La consolation (ou « consolatio » en latin) est un genre littéraire argumentatif qui a pour objet de consoler des affligés frappés par un malheur, le plus souvent la mort d'un être cher. Ce genre philosophique et rhétorique de l'Antiquité (Platon, Cicéron, Sénèque) trouve son apogée avec la Consolation de Philosophie de Boèce au début du qui servira de modèle au genre consolatoire prisé aux et qu’illustre le poème célèbre de François de Malherbe, paru en 1607, Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille : « Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle... » Texte sur Wikisource.
Historique La Consolation est initiée par les philosophes de l'Antiquité grecque en particulier les Stoïciens, qui valorisent la dignité de l'homme dans l'infortune en l'opposant à la faiblesse de caractère des femmes et des barbares, et les Platoniciens pour lesquels le destin du corps n'est rien à côté du destin de l'âme. Elle trouve un écho important dans la littérature romaine à la fin de la République, avec Cicéron (Tusculanes 45 et un texte perdu Consolatio pour la mort de sa fille), Sénèque (Ad Marciam Consolatio, 37) ou à la fin du avec Plutarque qui écrit en grec (Consolation à Apollinios - Consolation à sa femme Timoxène au sujet de la mort de leur fille).
Le genre trouve son chef-d’œuvre au début du avec l'écrivain latin Boèce et sa Consolation de Philosophie (524-525), dans laquelle Dame Philosophie argumente dans un dialogue rhétorique pour le « soigner et guérir » avec le malheureux injustement condamné à mort par le pouvoir. L'auteur y développe en mêlant parties en vers et parties en prose les lieux communs de la consolation antique sans références chrétiennes « Ce qu'on remarque surtout dans les ouvrages de Boèce, dans ceux, du moins, qui sont authentiques, c'est l'absence de toute allusion, si lointaine qu'on la suppose, à la religion chrétienne. » . Cette œuvre néoplatonicienne aura une très grande influence philosophique tout au long du Moyen Âge et sera complétée par un argumentaire chrétien nourri par saint Jérôme, saint Ambroise et saint AugustinStoïcisme et christianisme dans les lettres de consolation de Pétrarque Laure Hermand-Scheba p. 18 : humble acceptation de la volonté divine impénétrable (méditation sur l’existence du mal) et l'accession à la proximité de Dieu dans la mort où se rejoindront les êtres chers.
Elle inspirera aussi le genre littéraire qui connaît à la suite de Pétrarque au (Les Remèdes aux deux fortunes = De remediis utriusque fortunœ 1354-1366) et de la redécouverte des œuvres antiques à la Renaissance un large développement aux (Thomas More, Marguerite de Navarre, Jean-Baptiste Chassignet, Théophile de Viau...). L'exemple emblématique dans la littérature française reste la Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille de François de Malherbe, poème écrit à la fin du et paru en 1607.
Forme et arguments La forme est essentiellement celle du dialogue fictif entre l'affligé et un consolateur (ami, allégorie, une part de soi) ou de l'adresse (lettre, poème). La tonalité est grave, mêlant fonction émotive (expression de la douleur et lyrisme) et conative (volonté de persuader par une série d'arguments rationnels)Remarques sur le genre du dialogue de consolation à la Renaissance Alexandre Tarrête, Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance Année 2003 Volume 57 Numéro 1 pp. 133-152 page 134 .
La rhétorique antique développe les arguments d'une « médecine de l'âme » qui rejoignent la sagesse populaire que véhicule aussi la Bible (Genèse, Livre de Job, Ecclésiaste…) et deviennent des lieux communsLe thème de la vision cosmique dans la littérature de consolation Claude-Olivier Doron : l'acceptation raisonnable des lois de la nature et de la Fortune (= nous devons tous mourir, nous sommes les jouets de la destinée), « Souviens-toy que tu n’es que cendre » Pierre Motin la vanité du monde et la fausse félicité des plaisirs du vulgaire proche de l'animal (thème cher à la poésie baroque), la pensée néoplatonicienne de l'accès au souverain Bien par le détachement de l'enveloppe corporelle : « Pour que ton œil voie De la Vérité La sainte beauté, Pour suivre sa voie Avec fermeté, Renonce à la joie, Bannis de ton cœur L’espoir et la peur ; Brave la douleur ! » Boèce, La consolation philosophique, LIV. I.Texte Wikisource
« Tous les hommes, si divers que soient les soucis qui les travaillent, s’efforcent d’arriver, par des routes différentes, il est vrai, à un seul et même but : la béatitude. J’entends par là ce bien suprême, au delà duquel, une fois qu'on le possède, il n’y a plus rien à désirer. » Boèce, La consolation philosophique, Livre III .
