Antoine Christophe Saliceti ou Salicetti, né à Saliceto (Corse) le , mort à Naples le , est un homme politique, ordonnateur militaire et diplomate français de la Première République, de l'Empire puis chef de la police et du royaume de Naples de Joseph Bonaparte puis de Joachim Murat.
Conventionnel régicide ayant voté pour la mort de Louis XVI, il s'enfuit ensuite après la chute de Robespierre, il parvient à être sauvé in extremis par l'amnistie de 1795 et se rallie aux Thermidoriens par opportunisme. Ennemi juré de Pascal Paoli, il commande en tant qu'ordonnateur l'assaut de 1796 contre le Royaume anglo-corse qui ramène finalement la Corse dans le giron français, puis après le Coup d'état de Bonaparte, il se rallie au consulat et à l'Empire. Il participe activement à la chute de la république de Gênes en 1797, puis en 1806 est envoyé à Naples sur ordre de Napoléon, Saliceti s'efforcera d'écraser l'insurrection calabraise avant de mourir en 1809.
Christophe Saliceti demeure l'une des figures les plus polarisantes et insaisissables de l'histoire corse et révolutionnaire. S'il a indiscutablement œuvré pour ancrer son île natale dans la modernité politique, ses méthodes implacables et son cynisme idéologique en ont fait un personnage profondément contesté. S'il est le destructeur de l'ordre féodal, il a aboli les privilèges oligarchiques, permis à ses compatriotes corses d'être sur le devant de la scène, et a propulsé directement Napoléon Bonaparte, Saliceti faisait également preuve d'une amoralité absolue avec des méthodes extrêmement répressives, un enrichissement occulte et agissant comme un chef de clan pour arriver à ses objectifs personnels et militaires alors même qu'il était un homme d'État français.
Personnalité hautement controversée, Saliceti est passé d'un révolutionnaire jacobin radical à l'un des dignitaires les plus dangereux de l'Empire. Pour ses alliés, il était un atout majeur et ses subordonnés corses le considéraient comme un chef de guerre mythique. En revanche pour ses ennemis, il symbolise la répression et l'. Pour la maison de Bourbon, il incarnait le mal absolu.
Il est retenu dans l'histoire comme le prototype du machiavélien de la Révolution et de l'Empire. S'il n'a pas laissé derrière lui les grands textes législatifs de ses contemporains, la mémoire historique a figé de lui une image fascinante, celle d'un régicide devenu paradoxalement « faiseur de rois », d'un maître de l'ombre et de l'artisan de destins qui le dépassaient.
Biographie Jeunesse vignette|Représentation de Christophe Saliceti jeune.
Antoine Christophe Saliceti naît le à Saliceto.. D'une famille gibeline originaire de Plaisance et réfugiée en Corse. Dès son plus jeune âge, Saliceti fait preuve d'une intelligence vive et d'une mémoire infaillible, qualités qui lui valurent d'excellents résultats scolaires. Étudiant en droit en Toscane, il manifeste un intérêt marqué pour la politique corse. Il est le fils de Gian Carlo Saliceti, ce dernier était un lieutenant de l'armée de la République corse sous les ordres directs de Pascal Paoli. Le clan Saliceti fait partie des familles de notables qui soutenaient activement l'indépendance de l'île contre la république de Gênes. Christophe a donc grandi dans une ambiance de ferveur patriotique et de résistance militaire. Alors qu'il n'a que , la République corse s'effondre après la bataille de Ponte-Novo et Paoli s'exile en Angleterre. Pour la famille Saliceti, il faut s'adapter à la domination française. Christophe étant directement témoin de la répression et des pillages causés par les troupes royales française sur les villages corses, il conservera une haine farouche de la maison de Bourbon toute sa vie
Christophe est envoyé faire ses études chez les pères Barnabites de Bastia avant de partir étudier le droit en Italie, à Pise. Après avoir obtenu son diplôme, il est admis au barreau de Bastia et au Conseil supérieur de Corse, dont il devient plus tard député du tiers état.
