René-François Bescher ou encore Bescher de la Gautraie Bescher de la Gautraie, dit Brutus, né le Acte en ligne à Château-Gontier (Mayenne) et mort le à Paris, est une figure de la Révolution française, journaliste, avocat, militant jacobin et écrivain français. Il est surtout connu pour son engagement radical, son rôle dans la presse révolutionnaire, et sa participation aux mouvements démocratiques et babouvistes sous le Directoire.

Biographie Origines et formation René-François Bescher naît dans une famille de la moyenne bourgeoisie provinciale. Son père, marchand-teinturierArchives départementales de la Mayenne, 4 E 64/5., lui assure une éducation soignée : il fait ses humanités à Laval, puis sa philosophie au séminaire d'Angers Né avec un caractère d'indépendance qui s'était manifesté, même dans le cours de mes études, lorsque je voyais l'équité fléchir sous le poids de la faveur, je saluai avec enthousiasmé l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour la France.. Le Patriote de 1789Bescher, Le patriote de 1789, Paris, 1830, 62 pages..

Il devient praticien chez son cousin et homonymeAvocat en Parlement et procureur du roi au grenier à sel de Château-Gontier. Devenu juge pendant la Révolution française et jacobin notoire, il est exécuté par les Vendéens en octobre 1793..

Il s’engage ensuite dans le Régiment du maréchal de Turenne pendant 26 mois, avant de revenir à Château-Gontier. Il y travaille comme clerc d’avocat ans l'étude d'un autre avocat Mathurin-René Thoré. Encore praticien, avant de devenir premier clerc, il se marie en 1788 avec Françoise-Renée Buisneau Ils ont plusieurs enfants dont Tell Bescher..

Engagement révolutionnaire Dès 1789, Bescher s’implique activement dans la Révolution française. Il est nommé notable par ses concitoyens et lieutenant de la Garde nationale, puis procureur de la commune de Château-Gontier. Livré tout entier à mes fonctions civiles, je m'occupai à étudier les archives de la commune , à compulser, à déchiffrer de vieux titres, et je parvins à faire l'entrer la ville dans des propriétés importantes , usurpées par les seigneurs, mais que probablement elle aura perdues depuis.. Le Patriote de 1789. A la mort de Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, il prononce au milieu du service divin, comme laïc, son oraison funèbre.

Il devient greffier du tribunal criminel de la Mayenne en Archives départementales de la Mayenne, L 1858.. Il s’installe à Laval à la même époque que les vicaires épiscopaux et l’administrateur du département. Bescher, bien que modéré au départ, se rallie à la République par nécessité et par patriotisme. J'étais loin alors, mon ami, de désirer la République ; je pensais que ce ne serait qu'avec des difficultés extrêmes que cette forme de gouvernement prendrait racine en France. Aussi dans l'assemblée électorale dont j'étais membre, j'avais proposé qu'on donnât à nos députés le mandat spécial de conserver la royauté, en changeant la dynastie. Ce vœu, qui ne devait se réaliser que quarante années plus tard , et que j'ai toujours conservé dans mon cœur, fut unanimement accueilli... Le Patriote de 1789.

Débuts journalistiques Il commence ses activités journalistiques avec Le Patriote du département de la Mayenne. Il écrit d'abord les articles judiciaires ; puis, devient l’idéologue du journal qui, en , s’intitule Le Sans-Culotte de la MayennePeyrard, Christine. « Combats parisiens pour la démocratie de journalistes de l’ouest ». Paris et la Révolution, édité par Michel Vovelle, Éditions de la Sorbonne, 1988, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.67094..

La défense de Laval et la guerre de Vendée En 1793, Bescher joue un rôle clé dans la défense de Laval contre les Vendéens lors de la Bataille de Laval. Il organise la résistance, mobilise la garde nationale, et tente de protéger la population. Malgré la supériorité numérique de l’ennemi, il parvient à limiter les dégâts et à organiser une retraite stratégique. Il est ensuite impliqué dans la répression des Chouans et dans la gestion des subsistances, ce qui lui vaut des inimitiés locales.

