L'église Saint-Laurent de Bémont est une église catholique paroissiale située à Russy-Bémont, dans le département de l'Oise, en France. Elle est dominée par un puissant clocher en bâtière de la seconde moitié du , qui s'élève au-dessus de la première travée du bas-côté sud, et culmine à de hauteur. Les petites dimensions de l'édifice le font apparaître bien plus grand qu'il n'est en réalité. Si les élévations extérieures de l'église ne montrent aucun intérêt particulier, l'intérieur révèle une construction de qualité entièrement voûtée d'ogives, qui réunit une nef de deux travées de la première période gothique à des bas-côtés et un chœur bâtis sous quatre campagnes distinctes au cours de la première moitié du . Si la nef se démarque par son parti original, avec deux grandes arcades et deux travées de bas-côté au nord pour une travée de nef avec une voûte quadripartite ordinaire, les autres parties illustrent la transition successive du style gothique flamboyant vers la Renaissance. Remarquable aussi pour sa complexité, l'église Saint-Laurent a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du .. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, environ trois fois par an, le dimanche à 11 h.

Localisation thumb|left|Vue en venant de Russy.

L'église Saint-Laurent est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, au nord-est de Crépy-en-Valois, sur la commune de Russy-Bémont, au hameau de Bémont, rue de l'Église. Depuis l'unique carrefour du village, cette rue se rapproche de l'église par l'ouest. La façade occidentale est précédée du petit cimetière de la commune, qui s'étend également au sud du clocher. Le reste de l'élévation méridionale est cependant bordée par une propriété privée, de sorte que l'on ne puisse pas la contempler en son intégralité, mais étroit chemin fait néanmoins le tour de l'église. Celle-ci étant implantée au rebord du plateau qui chute d'une manière abrupte dans la vallée de l'Automne à l'est et au nord, l'on ne peut pas non plus apprécier le chevet et l'élévation septentrionale, d'autant plus que les coteaux sont boisés, et cachent l'église depuis en regardant depuis le fond de la vallée.

Histoire

Sous l'Ancien Régime, Bémont et Russy-Montigny constituent deux paroisses distinctes, et ne dépendent pas du même diocèse. Bémont relève du diocèse de Senlis et du doyenné de Crépy-en-Valois. L'église paroissiale, au titre de Saint-Laurent, est considérée comme propriété de l'évêque de Senlis, qui, aussi loin que les traces écrites remontent, est le seigneur et gros décimateur du village. Le manoir de la ferme au sud de l'église est dit hôtel de l'évêché. Russy-Montigny relève du diocèse de Soissons, archidiaconé de La Rivière, doyenné de Coyolles. L'église paroissiale, au titre de Saint-Martin, se situe à Montigny-le-Sec, ancien chef-lieu de la paroisse, et sa cure est à la nomination de l'évêque de Soissons. À une époque indéterminée, sans doute sous la guerre de Cent Ans, les habitants abandonnent successivement le village de Montigny, situé sur le plateau à l'est de Russy, et le hameau de Russy gagne en importance. En 1740, tout ce qui reste de Montigny sont le château et l'église. Ses ruines sont encore visibles de loin un siècle plus tard. Les messes paroissiales sont pour la plupart célébrées en la chapelle Saint-Maur de Russy, mais Montigny demeure le siège officiel de la paroisse. Même après la Révolution française, qui apporte par ailleurs le regroupement de l'ensemble des paroisses du département de l'Oise dans le diocèse de Beauvais, Bémont reste dans un premier temps une commune indépendante. Avec Vaumoise, elle est rattachée à Russy-Montigny en 1825 ; puis Vaumoise recouvre son indépendance en 1832, mais pas Bémont.. thumb|upright|Retable du maître-autel - Le martyre de saint Laurent, copie d'après Rubens.

