Le fait religieux dans le monde chinois se caractérise par le pluralisme, favorisé par l’attitude de l'État : celui-ci exerce depuis le début de l’empire () un contrôle attentif sur les groupes susceptibles de constituer une menace pour le pouvoir et la société et met au pas les sectes trop actives, n’accordant qu’exceptionnellement l’exclusivité à un culte. Le syncrétisme et le mélange sont courants, rendant les contours des ensembles religieux flous ; on a l’impression de se trouver face à une constellation de philosophies et de pratiques plutôt qu'à des confessions.

Certains facteurs rendent les statistiques sur l’appartenance religieuse difficilement interprétables :

Contrairement aux religions abrahamiques, l’adhésion exclusive à un culte donné n’est pas exigée dans les religions prédominantes chez les Chinois : bouddhisme, taoïsme et religion traditionnelle chinoise. Un pratiquant fréquente sans problème différents lieux de culte et emprunte typiquement des pratiques aux divers courants . . .. Il est ainsi susceptible de se présenter comme appartenant indifféremment à l’une ou l’autre des religions, à moins qu’il ne se déclare confucianiste.

Les catégories envisagées par les enquêteurs ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. Ainsi, le choix « religion populaire » est rarement proposé. C’est pourtant celui de 30 à 65 % des Taïwanais lorsqu’on leur en offre l’occasionRecherche effectuée en 1988 par Chu Hai-yuan pour l’Academia sinica. En république populaire de Chine, seules cinq religions ont un statut officiel . : taoïsme, bouddhisme, islam, ainsi que le christianisme sous les formes du protestantisme et du catholicisme. La religion populaire et les nouveaux mouvements religieux dont Falun gong n’apparaissent pas clairement, de même que les différences de courants au sein du bouddhisme, de l’islam ou du protestantisme.

Les recensements officiels ne posent plus depuis près de trente ans de question sur la religion. D’autre part, en Chine populaire certains courants font l’objet de répressions ou persécutions qui poussent les pratiquants à taire leur appartenance religieuse.

Statistiques du pour l'an 20102010 Chinese Spiritual Life Survey conducted by the Purdue University’s Center on Religion and Chinese Society. Statistics published in: Katharina Wenzel-Teuber, David Strait. People’s Republic of China: Religions and Churches Statistical Overview 2011. Religions & Christianity in Today's China, Vol. II, 2012, No. 3, , .: Religion traditionnelle chinoise : sous ce terme sont regroupés dans certaines statistiques les taoïstes et pratiquants de la religion populaire : 932 millions ou 69,5 % Culte des dieux et des ancêtres : 754 millions ou 56,2 % Religion populaire taoïste : 173 millions ou 12,9 % Taoïsme : 12 millions ou 0,8 % Bouddhistes : 185 millions ou 13,8 % Chrétiens : 33 millions ou 2,4 % Musulmans : 21 millions ou 1,7 % Sans religion : environ 168 millions ou 12,6 %

Démographie des religions des provinces à majorité chinoise Han selon les pour l'an 2012The World Religious Cultures 2014: 卢云峰:当代中国宗教状况报告——基于CFPS(2012)调查数据.: Religion traditionnelle chinoise, adoration des dieux et des ancêtres : 83,26 % Taoïsme : 0,56 % Bouddhisme : 6,75 % Protestantisme : 2 % Islam : 0,46 % Catholicisme: 0,40 % Autre: 5 % Athées et pas adorateurs : 4 % Hindouisme : religion très minoritaire en Chine, environ 100 000 Hindouistes dans toute la Chine populaire, dont 20 000 à 30 000 Hindouistes à Hong-Kong (surtout des Indiens présents depuis la domination Britannique). Le reste est surtout présent dans la région de l' Aksai Chin (territoire revendiqué par l'Inde), et dans les régions frontalières avec l'Inde et la Birmanie (dont régions Himalayennes et Tibet).

