Gregor MacGregor, né le dans le Stirlingshire et mort le à Caracas, est un soldat, mercenaire, aventurier et escroc écossais.
MacGregor rejoint l'armée britannique en 1803 et il est affecté au régiment d'infanterie. Le régiment est envoyé au Portugal en 1809 et MacGregor quitte l'armée en 1810. En 1812, il part pour l'Amérique du Sud où il devient mercenaire. Il combat pour les révolutionnaires du Venezuela et de Nouvelle-Grenade. En 1817, il tente d'envahir la Floride orientale espagnole et fonde une république sur l'île d'Amelia. Entre 1818 et 1819, il participe une nouvelle fois à l'indépendance de la Nouvelle-Grenade sur le théâtre panaméen.
En 1820, il achète des terres au roi de la côte des Mosquitos. Pendant presque trois ans, il vend des titres et promet une nouvelle vie à des investisseurs britanniques sur un État inexistant appelé le Poyaïs, qu'il dirigerait en tant que cacique. La fraude est découverte en 1823 et il part en France où il pratique la même escroquerie. Il est jugé à deux reprises en 1826 mais il finit par être acquitté grâce à la défense de son avocat. Après son retour en Grande-Bretagne, il continue ses activités pendant quelques années avant de partir pour le Venezuela où il meurt en 1845.
Jeunesse
Enfance et famille Gregor MacGregor est né le sur la rive nord du Loch Katrine dans le Stirlingshire, en Écosse. Certaines sources, dont l’Oxford Dictionary of National Biography, donnent à MacGregor comme lieu de naissance Édimbourg. Il est le fils de Daniel MacGregor, un capitaine de la Compagnie britannique des Indes orientales, et d'Ann.. Sa famille est catholique romaine et fait partie du clan MacGregor, dont l’interdiction par le roi en 1604 n’a été abrogée qu’en 1774. Pendant la proscription de leur foi, les MacGregor ont été légalement ostracisés au point qu’il leur est interdit d’utiliser leur propre nom de famille. Beaucoup d’entre eux, y compris Robert Roy, ont participé aux rébellions jacobites de 1715 et de 1745. MacGregor affirme à l’âge adulte qu’un de ses ancêtres a survécu au projet Darién de 1698, la tentative malheureuse des Écossais de coloniser l’isthme de Panama. Son grand-père a servi avec distinction dans l’armée britannique sous le nom de famille Drummond, et a par la suite joué un rôle important dans la restauration et la réhabilitation du clan dans la société.
On sait peu de choses de l’enfance de MacGregor. Après la mort de son père en 1794, lui et ses deux sœurs sont élevés principalement par leur mère avec l’aide de divers membres de leur famille. Le biographe de MacGregor, David Sinclair, suppose qu’il aurait probablement parlé principalement le gaélique pendant sa petite enfance et n’aurait appris l’anglais qu’après avoir commencé l’école vers l’âge de cinq ans et demi. Plus tard dans sa vie, MacGregor prétend avoir étudié à l’université d’Édimbourg entre 1802 et 1803. Il n’existe pas de documents à ce sujet, car il n’obtient pas de diplôme, mais Sinclair le juge plausible, citant l’apparente sophistication de MacGregor et les relations de sa mère à Édimbourg.
