Mateusz Morawiecki (prononcé : ), né le à Wrocław, est un banquier et homme d'État polonais, président du Conseil des ministres de 2017 à 2023.

Fils d'un dirigeant d'une organisation de Solidarność et lui-même engagé très jeune dans la lutte contre le communisme, il étudie à l'université de Wrocław et à l’étranger. Il travaille ensuite dans le secteur bancaire, étant notamment président de Bank Zachodni WBK. À ce titre, il conseille le libéral Donald Tusk, alors président du Conseil des ministres.

Après les élections parlementaires de , il est nommé vice-président du Conseil des ministres et ministre du Développement dans le gouvernement Szydło. L’année suivante, il ajoute à ses attributions le ministère des Finances, et adhère au parti ultraconservateur au pouvoir, Droit et justice (PiS). En , il devient président du Conseil des ministres en remplacement de Beata Szydło. Six ans plus tard, lors des élections parlementaires, la coalition Droite unie perd sa majorité absolue et Morawiecki cède le pouvoir à Donald Tusk. Son mandat de chef du gouvernement est ainsi le deuxième plus long depuis .

Situation personnelle

Naissance et origines Né le à Wrocław, il est le fils de , qui a fondé en , à Wrocław, Solidarność Walcząca (« Solidarité combattante »), une organisation secrète anticommuniste appartenant au syndicat Solidarność. Élu député de Kukiz'15 en 2015, Kornel Morawiecki est ensuite désigné président d'âge de la Diète polonaise. Il meurt le , à ..

Ses origines familiales sont polonaises et catholiques, avec un grand-père maternel né aux États-Unis dans une famille tchèque. Il confie avoir ayant échappé à la Shoah, ce qui a pu prêter à confusion sur ses origines personnelles : l'une est une tante par alliance et l'autre une amie de la famille.

Premiers engagements Il s'engage très tôt contre le communisme. En , à 14 ans, il adhère à Solidarność. Il résiste contre le Służba Bezpieczeństwa, la police politique communiste, qui persécute sa famille. Les miliciens font même creuser à Mateusz Morawiecki sa propre tombe dans une forêt..

En , il devient membre de l'équipe éditoriale de la publication clandestine Biuletyn Dolnośląski, dont il était déjà imprimeur à l'âge de 12 ans. Il rejoint Niezależne Zrzeszenie Studentów, une association d'étudiants qui porte assistance aux ouvriers s'opposant au régime communiste en faisant grève.

Il participe au lancement, en , du club de pensée politique Wolni i Solidarni. En , il est un des cofondateurs du journal Dni, ainsi que de l'entreprise d'édition Reverentia.

Vie familiale Marié à Iwona Morawiecka, il est père de quatre enfants.. Il est catholique pratiquant.

Études et formation En , il sort diplômé d’histoire de l'université de Wrocław.

L’année suivante, en 1993, il étudie l'administration des affaires à l'École polytechnique de Wrocław et à la Central Connecticut State University de New Britain (États-Unis). En , il sort diplômé d'un MBA de l'université d'économie de Wrocław.

De à , il étudie le droit euro-communautaire et l’intégration économique à l’université de Hambourg (Allemagne) et les études européennes à l’université de Bâle (Suisse), où il obtient un diplôme d'études approfondies. Il fait des recherches dans le domaine de la macroéconomie à l'université de Francfort-sur-le-Main (Allemagne)..

Carrière professionnelle Il commence sa carrière professionnelle en , chez . L’année suivante, il participe à la fondation d’Enter Marketing-Publishing, une société basée à Wrocław.

De à , il travaille pour la banque polonaise Bank Zachodni WBK. Entre et , il est conseiller du président du comité de direction, membre du comité de direction, puis directeur général de la banque. De à , il est membre du conseil d'administration de la banque, qu'il préside de à sa nomination au gouvernement, en ...

Il intègre, en , le conseil économique du président du Conseil des ministres, Donald Tusk. Il est un temps pressenti pour devenir ministre des Finances dans le gouvernement de celui-ci..

Parcours politique Débuts Entre et , il est conseiller de diétine dans la voïvodie de Basse-Silésie.

Il est également directeur adjoint du département des négociations d'adhésion au sein du Comité pour l'intégration européenne et membre du groupe chargé de négocier les conditions d'adhésion de la Pologne à l'Union européenne, entre autres dans le domaine de la finance et de la banque.

Membre du gouvernement Szydło thumb|redresse|gauche|Mateusz Morawiecki en 2015. Le , Mateusz Morawiecki est nommé vice-président du Conseil des ministres et ministre du Développement dans le gouvernement conservateur de Beata Szydło. Le , il est également nommé ministre des Finances, succédant à Paweł Szałamacha..

S'il n'appartient initialement à aucun parti politique, il est admis en au parti au pouvoir, Droit et justice (PiS), sur décision du comité politique.. D'abord mal perçu au sein du parti conservateur, il devient rapidement un proche de son président, Jarosław Kaczyński.

À la tête de son large portefeuille, il affirme vouloir concilier une politique favorable aux entreprises et des mesures de lutte contre la pauvreté et les disparités régionales.

Sur le premier volet, il lance en particulier la , un projet économique censé faciliter l'entrée sur le marché de nouveaux entrepreneurs et simplifier les relations entre les entreprises et l'administration. Le texte dispense notamment les entrepreneurs de cotisations à l'assurance sociale pendant les six premiers mois suivants la création de leur entreprise. Les experts économiques estiment que ce projet rend la législation plus intelligible mais qu'il ne devrait simplifier que trop partiellement l'activité des entrepreneurs polonais..

