vignette|droite|Carte des guerres en Irak et en Syrie, au moment de l'apogée de l'organisation en octobre 2014.
Au cours de la guerre civile syrienne et de la seconde guerre civile irakienne, de nombreux djihadistes étrangers à ces deux pays ont rejoint un des groupes de djihadistes, en particulier l'organisation « État islamique », généralement en franchissant la frontière entre la Turquie et la Syrie, essentiellement entre 2013 et 2016.
Environ venues de plus de ont rejoint ces groupes, auxquels on peut ajouter individus interceptés par les autorités turques. Les quatre premiers pays d'origine de ces combattants sont la Russie, l'Arabie saoudite, la Jordanie et la Tunisie, avec environ djihadistes chacun, suivi par la France avec environ .
Idéologie politique Pendant la guerre civile syrienne, des volontaires venus de plus de rejoignent des groupes d'idéologie salafiste djihadiste, comme l'État islamique ou le Front al-Nosra. Certains groupes armés djihadistes sont même entièrement formés par des combattants étrangers, comme Jaych al-Mouhajirine wal-Ansar et Jound al-Cham, dominés par les Tchétchènes ou le Bataillon Vert, dominé par les Saoudiens.
Ce phénomène de migrations vers les terres du « califat » est appelée la « Hijra » — en référence à l'Hégire — par les djihadistes salafistes : .
Derrière la façade islamiste, le politologue et spécialiste de l'islam Olivier Roy voit une idéologie nihiliste :
La thèse d'Olivier Roy est cependant contestée par François Burgat, politologue et directeur de recherche à Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman : Pour lui, le discrédit du « tiers-mondisme » consisterait à refuser de corréler les conduites radicales émergentes en France ou ailleurs avec… selon les termes de Roy, « la souffrance post-coloniale, l’identification des jeunes à la cause palestinienne, leur rejet des interventions occidentales au Moyen-Orient et leur exclusion d’une France raciste et islamophobe »..
Le politologue spécialiste de l'islam Gilles Kepel conteste également la vision d'Olivier Roy :
Cependant pour l'Américain , psychiatre et ex-agent de la CIA, la controverse entre l'« islamisation de la radicalité » et la « radicalisation de l'islam » est , consistant à .
Pour le journaliste David Thomson :
Pour Loïc Lepape, anthropologue et chercheur associé à l'Institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative (Idemec) AMU-CNRS :
Profils Il n'y a pas de « profil type » des combattants étrangers recrutés par l'EI. Ils sont issus de milieux sociaux variés parmi lesquels on trouve une minorité de diplômés. La majorité d'entre eux ont cependant moins de , plusieurs ont également déjà fait de la prison. Cependant pour Wassim Nasr, journaliste de France 24 spécialiste du djihadisme, à peine 10 % des personnes qui rejoignent des groupes djihadistes en Syrie et en Irak sont passés par la prison : .
La majorité des personnes recrutées ne sont pas issues de familles musulmanes pratiquantes, ce sont souvent de nouveaux convertis, ou des personnes qui ne se sont mises à pratiquer leur religion que très récemment.
Tous les pays sont alors touchés par la montée du djihadisme, selon Wassim Nasr : .
Le , la Banque mondiale publie une étude qui s'appuie sur des données internes de l'État islamique portant sur . Selon ce rapport : . La proportion des volontaires souhaitant participer aux tâches administratives, mais aussi aux attaques kamikazes, augmentent avec le niveau d’éducation. Mais selon l'étude, le chômage et la marginalisation paraissent « être un risque de radicalisation ». La moyenne d'âge des volontaires étrangers est de .
Pour le journaliste David Thomson, qui s'est entretenu avec de nombreux djihadistes français : . Il indique que .
