(ICANN, en français, la Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet) est une autorité de régulation d'Internet. C'est une société de droit californien à but non lucratif ayant pour principales missions d'administrer les ressources numériques d'Internet, telles que l'adressage IP et les noms de domaines de premier niveau (TLDs), et de coordonner les acteurs techniques.. vignette|Siège de l'ICANN à Playa Vista (Californie).
Missions Le rôle premier de l' est d'allouer l'espace des adresses de protocole Internet, d'attribuer les identificateurs dudit protocole, de gérer le système de noms de domaine de premier niveau (génériques et nationaux), et d'assurer les fonctions de gestion du système de serveurs racines du DNS.. Ces services étaient initialement assurés dans le cadre d'un contrat avec le gouvernement fédéral américain par l'Internet Assigned Numbers Authority et d'autres organismes. L'ICANN assume à présent les fonctions de l'IANA.
Par le contrôle qu'elle exerce sur l'affectation des noms de domaines de premier niveau, l'ICANN délivre en pratique un droit de délégation sur la vente des noms de domaines à différentes organisations, comme VeriSign pour les domaines .com et .net ou l'Afnic pour le domaine .fr.
Histoire Genèse Dans les années , le professeur Jon Postel travaille à l'Institut des sciences de l'information (Information Sciences Institute (ISI)) de l'université de Californie du Sud et assume seul la gestion du registre d'identification des ordinateurs et des adresses IP du réseau Internet naissant... En , l' (IANA) est créée afin d'aider Jon Postel dans sa tâche et la rendre plus officielle, notamment lorsqu'il s'agit d'établir les documents relatifs aux protocoles internet. En , le gouvernement des États-Unis signe, via la Fondation nationale pour la science (National Science Fondation (NSF)), un contrat de cinq ans avec Network Solution Inc. (NSI) permettant à cette entreprise de gérer l'enregistrement des noms de domaine de premier niveau, ainsi que d'opérer le serveur racine A Root ; mais lorsqu'en , la arrête de financer Internet, le département du Commerce des États-Unis permet alors à Network Solution de demander des frais de par an pour l'enregistrement d'un nom de domaine et lorsque Postel propose d'associer l'IANA à l'Internet Society, l'idée est refusée à la fois par le gouvernement américain, l'Union européenne et des entreprises du secteur, notamment Network Solution Inc. ()..
1996 à 2016, deux décennies mouvementées Malgré tout, Jon Postel cherchant à établir une gouvernance de l'internet rassemblant les techniciens, les entreprises et les gouvernements, fonde l' en . Cette nouvelle structure réunit plusieurs entités dont l'IANA, l'Internet Society, l'Internet Architecture Board, l' ainsi que deux organisations des Nations unies : l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et l'Union internationale des télécommunications qui sera en quelque sorte le « porte-drapeau » du projet de Postel(). L' prévoit que les six organisations forment un comité ayant le pouvoir décisionnel sur le Système de noms de domaine, l'ajout de sept nouveaux noms de domaine de premier niveau et 28 nouveaux registraires ainsi que le déménagement du serveur A Root des États-Unis à Genève () ou à tout le moins, le , c'est-à-dire le Conseil des registraire de nom de domaineVoir SECTION 7. - CORE du gTLD-MoU.. Les recommandations de l' se retrouvent dans un document connu sous le nom de Generic Top Level Domain Memorandum of Understanding, ou sous son acronyme gTLD-MoU., qui est signé en par 80 pays et organisations dont par exemple France Telecom, l'Association internationale du transport aérien, Samsung, Telecom Italia ainsi que de nombreuses organisations des pays du sud et des États-Unis., bien que le gouvernement américain transmet à l' sa désapprobation à travers un câble rédigé par Madeleine Albright, alors secrétaire d'État, en questionnant la légitimité de l'évènement..
Même si l' gagne de nombreux soutiens, l'organisation ne réussit pas à réunir un large consensus et doit faire face à plusieurs critiques (trop de nouveaux domaines de premier niveau devant être implémentés trop rapidement, manque de cohérence des suggestions). ainsi qu'à la pression de l'administration Clinton qui, en guise de réponse et moins de deux mois après l'initiative du gTLD-MoU, propose la privatisation de la gestion du Système de noms de domaine, dans son Cadre pour le commerce électronique mondial.Le premier principe du document est .. Le gouvernement américain laisse toutefois la porte ouverte aux acteurs extérieurs aux États-Unis en proposant que le conseil d'administration de la nouvelle entité soit « internationalement composé ».
De fait, en , l'administration Clinton, à travers le département du Commerce des États-Unis, organise des négociations et des consultations publiques internationales avec toutes les parties prenantes (chercheurs, industrie des télécommunications, fabricants d'équipements, fournisseurs d'accès à internet, groupes intergouvernementaux) et dont le but est la formation de la nouvelle entité devant gérer le Système de noms de domaine (). Jon Postel est chargé de recueillir les commentaires des participants et de rédiger le « livre blanc » qui mène le à la création de l'ICANN, contractuellement lié avec département du Commerce des États-Unis.(), donc avec le gouvernement américain.
Bien que par l'intermédiaire du , les gouvernements du reste du monde obtiennent la possibilité d'exercer une relative influence sur les décisions prises au sein de l'ICANN, ce comité n'est que consultatif () ; le lien étroit entre l'ICANN et les États-Unis restera un sujet de tension durant les deux décennies suivantes, alors que dès l'origine il est pourtant prévu que le gouvernement américain se retire le plus tôt possible, au plus tard le ..