Carrière dans l'armée britannique MacGregor s’enrôle dans l’armée britannique à l’âge de , en , au plus jeune âge qu’il était possible de faire. Sa famille lui achète une commission d’enseigne dans le d’infanterie, probablement pour environ .. L'entrée dans l’armée a coïncidé avec le début des guerres napoléoniennes après l’échec du traité d’Amiens. Le sud de l’Angleterre est fortifié pour se défendre contre une éventuelle invasion française. Le d’infanterie est stationné à Ashford, dans le Kent. En , après moins d’un an de formation, MacGregor est promu au grade de lieutenant sans achat, avancement qui dure habituellement jusqu’à trois ans. Plus tard cette année-là, après que MacGregor a passé quelques mois à Guernesey avec le du régiment, le d’infanterie est affecté à Gibraltar. alt=Portrait de Gregor MacGregor lorsqu'il fut lieutenant de l'armée britannique, George Watson, 1804.|vignette|Portrait de Gregor MacGregor lorsqu'il fut lieutenant de l'armée britannique, George Watson, 1804. MacGregor est présenté à Maria Bowater, fille d’un amiral de la Royal Navy, vers 1804. Maria demande une dot considérable et est apparentée à deux autres généraux, à un membre du parlement et au botaniste Aylmer Bourke Lambert. Gregor et Maria se marient à l’église Sainte-Marguerite de Westminster en et s’installent à Londres, dans la résidence de la tante de la mariée. Deux mois plus tard, après avoir rejoint le d’infanterie à Gibraltar, MacGregor achète le grade de capitaine pour environ , choisissant de ne pas attendre les sept années qu’une telle promotion pourrait prendre sans être achetée. Le d’infanterie demeure à Gibraltar entre 1805 et 1809. À cette époque, MacGregor développe une obsession pour l’habillement, les insignes de grade et les médailles qui le rendent impopulaire au sein du régiment. Il interdit à tout soldat ou sous-officier de quitter ses quartiers autrement qu’en grand uniforme.
En 1809, le d’infanterie est envoyé au Portugal en renfort de l’armée anglo-portugaise commandée par le duc de Wellington, lors de sa deuxième tentative de chasser les Français d’Espagne pendant la guerre péninsulaire. Le régiment de MacGregor débarque à Lisbonne environ trois mois après le début de la campagne, le . En , il est en garnison à Elvas, près de la frontière avec l’Espagne. Peu après, MacGregor est détaché au de ligne de l’armée portugaise, où il sert avec le grade de major d’ à . Selon Michael Rafter, auteur d’une biographie très critique de MacGregor en 1820, ce détachement survient à la suite d’un désaccord entre MacGregor et un officier supérieur qui s’intensifie à un point tel que le jeune capitaine est forcé de demander son renvoi. Cela est rapidement accordé. MacGregor se retire officiellement du service britannique le , récupérant les qu’il a payées pour les grades d’enseigne et de capitaine, et retourne en Grande-Bretagne. Les actions du d’infanterie à la bataille d’Albuera, le , valent au régiment un prestige considérable et le surnom de « Die Hards ». Par la suite, MacGregor fait grand cas de son implication, bien qu’il ait quitté le régiment un an auparavant.
Guerres aux Amériques
Dernières années en Grande-Bretagne et voyage au Venezuela À son retour en Grande-Bretagne, Gregor MacGregor, âgé de , et sa femme emménagent dans une maison louée par sa mère à Édimbourg. Là, il prend le titre de colonel, porte l’insigne d’un ordre de chevalerie portugais et parcourt la ville dans un carrosse extravagant aux vives couleurs. Après avoir échoué à atteindre un statut social élevé à Édimbourg, il retourne à Londres en 1811 et commence à se faire appeler « Sir Gregor MacGregor, Bart », prétendant faussement avoir succédé à la chefferie du clan MacGregor. Il fait également allusion aux liens familiaux avec une sélection de ducs, de comtes et de barons. Cela n’a que peu d’incidence sur la réalité, mais il se crée néanmoins un air de respectabilité crédible dans la société londonienne.
En , Maria MacGregor meurt. D’un seul coup, MacGregor perd sa principale source de revenus et l’appui de l’influente famille Bowater. Selon Sinclair, ses options sont limitées, annoncer ses fiançailles avec une autre héritière si peu de temps après la mort de Maria pourrait susciter des protestations publiques embarrassantes de la part des Bowater, et rentrer chez lui pour cultiver les terres des MacGregor en Écosse serait à son avis d’un ennui inacceptable. Sa seule véritable expérience est militaire, mais la manière dont il a quitté l’armée britannique rendrait son retour là-bas au mieux embarrassant.