Sur le volet social, il met en place une stratégie de « développement responsable » – appelée « plan Morawiecki » – prônant la « fin du néolibéralisme » et une « plus juste répartition des fruits de la croissance ». Afin de financer plusieurs mesures promises par Droit et justice lors de la campagne de 2015 (revalorisation des allocations familiales, abaissement de l'âge de la retraite, remboursement de médicaments pour les personnes âgées), il renforce la lutte contre la fraude fiscale..

Partisan du patriotisme économique, Mateusz Morawiecki estime que les capitaux étrangers sont trop nombreux en Pologne et procède au rachat de secteurs stratégiques.

À la fin du gouvernement Szydło, le taux de chômage est historiquement bas (moins de 7 %) et le pays est en situation d'excédent budgétaire. Selon Le Monde, il est « un visage modéré, un technocrate rassurant pour les marchés et les investisseurs étrangers ». Au cours de l'année 2017, il s'affiche en conflit ouvert avec le ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro, et soutient le président de la république de Pologne, Andrzej Duda, lorsque celui-ci oppose son veto à deux lois du gouvernement réformant le système judiciaire.

Président du Conseil des ministres Entrée en fonction

vignette|droite|Membres du gouvernement , lors de leur prestation de serment, le . Le , Droit et justice le désigne à la tête du gouvernement pour remplacer Beata Szydło, démissionnaire après avoir pourtant échappé à une motion de censure.. Ce choix est perçu comme une volonté d’apaisement du parti au pouvoir après deux années de réformes lors desquelles les relations de la Pologne avec les institutions européennes se sont dégradées. Le lendemain, le président Andrzej Duda le charge de former un nouveau gouvernement..

Assermenté président du Conseil des ministres de Pologne le , il propose le jour même un gouvernement de , dans lequel tous les ministres sont reconduits tandis que Beata Szydło devient vice-présidente du Conseil des ministres, chargée de la Politique sociale.. Le lendemain, les députés à la Diète accordent la confiance au gouvernement par ..

Il procède le à un remaniement ministériel qui concerne des ministères de premier plan. Lui-même cède ainsi son portefeuille des Finances à Teresa Czerwińska et le ministère du Développement à Jerzy Kwieciński. Ces changements, qui conduisent au départ de ministres controversés, sont perçus comme une volonté d'améliorer les relations avec l'Union européenne..

Le , alors que le principal dirigeant de l'opposition Grzegorz Schetyna dépose une motion de censure, Morawiecki le devance en posant la question de confiance aux députés. C'est seulement la cinquième fois depuis 1989 que le gouvernement sollicite un tel scrutin. Comme pour les quatre précédents votes, celui-ci confirme l'exécutif, en l'espèce avec favorables. Lors de son discours, il justifie d'avoir posé la question par la nécessité de poursuivre les réformes engagées et de confirmer qu'il bénéficie bien d'un mandat pour gouverner le pays à l'approche du Conseil européen..

Politique intérieure Salaires des dirigeants En , les médias se font l'écho du versement de primes aux membres du gouvernement Szydło lors de la démission de celui-ci..

Mesures économiques et sociales Dans son discours de politique générale, Mateusz Morawiecki annonce que son gouvernement concentrera son travail sur le développement économique et l'aide aux plus défavorisés.

Il lance plusieurs mesures économiques et sociales à partir d'. Il annonce ainsi une réduction de l'impôt sur les sociétés de 15 à 9 % pour les PME et une diminution des cotisations sociales pour les micro-entreprises. Sur le plan social, le gouvernement entend poursuivre la politique nataliste lancée sous le gouvernement Szydło : allocation de rentrée scolaire pour les familles, minimum vieillesse pour les femmes ayant eu au moins quatre enfants et n'ayant jamais cotisé pour leur retraite, primes pour les femmes donnant naissance à un enfant moins de 24 mois après la naissance d'un précédent enfant, etc...

En , son gouvernement adopte le projet de loi de finances pour 2020, qui prévoit un équilibre parfait entre les dépenses et les recettes. Ce premier budget en équilibre depuis 1989 s'appuie sur une prévision de dette publique à 43,5 % fin 2020, une croissance annuelle de 3,7 %, une inflation de 2,5 %, une hausse des salaires, des retraites et de la consommation des ménages de 6 %..

Réformes de la justice Il mène une réforme de la Cour suprême de Pologne abaissant de 70 à 65 ans l'âge de départ à la retraite de ses juges. Ce projet, qui concerne 27 des 72 magistrats de la Cour, s'entend comme un du système hérité de la période communiste, beaucoup de juges de cette époque étant restés en place. Mais cette mesure est critiquée par les institutions européennes, ce qui conduit Mateusz Morawiecki à venir s’expliquer au Parlement européen en 2018. Le Figaro note que ce sujet est en réalité un prétexte utilisé par la Commission européenne, qui chercherait par une voie détournée à sanctionner la Pologne, résolument hostile à son projet de quotas migratoiresJean-Louis Tremblais, « Mateusz Morawiecki, la nouvelle bête noire de Bruxelles », Le Figaro Magazine, semaine du , ..

Gestion de la pandémie de Covid-19

Élections de 2019 et reconduction

Lors des élections parlementaires du , qui voient la coalition informelle de la Droite unie (ZP) obtenir à nouveau la majorité absolue à la Diète, Mateusz Morawiecki est élu député pour la première fois. Candidat en tête de liste dans la circonscription de Katowice, il recueille de préférence, soit le quatrième meilleur score national de Droit et justice après Jarosław Kaczyński, Małgorzata Wassermann et son ministre de la Défense nationale, Mariusz Błaszczak.. vignette|Le gouvernement lors de son assermentation au palais présidentiel.