Le , le contrat liant l'ICANN au ministère du commerce américain prend fin et à cette occasion, la pression internationale s'amplifie, notamment par la voix de Viviane Reding de la commission européenne qui demande la totale indépendance de l'organisation.. Le gouvernement américain, estimant que l'ICANN ne remplit toujours pas les conditions de son indépendance, conservera la tutelle de l'organisation mais partagera sa supervision en donnant le pouvoir au de former des commissions d'examen qui évalueront régulièrement les performances de l'ICANN face à ses engagements.. L'ICANN gagne donc en indépendance, mais reste sous le feu des critiques, puisque le nouvel accord qui a été négocié en secret avec le département du Commerce., renouvelle l'emprise des États-Unis sur le Système de noms de domaine.
Dans les années , la pression mondiale s'accentue encore sur les États-Unis, d'abord en lors de la Dubaï (Émirats arabes unis) du 3 décembre au . qui voit la Chine, l'Inde et la Russie faire bloc afin de réclamer des droits égaux pour réguler l'internet. ; ensuite, en et dans le contexte des révélations Snowden, l'ICANN elle-même réclame son affranchissement du gouvernement américain dans une déclaration cosignée avec neuf autres organisations d'importance pour internet, dont par exemple, le World Wide Web Consortium ou l'Internet Society..
Enfin, en , l'administration Obama annonce que le département du Commerce ne renouvellera pas son contrat avec l'ICANN en posant toutefois certaines conditions. : l'ICANN ne doit pas être contrôlée par un autre État ou une organisation internationale tous les acteurs d'Internet participent à la gouvernance de façon équilibrée Internet doit rester libre et ouvert à tous les nouvelles instances doivent garantir la sécurité et la stabilité du système.
Cette annonce intervient environ un mois avant la tenue du au Brésil, un forum international destiné à repenser la gouvernance internationale d'Internet et qui, sans pouvoir apporter des changements directs au regard de l'ICANN, réclame un Internet plus indépendant ; à l'image de Louis Pouzin qui adresse, dans sa contribution, une critique sans détours ni fioritures de la gestion d'Internet sous la tutelle américaine..
Finalement, le , le contrat entre l'ICANN et le département du Commerce expire sans être renouvelé ; l'organisation est donc à ce jour affranchie du gouvernement américain..
Réalisations Le , l'ICANN vote la fin de l'exclusivité de l'alphabet latin pour la rédaction des noms de domaine Internet et dès le , peuvent être enregistrées des adresses web rédigées avec des caractères arabes, chinois, coréens, japonais ou cyrilliques..
Huit domaines de premier niveau génériques existaient avant la création de l'ICANN : .com, .edu, .gov, .int, .mil, .net, .org et .arpa, mais au fil des ans, l'organisation crée plusieurs nouveaux domaines, d'abord un peu plus d'une douzaine en et avec par exemple .biz, .coop ou .info. puis dans les années en ouvrant la possibilité aux entreprises ou structures publiques de proposer une extension « personnalisée », par exemple .paris géré par la Ville de Paris.. L'attribution d'un suffixe est possible à condition de débourser pour soumettre une candidature et par année pour le conserver.. D'autres sont vendus aux enchères lorsque plusieurs organismes désirent se porter acquéreur d'un même , comme le .app remporté en par Google pour 25 millions de dollars..
En , les caractères accentués de la langue française deviennent possibles pour les noms de domaines en .fr, puis en au Canada pour les domaines .ca et en pour les noms de domaines belges en .be....
En , l'utilisation de caractères non latins (cyrillique, arabe, chinois, etc.) pour former les suffixes est dorénavant permise.
Organisation L'ICANN est dirigé par un conseil d'administration composé de seize membres qui votent les décisions majeures de l'organisation et cinq membres consultatifs sans droit de vote. L'organisation est aussi dotée d'un médiateur qui a pour mission de résoudre les éventuels conflits entre l'ICANN et des employés ou les autres organisations (en et depuis , ce rôle est assuré par Herb Waye, policier à la retraite de la Gendarmerie royale du Canada)..
Le conseil d'administration est réparti de la façon suivante. :
Membres votants Un siège pour le président de l'ICANN, aujourd'hui () ; Deux sièges pour l'Organisation de soutien des noms génériques () représentant les bureaux d'enregistrement des noms de domaine de premier niveau, les fournisseurs d'accès à Internet, les entreprises et les organisations à but non lucratif ; Deux sièges pour les Registres Internet régionaux () qui représentent les cinq registres Internet régionaux ; Deux sièges pour l'Organisation de soutien aux politiques de codes de pays () représentant les responsables qui gèrent les domaines de premier niveau de noms géographiques ; Un siège pour le comité « At-Large » qui représente les utilisateurs d'Internet ; Six sièges pour le Comité de nomination (). Composé de bénévoles, il sélectionne les autres membres du conseil d'administration, sauf le président.
Membres sans droit de vote Les membres consultatifs ont chacun un siège.
Le Comité consultatif gouvernemental () qui représente les gouvernements nationaux. L'Internet Engineering Task Force qui élabore les protocoles et normes de Internet. Le Groupe de liaison technique () donne des conseils techniques sur des sujets relatifs aux activités de l'ICANN. Il est composé de l'Institut européen des normes de télécommunications, de l'UIT-T, de l'Internet Architecture Board et du World Wide Web Consortium. Le Comité consultatif de système de serveurs racine (), conseil sur les sujets relatifs aux serveurs racine du Système de noms de domaine. Le Comité consultatif sur la sécurité et la stabilité () dont les membres sont des volontaires reconnus comme ayant une expertise en matière de sécurité.
Présidents
