Jules Borelli, né le à Marseille et mort peu avant le dans la même ville, est un explorateur et photographe français, compagnon d'Arthur Rimbaud en Éthiopie, pays qu'il fut l'un des premiers Européens à parcourir.

Biographie vignette|upright|gauche|Carte schématique des itinéraires de Rimbaud en Éthiopie (1880-1891). vignette|upright|Collines d'Entoto surplombant l'actuelle Addis-Abeba (2014). vignette|upright|Vallée de l'Awash (2014). Né à Marseille en 1852Acte de naissance , , Marseille, Archives des Bouches-du-Rhône, dans une famille de la haute bourgeoisie de la ville et originaire du Piémont, dernier des dix enfants de Jérôme Borelli (1803-1852) et de Marie-Flavie Maxime de Roux (1816-1907), Jules fait ses études à Paris, puis s'embarque comme mousse à l'âge de quinze ans, à bord d'une goélette à destination de San Francisco, et de là, s'engage sur un baleinier, qui est pris par les glaces au nord du détroit de Behring ; il rentre en France en 1873« Voyage de l'explorateur français Jules Borelli (1803-1852) dans l'Afrique orientale », in: Le Petit Moniteur illustré, dimanche 17 août 1890 — reproduction de l'article.« Un notable français du Caire à la fin du siècle », par F. Garcin, in: Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 1980-30, — sur Persée..

Commence alors un long périple : il part sur un trois-mâts français, va aux îles Réunion et Maurice, puis dans l'Inde ; au retour, le navire, pris dans un cyclone, désemparé, atteint Natal ; Borelli retourne à l'île Maurice, puis rentre en France par le cap de Bonne-Espérance, Sainte-Hélène et les Açores ; il repart de nouveau pour la Réunion, de là, il va dans les Indes et ensuite parcourt une partie de Madagascar. En 1878, il visite la côte du Sahara et du Sénégal, en 1879 et 1880, il parcourt les côtes de la Méditerranée et de la mer Noire, visite le Caucase, la Caspienne, la Russie méridionale, les principautés danubiennes et rentre en France par l'Autriche.

Fin 1883, il rejoint ensuite son frère, Octave Borelli (1849-1911), qui est jurisconsulte spécialiste des questions financières à la cour khediviale, au Caire depuis 1879« Octave Borelli », sur data.bnf.fr. Celui-ci lui conseille de solliciter un ordre de mission du ministère de l'Instruction publique. Jules obtient en une mission d’exploration en Afrique orientale. Il séjourne d'abord à Aden. Puis, il s'associe avec un commerçant du nom de Bremond, et avec celui-ci, projette un transport de fusils, destinés à Menelik, roi du Choa, projet qui n'aboutit qu'en . Jules Borelli reste dix mois dans le Choa et met ce délai à profit pour réaliser nombre des clichés photographiques. Menelik l'envoie à Tadjourah et, par la vallée de l'Awash, il atteint Entoto, sur les hauteurs de l’actuelle Addis-Abeba.

Le , il fait la connaissance d'Arthur Rimbaud à AnkoberJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Il le décrit ainsi :

Octave Borelli, qui est rédacteur en chef du journal Le Bosphore égyptien au Caire, édite les notes de voyage de Rimbaud les 25 et J.-J. Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard, 2001, .. En , Jules Borelli explore et fait l'ascension du mont Zuqualla qu'il nomme Zoukouala dans son JournalJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . puis il explore le Mont Herrer (auj. Kundudo) avant de revenir à EntotoJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Les 12 et , il ascensionne le Mont Wechacha à l'est d'EntotoJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Enfin, le samedi , il quitte Entoto avec Arthur RimbaudJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, ..

Ils atteignent Gelemso (que Borelli nomme Galamso) le Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . puis le observe à Warra-Bellé (auj. Karamile), le tronc d'arbre près duquel fut assassiné Édouard-Henri LucereauJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Le dimanche , ils entrent à HararJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Pour le retour, ils repassent à Gelemso le Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et atteignent Entoto le 22Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, ..

Borelli quitte Entoto le en direction du Caire. Il contourne le Mont Wechacha et rejoint l'AwashJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . puis escalade le Dendi et découvre les deux lacs de son cratère qu'il décrit ainsi : . Il relève alors les sources de l'AwashJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et effectue des mesures et des observations du lac ainsi que le tracé des affluents de l'AbaïJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Le , il atteint le Wonchi qu'il nomme Mont HarroJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et entre à JimmaJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Le , il escale le mont Maigudo (qu'il nomme May-Gondo)Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et observe de son sommet le cours de l'Omo ()Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . avant d'explorer le pic de Kaffarsa ()Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et de revenir sur Nada ()Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . puis JimmaJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. thumb|left|Les lacs du centre de l’Éthiopie. Le , il visite la chute du Ghibie et observe les divers tributaires de l'OmoJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Il suit ensuite la vallée du Ghibie et repasse au mont MaigudoJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . avant rentrer à JimmaJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . où il demeure jusqu'au . Le lendemain, il gagne de nouveau le Maigudo puis la rivière OmoJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et parvient apercevoir le lac Abbala (auj. lac Shala et lac Abijatta)Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Il atteint () le Mont Gughe (Gadjé dans le récit)Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et revient à l'Omo pour rentrer sur Jimma ()Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, ..

