vignette|Plaque à Paris en hommage à l'écolière juive Myriam Monsonégo, 8 ans, assassinée le 19 mars 2012 par Mohammed Merah lors des tueries à Toulouse et Montauban.
La filière d'Artigat, aussi appelée communauté d'Artigat est un réseau djihadiste installé au lieu-dit « Les Lanes » à Artigat, en Ariège. Olivier Corel, surnommé « l'émir blanc », en est la figure centrale. Il influence de nombreux jeunes dans un islam radical, bien qu'il n'ait jamais été prouvé qu'il ait directement incité à des actions terroristes.
Précurseur, ce réseau envoie plusieurs djihadistes en Irak dès 2006. Son membre le plus célèbre, Mohammed Merah, assassine sept personnes dont trois enfants juifs en . Il s'étend dans le Sud-Ouest de la France, notamment à Albi et Toulouse, au point d'être parfois surnommé filière de Toulouse.
En 2014, la filière envoie depuis la région toulousaine une vingtaine de djihadistes vers l'État islamiquePourquoi Olivier Corel, "l'émir blanc" d'Artigat, n'a jamais été condamné, Le Point, 24/11/2015. Parmi eux figurent notamment Sabri Essid, accusé de participation au génocide des Yézidis, et les frères Clain, qui revendiquent les attentats du 13 novembre 2015 pour le compte de l'État islamique. Au moins huit membres de ce réseau sont tués pendant la guerre, tandis que sept autres sont faits capturés par les Forces démocratiques syriennes et détenus sur place. Huit ont été jugés en France, avec des peines allant jusqu'à trente ans de prison pour Abdelkader Merah.
Historique Années 80 : les débuts À la fin des années 1980, Olivier Corel (né Abdulilah al-Dandachi), musulman originaire de Syrie et naturalisé français en 1983, s'installe avec sa femme dans une vieille ferme sur les hauteurs d'Artigat au lieu-dit « Les Lanes ». Surnommé « l'Émir blanc d'Artigat », il fonde en 1987 une communauté islamiste d'obédience salafiste piétiste, attirant ainsi une dizaine de familles, pour la plupart des Français récemment convertis à l'islam, qui construisent leurs maisons dans le hameau. Vivant de manière recluse, la communauté périclite au bout de quelques années.
Constitution d'une filière terroriste vignette|Huit membres de la filière ont tenté de participer à la Guerre d'Irak auprès des insurgés djihadistes.
Olivier Corel est à l'origine de l'une des principales filières du djihadisme en France, connue sous le nom de . Il est ainsi devenu un proche de Mohammed Merah et de sa famille, ainsi que de Fabien Clain dit Omar, qui a revendiqué les attentats du 13 novembre 2015 pour le compte de l'État islamique.
En , une perquisition est menée chez lui. Les policiers y découvrent des images de Ben Laden et d'Al-Zarqaoui, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak ainsi que des livres djihadistes. Il est alors mis en examen pour par le juge Marc Trévidic, placé sous contrôle judiciaire, puis bénéficie d'un non-lieu..
En 2006, huit djihadistes de la filière sont arrêtés par l'armée syrienne alors qu'ils tentent de rejoindre l'Irak pour combattre les forces américaines aux côtés d'Al-Qaïda en Irak. L'un d'eux, Miloud Chachou, réussit à atteindre le front mais meurt en 2007 lors de la guerre d'Irak. Parmi ces hommes figurent Thomas Barnouin, Sabri Essid, Fabien Clain et Imad Djebali, ami d'enfance de Mohammed MerahLe beau-frère de Merah et 2 djihadistes interpellés à leur retour de Syrie sur Le Point, le 23 septembre 2014.
Rapatriés en France, ils sont condamnés en à cinq ans de prison. Après avoir purgé leur peine, les membres d’Artigat ne renoncent pas à leurs convictions et, en janvier et , plusieurs d'entre eux, dont Jean-Michel Clain, Imad Djebali, Sabri Essid (dont le père a épousé la mère de Merah), Mohamed Megherbi (marié à l'une des sœurs de Fabien Clain) ou Thomas Barnouin, profitent d’une surveillance laxiste pour rejoindre l'État islamique en Syrie (Daech) avec femmes et enfants.