l'insistance stoïcienne sur la grandeur d'âme face à la douleur et aux passions destructrices. « Ce qui prouve qu'il n'est pas naturel de succomber à ces deuils, à ces déchirements, c'est qu'ils sont plus douloureux à la femme qu'à l'homme, plus aux barbares qu'aux peuples de mœurs douces et civilisées, plus aux ignorants qu'aux esprits éclairés. » Sénèque Consolation à Marcia la relativisation des maux, l'existence de maux plus terribles auquel on échappe par la mort, l'espérance d'autres bonheurs à venir : « Quelques jours sont perdus ; mais le bonheur encore, Peut fleurir sous mes yeux comme une fleur d'été ! » Alphonse de Lamartine (1790-1869) Nouvelles méditations poétiques (1823) : Consolation,
S'ajouteront les arguments chrétiens: la nécessaire acceptation de la volonté impénétrable de Dieu : « Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre Que des êtres charmants S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre Des noirs événements. » Victor Hugo – À Villequier (Les Contemplations) et l’espérance de la félicité de la vie éternelle : « Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme Ouvre le firmament ; Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme Est le commencement ; » Hugo - ibidem
Œuvres notables se rattachant à la Consolation Platon : Phédon - Socrate console ses disciples de sa disparition annoncée Platon : Axiochos (apocryphe)- Socrate s'adresse à un vieillard qui va mourir Crantor : Sur le deuil (texte perdu) Cicéron : Tusculanes - débat sur le chagrin et l'homme sage Cicéron : Consolatio (texte perdu) - monologue après la mort de sa fille Cicéron : Le songe de Scipion - dialogue sur la condition humaine et l'inanité des grandeurs terrestres par rapport au Souverain Bien Plutarque : Consolation à sa femme, Consolation à Apollonios Saint Augustin : Soliloquia (vers 386-387) - dialogue avec la Raison sur le malheur de l'homme qui trouvent leur résolution dans la connaissance du Bien véritable et de Dieu Sénèque : Consolation à sa mère Helvia, Consolation à Marcia, Consolation à Polybus Pétrarque : Les Remèdes aux deux fortunes ( De remediis utriusque fortunœ) (1354-1366) - dialogue entre Dolor et Ration sur la mauvaise Fortune et les moyens de s'en consoler (argumentation antique et chrétienne mêlée) Thomas More : Dialogue of comfort against tribulation (1534) - argumentation sur la crainte de la torture et de la mort qui mène à l'apostasie dans le contexte des persécutions catholiques dans l'Angleterre d'Henri VIII Marguerite de Navarre : Dialogue en forme de vision nocturne (composé en 1524, publié en 1533) - dialogue avec sa jeune nièce morte qui revient la consoler. Second dialogue consolatoire, La Navire (1547) : son frère, François , lui apparaît sous la forme d'une vision et dialogue avec elle pour la consoler et la sermonner. Guillaume Du Vair : De la constance et consolation es calamitez publiques (1594) Montaigne : Essais, livre III, chapitre 4 (1re publication de la version définitive en 1595) - arguments consolatoires contre la peine amoureuse, la douleur de la mort d'un proche, les souffrances de la gravelle, etc. Jean-Baptiste Chassignet (1571 – 1635) : Mespris de la vie et consolation contre la mort (1594) Mortel pense quel est dessous la couverture « Puis connoissant l’estat de ta fragilité, Fonde en Dieu seulement, estimant vanité Tout ce qui ne te rend plus sçavant et plus sage. » François de Malherbe Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille publication 1607 « Le malheur de ta fille au tombeau descendue Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue Ne se retrouve pas ? » Théophile de Viau (1590-1626) Consolation A M.D.L.. « Arrête donc ces pleurs vainement répandus; Laisse en paix ce destin que tes douleurs détestent; Il faut, après ces biens que nous avons perdus, Sauver ceux qui nous restent. » Françoise-Gabrielle de Mitry : Consolation à l’impératrice régnante sur la mort de l'Archiduc d'Autriche son Fils 1717 « Que l'amour cède à la raison ; Le mal qui n'a point de remède Ne doit avoir qu'une saison. » Alphonse de Lamartine (1790-1869) : Nouvelles méditations poétiques (1823) - Consolation Victor Hugo : Les Contemplations - À Villequier Sully Prudhomme (1839-1907) Stances et poèmes (1865). Consolation « Le cœur s'indigne... Dieu qui frappe Use du droit de consoler. »La Consolation, Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini, éd. Naïve, 2012 (entretiens sur France Culture) et Le temps de la consolation, Michaël Fœssel, éd. Seuil, octobre 2015 .
Voir aussi
Bibliographie
Bibliothèque idéale de la consolation : de l'Antiquité au XVIIe siècle, dir. Cl. M. Ulrich, M. Gailly et S. Luciani, Paris, Les Belles Lettres, 2025.
Notes et références
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