thumb|350px|right|La synagogue de Teschen/Cieszyn entre 1880 et 1900 – façade ouest, vue de la rue Bóżnicza La synagogue de Teschen ou synagogue de Cieszyn, construite en 1837 au 6 rue Bóżnicza et agrandie en 1878, a été détruite par les troupes allemandes en 1939, au début de l'invasion de la Pologne.
Cieszyn en polonais, Teschen en allemand, est une ville du sud de la Pologne qui fait partie de la voïvodie de Silésie. Teschen appartient à la couronne des Habsbourg depuis 1653. Elle fait partie du duché de Haute et de Basse-Silésie. Après la Première Guerre mondiale, la ville est divisée en 1920 en deux parties, une partie tchèque qui prend le nom de Český Těšín et une partie polonaise avec pour nom Cieszyn. En octobre 1938, la Pologne occupe la partie tchèque. En septembre 1939, la ville est envahie par l'armée allemande. Après la Seconde Guerre mondiale, la ville est de nouveau divisée entre la Tchécoslovaquie et la Pologne. Cieszyn compte actuellement un peu plus de .
Histoire de la communauté juive Les débuts de la communauté Les premiers Juifs se sont installés à Teschen dans la première moitié du , quand la ville est passée sous le contrôle des Habsbourg. En 1531, le Juif Jakub achète une maison en ville, qu'il revend d'ailleurs la même année avant de quitter la ville: J. Spyra: Żydzi; site: Cieszyn.pl; consulté le 20 novembre 2015. À Teschen, la vie des Juifs est régie par un décret impérial de 1572, qui est une liste de common laws et de résolutions des assemblées régionales des duchés de Silésie. Un chapitre distinct Von Juden (des Juifs), réglemente entre autres le droit de possession de terres ainsi que les taux d'intérêt autorisés pour les prêts juifs aux seigneurs et aux paysans: D Walerjański: Z dziejów Żydów na Górnym Śląsku do 1812 roku (Histoire des Juifs en Haute-Silésie jusqu'en 1812); Pismo Muzealno-Humanistyczne Orbis; 2005; volume: 5, pages: 31 et 32.
Le prince Adam Wenzel von Teschen qui règne de 1579 à sa mort en 1617, ne suit pas les décrets impériaux et fait appel régulièrement à des musiciens juifs et recourt à un maitre-verrier de cour d'origine juive nommé Markus. Celui-ci pour ses services reçoit en 1575 le privilège l'autorisant à acheter une maison en ville, mais en 1578, criblé de dettes, sa maison est vendue par la municipalité.
Dans les années 1582-1584, l'empereur Rodolphe II confirme l'édit impérial ordonnant aux Juifs à quitter les terres héréditaires des Habsbourg, à l'exception de certaines enclaves spécifiquement désignées.
À la suite de la guerre de Trente Ans (1618-1648), de nombreuses villes de Silésie sont dépeuplées. Pour relancer l'économie, l'empereur Ferdinand II de Habsbourg adoucit en 1627 sa politique envers les Juifs et a émet un édit qui leur permet de se réinstaller, après avoir payé une taxe spéciale de florins: A. Steinert: Geschichte der Juden in Oppeln; Opeln; 1922; page: 23: D Walerjański: Z dziejów Żydów na Górnym Śląsku do 1812 roku (Histoire des Juifs en Haute-Silésie jusqu'en 1812); Pismo Muzealno-Humanistyczne Orbis; 2005; volume: 5, page: 33. Pour les mêmes raisons, la duchesse Elisabeth Lukretia von Teschen, qui règne de 1625 à 1653, octroie aux Juifs, contre redevance, le droit de percevoir des péages. En 1626, trois Juifs moraves obtiennent la permission pendant trois ans de prélevé un péage à Teschen, Skotschau, Schwarzwasser et Jablunkau contre une redevance annuelle de zlotys.