L'histoire de l'église Saint-Laurent n'est pas documentée. Ses différentes campagnes de construction se révèlent par l'analyse archéologique de l'édifice. La partie la plus ancienne conservée en élévation est la façade. Dominique Vermand la date du début du , en se basant notamment sur le contrefort plat typiquement roman à gauche du mur de la nef.. Ce détail a échappé à Louis Graves, qui qualifie la façade de moderne.. Effectivement, le portail, dénué de caractère, doit résulter d'une reprise à l'époque moderne. Comme à Feigneux, la façade est le dernier élément roman. La nef de deux travées date du dernier quart du , et est de style gothique primitif. Cependant, il n'y a plus guère que les voûtes et l'élévation nord qui subsistent de cette deuxième campagne de construction. En effet, l'élévation sud est complètement reprise en sous-œuvre sous une troisième campagne de construction, celle du chœur et de son bas-côté sud, à la période flamboyante, pendant la première moitié du . Dominique Vermand les date de la fin du . Or, selon Maryse Bideault et Claudine Lautier, les arcades en double doucine que l'on voit ici n'apparaissent qu'au début du ; p. 374.. Les trois premières travées du bas-côté nord sont refaites à la même occasion, mais la mise en œuvre de la quatrième travée est ajournée, de même que celle des trois premières travées du sud. Vers 1540, l'on poursuit la reconstruction par la nouvelle base du clocher, au début du bas-côté sud. Alors que s'élève le clocher, l'on termine tout d'abord le bas-côté nord, dans un style qui annonce la Renaissance, au lieu de relier la base du clocher à la dernière travée du bas-côté sud. Ce vaisseau reste donc provisoirement intercepté en son milieu. Avec l'étage de beffroi du clocher, cette deuxième travée du bas-côté sud représente les dernières parties construites de l'église, et le style de la Renaissance est ici clairement manifeste. — Dans son ensemble, l'église Saint-Laurent est donc le résultat de quatre campagnes de construction distinctes, sans tenir compte de la réfection du portail et de la sacristie. Trois de ces campagnes concernent l'intérieur de l'édifice. L'église Saint-Laurent est inscrite aux monuments historiques par arrêté du . Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse Saint-Sébastien de Crépy-en-Valois, et les messes dominicales y sont célébrées irrégulièrement, environ trois fois par an, le dimanche à 11 h..

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée un peu irrégulièrement, avec une déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église suit un plan à trois vaisseaux, dont le vaisseau central se termine par une abside à trois pans, et les deux bas-côtés, par un chevet plat. Le vaisseau central se compose d'une nef de deux travées carrées, et d'un chœur d'une seule travée, comportant une partie droite et l'abside à pans coupés déjà signalée. Les bas-côtés vont jusqu'à la fin de la partie droite du chœur. Ils comptent néanmoins quatre travées, car il y a deux travées de bas-côtés de chaque côté de la première travée de la nef. Par conséquent, la troisième travée des bas-côtés est plus profonde que les autres. La première travée du bas-côté sud est la base du clocher en bâtière, qui est flanquée d'une tourelle d'escalier cylindrique à l'ouest. Une sacristie occupe l'angle entre le chevet du bas-côté sud et l'abside. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Le vaisseau central est à deux niveaux d'élévation au nord, avec l'étage des grandes arcades et un ancien étage de fenêtres hautes, et à un unique niveau d'élévation au sud. Ce constat souligne la complexité de l'édifice, qui est issu de différentes campagnes de construction. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef. À l'est du clocher, les travées du bas-côté sud sont couvertes indépendamment par des toits en bâtière perpendiculaires à l'axe de la nef, avec une enfilade de deux pignons au sud. Les deux autres vaisseaux de l'église sont recouverts d'une large toiture unique à deux rampants, qui n'exclut que l'abside, muni d'un toit à croupes.

Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, élévation nord. thumb|upright|, élévation nord.

L'analyse proposée par Louis Graves en 1843 est toujours valable. Pour apprécier l'architecture à sa juste mesure, il est utile de répéter l'une de ses réflexions : . Cette situation n'est donc pas d'origine récente. Les églises de Béthancourt-en-Valois, Montataire et Mouy partagent le même sort. Outre que l'église soit de dimensions très restreintes, les grandes arcades du nord sont aussi inhabituellement basses. Il faut se baisser un peu pour contempler leurs chapiteaux, et les clés de voûte du bas-côté nord sont presque à portée de main. Tous les socles sont maintenant noyés dans le sol, et les proportions paraissent trapues. Pourtant, loin d'être rustique, l'église Saint-Laurent est un édifice de qualité. La sculpture et la modénature atteignent le même niveau que dans les églises plus importantes de la région, et son parti architectural est ambitieux et original à la fois. À l'instar des vaisseaux recouverts par des voûtes sexpartites (à six branches d'ogives), il y a une alternance entre supports faibles et supports forts, et deux grandes arcades au nord de la première travée de la nef. Or, les voûtes sont quadripartites, comme à l'accoutumée. Cette disposition n'a pas son pareil dans la région. Les quelques défauts esthétiques que l'on peut observer, notamment sur la troisième grande arcade du nord et la travée correspondante du bas-côté nord, sont imputables à la pose de boiseries dans la nef (limitées aujourd'hui au chœur), et à des réparations sans grand respect pour la sculpture. D'autres irrégularités résultent d'impératifs techniques. Il s'agit de la saillie de l'un des contreforts du clocher dans la nef, au sud de la première travée, comme souvent au , par exemple à Baron, Montagny-Sainte-Félicité et Versigny ; et de la saillie du premier pilier intermédiaire au nord de la nef dans le bas-côté.