« Qui tue qui ? »Le français en Algérie : Lexique et dynamique des langues, page 472, Éditions Duculot, Bruxelles, 2002Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet, Paris Alger : Une histoire passionnelle. 2015. Éditions StockL'Algérie la désillusion, de Dominique Lagarde, avec la collaboration d'Akram Belaïd et Benjamin Stora.Groupe Express. 2011 Passion d'Algérie: chroniques de tourments et d'obsessions, de Badra Moutassem-Minouni. Éditions KARTHALA, 2006. est une formule résumant la thèse selon laquelle « on ne sait pas qui tue qui », durant la guerre civile algérienne, où le pays (entre 1991 et 2002) est dans un conflit armé opposant le gouvernement algérien, soutenu par l’armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes armés. Ce conflit coûta la vie à plus de ; d'autres sources avancent un bilan plus proche des Les guerres en Afrique depuis 1960. Statistiques mondiales.com . À cette époque, l’Algérie s’est retrouvée isolée sur le plan diplomatique et sécuritaire et souffre déjà d'un embargo militaire depuis 1993L'Algérie s'intègre dans l'Empire, par Bernard Ravenel. Confluences Méditerranée - Printemps 2003, page : 119.
Contexte Le Front islamique du salut (FIS) remporta le premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991 avec 188 sièges. Le second tour qui devait donner une victoire écrasante à ce parti n'eut jamais lieu. Les élections sont annulées le 11 janvier 1992 par la décision du cénacle militaire des généraux « janviéristes. » L'état d'urgence sera proclamé le et le FIS est dissous par voie judiciaire le .
À la suite de ce coup de force militaire, les islamistes s'en prennent d'abord aux symboles de l'État, six mois après l'annulation des élections, l'Algérie a basculé dans une violence aveugle ouverte. Assassinats d'intellectuels, de journalistes, de magistrats, de policiers ou de simples citoyens, ainsi que des ressortissants étrangers. Ces violences meurtrières sont attribuées au Groupe islamique armé (GIA). L'armée lance des grandes opérations « d'éradication » des maquis islamistes. Entre 1992 et 1998, la guerre fait chaque jour autant de morts.
Thèse de « Qui tue qui ? » Cette formule en vogue à l'époque, reste en partie d'actualité, employée par une pensée de groupe politico-médiatique très actif en Europe et surtout en France du pour désigner l'armée algérienne comme seule responsable des massacres sur les civils. Cette pensée de groupe concerne des journalistes, écrivains, éditeurs, avocats des droits de l'homme, anciens militants du Front islamique du salut (FIS) dont le mouvement Rachad, anciens militaires de l'armée algérienne ou personnalités politiques algériennes et étrangères . Les personnes adhérant à cette pensée de groupe sont désignées par la même formule, les « qui tue quistes » qui œuvrent pour le dédouanement des groupes armés islamistes en accusant l'armée algérienne d'avoir pris part aux massacres contre les civils, alors que la responsabilité de ces crimes est souvent imputée à l'époque aux groupes armés islamistes, l'Armée islamique du salut (AIS), le Mouvement islamique armé (MIA) et le Groupe islamique armé (GIA), ce dernier est le plus impliqué dans les massacres que les terroristes revendiquent eux-mêmes au nom du GIAGuy Spitaels, La triple insurrection islamiste, Fayard, 2005.
Plusieurs livres ont été publiés, des documentaires télévisés réalisés, des sites d'information et des chaines audiovisuellesLa liste des quelques livres, documentaires télévisés, sites internet et chaines de télévision, mettant en avant la thèse de « qui tue qui ? » : Habib Souaïdia, La sale guerre. La Découverte. 2001 Abdelkader Tigua et Philippe Lobjois, Contre-espionnage algérien : Notre guerre contre les islamistes. Nouveau Monde. 2008 Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d'États. La Découverte. 2004 Lounis Aggoun : La colonie française en Algérie. Collection Résistances. 2011 Lyes Laribi, L'Algérie des Généraux. Max Milo Éditions. 2007 Hichem Aboud, La mafia des généraux, Éditions Jean-Claude Lattès, 2002 Jean-Baptiste Rivoire, Le crime de Tibhirine, La découverte coll. « Cahiers libres », 22 septembre 2011 Nesroulah Yous, Qui a tué à Bentalha ?. La Découverte, 2000 Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires (, Canal+ 2002) de Jean-Baptiste Rivoire et Romain Icard sur la vague d'attentats commis en France en 1995 Bentalha, autopsie d'un massacre. (Envoyé spécial, (France 2), septembre 1999) de Jean-Baptiste Rivoire, Jean-Paul Billault, Thierry Thuillier et Bruno Girodon Le crime de Tibhirine (Spécial Investigation, Canal+), 19 septembre 2011, enquête réalisé par Jean-Baptiste Rivoire) Algeria-Watch, site d'information sur les droits humains en Algérie, très connu pour ses thèses de « qui tue qui? » Le Quotidien d'Algérie, site d'information généraliste « qui tue quiste ? » Mouvement algériens des Officiers libre (MAOL), site des officiers dissidents de l'armée algérienne Al Magharibia TV, chaîne de télévision, fondée par les membres du Front islamique du salut, basée à Londres, tous ses programmes au sujet de la période de la décennie noire reposent sur les thèses de « qui tue qui ? » ont vu le jour, en s'appuyant tous sur la thèse de « qui tue qui ? », souvent la plus avancée sur la responsabilité de l'armée algérienneL'Algérie la désillusion, de Dominique Lagarde, avec la collaboration d'Akram Belaïd et Benjamin Stora, Groupe Express, 2011.