De la religion antique à la religion traditionnelle

Les divinités et les mythes les plus anciens étaient déjà très éloignés des auteurs des textes Han où ils apparaissent pour la première fois. Ils les réinterprètent selon les concepts de leur époque. On y trouve des traces de totémisme et l'évocation d'une dualité terre/eaux. Certaines divinités, comme Nuwa, son frère et époux Fuxi pourraient même être d'origine tokharienne. Réinterprétés en ancêtres civilisateurs, ils ne font plus que rarement l'objet d'un culte, mais ont été intégrés dans la mythologie taoïste, particulièrement Huangdi, l'empereur Jaune, Xiwangmu, la « Reine-mère d'Occident ». Il existe aussi des temples dédiés à Shennong, le « paysan divin » ancêtre de la phytothérapie chinoise ; le nom de Shangdi, « souverain suprême », dont on ne savait déjà plus rien de précis depuis le début de l'ère chrétienne, a été repris par les chrétiens pour traduire « Dieu », et plus récemment par certaines nouvelles religions, comme Ikuan Tao, comme l'une des appellations de leur divinité suprême syncrétiste.

Le Ciel, la Terre et les ancêtres, le premier parfois personnifié, apparaissent assez tôt comme des objets de culte qui subsisteront jusqu'à nos jours. Dans les textes pré-impériaux, c'est du mandat conféré par le Ciel que le roi tire son pouvoir. La forme du sinogramme wang (roi), représenterait le lien avec le Ciel qu'incarne le souverain, « fils du Ciel » ( ). Le Ciel est de nos jours personnifié sous le nom de Tiangong « Seigneur du Ciel ». L'Empereur de jade, divinité suprême de certaines écoles taoïstes, lui est souvent identifié. Profondément transformé, le culte de la Terre s'est reporté sur le Dieu du sol, parfois mentionné sur des stèles sous le nom de l'ancienne divinité Houtu ().

La Chine a vu se développer une religion polythéiste dont les dieux, d'origine locale ou importés, sont considérés comme des humains déifiés après leur mort, même quand manifestement leur biographie terrestre est une invention ultérieure au culte. L'ensemble comprend d'ailleurs effectivement des personnages dont la réalité historique est attestée, dont Guan Yu est l'exemple le plus célèbre. La diffusion du système mandarinal à partir des Han et sa pérennité ont donné progressivement au monde des dieux l'aspect d'une bureaucratie céleste, avec l'apparition de dieux fonctionnaires, et l'attribution par l'empereur de titres aux divinités des principaux temples. Il n'existe pas de canon ni de clergé à proprement parler. Les concepts et rites sont empruntés à différentes sources, la plus importante étant les multiples écoles dites taoïstes, groupes de disciples recevant d'un maître un enseignement technique ou spéculatif. Les maîtres taoïstes ( ) prennent en charge tous les rituels spécialisés de la religion chinoise, assistés ou remplacés par les moines bouddhistes pour les rites funéraires. Ce système syncrétiste a absorbé sans peine des déités et idées étrangères, comme les bouddhas et bodhisattvas, ou des dieux d'origine non chinoise adoptés au fur et à mesure de l'expansion des Hans.

, ou Classique des Mutations. Issu de la scapulomancie ou de l'interprétation de signes d'origine naturelle, cet ouvrage a engendré des générations de traditions interprétatives. Les mutations des éléments complémentaires, yin et yang, sont déclinées à travers ses chapitres, de nature hermétique. Intrinsèquement lié aux rituels divinatoires, , où les vertus métaphysiques des caractères chinois trouvent leur source.

En Chine populaire, la religion se redéveloppe depuis 1978 sous contrôle de l'État et seulement cinq religions « officielles » sont reconnues : taoïsme, bouddhisme, islam, catholicisme et protestantisme. Il n'existe aucun terme pour désigner l'ensemble des croyances et pratiques traditionnelles, ce qui contribue à entretenir la confusion quant à ce que l'on entend par « religion chinoise ». Seules les écoles spécialisées et leurs enseignements sont désignés globalement sous le nom de « taoïsme ». Cependant, la Chine est aujourd'hui responsable d'un grand nombre de violations des droits de l'homme et de la liberté religieusede la liberté religieuse - Chine.

