Les relations entre la Russie et la Turquie sont des relations internationales s'exerçant entre la fédération de Russie et la République turque. Elles sont structurées par deux ambassades, l'ambassade de Russie en Turquie et l'ambassade de Turquie en Russie.

Si les relations entre les deux pays ont connu des épisodes de tension et de crises diplomatiques, notamment en 2015 lors de la guerre en Syrie, leurs relations économiques n'ont cessé de se renforcer, la Russie étant en 2017 le importateur de la Turquie et son premier partenaire énergétique.

Histoire Empire russe et Empire ottoman vignette|Ivan Aïvazovski, Bataille navale russo-turque de Sinope (1853). L'histoire des relations entre la Russie et la Turquie remonte au mariage de Sophie Paléologue avec le tsar Ivan III en 1472. Sophie apporta comme dot de mariage le blason de l'Empire byzantin, l'aigle à deux têtes des Hittites, que la Russie utilise encore aujourd’hui comme emblème national. Leur histoire commune se trouble plus tard par des confrontations entre l'Empire russe et l'Empire ottoman, marquées notamment par une série de onze conflits qui se sont déroulés entre le et le désignés sous le terme de . Ces affrontements se caractérisent par la volonté des deux Empires de dominer les BalkansClémentine Kruse, Les relations russo-ottomanes au , Les clés du Moyen-Orient, 7 mai 2012.

Au cours de ces guerres, l'Empire ottoman s'affaiblit graduellement et son territoire se réduit progressivement aux zones littorales de la mer Noire, au profit de l'Empire russe. La fin de ces conflits sera marquée par la dissolution de l'Empire ottoman à l'issue de la Première Guerre mondiale en 1918. L'Empire russe va lui-même disparaître peu après avec la guerre civile russe (1917-1923) qui aboutit à la consolidation de la Russie soviétique.

Russie soviétique et Turquie La Russie soviétique est l'un des premiers États à reconnaitre le gouvernement kemaliste et accepte en 1921 de céder à la Turquie les districts de Kars et d’Ardahan conformément au principe revendiqué par le nouvel État de condamner toutes les formes d’annexion et de donner l’indépendance aux nationalités qui la revendiquaient.

Un traité d’amitié est signé en 1925. La Turquie est alors l'un des rares pays à s'opposer à l’isolement de l'Union soviétique. Au début des années 1930, autorités turques et soviétiques coopèrent de manière à réprimer les nationalistes kurdes et arméniens unis par une alliance à partir de 1927. En 1936, les deux États se lient à la convention de Montreux. Pourtant, leurs relations se dégradent après la Seconde Guerre mondiale : la Russie reproche au gouvernement turc d’être demeuré neutre jusqu’en 1945 et surtout d’avoir interdit aux navires alliés le passage des détroits au nom de sa neutralité. Durant la guerre froide entre 1946 et 1953, il existe un contentieux entre les deux pays concernant les détroits.

Un premier dégel survient après la mort de Joseph Staline en 1953 à l'initiative de Nikita Khrouchtchev. L’URSS propose ainsi en 1956 son aide à la Turquie afin de favoriser son industrialisation. Leurs relations restent néanmoins tendues, la Turquie ayant intégré l'OTAN en 1952.

Années 1990 Dans les années 1990, les deux puissances régionales règlent les crises du Caucase issues de l'éclatement de l'URSS. Dans le Caucase du Sud, c'est le conflit entre Arménie et Azerbaïdjan qui concentre les principaux efforts des deux pays. L'Azerbaïdjan devient un allié de la Turquie sans pour autant perdre ses relations étroites avec Moscou. Un corridor turcophone jusqu'à l'Asie centrale ne peut se matérialiser.

