L'église Saint-Gervais-et-Saint-Prothais est une église catholique paroissiale située à Bresles, dans l'Oise, en France.
Sa nef du compte parmi les plus anciennes du Beauvaisis, et est bâtie avec de petits moellons cubiques récupérés d'édifices gallo-romains détruits. Sur le pignon de la façade, se profile un crucifix en bas-relief. Toutes les baies et portes d'origine ont été bouchées, et des fenêtres néo-gothiques ont été percées vers 1840. L'intérieur se caractérise aujourd'hui par un décor néo-gothique vétuste. Les parties orientales du milieu du contrastent avantageusement avec cette nef. Elles sont d'un style gothique flamboyant tardif, qui intègre déjà des motifs de la Renaissance sur les culs-de-lampe et les clés de voûte. Mais le bel effet de l'ensemble vient surtout des arcs-doubleaux soigneusement moulurés et des voûtes d'ogives complexes à liernes et tiercerons. Particulièrement remarquable est le plan, qui comporte un vaisseau central de trois travées droites terminé par une abside à pans coupés, et deux collatéraux. Doubles de part et d'autre de la première travée, ils deviennent ensuite simples par la dilatation du vaisseau central. Ce plan est en partie imputable au positionnement de l'ancien clocher roman au-dessus de la première travée du vaisseau central. Son effondrement sur la nef, le jour de Pâques de l'année 1581, fait trente-sept morts, dont le curé. Le clocher est reconstruit au même emplacement, mais remplacé en 1853 par un clocher-porche néo-roman au nord.
L'église Saint-Gervais-et-Saint-Prothais est également intéressante pour son mobilier très complet. Elle a été classée aux monuments historiques par arrêté du . et est aujourd'hui au centre de la paroisse Saint-Louis, qui regroupe quatorze communes et quinze lieux de culte. Les messes dominicales y sont célébrées en l'église Saint-Gervais-et-Saint-Prothais tous les dimanches et fêtes à 10 h 30.
Localisation thumb|left|Vue depuis le sud-est.
L'église Saint-Gervais-et-Saint-Prothais est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, au nord du mont César et au nord-ouest de la forêt de Hez-Froidmont, sur le plateau picard, dans la ville de Bresles, place de l'Église. Elle est contigüe du château, ancienne résidence d'été des évêques de Beauvais, qui abrite, entre autres, la mairie. Le château se situe au nord-ouest de l'église, et la façade occidentale, qui ne comporte aucun portail, donne sur le jardin du château. La place de l'Église se situe au nord du chœur de l'église, devant lequel s'élève le puissant clocher-porche néo-roman de 1855. Il constitue le principal accès à l'église. Le chevet donne sur une ruelle, qui quitte la place vers le sud. Le passage de l'Église relie cette ruelle à la rue de la Chaussée, en se faufilant entre l'élévation méridionale de l'édifice et un mur. Ce passage dessert le portail sud de la nef.
Historique thumb|left|Nef, vue vers l'est sur le transept.
En 1015, Eudes II de Blois donne à son frère, Roger I de Blois, évêque de Beauvais, la moitié du comté de Beauvais en échange du château de Sancerre, dans le Berry. L'autre moitié du comté de Beauvais appartient, dès le , au chapitre de la cathédrale de Beauvais. Dans la charte relative à cet échange, Bresles est qualifié de villa episcopi, ville épiscopale, ce qui donne à penser que les évêques de Beauvais y disposent d'ores et déjà d'une maison de plaisance. Vers 1210, Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, la transforme en château-fort, le château de Bresles. Il reste, sous tout l'Ancien Régime, la résidence d'été des évêques de Beauvais. La paroisse est d'origine plus ancienne. Au troisième quart du , Guy, évêque de Beauvais, donne la cure à l'abbaye Saint-Quentin près Beauvais, fondée par lui-même vers 1067. Pour assurer le service paroissial, l'abbé envoie l'un de ses chanoine, et Bresles devient ainsi un prieuré. Le chanoine réunit les fonctions de curé et de prieur. Dans la bulle donnée par le pape Clément III en 1189 pour confirmer les privilèges de l'abbaye, saint Gervais est indiqué comme le seul patron de l'église. Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse relève du doyenné de Mouchy-le-Châtel, de l'archidiaconé de Clermont, et du diocèse de Beauvais... thumb|upright|Relevés effectués par le Woillez au cours des années 1840, avec la nef non encore remaniée et le clocher de la fin du . thumb|upright|Plaque commémorative de la construction du clocher en 1853.
L'on dispose de très peu d'éléments sur l'histoire de la paroisse et de l'église de Bresles. Il ne fait cependant pas de doute que la nef figure parmi les plus anciennes nefs uniques de la région, avec Notre-Dame-du-Thil (à Beauvais), , , Hermes, Montmille (commune de Fouquenies), , Therdonne, , etc. On peut les dater de la seconde moitié du , mais selon Dominique Vermand, certaines parmi elles pourraient même remonter à la fin du siècle précédent. Cette haute ancienneté est notamment reconnaissable grâce à l'appareil de petits moellons cubiques récupérés d'édifices gallo-romains détruits, dits pastoureaux, englobant souvent des assises de tuiles plates ; p. 123-124.. En l'occurrence, cet appareil règne à partir de de hauteur. Un autre signe distinctif est le crucifix en bas-relief sur le pignon, qui évoque la Basse-Œuvre de Beauvais et Montmille. — Le chœur roman est remplacé par un vaste complexe du style gothique flamboyant finissant vers le milieu du . Cependant, le clocher central roman est conservé dans un premier temps, mais subit peut-être une reprise en sous-œuvre totale qui le déstabilise. Le , jour de Pâques, le vieux clocher est renversé par un ouragan. Il s'écrase sur la nef, et fait trente-sept morts, dont le curé. Par la suite, le clocher est reconstruit selon l'ancien modèle, mais la flèche de pierre est remplacée par un dôme, comme à Saint-Pierre de Senlis.