Rôle sous la Terreur En 1793, il devient procureur général syndic du département de la Mayenne où il remplace René-Pierre Enjubault de la Roche. François-Joachim Esnue-Lavallée et François le nomment administrateur du département et membre du Comité révolutionnaire de Laval (germinal an II).

Ces fonctions lui conférèrent une influence majeure sur la vie politique et judiciaire de Laval. Bescher s’entoura de partisans partageant ses convictions politiques, auxquels il attribua des postes clés, renforçant ainsi son contrôle sur la villeÉmile Quéruau-Lamerie, Les Girondins de la Mayenne, notes pour servir à l'histoire de l'insurrection normande dite du fédéralisme, 1793, 1878.. Il utilisa sa position pour cibler ceux qu’il considérait comme ses opposants, notamment des citoyens influents qui s’étaient régulièrement opposés à ses propositions au sein de la Société populaire, du Conseil général de la commune ou de l’Assemblée des Corps Administratifs. Il fut l'un des plus fougueux terroristes de Laval, et l'un des moins « incorruptibles ». Il est alors surnommé « le Marat de la Mayenne » pour son intransigeance et son soutien à la ligne montagnarde.

Se voyant procureur général, il se loge au Val-de-Mayenne, dans la maison Duchemin-MorinièreIl fait emprisonner les propriétaires qui l'avaient dégarnie de mobilier, mais les relâcha quand on eut remis en place les glaces et les tapisseries.. Bescher est l’un des principaux artisans de la Terreur dans la Mayenne. Il est connu pour sa rigueur, parfois extrême, envers les suspects et les ennemis de la Révolution française.

Pour l'Abbé Angot, il est notamment impliqué dans des arrestations arbitraires, des confiscations de biens, et des mesures radicales contre les « riches égoïstes » et les opposants. Les parents des détenus obtenaient facilement des faveurs de sa part en portant à sa femme des cadeaux en naturePour l'Abbé Angot, il eût sauvé la vie de René Enjubault de la Roche, pour 40 000 francs, si François-Joachim Esnue-Lavallée n'était intervenu.. Il était de ceux qui voulaient faire fusiller les prisonniers qu'on n'avait pu transférer à Angers au passage des Vendéens. Ma conduite franche et courageuse dans ces jours d'épreuve, m'avait valu le titre de Procureur-général. Je m'occupais avec une vive énergie à purger le département des bandes de Chouans qui l'infestaient encore. Ceux du pays commençaient à rentrer dans leurs foyers; leurs chefs et les étrangers qui les soulevaient se rapprochaient des côtes, et se disposaient à gagner quelques îles anglaises. Une disette moins réelle que factice nous causait aussi un malaise auquel il fallait remédier. Favoriser la circulation des subsistances, et assurer les approvisionnements, ce n'était pas la tâche la moins difficile que j'eusse à remplir.. Le Patriote de 1789. Il raconte dans son ouvrage autobiographique, son opposition aux Girondins, et son soutien à la Montagne. Il justifie les mesures exceptionnelles prises pendant la Terreur par la nécessité de sauver la patrie, tout en reconnaissant les excès et les erreurs commisesLorsqu’on parle des crimes qu’a occasionnés la révolution, pourquoi remonte-t-on toujours à 1792 ou 1793, sans jamais se reporter à d’autres époques? La raison la voici : à la fin de 1792 et au commencement de 1793 , le sang de la noblesse et de l’aristocratie ne fut pas épargné, c’est un grand malheur, sans doute ; mais aussi c’est le seul qui ait frappé nos historiens et nos peintres. Ils l’ont reproduit sous mille et mille formes ; et leurs tableaux, leurs livres se sont bien vendus. Les autres crises désastreuses où le sang plébéien a coulé sous le glaive des assassins, sous ce lui des bourreaux, sous les balles meurtrières des pelotons de vétérans, ont passé inaperçues. Personne ne les a rappelées, elles n’ont laissé aucun souvenir. Le Patriote de 1789.