Années 2000-2010 : la prépondérance régionale russe de retour vignette|Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdoğan et Silvio Berlusconi lors de l'ouverture du gazoduc Blue Stream Dans les années 2000, la Turquie veut éviter que l’OTAN se mêle trop de la mer Noire et établit des projets de coopération d'initiative russo-turque: L’opération Black Sea Harmony conçue sur le modèle de l’opération Active Endeavour de patrouilles maritimes contre le terrorisme et le trafic en mer, créée par la Turquie en 2004 et rejointe par la Russie en 2006. La Black Sea Naval Cooperation Task Group (BLACKSEAFOR): un centre d'opérations navales conjointes des pays riverains de la Mer Noire que quittent la Géorgie en 2008 et que suspend l'Ukraine en 2014. Et continue de promouvoir le respect de la Convention de Montreux (1936) qui limite les incursions en mer Noire de navires de guerre de pays non riverains à (d’où la rotation des navires de l'OTAN par période de ) Rapport de l'International Crisis Group "Russia and Turkey in the Black Sea and the South Caucasus", juin 2018.

Mais dans les années 2010, la Turquie se voit supplantée en termes de puissance navale par les Russes. Un projet turc de réarmement naval MILGEM est lancé : 2017 une nouvelle corvette anti sous-marins (Kınalıada) est construite. Sont également conçus la construction de nouvelles frégates et d'un porte-avions made in Turkey destiné à la Méditerranée.

La concurrence des deux pays se fait aussi sentir en termes territoriaux: les populations circassiennes d'Abkhazie et tatares de Crimée sont traditionnellement sous la protection turque: ainsi les Turcs aident financièrement les déportés tatars de 1944 à se relocaliser. Or l'Abkhazie est ouvertement occupée par la Russie en 2008 et la Crimée annexée à la Russie en 2014 : la surface des côtes russes en mer Noire est ainsi passée de 475 à . Les réactions diplomatiques turques sont faibles cependant: Soutien des Turcs au Majlis tatar avec l'ouverture d'un centre tatar à Kiev, avec le soutien de leur service extérieur, le TIKA) ; accueil des leaders tatars emprisonnés puis expulsés par les Russes, livraison d'uniformes à une milice tatare opérant à la frontière de la péninsule criméenne; mais aucune intervention dans le Donbass, et pas de participation aux sanctions de l’Union européenne contre la Russie. Au contraire est évoquée une collaboration plus poussée avec l’Union eurasienne par le ministre de l'Économie Nihat Zeybekçi en . Concernant l'Abkhazie, si la Turquie ne reconnaît officiellement pas ce territoire comme État, elle laisse ouvrir des bureaux abkhazes en Turquie, maintient des liens forts entre diasporas et devient le deuxième partenaire économique après la Russie. Dans le reste du Caucase, les salafistes (muhajirs) persécutés en Russie sont accueillis en Turquie (parfois via l'Égypte de Mohamed Morsi), et y forment des groupes généralement non violents (Hizb ut-Tahrir). La coopération policière russo-turque ne s'applique qu'aux membres de daesh. Une opposition de vues demeure : pour Erdoğan, cet accueil fait partie de l'entraide panislamiste, tandis que pour la Russie, c'est un terreau terroriste. Des liquidations ciblées de Tchétchènes par les Russes sur le territoire turc créent donc des crispations entre les États.

Au Sud, la prépondérance russe se fait également sentir, avec le soutien crucial de la Russie à son allié traditionnel syrien alors que Recep Tayyip Erdoğan désire faire tomber le régime baasiste de Bachar el-Assad pour lui substituer un gouvernement sunnite et soutient des milices islamistes (convoyage d'armes par l'IYV) ou turkmènes anti Assad. La tension est à son comble en 2015-2016:

