vignette|redresse=1.3|alt=Mur décoré| couronné par Seth et Horus. Abou Simbel, .
Dans l'Égypte antique, les mythes royaux de légitimation sont les fondements religieux du pouvoir politique des pharaons.
Dualité monarchique
Double monarchie
vignette|gauche|alt=Carte blanche avec du vert et bleu|Carte de l'Égypte antique.
La pensée égyptienne accorde une grande place au concept de la dualité. Toute réalité s'exprime comme l'union de deux modalités contraires mais appairées. L'univers se dit « le ciel et la terre », se comporter « s'asseoir et se lever », la totalité par « ce qui existe et ce qui n'existe pas ». Dans la langue égyptienne ce fait s'exprime par la présence du « duel (2) », un trait grammatical intermédiaire au singulier (1) et au pluriel (3 et au-delà). Dans le mythe osirien, Horus et Seth sont les « Deux Combattants » ou les « Deux Compagnons » tandis qu'Isis et Nephtys sont les « Deux Sœurs » ou les « Deux Pleureuses ». La monarchie pharaonique est elle aussi imaginée comme une institution duelle dans laquelle le Sud et le Nord sont unifiés. De par sa géographie, très particulière, l'Égypte a été perçue par ses antiques habitants comme une contrée caractérisée par la dualité. Il y a d'un côté la Haute-Égypte, le Sud, depuis Assouan jusqu'à Memphis et constituée par vingt-deux régions administratives (ou nomes). De l'autre, il y a la Basse-Égypte, le Nord, constituée par la plaine marécageuse du delta du Nil avec ses vingt régions. L'opposition joue sur un second couple géographique ; Kemet, la « Terre Noire », est la vallée fertile irriguée par les inondations annuelles du Nil tandis que Deschret, la « Terre Rouge », est le désert montagneux et stérile.
En tant que symbole politique de l'unité égyptienne, le pharaon est le « Maître des Deux-Terres » (neb-taouy) car il est avant tout le personnage dans lequel se manifeste l'union des Haute et Basse-Égypte. Cependant, dans le langage officiel, il peut aussi être le « Maître des Deux-Rives » ou le « Maître des Deux-Parts ». Les expressions politiques accordent toutefois la plus grande place au couple Sud-Nord. D'une manière guerrière, pharaon se « saisit des Deux-Terres » ou « les ploie » sous sa puissance ; politiquement, il « les fonde » ; économiquement, il « les fait reverdir » et, tel le dieu créateur, il « les illumine », « les satisfait » ou « les fait vivre ». La dualité de la monarchie peut aussi se remarquer dans le nom des villes royales. Située à la frontière des deux territoires, Memphis, l'antique capitale, est surnommée Mékhat-taouy la « Balance des Deux-Terres » tandis que la cité de Licht est connue par son vrai nom de Amenemhat-itj-taouy (abrégé : Itj-taouy) « Amenemhat se saisit des Deux-Terres » car fondée par , l'inaugurateur de la .
Deux plantes héraldiques
|+ |- ! scope="col" | Transcription ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center| Taouy ||align=center|N16 ||align=center | Deux-Terres |- |align=center| Ta-Shémaou ||align=center|N16-M26 ||align=center | Terre du Sud |- |align=center| Ta-Méhou ||align=center|N17-M15-O49 ||align=center | Terre du nord |- |align=center|Shémaou ||align=center|M26-D36-G43-N24 ||align=center | Celle du Sud |- |align=center|Méhou ||align=center|V22-V28-G43-M15 ||align=center | Celle du Nord |- |align=center|Kémet ||align=center|I6-G17-X1:O49 ||align=center | La Noire |- |align=center|Deshret ||align=center|D46:N37-D21:X1-N25 ||align=center | La Rouge
L'unité des Deux-Terres est fréquemment évoquée par la scène du Séma-taouy ou « Réunion des Deux-terres ». Ce motif décoratif figure fréquemment sur les deux flancs latéraux du trône royal. La plante du Sud, le lys blanc et celle du Nord, le papyrus, sont vigoureusement nouées ensemble par Horus et Seth ou par deux Hâpy (esprit de l'inondation) autour du hiéroglyphe de la trachée artère (séma), un idéogramme qui évoque les notions d'unité et de réunification. L'intégrité du double royaume est maintenue par le pharaon comme le signale sa titulature qui surmonte ou encadre la scène. Ce motif se rencontre fréquemment dans la statuaire royale lorsque le pharaon est figuré assis sur son trône. Les deux faces latérales du siège royal sont alors ornées des scènes du Séma-taouy comme le trône de Mykérinos () du Musée des Beaux-Arts de Boston ou le trône de () du Musée égyptien du Caire. Cette même scène figure sur le trône des deux Colosses de Memnon (, ) à Thèbes ainsi que sur le siège des statues colossales de () des temples de Louxor et Abou Simbel.
Dans l'écriture hiéroglyphique, la plante-Shema sert d'idéogramme aux termes Ta-Shémaou, la « Terre du Sud » et Shémaou « Celle du Sud » c'est-à-dire la Haute-Égypte, les Shémaou étant les « Habitants du Sud ». Les fleurs de cette plante héraldique sont montrées telles des campanules divisées en trois parties. Son identification n'est pas encore certaine. Des représentations font penser à l'Iris mais il y a aussi été vu un spécimen de Kaempferia, une Zingibéracée maintenant disparue d'Égypte mais encore présente au Soudan du Sud et en Éthiopie. Sa fleur, très semblable au lys est de couleur pourpre.