Il est intéressé par les révoltes coloniales contre la domination espagnole en Amérique latine, en particulier au Venezuela, où sept des dix provinces se sont déclarées une république indépendante en ., déclenchant la guerre d’indépendance vénézuélienne. Le révolutionnaire vénézuélien, le général Francisco de Miranda, a été fêté dans la société londonienne lors de sa visite, et a peut-être même rencontré MacGregor. Constatant le traitement réservé à Miranda par les plus hautes sphères de Londres, il se fait à l’idée que des aventures dans le Nouveau Monde pourraient lui valoir une célébrité similaire à son retour. Il vend le petit domaine écossais qu’il a hérité de son père et de son grand-père et s’embarque pour l’Amérique du Sud au début de 1812. En chemin, il s’arrête à la Jamaïque, où, selon Rafter, il est tenté de s’installer parmi les planteurs et les commerçants, mais . Après un séjour confortable à Kingston, il s’embarque pour le Venezuela et débarque à La Guaira en .
Sous la première république vénézuélienne Gregor MacGregor arrive à Caracas, la capitale vénézuélienne, quinze jours après qu’une grande partie de la ville a été détruite par un tremblement de terre. Avec une majeure partie du territoire sous le contrôle des armées royalistes qui avancent, le gouvernement révolutionnaire perd du soutien et commence à se fracturer. Il abandonne sa prétendue baronnie écossaise, estimant qu’elle pourrait porter atteinte aux créances républicaines qu’il espérait établir, mais continue à se faire appeler « Sir Gregor » au motif qu’il est, selon lui, un chevalier de l’Ordre du Christ. Il offre ses services directement à Miranda à Caracas. En tant qu’ancien officier de l’armée britannique, il est reçu avec empressement et on lui confie le commandement d’un bataillon de cavalerie avec le grade de colonel. Lors de sa première action, MacGregor et sa cavalerie mettent en déroute une force royaliste à l’ouest de Maracay, entre Valencia et Caracas. Les engagements ultérieurs sont moins fructueux, mais les dirigeants républicains sont tout de même satisfaits du prestige qu'il donne à leur cause.
Le , il épouse, à Maracay, Josefa Antonia Andrea Aristeguieta y Lovera, fille d’une famille de Caracas et cousine du révolutionnaire Simón Bolívar. À la fin du mois, Miranda le promeut au grade de général de brigade, mais la cause révolutionnaire est en train d’échouer. En juillet, après la prise par les royalistes du port clé de Puerto Cabello à Bolívar, la république capitule. Dans le chaos qui s’ensuit, Miranda, après avoir été accusé de trahison par les républicains, est capturé par les Espagnols tandis que les restes de la direction républicaine, y compris MacGregor et Josefa, sont évacués vers l’île néerlandaise de Curaçao à bord d’un brick britannique, le Sapphire. Bolívar les y rejoint plus tard dans l’année.
En Nouvelle-Grenade Avec Miranda emprisonné en Espagne, Bolívar est devenu le nouveau leader du mouvement indépendantiste vénézuélien. Il décide qu’ils devraient prendre un certain temps pour se préparer avant de retourner sur le continent. S’ennuyant de plus en plus à Curaçao, MacGregor décide d’offrir ses services aux armées républicaines du général Antonio Nariño dans le voisin occidental du Venezuela, la Nouvelle-Grenade. Il escorte Josefa jusqu’à un logement en Jamaïque, puis se rend à la base de Nariño à Tunja dans les Andes orientales. Le nom de Miranda vaut à l’Écossais une nouvelle commission au service de la Nouvelle-Grenade, avec le commandement de dans le district de Socorro, près de la frontière avec le Venezuela. Il y a eu peu d’action dans ce secteur. Les forces de Nariño sont principalement engagées autour de Popayán dans le sud-ouest, où les Espagnols ont une importante garnison. Michael Rafter rend compte positivement de la conduite de MacGregor à Socorro, écrivant que « par l’introduction du système européen de tactique, il a considérablement amélioré la discipline des troupes », mais certains sous son commandement ne l’aimaient pas. Un fonctionnaire de Cúcuta, la capitale du district, exprime un mépris total pour MacGregor dans une lettre à un ami : « J’en ai assez de ce bluffeur, ou Quichotte, ou du diable sait quoi. Cet homme peut à peine nous servir à la Nouvelle-Grenade sans nous accabler de dix mille embarras ».