou conflits tribaux) diminuent. Pourtant on note : la guerre de Hienghène (1897), opposant le grand chef de Tendo, Goa (mort en 1919), et le grand chef Bouarate (mort en 1915, frère de Doui Philippe Bouarate suicidé en 1919, tous deux détenus ensuite à Tahiti), la guerre de Poyes (Pwéï, 1901)., entre le grand chef Amane et le grand chef du district de Touho, Hippolyte, et le grand chef de Tipindjé, Kavéat, (Paix de Pamalé avec le chef Dui Amaan Bouillant Bulièg).
Toutes proportions gardées, il est légitime de penser au traitement américain, contemporain, des Nord-Amérindiens, ou au traitement (antérieur) des aborigènes d'Australie et des Maoris de Nouvelle-Zélande.
Contexte particulier de Première Guerre mondiale (1914-1918) Les ferveurs patriotiques européennes diffusent rapidement dans les divers empires coloniaux : colonies dans la Première Guerre mondiale.
Pour l’Océanie, sont concernés aussi bien l’empire colonial français, l’empire britannique, l’empire colonial néerlandais, que l’empire colonial allemand, dont les possessions sont rapidement occupées par les troupes alliées.
En Nouvelle-Calédonie, du fait du régime de l’indigénat, le recrutement des Kanaks comme soldats, tirailleurs ou supplétifs n’est pas possible. Mais leur engagement volontaire l’est. L’argumentaire de l’administration coloniale peut se résumer ainsi : La France a déjà beaucoup de bons guerriers, et n’a donc pas vraiment besoin des redoutables guerriers kanaks. Mais les grands guerriers kanaks sont invités à participer à la victoire finale, d’autant que, outre le lot commun (pécule, logement, uniforme, armement, nourriture, soins médicaux, hospitalisation, transport, rapatriement), des avantages sont promis : médaille(s), suppression de l'impôt de capitation, emploi réservé, citoyenneté, lot de terres en toute propriété.... Et des menaces sont également proférées pour les tribus qui n'enverraient pas de volontaires. Les volontaires sont en fait, globalement, des requis..
La mobilisation a ainsi concerné Blancs ou Européens (sur mobilisables, soit 8,48 %) et indigènes (sur non mobilisables, soit 5,39 %). Après défections, désertions, prises de clandestinité, actes divers de résistance, dans les deux groupes, soldats partent rejoindre les 177 néo-calédoniens déjà mobilisés en métropole : européens et 979 kanaks. Les Kanaks combattent principalement dans le Bataillon mixte du Pacifique, d’où leur surnom de Niaoulis. Pour mémoire, 575 néo-calédoniens sont déclarés morts pour la France : 382 Kanaks et 193 citoyens français.https://www.noumea.nc/sites/default/files/les_caledoniens_dans_la_grande_guerre.pdf.
Le départ à la guerre d’environ hommes perturbe la tenue des exploitations et la vie des villages. Le ravitaillement par la métropole est moins bien assuré. Les conditions de vie des de toutes les communautés se dégradent.
En 1916, puis en 1917, deux cyclones très violents causent de sérieux dommages.
Les faits Les archives militaires sont correctement documentées en rapports de tous ordres, mais les documents non militaires sont également pertinents : mémoires écrits de religieux et de colons, mémoire orale kanak….https://histoire-geo.ac-noumea.nc/IMG/pdf/grande_guerre_-_sylvette_boubin_boyer.pdf.