En , une étude est publiée par quatre professeurs et chercheurs français du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) qui se sont entretenus avec une vingtaine de détenus condamnés pour terrorisme en France. Dans leurs conclusions, ils soulignent l'« absence de profil type » des djihadistes qui ne s'inscrivent pas automatiquement ; ils indiquent cependant que la majorité d'entre-eux , ce qui leur permet de trouver dans le djihadisme . Ils estiment également et que , ils ont, en ce qui concerne les questions internationales, . L'étude critique également .
Les djihadistes étrangers figurent généralement parmi les combattants les plus motivés de l'État islamique. En 2017, après avoir interrogé des prisonniers, l'anthropologue Scott Atran indique que . Un Irakien, époux de la fille d'un chef de l'EI à Mossoul, déclare notamment : .
Recrutement : propagande sur internet et « djihad cinq étoiles » Les volontaires qui partent rejoindre l'EI sont recrutés sur internet, et en particulier sur les réseaux sociaux. La maîtrise des technologies internet et la mise en ligne de « documentaires » de propagande, reprenant les codes des super-productions Hollywoodiennes et des jeux vidéo, jouent un rôle essentiel. Selon le Centre de prévention contre les dérives sectaires en 2014, 80 % des « candidats au jihad repentis » qui ont pu être interrogés avaient découvert les thèses extrémistes grâce à ces vidéos et se sont . Ces vidéos mettent l'accent sur la nécessité de lutter contre les injustices, et utilisent des techniques de manipulation visant à culpabiliser les spectateurs en raison de leur inaction.
À côté d'images de propagande utilisant la terreur, d'autres au contraire présentent l'image d'une guerre déconnectée de la réalité, avec des conditions d'accueil et de vie confortables, qui ont poussé un propagandiste à parler de .
Organisation Les combattants étrangers sont groupés par langues. Un « Ministère » de l'État islamique prend en charge les combattants étrangers.
Les troupes étrangères sont davantage déployées en Syrie plutôt qu'en Irak. En , le chercheur Romain Caillet estime que 90 % des combattants de l'État islamique en Irak sont Irakiens mais qu'en Syrie 50 % des combattants sont des étrangers.
Selon l'ONU, le nombre de volontaires partis faire le djihad à l'étranger, au sein de l'État islamique comme d'al-Qaïda, augmente de 71 % entre l'été 2014 et .
Les femmes Les motivations des femmes semblent différentes de celles des hommes. Elles se sentiraient humiliées par les (kuffar) ainsi que par les musulmans modérés en raison de leur tenue vestimentaire trop rigoriste (niqab), et elles se sentiraient rejetées de la société. Contrairement aux hommes, elles seraient peu attirées par les aspects « ludiques », et adhèreraient aux mouvements djihadistes dans l'espoir de trouver une réponse à leur soif d'idéal. La forte vague de départs enregistrée depuis 2013 serait plutôt le fait d'adolescentes entre 15 et , encore immatures, qui arguent de , et qui fantasment l'homme idéal, le combattant auquel elles vont être mariée. Certaines femmes ont aussi été envoyées de force par leur famille pour être mariées à un inconnu.
Elles partent soit pour suivre leur mari, soit pour se marier ou être mariée sur place.
Les femmes sont chargées de l'éducation des enfants, elles ne sont pas autorisées à combattre au sein de l'EI. Cependant, selon le journaliste David Thomson : . Des femmes font également partie de la Hisba, la police de l'État islamique chargée de faire appliquer la charia.
En , le procureur de la République de Paris François Molins estime qu'au fil des reculs territoriaux de Daech les femmes ont pris un rôle plus actif dans les combats : .. Auteur de L'État islamique, le fait accompli, Wassim Nasr met en garde sur la sous-estimation de leur radicalisation : .