Autres affaires auxquelles est liée la filière vignette|Mémorial pour Aurélie Châtelain, assassinée lors de l'attentat manqué contre des églises de Villejuif le 19 avril 2015.
En 2011, Olivier Corel a officié le mariage religieux entre la mère de Merah, auteur des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, et le père de Sabri Essid.
La filière est également citée dans l'affaire Sid Ahmed Ghlam,qui relie l'assassinat d'Aurélie Châtelain à une tentative d'attentat contre une église de Villejuif.
Le , la filière d'Artigat, et plus particulièrement le domicile d'Olivier Corel, a fait d'une perquisition administrative dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris et de Saint-Denis le 13 novembre 2015. Surnommé « l'émir blanc », Olivier Corel a alors été placé en garde à vue, puis condamné le à six mois de prison avec sursis pour détention d'arme (un fusil de chasse), lors d'une comparution immédiate au tribunal correctionnel de Foix. Sa peine a été assortie d’une mise à l’épreuve de deux ans, avec obligation de signaler tout changement de situation personnelle, d’informer le juge de l’application des peines de tout déplacement à l’étranger et d’obtenir une autorisation préalable, ainsi que d'une interdiction totale de posséder une arme pendant cinq ans.
Élimination vignette|Bombardements sur le réduit de Baghouz, dans la nuit du au .
Plusieurs des membres importants de la filière trouvent la mort pendant la guerre. En 2018, Sabri Essid est annoncé mort par l'organisation djihadiste, affirmant qu'il aurait sauté sur une mine. En , les frères Clain sont présumés tués lors de bombardements de la coalition durant la bataille de Baghouz, marquant l'effondrement territorial du califat.
En , les Forces démocratiques syriennes arrêtent six djihadistes français dans la région de Hassaké, alors qu'ils se dirigeaient vers la frontière turque. Selon le journal Libération, ils sont dénoncés par leur passeurEtat islamique : la filière toulousaine démembrée mais pas démantelée sur Libération, le 8 février 2018. Parmi eux cinq membres appartiennent à la filière d'Artigat : Thomas Barnouin, Thomas Collange, Kévin Gonot, Mohamed Megherbi et son frère Najib. Ils sont placés en détention dans la « prison noire » de Derik, dans le nord-est syrien. Kévin Gonot est toutefois transféré vers l'Irak, où il est condamné à mort en 2019Qui sont les onze djihadistes français condamnés à mort en Irak ? sur Le Monde, le 3 juin 2009Le jihadiste toulousain Mohamed Megherbi arrêté en Syrie avec l'Albigeois Thomas Barnouin sur francetvinfo.fr, le 5 janvier 2018, avant que sa peine ne soit commuée en perpétuité en 2023Les djihadistes français détenus en Irak souhaitent purger leur peine en France, Le Monde, 7 octobre 2024. En 2025, tous les autres djihadistes français sont transférés de la Syrie vers l'Irak en vue d'y être jugésJustice : ces djihadistes français livrés à l’arbitraire sur politis.fr, le 1 avril 2026.
Rapatriements En , trois femmes et leurs neuf enfants sont arrêtés en Turquie puis rapatriés en France en septembre. Parmi elles se trouvent l’épouse de Thomas Collange ainsi que la mère et l'épouse de Kevin Gonot, cette dernière étant également la nièce de Fabien ClainLa mère et la femme de Kevin Gonot, le djihadiste du Lot, ont été arrêtées en Turquie sur francetvinfo.fr, le 4 juillet 2009. Elle témoigne lors du procès des attentats du 13 novembre 2015, son oncle ayant revendiqué l'attaque au nom de Daech. Elle y partage ses désillusions sur la vie au sein du califat et évoque une brouille avec ses oncles, responsables de l'emprisonnement de certaines de ses connaissances. Elle confie : "On oublie qu'on peut penser par nous-même" : au procès des attentats du 13-Novembre, Jennifer Clain raconte la vie sous l’Etat islamique sur francetvinfo.fr, le 16 décembre 2021Procès 13-Novembre, jour 60 : "On était persuadés que c'était ça l'islam", raconte la sœur des frères Clain sur radiofrance.fr, le 15 décembre 2021.
