L'église Saint-Éloi est une église catholique paroissiale située à Monchy-Saint-Éloi, en France. Elle conserve son clocher et son chœur romans du second quart du . L'intérieur a perdu presque toute son authenticité lors d'une lourde restauration à la fin du , qui explique que l'édifice n'est pas classé ou inscrit au titre des monuments historiques. Il est néanmoins intéressant pour son parti architectural, avec une voûte d'ogives archaïque pour la base du clocher, une voûte en berceau pour le chœur, et un chevet éclairé par un triplet ; ainsi en tant que témoin de l'évolution de l'édifice. En effet, il y reste les traces des ouvertures anciennes, bouchées en partie au dernier quart du , quand une nef et un chœur plus spacieux sont ajoutés au nord de l'édifice roman, dans le style gothique primitif. L'église Saint-Éloi devient ainsi un édifice à double vaisseau. Le chœur est partiellement reconstruit en 1667, et est également concerné par la restauration de la fin du . Il conserve un retable de pierre assez remarquable de la Renaissance, malheureusement privé de sa polychromie d'origine. Quelques éléments du mobilier sont classés. Monchy-Saint-Éloi n'est plus aujourd'hui une paroisse indépendante, et affilié à la paroisse du Creillois Nord, avec siège à Nogent-sur-Oise. Des messes dominicales anticipées sont célébrées en l'église Saint-Éloi le deuxième samedi du mois à 18 h 30.

Localisation L'église Saint-Éloi est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans l'agglomération de Creil. et la vallée de la Brêche, sur la commune de Monchy-Saint-Éloi, au centre du village, rue de la République. L'église est située un peu en retrait par rapport à la rue. On y accède par le petit parvis devant la façade occidentale, qui dessert également le cimetière de la commune. Toute l'élévation méridionale de l'église est enclavée dans des propriétés privées, dont l'ancien presbytère, et seulement ses parties hautes sont visibles depuis le domaine public. En revanche, l'élévation septentrionale et le chevet, qui donnent sur le cimetière, sont entièrement dégagés, et bien mis en valeur. Le chevet est également visible depuis la rue de la Solitaire, qui se débranche de la rue de la République à proximité de l'église.

Histoire thumb|upright|left|Tableau - saint Éloi. L'église est dédiée à saint Éloi (vers 588 - ), évêque de Noyon. Selon un épisode relaté par Pierre Louvet, historien du Beauvaisis (1569-1646), et qui se serait produit en 660, il existe un rapport réel entre la localité et son saint patron : .. La cure est à la nomination de l'évêque de Beauvais, et le village passe pour être l'un des plus anciens lieux du diocèse de Beauvais. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, Monchy-Saint-Éloi est compris dans le doyenné et l'archidiaconé de Clermont..

Rien n'est connu de l'église primitive, et de celle ou celles qui lui succédèrent. L'église actuelle date pour l'essentiel du , et ne comporte aucun élément visible en élévation antérieur à cette époque. Une datation relativement précise est proposée par Eugène Müller. Selon lui, le vaisseau du midi, soit le bas-côté sud, le clocher et l'ancien chœur affichent déjà beaucoup de caractéristiques du style de la transition, c'est-à-dire, du style roman tardif. Ce sont la modénature torique, , ainsi que la corniche à l'extérieur. Le vaisseau du nord, y compris toute la façade, avec la nef et le chœur actuel, aurait été accolé à l'église romane une cinquantaine d'années après son achèvement, vers la fin du . Ici, l'auteur se base surtout sur le style de la corniche de feuilles entablées, , qui est présente tant sur la nef que sur le chœur. Enfin, l'abbé Müller démontre que la forme actuelle de l'abside, qui est à pans coupés, mais en hémicycle au niveau de la corniche, n'est probablement pas imputable à la restauration effectuée en 1667, contrairement à ce qu'affirme Louis Graves. Il cite en exemple l'église du prieuré de Bray et l'église de Luzarches.. Un autre auteur, Jean Vergnet-Ruiz, suggère ultérieurement une date nettement plus tardive pour les parties romanes, à savoir les alentours de 1170. Mais cet auteur étudie uniquement la corniche, et ne tient pas compte de l'ensemble des éléments. Il ne prétend pas non plus que la datation de l'édifice puisse uniquement reposer sur l'analyse de la corniche, et il convient donc de traiter cette date avec la plus grande réserve. L'auteur emploie le terme de nef pour l'actuel bas-côté, et chœur pour l'ancien chœur, soit l'actuelle chapelle de la Vierge. L'adjonction du n'est autre que le chœur actuel.. Reste à signaler une partie de l'église qui n'est abordée par aucun auteur, en l'occurrence l'étage de beffroi du clocher, qui est du même style que les parties de la fin du . thumb|Relevés par Eugène Woillez, années 1840. Les époques assignées aux différentes parties de l'église ne signifient pas que tous les éléments visibles en élévation sont authentiques. Certains détails de la modénature et de la sculpture ne correspondent même plus au parti d'origine. En 1891 déjà, Eugène Müller note que l'église . L'église a donc déjà été restaurée avant cette date, mais l'abbé observe encore la voûte d'ogives d'origine de la base du clocher : . Il fait référence aux bâtons brisés qui ornent les ogives de la voûte, comme dans la dernière travée de la nef d'Acy-en-Multien. On peut les deviner sur la coupe longitudinale dessinée par Eugène Woillez. Il pourrait cependant aussi s'agir de deux rangs de triangles excavés, comme dans la première travée du chœur de Béthisy-Saint-Martin. Rien n'en subsiste, ou laisse deviner leur présence ancienne. En effet, comme le note Dominique Vermand en 1995, .. Le dossier de protection d'un chapiteau historié à l'entrée du chœur, au nord, dit aussi , les autres sont des copies modernes et n'appartiennent pas à l'arrêté de classement. Les chapiteaux originaux ont été détruits. Les copies modernes s'en inspirent sans doute.. Un autre remaniement n'est pas explicitement mentionné par les auteurs, mais il résulte de la confrontation de quelques remarques de Louis Graves avec l'état actuel que la toiture du bas-côté devait masquer le mur méridional de la nef. En effet, Graves décrit la nef comme sombre, et ne signale pas la corniche au sud de la nef.. Comme l'indiquent aussi le demi-pignon du bas-côté en façade, qui a été légèrement exhaussé mais est homogène avec cette dernière, et les grandes arcades bouchées dans lesquelles sont prises les fenêtres au sud de la nef, l'élévation méridionale de la nef se composait primitivement uniquement de grandes arcades, comme à Bailleval, et le bas-côté était muni d'un toit en appentis prenant appui contre la nef.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église. Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan dissymétrique à deux vaisseau. Le vaisseau principal est celui du nord. Il se compose d'une nef lambrissée de quatre travées, et d'un chœur assez bas constituée d'une travée carrée et d'une abside à cinq pans. Le chœur est voûté d'ogives. Le collatéral, au sud, se compose du bas-côté de la nef, qui est simplement plafonné ; de la base du clocher au sud de la travée carrée du chœur, qui est voûtée d'ogives ; et de la chapelle de la Vierge, voûtée en berceau et terminée par un chevet plat. Celle-ci correspond au chœur primitif. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou par la petite porte dans le mur occidental du bas-côté. Les deux vaisseaux sont couverts indépendamment, avec des toitures à deux rampants pour la nef, le chœur et la chapelle de la Vierge. Celle-ci et la nef possèdent des pignons, tandis que le chœur est terminé par un toit arrondi. Le bas-côté est muni d'un toit plat.

