Le Petit Livre d'amour (également Emblèmes et devises d'amour ou encore Énigmes et devises d'amour) est un livre d'emblèmes manuscrit composé à l'époque de la Renaissance par l'humaniste lyonnais Pierre Sala, adressé à sa bien-aimée Marguerite Builloud et enluminé vers 1500-1505 par le maître de la Chronique scandaleuse. Il est conservé à la British Library, depuis 1883.

Histoire

Le dernier folio sur du Petit Livre d'amour est un portrait de l'auteur, qui porte au verso une mention manuscrite en vieux français donnant le nom de Pierre Sala, qui fut maître d'hôtel à la cour royale :. La maîtresse évoquée en maints endroits du livre est Marguerite Bullioud, bourgeoise lyonnaise que Pierre Sala épouse en secondes noces à une date indéterminée, entre 1506 et 1522 ou entre 1515 et 1519Dictionnaire historique de Lyon, 2009, article Sala, Pierre. Le Petit Livre d'amour aurait été composé avant leur mariage, entre 1514 et 1519.

Présentation Le manuscrit et son étui

De petit format, sur , le manuscrit comporte 17 feuillets en vélin, de coloration pourpre, complété ultérieurement, peut-être au par son possesseur britannique, par une transcription sur 17 autres feuillets en papier, de même format.

L'ouvrage a été conservé avec son petit étui de rangement muni d'un couvercle emboité, en bois couvert de cuir bouilli vert doré et gravé (dimensions par ). L'ornementation dessine des fleurs à cinq pétales sur lesquelles se superposent les majuscules M et P, initiales de Marguerite et Pierre. Quatre petits anneaux métalliques sur chaque tranche de l'étui permettaient de le suspendre et de le porter à la ceinture.

Les pages sont colorées en pourpre, sauf sur les parties réservées aux enluminures, couleur imitant celle des manuscrits précieux destinés aux ecclésiastiques et aux monarques ; . Les textes sont en écriture manuscrite soigneusement calligraphiée à l'encre dorée. Sala rédige en français, langue courante de son pays, et non en latin, langue internationale de culture, ce qui est un trait de modernisme pour son époque. Son orthographe est phonétique, accolant les mots pour transcrire les élisions (« jentens » pour « j'entends ») et usant d'une graphie latinisante : écrivant u pour v (« deuant » pour « devant »), i pour j (« tousiours » pour « toujours »), les i étant quant à eux transcrit par y (« amytye » pour « amitié »). Ainsi, lu à voix haute, « nespoyr dauoyr secours » se déchiffre « n'espoir d'avoir secours » (folio 15r).

La dédicace Le livre commence par une longue dédicace en prose sur huit pages (folio 1r à folio 4v) à Marguerite : , adressé par l’auteur, .

Les « emblèmes » Une page de séparation affiche un grand M majuscule, dessiné avec deux compas dorés entrecroisés (folio 5 recto).

En tournant cette page, on découvre une série de poèmes et d’énigmes, présentés sur deux pages : à gauche, un quatrain est inscrit sur une sorte d’écriteau à bord en queue d’aronde, accroché par une cordelette devant une tenture carrée à franges dorées, se présentant comme un titulus en trompe-l'œil à l'imitation des inscriptions épigraphiques romaines, centre d'intérêt des humanistes dont Pierre Sala, qui en releva plusieurs sur Lyon ; chaque tenture porte la majuscule M en un ou plusieurs exemplaires, parfois accompagnée de la majuscule P, avec une disposition renouvelée de page en page, claire allusion aux prénoms Marguerite et Pierre. Sur le folio à droite, une enluminure en pleine page, entourée d’une bande dorée bordée de festons. À livre ouvert, la présentation simultanée du texte et de l'image donne au lecteur à lire et à voir deux contenus qui se complètent. Cette conception nouvelle, dans l'air du temps, préfigure celle des livres d'emblèmes qui connaissent un grand succès au cours du .

Les quatrains sont d'inspirations diverses, probablement tirés des lectures de Pierre Sala, parfois identifiées. Ainsi, quatre d'entre eux sont des reprises de Dictz moraulx pour mettre en tapisserie du poète Henri Baude, considérablement abrégées pour tenir dans le format imposé. Ce procédé de reformulation n'est ni un plagiat ni une citation, et est d'usage courant à cette époque.