Brutalité et arbitraire

Son action s’inscrit dans le cadre de la politique de Terreur, mais les témoignages et les archives montrent qu’il a souvent dépassé les instructions de la Convention et des représentants en mission, agissant avec une brutalité et une arbitraire qui ont marqué les mémoires locales. Ces témoignages proviennent du procès-verbal de son interrogatoire, 22 frimaire et 4 floréal an III, et les dépositions faites contre lui. Opposition politique Dès son accession au pouvoir, Bescher prépara des dossiers contre ses adversaires, annotant les registres officiels avec des notes manuscrites désignant ses opposants comme responsables de propositions ou d’arrêtés favorables à l’insurrection. Ces annotations, destinées à servir de preuves en cas de procès, furent ultérieurement utilisées pour justifier des condamnations à mort. Parmi ses cibles figuraient René Enjubault de la Roche, René-Pierre Enjubault de la Roche, Jean-François Defermon et Pierre-Jean Sourdille de la Valette, qui, après avoir fui Laval, furent arrêtés en et transférés à Paris. Bescher intervint auprès des autorités parisiennes, notamment du Comité de sûreté générale et du représentant Didier Thirion, pour obtenir leur transfert à Laval, afin qu’ils y soient jugés sous son autorité. Il cherchait ainsi à assurer leur condamnation et à assister à leur exécution, motivé par des conflits personnels et politiques antérieurs.

Violence et arbitraire Bescher est décrit comme ayant instauré une « terreur » telle à Laval que même entre amis, les habitants n’osaient plus se parler dans la rue. Il multiplie les arrestations pour des motifs futiles ou imaginaires, et use de son pouvoir pour humilier, persécuter, et éliminer ses adversaires ou toute personne suspectée de modérantisme ou de sympathie pour la contre-révolution : Arrestations arbitraires : Il fait arrêter des personnes inoffensives, comme la femme Jagu et sa fille, pour avoir « craché devant lui ». Refus de la pitié : Il déclare suspect « tout individu qui sollicitera pour son parent » et refuse toute clémence. À Mlle Arthémise Duchemin, qui implore la liberté de son père, il répond : « Si ton père s’ennuie en prison, je l’enverrai à la Commission et je le ferai guillotiner. Du reste, je ferai guillotiner ceux qui croient en Dieu ». Violence verbale et physique : À Rose Trois, femme Delière, venue demander justice pour son mari, il déclare : « Qu’est-ce que la justice ? La justice, c’est la force et nous l’avons… Nous te f… à la porte de chez toi, toi et tes enfants ; tes biens m’appartiennent » Exécutions et cruauté Bescher est directement impliqué dans des exécutions sommaires et des actes de cruauté extrême : Exécutions spectaculaires : Il est signataire d’un placard du 12 frimaire an II demandant que tous les Lavallois détenus à Angers soient fusillés sur-le-champ. Après l’exécution de René Enjubault de la Roche et de Charles-Michel Jourdain, il promène leurs têtes sanglantes sur la place du Palais et s’en fait un « jouet ». Cynisme et provocation : Rentrant chez lui après ces exécutions, il déclare à sa femme : « Je viens de tenir à deux mains la tête du scélérat Enjubault pendant que le chirurgien l’injectait. » À sa femme qui lui répond « Finis, tu me fais frémir », il rétorque : « Bah ! tu badines, je voudrais tenir ainsi la tête du dernier de mes ennemis » Misogynie et persécution des femmes : Il déclare « Il y avait trop de femmes ; il fallait s’en défaire », car elles assistaient aux messes des prêtres insermentés. Il vise particulièrement les femmes de marchands et d’aristocrates, qu’il accuse d’accaparement et de complot.

Cupidité et enrichissement personnel Bescher est aussi accusé d’avoir profité de sa position pour s’enrichir et spolier les habitants de Laval : Spoliation des prisonniers : Il s’installe dans la maison d’un riche bourgeois qu’il a fait jeter en prison, et en fait « une vraie boutique d’orfèvrerie » : montres, pendules, bijoux, objets précieux s’y entassent, extorqués aux familles venues implorer la clémence pour leurs proches.