La crise russo-turque de 2015 atteint un point critique le quand l'armée turque abat un Soukhoï Su-24 de l'armée de l'air russe. Quelques heures à peine après les faits, à Sotchi, Vladimir Poutine parle de et considère à chaud que l'armée turque est .Cet incident a pour conséquence, alors qu'Ankara a mis en garde la Russie contre toutes formes d'aides aux combattants kurdes de Syrie dans le cadre de la campagne contre Daech, la livraison d'armes de Moscou aux combattants Kurdes à AfrinLes Kurdes à la lisière de l'Euphrate ou la revanche de Poutine, huffingtonpost.fr, . De plus, l'aviation russe soutient les offensives des forces kurdes pour la prise du corridor d'Azaz qui sert de « cordon ombilical » entre la Turquie et les forces rebelles. Cette nouvelle alliance qui va à l'encontre de la Turquie est présentée comme pour avoir détruit le Su-24Jean-Dominique Merchet, Syrie: la bataille du corridor d’Azaz pourrait couper les rebelles de la Turquie L'Opinion du . Si le , Ahmet Davutoğlu refuse de présenter des excuses pour avoir abattu un bombardier russe en disant qu' et Avion russe abattu : la Turquie ne s'excusera pas Direct Matin du , le , soit 7 mois après la destruction du bombardier russe et la mort de son pilote, le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'excuse enfin dans un message adressé à Vladimir Poutine où notamment il présente les condoléances à la famille d'Oleg Pechkov et appelle à reprendre des relations amicales entre les deux paysErdogan s'est excusé auprès de Poutine pour l'avion de chasse russe abattu par les Turcs Figaro du 27 juin 2016Russie. Bombardier abattu : Erdogan présente ses excuses à Poutine, courrierinternational.com, 27 juin 2016.

2017-2020 : Le rapprochement de deux régimes en vue de régler les conséquences de la guerre civile syrienne L'assassinat d'Andreï Karlov, ambassadeur de Russie en Turquie, le , n'a pas d'incidence sur les relations bilatérales et la possibilité que le tueur appartienne au mouvement Gülen arrange les deux côtés. En effet, les deux pays ont déjà entrepris un rapprochement au cours de l'année 2016. Du côté turc, les activités à proximité de sa frontière des combattants kurdes des YPG, branche armée du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), soutenus par les États-Unis, « poussaient naturellement à une attitude plus conciliante à l’égard de la Russie »Adlene Mohammedi, La stratégie russe en Syrie : de la fermeté à la prudence, hestia.hypotheses.org, novembre 2019. La Russie elle-même percevait négativement l'alliance des YPG avec Washington. De surcroit, la Russie avait besoin de la Turquie pour trouver une issue à la guerre civile syrienne.

Une nouvelle phase dans les relations turco-russes s'opère ainsi, dans un contexte de refroidissement des relations entre Ankara et les Occidentaux.

En effet, de nouveaux accords dans les domaines de l'énergie (tel que le Turkish Stream) sont en passe d'aboutir, questionnant l'appartenance de la Turquie à l'OTAN. La décision d'Ankara d'acheter des S-400 à la Russie (accord signé en ), armes considérées comme l'un des systèmes de défense antiaérienne les plus modernes au monde, renforce encore cette coopération militaire au mécontentement des États-UnisDaniel Vallot, S-400, l’arme de discorde massive de la diplomatie russe, rfi.fr, 29 mai 2019. Cette livraison importante ancrera la technologie russe dans l'équipement militaire turc pour la décennie 2020-30 de même qu'avec l'ouverture de la première centrale nucléaire turque à Akkuyu dans les années 2020 Rosatom met un pied dans le marché énergétique turc et en deviendra un acteur majeur .

Au début de l'année 2020, le dialogue entre les deux pays se poursuit notamment dans le cadre de la deuxième guerre civile libyenne, même si la Russie soutient le maréchal Khalifa Haftar et la Turquie le gouvernement Fayez el-SarrajAdlene Mohammedi, Le dialogue Poutine-Erdoğan et la difficile répétition du schéma syrien en Libye, middleeasteye.net, 4 février 202

En 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine et bien que la Turquie soit membre de l’OTAN, elle n’impose pas de sanctions à la Russie, à la différence de nombreux autres pays de l’alliance. Au contraire, les deux dirigeants des pays, Recep Tayyip Erdoğan et Vladimir Poutine, se rencontrent à plusieurs reprises pour renforcer les liens économiques entre les deux paysAndrei Stiru, Le commerce entre la Russie et la Turquie continue d’augmenter: les importations de pétrole ont augmenté de plus de 100%, businessam.be, 23 août 2022.