+ Les emblèmes : couples quatrain - miniature Quatrain Transcription Miniature Commentaire100px|alt=quatrainFolio 5v :Mon cueur veult estre en ceste margueriteIl y sera quoy quannuyeux dyrontEt mes pensees tousiours la seruirontPource quellest de toutes fleurs lelyte100px|Folio 6r :L'auteur dépose son cœur sur une marguerite ouverte « par ce qu'elle est l'élite de toutes les fleurs »Folio 6v :Sune foys jen puis tenir unee ne meschappera de lan e me deust lon donner myllanLondres parys et PampeluneFolio 7r :Symbole de la quête de l'amoureux, le jeu de colin-maillard Folio 7v :Segua piano filliolo myoquene scampe fillio de dioFradel non ti desesperaremy non ti posso assegurareFolio 8r :« Segua piano » = va doucement, en dialecte milanais ou bergamasque : portée trop vite, la chandelle, symbole de lumière du fils de Dieu, s'éteindraFolio 8v :Ensemble nous no marionVenes y tous a lappareilnest ce pas cy ung beau pareilRobin a trouue marionFolio 9r :Figuration du jeu de Robin et Marion, invitation au mariage. Marion joue de la cornemuse, instrument de fête pastorale, suivie par RobinFolio 9v :Le temps est tel notez ce motpour bien jouer son personnageLe saige contrefait le sotet le fou contrefait le saigeFolio 9r* :Jeu de mots sur « contrefait » :le sage contrefait (=fait le portrait) un fou,celui-ci contrefait (=imite) le sageFolio 9v* :Qui de mantir est conuoyteuxPryse ne sera longuementcar lon dit tout comunementMal fait clocher deuant boiteuxFolio 10r :Illustration d'un proverbe, et morale : celui qui convoite de mentir, ne sera pas longtemps prisé (=apprécié)Folio 10v :Je suye fauveau desirant a toute heureestre estrille et deuant et derrierede mestriller qui ne set la manierea court prêt temps et trop en vein labeureFolio 11r :Critique de la vanité : un cheval, nommé « fauveau » (= qui recherche les faveurs) désir se faire étriller à toute heureFolio 11v :Je tiens celuy pour affoullequi a faveur a soy contrerecar souvent en voulant complerepour pourter luny laltre est folleFolio 12r :Morale illustrée au sens propre : celui qui veut complaire en portant (sous entendu, aux nues) l'un, piétine (=foule aux pieds) l'autreFolio 12v :Chiere amyable et cortoyse maniereau coing du boys ont tendu leur pantiereen atendant leure plus atreableque par la passe ♥ vollant peu estableFolio 13r :Deux dames capturent des cœurs ailés dans un filet. Quatrain inspiré d'une strophe de Livre du cœur d'Amour épris de René d'AnjouFolio 13v :Au choysyr ne ferey long pletJe ne prans guarde au plus richeCar je ne suys auer ne chicheJe prandrey ce qui mieux me pletFolio 14r :Célébration de la modération face à la richesse : entre un plat de pièces d'or et un plat de cerises, l'enfant se tourne vers les cerisesFolio 14v :Je nay appuy quen ceste branchenespoyr dauoyr ailleurs secoursmes par foullie je la tranchedont gyrey auan leau le oursFolio 15r :Symbole de l'amoureux déçu, inspiré d'un des Dictz moraulx d'Henri Baude : par folie (= foullie), il coupe la branche sur laquelle il repose, c'est à-dire il détruit l'amour qui le hanteFolio 15v :J’entene a fere mon tret droytCar autrement l’on y perdroytJe gagne plus en mon endroytA fourger faux qu’a fere droytFolio 16r :Jeu de mots entre « droit » et « faux », entre le fabricant de flèche (au « trait droit »), et le forgeron, qui préfère forger faux (outil) plutôt que droit

Le dernier emblème rompt avec la présentation des précédents : le texte n'est plus dans un titulus, mais est rédigé en miroir, face à un portrait de Pierre Sala, peint par son ami Jean Perréal. Sala à la rédaction du Petit Livre d'amour est probablement un quinquagénaire, il est vraisemblablement rajeuni sur ce portrait.

Postérité

Un extrait d'un catalogue de vente, fixé sur la couverture au dos, indique que le Petit Livre d’amour appartint un temps au maréchal Junot (décédé en 1813).

Le manuscrit fut ensuite en possession de Richard Temple-Nugent-Brydges-Chandos-Grenville (1776-1839), de Buckingham et Chandos, qui constitua une bibliothèque de livres anciens à Stowe House, près de Buckingham. Sa collection est vendue en 1849 à Lord Ashburnham (1797-1878), puis cédée en 1883 au British Museum. Le département du British Museum qui conserve les manuscrits devient en 1973 la British Library. Le Petit Livre d’amour avec son étui y portent la cote ms Stowe 955.

Le manuscrit et son étui furent prêtés au musée des beaux-arts de Lyon dans le cadre de l'exposition Lyon Renaissance. Arts et humanisme, tenue du au .

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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