Au début des années 1780,
Révolution française Grâce à sa verve et à sa formation juridique, Saliceti est chargé par ses pairs de rédiger les cahiers de doléances de l'ordre du tiers état pour la Corse. Ce travail de synthèse critique des abus de la monarchie sur l'île assoit sa popularité locale. Le 3 juin 1789, il est tout naturellement élu député du tiers état pour représenter la Corse aux états généraux. Informée par Jean-Baptiste Galeazzini, Guasco et Morati de l'émeute du à Bastia, saisie de l'adresse de citoyens d'Ajaccio rédigée le par Bonaparte, toutes deux dressées contre l'intendant de Corse Barrin et son entourage contre-révolutionnaire, la Constituante vote le une motion de Saliceti qui intègre la Corse au royaume de France et une motion de Mirabeau autorisant le retour dans leur patrie des Corses qui après avoir combattu pour leur liberté se sont expatriés à la suite de la conquête de l'île. Ce vote fait suite aux demandes inscrites dans les cahiers de doléances de la population corse de 1788, d'intégrer « à égalité de droits et de devoirs l'empire français » et permet en le retour en Corse de Pascal Paoli exilé en Angleterre qui approuve le décret. À ce moment précis, Saliceti est un admirateur du général Paoli.
Durant la même année, Saliceti se rapproche du Club des Jacobins puis intègre les Montagnards de Maximilien de Robespierre. Il est de plus en plus convaincu que l'avenir appartient au centralisme républicain. Néanmoins, le député corse se veut rassurant : il envoie des lettres à Paoli pour maintenir le lien, mais en sous-main, Saliceti place ses alliés (les clans Arena et Bonaparte) dans l'administration corse pour affaiblir l'hégémonie paolistes. Saliceti s'éloigne de Pascal Paoli, devinant chez lui des sentiments très tièdes pour la Révolution.
Saliceti redevient député à la Convention élu par le département de la Corse en . Il siège avec les Montagnards. Dès , il dénonce à la Convention la trahison probable de Paoli. Paoli envoie suite à ces accusations une lettre à Saliceti, dénonçons le tournant autoritaire de la révolution et les accusations de trahison proférées par le député Saliceti :
Saliceti demande qu'on s'occupe de la défense de la Corse et signale l'indiscipline de Paoli qui protège les prêtres réfractaires. Le , il est désigné commissaire avec Lacombe-Saint-Michel et Joseph-Étienne Delcher. Ils ne débarquent dans l'île qu'en , mais ne parviennent pas à convaincre Paoli de se rendre à Paris. Entre-temps, influencée par les dénonciations de Lucien Bonaparte au club jacobin de Toulon, la Convention décrète les arrestations de Pozzo di Borgo et de Paoli.
Saliceti martèle que Paoli veut « vendre la Corse aux Anglais ». Cette accusation devient une réalité lorsque Saliceti intercepte lui-même des correspondances secrètes de Paoli destinées à l'amiral britannique Samuel Hood. Il s'empresse de les envoyer à Paris en s'exclamant : « Point de faiblesse désormais, la trahison est découverte ! ». En tant que député montagnard influent à la Convention, il utilise Paris comme un bras armé contre Corte. Il présente Paoli non pas comme un héros corse, mais comme un dangereux chef rebelle factieux qui menace l'unité indivisible de la République, forçant les Corses à choisir entre la France révolutionnaire et la soumission à l'Angleterre.
Traque de 1993 en Corse Christophe Saliceti est l'homme fort de la Convention nationale en Corse, agissant comme le principal rival politique de Pascal Paoli.
Au début de l'année 1793, Saliceti s'ancre profondément dans le camp des Montagnards (Jacobins radicaux) à Paris. Comme il est le seul des trois députés corses à voter la mort du Roi, son acte a provoqué l'effroi de Pascal Paoli, resté attaché à l'idée d'une monarchie constitutionnelle, et scelle la rupture idéologique définitive entre les deux hommes.
En conséquence Saliceti a mis en œuvre le rattachement militaire de la Corse à l'armée d'Italie, privant Paoli de son commandement militaire autonome puis profitant de l'échec de l'expédition de Sardaigne, il fait naître des soupçons de trahison envers Paoli, ce qui pousse la Convention à ordonner l'arrestation du vieux général le 2 avril.