Membres de la filière thumb|Représentation partielle de la filière. De nombreuses personnes connues pour leur salafisme et des personnes connues comme terroriste islamiste sont passées par les cours d'Olivier Corel, il y a notamment : la famille Merah : Mohammed, Souad et Abdelkader Merah ;
Sabri Essid, un demi-frère par alliance de Mohammed Merah son père ayant épousé la mère de Mohammed Merah, il est l'une des figures centrales de la filière, particulièrement prosélyte à Toulouse. Rejoignant la Syrie avec femme et enfants, il apparaît le , dans une vidéo ultra-violente du groupe terroriste Daech, au cours de laquelle son beau-fils Rayan, 12 ans, abat un prisonnier. Il est présumé mort en 2018, de même que son beau-fils et son frère WalidSoupçons autour de la mort annoncée de plusieurs figures djihadistes sur Le Monde, le 2 mars 2018. En l'absence de preuve matérielle de sa mort, il est jugé en son absence et condamné à la prison à vie pour sa participation au génocide des YézidisSabri Essid condamné pour génocide : un procès historique, des victimes hantées à jamais sur Mediapart, le 20 mars 2026 ;
Fabien (dit Omar) et Jean-Michel (Abou Othman) Clain, deux frères d'ascendance réunionnaise convertis à l'islam. Olivier Corel les a côtoyé régulièrement depuis la fin des années 1990. Ils sont des figures centrales de la filière, disposant d'une certaine autorité du fait de leurs connaissances religieuses. Ils influencent notamment Mohammed Merah, avec un soutien moral et financierProcès Merah : l’ombre de la filière de Toulouse sur Sud Ouest, le 28 septembre 2017. Rejoignant l'État islamique en Syrie (Daech), leurs voix ont été identifiées sur la bande audio de revendications des attentats du 13 novembre 2015. Ils sont présumés morts dans un bombardement en ;
Thomas Barnouin (dit AbdelhakimThomas Barnouin, arrêté en Syrie, est un vétéran du djihad sur Le Figaro, le 28 décembre 2017 puis Abou Ahmed el Fransi), né vers 1981 et originaire d'Albi converti à l'islam en 2000, Barnouin s'est progressivement radicalisé en fréquentant des mosquées à Albi et Toulouse et le IESH de Château-Chinon. Il est connu de la justice pour trafic de stupéfiants et vol avec arme. Vers 2002, quand il intègre la mouvance salafiste toulousaine en fréquentant une mosquée du quartier de Bellefontaine, il s'y lie avec les frères Clain et Sabri Essid, puis part étudier la théologie wahabbite à l’Université islamique de Médine, en Arabie Saoudite, entre 2003 et 2006. Depuis, il parle couramment arabe. De retour en France, il embrigade des jeunes du quartier albigeois de CantepauLes disparus de la nébuleuse Merah sur Libération, le 26 mai 2014 et décide de participer au djihad irakien. En , lui et Sabri Essid sont arrêtés les armes à la main par les autorités syriennes. Après deux mois d’incarcération, ils sont expulsés le et interpellés à leur descente d'avion à Orly, puis condamnés en à cinq ans de prison. Non repenti, il profite de la prison pour étendre son réseau djihadiste. Devenu très proche d'Imad DjebaliThomas Barnouin, l'un des jihadistes français les plus pistés, capturé en Syrie sur Libération, le 28 décembre 2017, il part rejoindre l'État islamique avec sa famille et Jean-Michel Clain en , où il devient un cadre influent du groupe terroriste. Juriste au sein de l'organisation, il est notamment chargé de faire appliquer la loi islamique. Il est capturé mi- par des combattants kurdes en Syrie alors que les troupes de l'EI n'occupent plus qu'une petite fraction de territoire ;