Nombre total des combattants étrangers Selon des données compilées par l'hebdomadaire britannique The Economist, en , environ venus du monde musulman, ont rejoint des groupes djihadistes en Syrie, principalement l'État islamique, dont : , , , , 890 Libanais, 550 Libyens, 400 Turcs, 358 Égyptiens, 247 Irakiens, 186 Tchétchènes, 114 Palestiniens et 71 Koweïtiens. Plus autres combattants viennent de l'Occident dont 700 Français, 400 Britanniques, 270 Allemands, 250 Belges, 250 Australiens, 120 Néerlandais, 100 Danois, 70 Américains, 60 Autrichiens, 50 Norvégiens, 30 Irlandais, 30 Suédois et 30 Arabes israéliens. Ces estimations sont cependant faites avant la proclamation du califat ; par la suite, les effectifs de l'État islamique augmentent sensiblement.
À l'été 2014, le Département d'État des États-Unis estiment que venus de ont combattu au sein de l'État islamique de 2011 à 2014, dont une centaine d'Américains. En , l'OSDH indique que les combattants étrangers qu'il évalue à viennent principalement des pays du Golfe, de Tchétchénie, d'Europe ou même de Chine.
The Washington Post estime en que l'EI compte environ non-Syriens et qu'environ étrangers entrent chaque mois en Syrie pour se joindre aux djihadistes. À la même période, l'ONU considère que étrangers originaires de ont rejoint des groupes djihadistes en Irak et en Syrie, dont l'État islamique.
Le chiffre des volontaires étrangers de l'EI est de à selon le Ministre française de la Défense Jean-Yves Le Drian.
Le , d'après le New York Times les services américains estiment que étrangers, originaires de , se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011. L'État islamique recruterait de son côté en moyenne par mois.
Le , le Soufan group, un institut spécialisé dans le renseignement basé à New York, publie un rapport dans lequel il estime le nombre des djihadistes étrangers ayant rejoint l'Irak et la Syrie entre . Parmi ces derniers viennent du Moyen-Orient — dont , , , 900 Libanais et 600 Égyptiens — viennent du Maghreb — dont et — d'Europe occidentale — dont , 760 Allemands, 760 Britanniques et 470 Belges — de l'ex-Union soviétique — dont — 900 d'Asie du Sud-Est — dont 700 Indonésiens — 875 des Balkans et 280 d'Amérique du Nord. Ces chiffres incluent cependant également les combattants tués et ceux rentrés dans leurs pays . Pour David Thomson, .
Le , Joe Dunford, le chef d'état-major américain, déclare qu'environ 100 combattants étrangers continuent de rejoindre chaque mois l'État islamique. Il indique que ce nombre est loin des mensuelles qui étaient comptabilisées trois ans plus tôt, mais affirme que ce flux, principalement via la frontière turque, .
Désertions Les combattants qui tentent de déserter sont généralement exécutés. Ainsi selon le témoignage d'un activiste syrien rapporté le par le Financial Times, une centaine de jihadistes étrangers ont été exécutés par une police militaire de l'EI, à Raqqa, alors qu'ils tentaient de fuir les combats.
Le , un affrontement a lieu près d'Al-Bab en Syrie entre des hommes de l'EI et des déserteurs. Il fait quatre morts chez les premiers et cinq chez les seconds selon l'OSDH. Le groupe des déserteurs comptait , dont neuf Européens et un Tunisien.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), du au , l'État islamique exécute au moins 415 de ses propres hommes pour tentative de désertion ou soupçons d'espionnage.
Les désertions augmentent fortement à partir de l'année 2015. Les déçus de l'État islamique lui reprochent généralement ses exactions contre les musulmans sunnites — à noter cependant que les persécutions contre d'autres minorités, comme les yézidis, ne provoquent guère de protestations — le fait de devoir affronter des groupes rebelles islamiques plutôt que les troupes de Bachar el-Assad, la corruption de certains commandants et émirs — bien qu'elle ne soit pas systématique — quelques cas de racisme, ainsi que l'inconfort et la tristesse de la vie dans les territoires du califat.
Prisonniers De nombreux djihadistes de l'État islamique et membres de leurs familles sont faits prisonniers par les Forces démocratiques syriennes (FFDS) lors de l'offensive de Raqqa.