Affaire des moines de Tibhirine au cœur de la thèse de « Qui tue qui ? »
La même thèse est souvent reprise par les médias français dans l'affaire de l'assassinat des moines de Tibhirine. Leur assassinat sera revendiqué par un communiqué du Groupe islamique armé (GIA) et leurs têtes retrouvées le au bord d’une route de montagne, non loin de Médéa. En l’absence des dépouilles des moines, de nombreuses hypothèses ont depuis circulé quant aux raisons et au scénario de leur mort. Deux thèses s’affrontent en vue d’éclairer cet événement tragiqueMalik Aït Aoudia, Séverin Labat, Le Martyre des sept moines de Tibhirine. Éditions Montparnasse, 2013.. D’un côté, la thèse de la responsabilité des autorités algériennes accusées d’avoir sciemment éliminé les moines devenus des témoins gênants dans un contexte de guerre civile sanglante ou alternativement, d’avoir passé sous silence une bavure militaire ayant conduit à la mort des religieux au cours d’une opération de ratissage dans le massif blidéen. De l’autre, la thèse de la responsabilité de la nébuleuse islamiste algérienne réunie autour du GIA et de son émir Djamel Zitouni. Le juge Marc Trévidic, chargé du dossier de cette affaire est l'un des tenants de cette thèse de « qui tue qui ? » .
Affaire Jean-Baptiste Rivoire - Didier Contant En 2004, le journaliste Didier Contant, qui avait combattu à plusieurs reprises la thèse de la responsabilité du régime militaire algérien dans l'assassinat des moines de Tibhirine, fait une chute mortelle d'un immeuble parisien. Les autorités françaises concluent à un suicide.
Quelques jours avant le drame, Rivoire avait été informé qu'un certain « Didier Contant » avait exercé, sur le territoire algérien, en compagnie d'un journaliste d'Algérie Presse Service, des pressions psychologiques sur l'épouse de l'adjudant du DRS Abdelkader Tigha, un témoin clé de l'affaire de Tibhirine en fuite à l'étranger qu'il venait d'interviewer. Il avait alors contacté quelques confrères parisiens susceptibles de connaître Contant pour savoir s'il travaillait « en liaison avec les services algériens ».
À la suite de ces appels téléphoniques et du décès de Didier Contant, Jean-Baptiste Rivoire est accusé par le journal Marianne et par la presse algérienne d'avoir volontairement contribué à sa mort.
En 2006, Jean-François Kahn est condamné pour avoir diffamé Jean-Baptiste RivoireCondamnation de J-F Kahn, directeur de Marianne pour diffamation, communiqué de Jean-Baptiste Rivoire. Puis, il est relaxé en appel.
Visé en outre par une plainte de l'une des compagnes de Didier Contant, Rina Sherman, pour « violences volontaires » en raison de ses appels téléphoniques, Rivoire est mis en examen. En , il est condamné à une amende contraventionnelle de 750 euros pour « violence volontaire »Rivoire condamné en première instance pour « violences volontaires », lesoirdalgerie.com. Mais en , la Cour d'appel de Paris relaxe finalement Jean-Baptiste Rivoire, estimant notamment que comme il ne « connaissait pas Didier Contant au moment des faits », il ne pouvait y avoir eu « infraction intentionnelle de violence volontaire »La Cour d'appel de Paris donne raison à Jean-Baptiste Rivoire, Communiqué de Me William Bourdon, .
Personnalités « Qui tue quistes » Hichem Aboud, auteur de La Mafia des généraux affirme que le Groupe islamique armé, opérationnel lors de la guerre civile algérienne, est une création du pouvoir algérien. Le livre est interdit en Algérie. José Garçon , journaliste à Libération ; Lounis AggounLounis Aggoun & Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crime et mensonge d'État., dont plusieurs pages de ce livre ont soulevé la thèse de « Qui tue qui ? ». La Découverte - 2004Lounis Aggoun, La colonie française en Algérie. Collection Résistances. 2011, journaliste indépendant, écrivain et militant des droits de l'homme, exilé en France ; Habib Souaïdia, écrivain et ancien des Forces spéciales de l'Armée algérienne, exilé en France ; Abdelkader TiguaAbdelkader Tigua et Philippe Lobjois, Contre-espionnage algérien : Notre guerre contre les islamistes. Nouveau Monde. 2008, ancien agent de contre-espionnage algériens, réfugié aux Pays-Bas ; . ; Nesroulah Yous, écrivain, réfugié en France ; Lyes LaribiLyes Laribi, L'Algérie des Généraux. pages 177 à 180. Max Milo Éditions - 2007, ingénieur et professeur de mathématique, exilé à l'étranger ; Noël Mamère, ancien journaliste et maire de Bègles ; Marc Trévidic, juge d'instruction, chargé du dossier de l'assassinat des moines de Tibhirine de à .
Notes et références
Articles connexes Département du renseignement et de la sécurité (DRS) Janviéristes Événements de janvier 1992 en Algérie Guerre civile algérienne Haut Comité d'État Plate-forme de Sant'Egidio Éradicateurs (Algérie) Didier Contant Jean-Baptiste Rivoire
Catégorie:Guerre civile algérienne Catégorie:Assassinat des moines de Tibhirine Catégorie:Terrorisme