Religion populaire chinoise

La pratique religieuse de la majorité de la population (avant 1949 pour la Chine continentale) consiste en fait en un mélange de taoïsme, confucianisme, bouddhisme et traditions locales, souvent appelé religion populaire.

Taoïsme

Le taoïsme, ou plutôt les courants taoïstes, sont apparus à partir du , inspirés par les courants du Yin et yang et des Cinq éléments, ainsi que par les écrits du philosophe Lao Tseu (ou Lao-tseu) (老子) datant du milieu du premier millénaire av. J.-C, dont le fameux Livre de la Voie et de la Vertu (Tao Tö King), est, avec le Livre des Mutations (Yi Jing), aux sources de l'ésotérisme chinois. Ces courants se sont constamment enrichis de nouvelles influences et ont fourni à l'ensemble de la religion chinoise beaucoup de ses concepts et pratiques ainsi qu'un certain nombre de divinités.

En Chine, le terme sert à désigner des écoles transmettant de maître à disciple des techniques d'ascèse, des rituels, des enseignements religieux. Chacune propose sa « voie », Tao, mot auquel il est donc hasardeux de chercher une définition unique, malgré des références communes, à Lao Tseu par exemple. Seules nous sont connues, à partir de la dynastie Han, les sectes qui ont pris une certaine importance. Nées dans le fonds religieux chinois, elles s'en nourrissent et y réinjectent des pratiques, des concepts et des divinités. Leurs membres sont des professionnels rendant toutes sortes de services spécialisés : talismans, exorcismes, cérémonies… Mais le taoïsme ne donnera jamais naissance à une confession unique et séparée de l'ensemble de la religion chinoise, dans laquelle sa position est, mutatis mutandis, similaire à celle des écoles kabbalistes dans le judaïsme ou soufies dans l'islam, voire des congrégations religieuses dans le christianisme.

Avec l'éclatement politique de l'empire à la fin des Han, le monopole confucéen sur l'idéologie officielle fut entamé. Certaines écoles bénéficièrent de la faveur croissante des élites, en même temps que le bouddhisme avec lequel s'instaura une concurrence et des échanges mutuels. À son imitation, des monastères apparurent. La métaphysique et le panthéon connurent un nouveau développement. Plus tard, l'activité des écoles à tendance philosophique s'intensifia pour contrer le confucianisme, de retour en force au pouvoir à partir de la dynastie Song, non sans avoir beaucoup emprunté au taoïsme et au bouddhisme. Après une dernière flambée de faveur officielle sous la dynastie Yuan, et le regroupement de nombreuses écoles sous la bannière des deux favorites, Quanzhen Dao au Nord et Zhengyi Dao au Sud, les taoïstes seront regardés avec dédain par les gouvernements de la seconde moitié de la dynastie Ming et de la dynastie Qing. Ils continueront cependant à exercer une grande influence sur la religion. Tao, la « voie », est un terme qui ne préjuge pas de l'orientation idéologique ; les écoles dites taoïstes, particulièrement de petites tailles, se sont toujours montrées des matrices idéales d'évolution religieuse : bien des courants contemporains, que l'on serait tenté de rattacher au néoconfucianisme ou au bouddhisme au vu de leurs doctrines et pratiques, tirent en fait leur origine d'écoles taoïstes. Quanzhen Dao en son temps était déjà syncrétiste. Il y aurait aujourd'hui plus de temples taoïstes en Chine.

Le nom chinois du taoïsme est « Enseignement de la Voie » ().

Bouddhisme

Comme toutes les religions étrangères, le bouddhisme a pénétré en Chine par la route de la soie. Ses débuts officiels datent de l'arrivée en 67 de deux moines à la capitale, Luoyang. Le roi Ming de la dynastie Han fut à l'origine du temple du Cheval blanc, premier centre chinois d'études bouddhiques établi en 68. Un siècle plus tard, An shi gao, moine parthe, y vint pour entamer un travail de traduction systématique des sûtras, en commençant par le Sūtra en quarante-deux articles que la légende prétend rapporté d'Afghanistan sous les Han par des envoyés de l'empereur.