Borelli reprend la route de l'Omo le Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Sur la route d'Abelti (Abalti dans le récit), il est attaqué, le par des ZingeroOu Zengero, Zingiro, Zanjipo, Zindjoro, Djimijiro, Gingiro, Zendero, Gingioe, selon Louis J. Morié, Histoire de l'Éthiopie (Nubie et Abyssinie) : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, tome II, L'Abyssinie (Éthiopie moderne), Chalamel, Paris, 1904, ., un peuple de l'OromiaJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Malade, il parvient à rentrer à Antoto le Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Dans son récit, il est alors très pessimiste sur le développement économique du paysJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, ..

Par l'Awash, il rejoint Harar où il est hébergé par Arthur Rimbaud () qui lui obtient des chameauxJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Il y demeure une semaine avant de reprendre la route de Zeilah. Il passe (5-) à Gildessa où fut assassiné le le comte Gian Pietro PorroJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, . et entre à Zeilah le Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. De Zeilah, il gagne Aden () puis Obock (), Suez () et enfin Le Caire (). Son voyage aura duré trois ans et deux moisJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, ..

Borelli publie en 1890 son journal de voyage sous le titre Éthiopie méridionale. Dans les annexes, il reporte les résultats de ses études sur les divisions, subdivisions, langues et races des peuples Amhara, Oromo et SidamaJules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. De même, l'Annexe C est le relevé du bassin de l'Omo, le cours de la rivière et ses affluents. Borelli y affirme, avec raison, contrairement aux géographes de l'époque, que l'Omo se jette dans le lac Chambara (auj. Lac Turkana)Jules Borelli, Éthiopie méridionale, 1890, .. Enfin, il dresse un important répertoire des langues Koullo (dialecte dérivé de l'Amharique) (), Timbaro et Hadiyya ().

À son retour, il s'installe à Marseille. Il donne une conférence à la Société de géographie en Communication faite par Jules Borelli à la Société de géographie de Paris, Maison Quantin, Paris, s. d., 68 p.. En 1890, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur ; puis, la Grande Chancellerie s'efforce durant trente ans d'obtenir son registre de naissance et son adresse, sans succès.. En , il entame un voyage sportif sur une yole, à la rame, entre Marseille et Rome, longeant la côte ; le , il en communique le récit à la Société de géographie de Marseille, conférence intitulée « De Marseille à Rome en canot », une société savante à laquelle il confie de nombreuses archivesÉtudes sur Marseille et la Provence, Marseille, Société de géographie, 1898, — sur Gallica..

Il mène par la suite une existence plus sédentaire au « domaine du château Borelli », construit par sa famille entre 1895 et 1900 sur une colline dominant Saint-Tropez, et se consacre à la peinture de paysage, dans un genre postimpressionniste. Le domaine fut vendu en 1928Jacques Borelli, « Borelli Jules (1852-1941) », in Hommes et destins : dictionnaire biographique d'outre-mer, , Académie des sciences d'outre-mer, 1975, ..

Sa mort, à Marseille, est annoncée par la presse à partir du Entre autres par Le Petit Marseillais, , p. 2 — sur Retronews (BNF)..

Travaux vignette|upright|« Bourham, fils d'Abou-Bakhr », ill. de René Jacker pour Éthiopie méridionale. On lui doit de nombreuses observations de géographie physique et d'importantes études météorologiques, ethnographiques et linguistiques ainsi qu'entre autres relevés, huit cents photographies des lieux parcourus et des gens rencontrés qui furent d'abord confiées au musée d'ethnographie du Trocadéro en 1907, accompagnés d'objets. Au musée du Quai Branly, est transféré entre autres le fonds photographique Jules Borelli, restauré en 2011, et qui comprend 540 négatifs gélatino-argentiques pelliculaires, pour la plupart inédits« Restauration du fonds photographique Jules Borelli (2011) », in Le plateau des collections en 2013. Une collection permanente, Musée du Quai Branly, ..

Itinéraire de mon voyage aux pays Oromo et Sidama. Observations sur le cours de l'Omo, 1889 Éthiopie méridionale. Journal de mon voyage aux pays Amhara, Oromo et Sidama, à , Paris, Quantin, 1890, 520 p., accompagné de nombreuses illustrations tirées de ses clichés,

Distinctions Son œuvre scientifique est récompensée en 1890 de la médaille d'or de la Société de géographie (Paris). Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le , sur contingent du ministère de l'instruction publique.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie Jacques Borelli, « Georges, Octave et Jules Borelli », in: Revue Marseille, , 93-94 et 96, 1973-1974. Jacques Borelli, « Borelli Jules (1852-1941) », in Hommes et destins : dictionnaire biographique d'outre-mer, , Académie des sciences d'outre-mer, Paris, 1975, Numa Broc, Dictionnaire des explorateurs français du , T.1, Afrique, CTHS, 1988, Jean-Baptiste Baronian, Dictionnaire Rimbaud, 2014 (Lire) Antoine Lefébure et Aude Vassallo, Explorateurs photographes : Territoires inconnus (1850-1930), La Découverte, Paris, 2003, 240 p.

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