En 1631, un accord similaire est signé à Teschen par les frères Jacob et Moïse Singer, originaires d'Eibenschütz près de Brünn. Après quelques années, Moïse s'installe à Pleß, tandis que Jacob Singer devient le fondateur de la plus ancienne famille juive de Teschen. Il possède de larges pouvoirs, ainsi que la liberté de commerce de tous produits. Il traite des affaires avec la Moravie, la Hongrie, la Silésie et la Petite-Pologne. Singer est responsable du prêt sur gage sur le marché local et coopère avec la Monnaie ducale à Teschen. Le , Jacob Singer achète une maison rue Polonaise à proximité du château. Quelques années plus tard, il achète une maison plus grande, située à l'angle du Marché et de la rue Allemande. Cette maison appelée la Jüdisches Haus (Maison juive), deviendra le centre des affaires de la famille Singer en Silésie. À la même période, d'autres commerçants juifs commencent à s'installer à Teschen: Lazarus de Cracovie; Moïse Lewel de Mährisch Ostrau en Moravie et Lewek Mirowicz de Prague travaillent aussi avec la Monnaie de Teschen. Après la mort de Jacob Singer en 1650, la concession du péage de Teschen est reprise par son fils Samuel. Comme son père il tient une boutique de prêteur sur gage, et avec l'aide de ses quatre fils, il rachète les vieilles pièces d'argent de Silésie pour l'hôtel impérial de la monnaie de Breslau, dont il devient en 1673. Le fournisseur officiel.
En 1667, 10 Juifs paient des taxes à Teschen, y compris les cinq membres de la famille Singer. En 1672, les habitants de Teschen accusent Samuel Singer de favoriser les commerçants juifs étrangers et demandent l'arrêt de telles pratiques et de frapper de taxes municipales tous les Juifs résidant en ville, à l'exception de Samuel Singer. En 1674, Samuel demande à l'empereur la permission d'étendre son activité et de permettre à ses quatre fils de contrôler le commerce de Teschen. Les marchands de Teschen décident alors d'envoyer une lettre de protestation appropriée à l'empereur. Dans son différend avec les marchands, Samuel Singer bénéficie de l'appui du bourgmestre de Teschen, Larisch, et du gouverneur général de Breslau. En 1675, l'empereur Leopold rédige un décret interdisant tout commerce ainsi que la pratique de tout rite religieux aux Juifs à Teschen, à l'exception de la famille Singer. Deux des fils de Samuel, Joseph et Hirschel Singer acquièrent les mêmes droits de négoce. Au tournant des , le gendre de Samuel, Simon Goldschmied, obtient les mêmes privilèges.
En mai 1713, l'empereur Charles VI émet un édit de tolérance permettant aux Juifs de s'installer en Silésie moyennant le paiement d'une taxe spéciale de tolérance: P. Maser et A. Weiser: Juden in Oberschlesien; tome 1; Berlin; 1992; page: 26; : D Walerjański: Z dziejów Żydów na Górnym Śląsku do 1812 roku (Histoire des Juifs en Haute-Silésie jusqu'en 1812); Pismo Muzealno-Humanistyczne Orbis; 2005; volume: 5, page: 34. En 1722, il interdit aux Juifs de percevoir des droits et taxes, ce qui conduit à une perte importante de revenus pour la famille Singer. Après 1713, le nombre de Juifs croît rapidement dans la région de Teschen et en 1725, on compte déjà 50 familles juives. Mais dans la ville même de Teschen, les Singer bloquent leur installation et en 1720, seulement quatre familles juives y résident en plus des Singer. À cette époque, les Singer se sont spécialisés dans le négoce du tissu et d'autres matériaux.
En octobre 1726, les autorités de Silésie promulguent un décret Wegen der Juden (À cause des Juifs) qui interdit à des Juifs non déjà résidents, de s'installer en villes. Les Juifs non-résidents sont considérés comme étrangers et ne peuvent plus s'installer en Silésie. Ce décret introduit aussi le principe incolae (droit de résidence): les Juifs doivent demander l'autorisation de se marier, et un seul fils aura le droit de résider. Les autres fils sont considérés comme étrangers et doivent quitter le pays à leur majorité: I. Rabin: Vom Rechtskampf der Juden in Schlesien (1582–1713); in Jahresbericht der judisch-teologischen seminars fur das Jahr 1926; Breslau; 1927; pages: 50 et 51. Ce décret est appliqué à Teschen.
Dans les années 1730, le chef de la famille Singer est Moïse, fils de Joseph le fils ainé de Samuel Singer. Le frère de Moïse, Joseph Jacob est dans le commerce d'alcool, tandis que Joseph Simon Goldschmied (fils du gendre de Samuel Singer) acquiert en 1734 une licence commerciale. En 1742, après la mort de Moïse Singer, ses affaires reviennent à ses enfants et à sa seconde épouse Lea Singer.