Le bouquet de papyrus (Cyperus papyrus) sert lui d'idéogramme pour Ta-Méhou, la « Terre du Nord » et Méhou « Celle du Nord », à savoir la Basse-Égypte. Les Méhou sont les chasseurs des marais et les Méhétyou sont plus précisément les « Habitants du Nord ». Le hiéroglyphe représente trois tiges de papyrus et leurs ombelles respectives. Il représente les denses fourrés de papyrus très souvent figurés dans les tombes. Là, le défunt traverse le marécage en barque pour chasser ou pêcher au harpon. Dans le mythe, Isis et son enfant Horus s'y cachent du terrible Seth,.
Deux déesses tutélaires
Dès les débuts de l'histoire égyptienne, les déesses Nekhbet et Ouadjet sont les deux déesses tutélaires de la double-monarchie pharaonique. Le nom de la première signifie, très simplement, « Celle de Nekheb ». Ce lieu est une importante cité de l'Égypte méridionale et se situe sur la rive opposée de Nekhen, la première capitale des pharaons. Sur le plan national, Nekhbet assume le rôle de déesse protectrice de la Haute-Égypte. Dans l'iconographie, elle apparaît surtout sous la forme d'un vautour blanc, les ailes déployées au-dessus du souverain. Elle peut aussi prendre la forme d'une femme coiffée de la couronne blanche ou comme une femme à tête de vautour. La déesse Ouadjet « Celle du papyrus » est, quant à elle, chargée de veiller sur la Basse-Égypte. La racine de son nom est la plante-ouadj qui véhicule les notions de verdeur, de prospérité, de régénération et d'épanouissement végétal. Elle est originaire de la ville de Bouto située dans le delta du Nil, attesté par l'archéologie dès la période prédynastique. Avant l'unification, Bouto était peut-être la capitale d'un royaume du Nord ensuite assujetti par le Sud. Ouadjet est généralement représentée comme un cobra, comme une femme à tête de cobra ou coiffée de la couronne rouge. Les deux déesses figurent pour la première fois ensemble sur une étiquette en ébène découverte dans la tombe de Neithhotep à Nagada et datée du règne de Hor-Aha (). Les deux déesses ont exercé leur fonction jusqu'à la fin de la royauté pharaonique et même au-delà. Dans le temple d'Esna, Tibère (empereur romain de 14 à 37) est figuré entre elles deux tel un pharaon couronné du pschent.
Successeur d'Horus
Dynastie des dieux-pharaons
vignette|redresse=1.5|alt=dessin sur papyrus|Séparation du Ciel (Nout) et de la Terre (Geb) par Shou (air) - Papyrus Greenfield - Basse époque - British Museum.
Les Anciens Égyptiens attribuent à leurs divinités une existence en dehors du temps, longue de millions d'années. Les récits mythologiques leur donnent toutefois une existence terrestre et les nombreux incidents qui ont émaillé leur passage sont à la base de toute la topographie religieuse du pays. Le Papyrus Jumilhac est particulièrement riche de ce genre d'anecdotes pour la région cynopolitaine. Les combats entre, d'un côté, Seth et ses acolytes, face à Horus, Anubis et Isis de l'autre ont marqué le paysage (apparition de filons et de massifs rocheux, fondation de temples, création de domaines agricoles)Jacques Vandier, Le Papyrus Jumilhac, Paris, CNRS, 1960.. Même pour les divinités les plus respectées, l'existence se caractérise par un commencement et une fin. Après un long règne, la vie de Rê est marquée par le vieillissement et un départ vers le ciel (Mythe de la Vache céleste), tandis que celle d'Osiris se termine dramatiquement par une mort violente infligée par Seth lors d'un complot. Le régime monarchique se projette dans ces récits et de nombreux textes religieux font allusion au règne légendaire d'une dynastie de dieux sur terre. Il est ainsi fait mention de la « royauté de Rê » de celles d'Atoum et d'Horus, de l'« héritage de Geb », de la « fonction d'Atoum » et du « trône d'Horus » transmis aux pharaons humains..
La pensée égyptienne, très globalisante, n'a pas fait la distinction entre Histoire et mythologie ou entre politique et religion. Le Canon royal de Turin () et l’Ægyptiaca du prêtre-historien Manéthon ( dynastie) sont parmi les sources chronologiques deux témoins majeurs. Tous deux, intègrent une dynastie divine dans la succession des souverains égyptiens en faisant des dieux les précurseurs de la royauté pharaonique. Le premier document se réduit à des fragments de papyrus et le second à des abrégés contradictoiresLe chroniqueur byzantin Georgius Syncellus, en se fondant sur Manéthon, rapporte une liste de sept dieux sur : Vulcain (Ptah) , Hélios (Rê) 992 ans, Agathodaemon (Shou ? Noun ?) 700 ans, Chronos (Geb) 501 ans, Osiris et Isis : 433 ans, Typhon (Seth) 359 ans, Horus 309 ans. Ce groupe est suivi par huit demi-dieux (noms latinisés) sur un total de : Mars, Anubis, Hercule, Apollon, Ammon, Tithoès, Zôsos, Jupiter Lire : . Malgré les lacunes du Canon royal, il est possible de comprendre que le dieu créateur Ptah a longuement régné sur terre. Il est suivi par Rê, Shou, Geb, Osiris, Seth (200 ans), Horus (300 ans), Thot (), Maât et un second Horus. La suite est très fragmentaire mais il est fait mention d'une dynastie de demi-dieux : les Shemsou Hor ou « Suivants d'Horus ». Cette succession dynastique se déroule sans interruption sur une période de quelque Règnes jusqu'aux Shemsou-Hor, ; durée des vénérables Shemsou-Hor, (Canon royal de Turin, colonne 2, lignes 9-11) avant le règne de Mény, le premier pharaon humain..
Sur le Trône d'Horus
vignette|gauche|alt=dessin|Horus donnant l'accolade à Pharaon - Relevé de la Stèle de Qahedjet - - Musée du Louvre.