Des transformations importants interviennent encore au . Après le passage de Louis Graves peu avant 1830, mais avant la visite d'Eugène Woillez au cours des années 1840, la nef est dénaturée par un remaniement assez radical. Les six petites baies en plein cintre de chaque côté sont bouchées, et de nouvelles baies en tiers-point sont percées. Le mur septentrional est recouvert d'un crépi, et l'intérieur est muni d'un plafond plat décoré de nervures, suggérant des croisées d'ogives et des liernes. Quelques années plus tard, au début des années 1850, le clocher central de la fin du est déconstruit, et un nouveau clocher néo-roman, mais avec une flèche d'inspiration gothique, est édifié au nord du transept. Il sert en même temps de porche, et est séparé du transept par une travée intermédiaire. Une plaque commémorative énumère les noms des deux maires successifs, du curé, l'abbé Joly, et des conseillers municipaux, qui ont décidé et accompagné le projet. L'inscription se termine par les mots . Ce clocher reprend toujours quelques-uns des caractéristiques de son ancêtre du premier quart du , dont l'agencement de l'étage de beffroi, et son caractère néo-roman ne se révèle qu'en regardant la construction de près. Ainsi, Eugène Lefèvre-Pontalis écrit en 1905 : .. Or, il échappe à l'auteur que le clocher qu'il a vu lui-même (il est né en 1862) n'est plus le même que signale Eugène Woillez. — L'église est classée aux monuments historiques par arrêté du . Depuis la création de quarante-cinq nouvelles paroisses à l'échelle du diocèse en 1996, elle est au centre de la paroisse Saint-Louis, qui s'étend sur quatorze commune réunissant quinze lieux de culte..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Régulièrement orientée, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église se compose de trois parties bien distinctes, à savoir la nef romane remaniée au cours des années 1840, mesurant à l'intérieur de largeur pour de longueur ; le clocher-porche de 1855 au nord du transept ; et le complexe de style gothique flamboyant formé par le transept, le chœur et ses collatéraux. Ces parties orientales se distinguent par leur plan à la fois complexe et original. À l'ouest, l'on dénombre cinq travées carrées dans le sens nord-sud, que l'on peut considérer comme transept avec des croisillons à deux travées successives. La travée médiane ou croisée du transept correspond à l'ancienne base du clocher jusqu'au début des années 1850, et constitue à la fois la première travée du vaisseau central du chœur. Cette travée et les deux travées adjacentes au nord et au sud sont ouvertes sur la nef ; les deux autres débordent par rapport à celle-ci. En comptant l'ancienne base du clocher, le vaisseau central du chœur comporte trois travées flanquées de collatéraux, et une abside à cinq pans. La deuxième travée du vaisseau central est de plan trapézoïdal, afin de permettre l'élargissement du sanctuaire par rapport à la base du clocher. Par conséquent, les travées des collatéraux de cette travée sont d'un plan dissymétrique, ce qui se manifeste notamment à travers le dessin des voûtes, et chacun des deux collatéraux ne compte plus qu'un seul travée à ce niveau. Cette transition de double collatéraux vers des collatéraux simples n'impacte pas l'alignement des murs extérieurs, qui sont parfaitement droits de la première à la troisième travée. À partir de la troisième travée du vaisseau central et des collatéraux, l'on revient vers un plan rectangulaire normal. Les collatéraux se terminent ensuite par des chevets plats. Le vaisseau central se continue par une abside à cinq pans, avec une partie droite relativement profonde, et deux pans obliques de la même largeur que le pan d'axe. L'ensemble des travées orientales est voûté d'ogives avec des dessins complexes à liernes et tiercerons. Concernant la couverture, chacun des collatéraux dispose d'un toit en bâtière indépendant, perpendiculaire à l'axe du vaisseau central, avec des pignons au nord et au sud. S'y superpose la toiture à deux rampants du vaisseau central, qui se termine par trois croupes à l'est.
Extérieur thumb|upright|Passage de l'Église. thumb|upright|Abside et clocher. thumb|upright|Clocher, étage de beffroi.
La façade occidentale, qui ne remplit plus cette fonction depuis longtemps car ne donnant pas sur la voie publique, est flanquée de deux contreforts plats orthogonaux à ses angles. Son appareil est constitué de pastoureaux jusqu'en bas du pignon. La porte, déjà bouchée en 1849, mesurait de largeur. En haut, la façade était percée de trois fenêtres en plein cintre, dont celle du milieu était un peu plus grande que les deux autres. Son imposte de droite est souligné par une assise de briques non saillantes, et le clé d'arc est flanqué de deux briques. Cette particularité n'existe pas sur les deux autres baies bouchées, à moins que le crépi ne cache les briques. Les claveaux, de largeur inégale, sont au nombre de dix à quatorze par baie. Un peu au-dessus des fenêtres, une corniche de billettes marque la naissance du pignon. Il est en outre structuré par un bandeau horizontal, et arbore, au-dessus, une croix grecque sculptée en bas-relief. Comme le précise Eugène Woillez, . Le pignon a été surhaussé et rendu plus aigu, sans doute au .