En décembre 1746, huit familles juives, soit 22 personnes de plus de 15 ans, résident à Teschen, dont les trois familles Singer. En 1748, les autorités choisissent Jacob Hirschel comme collecteur des impôts dus par les Juifs. En 1752, l'impératrice Marie-Thérèse publie un décret de tolérance limitant le nombre de familles juives autorisées à vivre dans les villes de Silésie. L'annexe du décret fixe ce nombre à 12 familles (soit 57 personnes) pour Teschen. Ils ont tous le statut de Juifs tolérés.
Après la mort en 1751 de Jacob Hirschel, la charge de collecteur de l'impôt des Juifs échoit à Joseph Goldschmidt. En 1754, l'impératrice Marie-Thérèse confirme les privilèges de la famille de Lea Singer et autorise Endel Oppenheim (fille de Leah Singer) et son mari James Oppenheim à ouvrir un second magasin en ville (mais seulement jusqu'à la fin de leur vie). Le premier recensement officiel réalisé à Teschen en 1754 donne 8 familles juives tolérées soit 35 personnes. À cette époque, la Chambre de Teschen préfère travailler avec des Juifs non tolérés ou Juifs étrangers, avec lesquels elle peut plus facilement imposer ses conditions. 6 familles de Juifs non tolérés habitent dans les environs de Teschen, conduisant à une concurrence entre Juifs tolérés et Juifs non tolérés.
En 1766, l'entreprise familiale Singer obtient le monopole du commerce du tabac dans le duché de Teschen. En 1776, ils possèdent un réseau de 57 vendeurs de tabac juifs, dénommés trafikantów. De 1760 à 1765, la charge de collecteur d'impôt juif est tenue par Jakub Oppenheim, puis en 1765-1766 par Hirschel Moïse Singer, et ensuite par Zacharias Gerson Lazarus, gendre d'Oppenheim.
Dans les années 1770, les autorités suppriment de nombreuses contraintes imposées aux Juifs, espérant que le commerce juif stimulera le développement de Teschen. En 1775, se déroule la foire internationale de Teschen. À cette occasion, s'ouvre une auberge dédiée principalement aux marchands juifs de l'Est. En 1776, Józef Löwi reprend le commerce du tabac à la famille Singer, tombé en faillite. En 1780, Teschen compte 16 familles juives tolérées, représentant 88 personnes. Elles travaillent principalement dans le commerce et les services. L'édit de tolérance de 1781, permet aux Juifs de Silésie de pratiquer leur religion en privé, mais sans avoir ni de synagogue ni de rabbin. Les Juifs ont par contre accès aux écoles chrétiennes et aux universités.
En 1785, le cimetière privé des Singer est racheté par l'ensemble des Juifs tolérés de Teschen. En 1790, selon le recensement général, 46 Juifs vivent à Teschen et dans les villages avoisinants. En 1801, une salle de prière est louée au sous-sol d'une maison de la rue Menniczej. Juda Glücklich préside aux prières. Ainsi se crée de façon non officielle la première communauté juive de Teschen. En 1802, Heimann Holläder, de Teschen, devient docteur en médecine de l'université de Francfort-sur-l'Oder.
La communauté au En 1812, il y a 98 Juifs à Teschen et en 1837, leur nombre est 327, représentant 5,2 % de la population totale de la ville. En 1840, on compte 17 familles juives tolérées et 13 autres familles dans les villages avoisinants. Le registre des entreprises de 1829 à 1848 indiquent 56 affaires juives, dont 20 liées au commerce, 10 à l'artisanat, 8 auberges ou hôtels et 7 de services variés. Goldschmidt et Löbestein possèdent une usine de vinaigre.
En 1838 est construite la première synagogue, sur les plans de Karl Jilg. Elle est située dans l'actuelle rue Bożnicza, à l'endroit où se trouve actuellement l'école primaire nr 1. Elle emploie un chantre (Hazzan), un bedeau (Shamess) et un abatteur rituel (Shohet).
Dans la première moitié du , de plus en plus de Juifs s'installent à Teschen. Préoccupés, les habitants de Teschen déposent plainte en 1844, auprès de la municipalité contre l'installation en ville de Juifs non-tolérés. Après enquête, celle-ci ordonne en avril 1848, l'expulsion de la ville de 10 Juifs non-tolérés.