Intérieur Nef et bas-côté thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest. La nef est munie d'un plafond lambrissé en forme de berceau brisé, avec trois entraits sans poinçons. Elle est de proportions élancées, avec une hauteur des murs gouttereaux équivalente à une fois et demi la largeur, et une hauteur sous le sommet du plafond équivalente à presque deux fois la largeur. Si cette nef avait été voûtée d'ogives, les voûtes auraient dû être prises entre les murs gouttereaux, et la hauteur des piliers n'aurait pas dépassé la largeur du vaisseau, ce qui illustre tout l'intérêt des charpentes sans combles. Elles permettent de mettre à profit de l'espace intérieur la majeure partie du volume comprise entre les rampants de la toiture, et d'obtenir une nef élevée à moindres frais. Ce type de plafond ne renvoie pas à une époque spécifique, mais a cours pendant toute la période gothique. À la période classique, se répand l'usage de couvrir les lambris de plâtre pour suggérer une voûte, comme à Béthancourt-en-Valois, Béthisy-Saint-Martin, Boran-sur-Oise, Cauffry, Nogent-sur-Oise, Rully, Saint-Vaast-de-Longmont etc. ; et au , se développe une prédilection pour les fausses voûtes d'ogives, comme on peut en voire à Ansacq, Balagny-sur-Thérain, Beaumont-sur-Oise, Clermont, Fitz-James, Néry, La Neuville-en-Hez, Nointel, Venette, etc. D'autres exemples de berceaux lambrissés existent encore à Bailleval, Catenoy, Heilles, Hodenc-en-Bray, Mogneville, Roberval, Saint-Martin-des-Champs (Paris). Ils ne sont pas nombreux dans la région. Malgré sa simplicité, ce type de plafond est donc appréciable pour son authenticité et son absence de prétention.

L'éclairage par la lumière naturelle est suffisant, depuis que la partie supérieure des grandes arcades du sud a été supprimée et remplacée par des murs ajourés de fenêtres. À l'ouest, le jour entre par deux fenêtres hautes en arc légèrement brisé, sans remplage, qui s'ouvrent au-dessus d'un long glacis, mais ne sont que faiblement ébrasées. Elles empiètent sur le mur du pignon, ce qui n'aurait pas été possible au cas d'un voûtement d'ogives. Le portail occidental, dont l'on note l'arc de décharge en plein cintre, est axé sous le trumeau entre les deux baies. Au nord, les quatre fenêtres sont analogues, mais alignées à un niveau plus bas. Au sud, les quatre grandes arcades en tiers-point sont presque aussi élevées que le mur : seulement deux assises séparent leurs claveaux, simplement chanfreinés, de la tablette biseautée qui forme corniche. Les piliers rectangulaires sont très minces. L'on ne trouve ni mouluration, ni colonnettes à chapiteaux. Il y a seulement des impostes au profil d'une plate-bande et d'un biseau. Cette austérité est propre aux arcades gothiques ouvertes après coup dans un mur préexistant, ou issues de la reprise en sous-œuvre d'un mur lors de l'adjonction après coup d'un bas-côté. En l'occurrence, le bas-côté est tout au contraire antérieur à la nef, et donc aux grandes arcades. Étant donné l'envergure des restaurations à la fin du , et la profonde modification que le versant sud a dû connaître, leur authenticité n'est pas assurée. Mais plusieurs églises des environs possèdent des nefs similaires avec des grandes arcades tout aussi élevées, à savoir Bailleval, Catenoy et Nointel. D'autres exemples d'arcades aussi austères existent à de Béthancourt-en-Valois, Béthisy-Saint-Martin, Duvy, Ormoy-Villers, Rocquemont, Saintines, Saint-Maximin et Viarmes.