Nommé commissaire extraordinaire par la Convention aux côtés de Jean-Pierre Lacombe-Saint-Michel et Joseph-Etienne Delcher, Saliceti débarque en Corse le 6 avril 1793 avec pour mission de faire appliquer le décret d'arrestation contre Paoli. L'accueil est glacial. La population fait bloc derrière Paoli. Conscient du rapport de force défavorable, Saliceti doit s'enfermer dans Bastia pour organiser la résistance républicaine avec les garnisons françaises. C'est à Bastia que Saliceti accueille Napoléon Bonaparte, qui vient de s'évader de Bocognano avec l'aide d'Ange-Mathieu Bonelli.
Paoli enclenche une épuration de ses opposants et prend le contrôle d'une grande partie de l'île. Saliceti valide le plan de Napoléon pour tenter de reprendre la citadelle d'Ajaccio par la mer, mais l'opération échoue face aux paolistes. Devant l'insurrection généralisée, Saliceti aide à organiser l'évacuation maritime des partisans républicains et de la famille Bonaparte vers le continent, avant de s'enfuir lui-même début juin.
Le , suite aux actes des Paolistes, la Convention déclare . En retour, la Consulta de Corte dirigée par Paoli déclare Saliceti .
Activités en Provence et en Italie Saliceti, représentant en Provence, aide à la planification de la répression d'une révolte fédéraliste à Marseille et, le , il fait nommer Napoléon Bonaparte commandant provisoire de l'artillerie à l'armée assiégeant Toulon.
En , Saliceti, en tant que Commissaire de la Convention, gère la logistique militaire et la répression des royalistes après la reprise de Toulon. Par la même occasion. Par la même occasion, il introduit Napoléon Bonaparte auprès de femmes influentes de son propre entourage pour parfaire son éducation sociale et politique, nécessaire à son ascension dans l'armée de la République. C'est d'ailleurs dans ce terreau provençal, hautement encadré par les réseaux de Saliceti, que Napoléon courtisera Désirée Clary (qui deviendra plus tard reine de Suède) tandis que son frère Joseph Bonaparte épousera Julie Clary.
En , Saliceti, avec Bonaparte, reprend définitivement Toulon aux anglais et réprime les royalistes restants.
Saliceti entame l'année 1794 avec des pouvoirs immenses en tant que représentant en mission de la Convention nationale auprès de l'armée d'Italie. Basé entre Nice, Draguignan et le front de mer, il planifie avec le général Bonaparte des plans militaires offensifs. En , il valide la Campagne d'Oneille, sécurisant la route de la Riviera pour l'armée révolutionnaire française. Pour nourrir les soldats, Saliceti organise des razzias de ressources, des réquisitions forcées et commence à asseoir son système de détournement de fonds en prélevant des taxes de guerre sur les navires et les territoires italiens conquis ou neutres.
À la chute de son ami Robespierre, le 9 thermidor (27 juillet 1794), Saliceti est en Provence. En tant que Montagnard ultra-radical et proche d'Augustin Robespierre, Saliceti est en danger de mort imminent de guillotine. Pour sauver sa tête face aux nouveaux maîtres de Paris (les Thermidoriens), il commet son coup de cynisme absolu. Le Saliceti dénonce Napoléon Bonaparte, lance de fausses rumeurs de trahison contre lui et signe l'ordre de son arrestation. Napoléon est jeté au cachot au Fort Carré d'Antibes. Une fois qu'il s'est assuré que les inspecteurs parisiens ont vu qu'il luttait contre les « robespierristes », Saliceti mène lui-même l'enquête sur Napoléon. N'ayant rien trouvé de concret, et sachant que l'armée a besoin de son génie d'artilleur, Saliceti signe son arrêté de libération deux semaines plus tard, se faisant passer à la fois pour le protecteur des lois et le sauveur de Napoléon. Saliceti a monté le coup pour sauver sa peau, et indirectement celle de Napoléon qui était soupçonné d'être lié à Robespierre.