Martin de Tours, aussi nommé Martin le Miséricordieux, né dans l'Empire romain, plus précisément à Savaria, dans la province romaine de Pannonie (actuelle Hongrie), en 316, et mort à Candes, en Gaule celtique, le 8 novembre 397, est l'un des principaux saints de la chrétienté et le plus célèbre des évêques de Tours avec Grégoire de Tours.
Sa vie est essentiellement connue par la Vita sancti Martini (Vie de saint Martin) écrite en 396-397 par Sulpice-Sévère, qui fut l'un de ses disciples. La dévotion à Martin se manifeste à travers une relique, le manteau ou la chape qu'il partage avec un pauvre. Dès le , le culte martinien donne lieu à un cycle hagiographique relatant ses faits et gestes.
Il introduit le monachisme en Gaule moyenne, autour de la Loire, tandis que les monachismes lérinien et cassianite se développent dans la Gaule méridionale.
Son culte se répand partout en Europe occidentale, depuis l'Italie, puis surtout en Gaule, où il devient le patron des dynasties mérovingiennes et carolingiennes. À travers toute l'Europe, de nombreuses églises portant son nom sont fondées à des dates variées. Martin est le patron notamment de Tours, de Buenos Aires, de Rivière-au-Renard, de Vevey, d'Orense, de la cathédrale de Mayence, de celle d'Utrecht, de celle de Lucques.
Jusqu'à la réforme du calendrier des saints à la fin du , on célébrait deux fêtes de la Saint-Martin : la Saint-Martin d'été ou Saint Martin le bouillant, le 4 juillet, (commémoration de la consécration épiscopale de Martin en 371, au cours de laquelle un globe de feu serait apparu au-dessus de Martin), et la Saint-Martin d'hiver, le 11 novembre (funérailles en 397) La Saint-Martin d'été était célébrée partout en Europe au Moyen Âge.. Dans l'Église catholique, seul le est aujourd'hui inscrit au calendrier liturgique, avec rang de ., la Saint-Martin d'été restant une coutume particulière ou locale, tandis que la Saint-Martin est célébrée dans l'Église orthodoxe le 12 octobre..
Biographie Les sources vignette|150px|Venance Fortunat.
Sa biographie provient essentiellement de la Vita sancti Martini (Vie de saint Martin) écrite en 396-397 par Sulpice-Sévère, récit qui devient aussitôt et pour de longs siècles un archétype admiré et souvent imité de l'hagiographie occidentale.. Puis Sulpice ajoute des lettres, en particulier pour évoquer la mort de Martin, et un autre livre, le Gallus ou Dialogues sur les vertus de Martin, recueil de miracles accomplis par le saintSulpice-Sévère, Gallus, Dialogues sur les “vertus” de saint Martin, introd., texte critique, traduction et notes par Jacques Fontaine, Sources Chrétiennes, de collection 506, 2006.. Cette littérature hagiographique est à manier avec précaution : en partie légendaire et archétypaleL'historien du christianisme ancien, Ernest-Charles Babut, dans son ouvrage hypercritique Saint Martin de Tours, y voit une légende hagiographique et rejette son historicité. Cf. ., elle contient cependant des éléments éminemment historiquesLuce Pietri, « Sulpice-Sévère, disciple et biographe », dans Martin, un saint pour l'Europe, Histoire du christianisme, 19, décembre 2003, ..
Aux Paulin de Périgueux et Venance Fortunat augmentent la gloire de la geste martinienne en écrivant à leur tour une Vita sancti Martini en vers.
Grégoire de Tours relate les débuts de son culte dans son livre De virtutibus sancti Martini (Miracles de saint Martin)..
Jeunesse Selon lHistoire des Francs de Grégoire de Tours, Martin naît en l'an 316Les dates de Martin nous sont connues par lHistoire des Francs de Grégoire de Tours : (Romanorum tricesimus quartus imperium obtinuit Constantinus, annis triginta regnans feliciter. Huius imperii anno undecimo… beatissimus præsul Martinus apud Sabariam Pannoniæ civitatem) (livre I, chap. 36) ; (Arcadi vero et Honori secundo imperii anno sanctus Martinus Turonorum episcopus, plenus virtutibus et sanctitate, præbens infirmis multa beneficia, octuaginsimo et primo ætatis suæ anno, episcopatum autem vicissimo sexto, apud Condatinsem diocisis suæ vicum excedens a sæculo, filiciter migravit ad Christum.) (livre I, chap. 42). en Pannonie, dans la cité de Sabaria (Sulpice-Sévère, Vita Beati Martini, chap. II, l. 161B)., l’actuelle ville de Szombathely, en Hongrie. Toutefois, selon Sulpice-Sévère, il serait né en 336, date qui fait moins consensus chez les historiens. : l'hagiographe introduit une date plus tardive probablement pour réduire la durée du service militaire de Martin, une longue carrière dans l'armée interdisant d'accéder à une haute fonction ecclésiastique et étant peu compatible avec la volonté de son biographe de le présenter comme un exemplumLe comput de Sulpice-Sévère aboutit à un service militaire de cinq ans, à partir d'un enrôlement intervenu à l'âge de quinze ans, ce qui place aux environs de 336, vingt ans plus tôt, la naissance de l'intéressé, cf. ..
Son père était un tribun militaire de l'Empire romain (ibid.)., c'est-à-dire un officier supérieur chargé de l’administration de l'armée (ce n'est probablement pas un hasard si le nom de Martin signifie « voué à Mars », Mars étant le dieu de la guerre à Rome). Martin suit son père à Pavie (en Italie du Nord) lorsque ce dernier y est muté. À l'école, l'enfant est vraisemblablement en contact avec des chrétiens en cette époque marquée par le développement du christianisme.. Vers l’âge de dix ans, il veut se convertir à cette religion, car il se sent attiré par le service du Christ (Vita Beati Martini, chap. II, l. 161C)..
Légionnaire romain vignette|droite|Représentation d'éléments de la vie du saint. Miniature du Livre d'heures d'Étienne Chevalier. En tant que fils d'officier militaire, Martin suit son père au gré de ses affectations de garnison ; il est pour ainsi dire héréditairement lié à la carrière de son père, voué au culte impérial. Ce père est irrité de voir son fils tourné vers une foi nouvelle : alors que l'âge légal de l’enrôlement est de dix-sept ans, il force son fils de quinze ans à entrer dans l’arméeSulpice-Sévère précise que son père l'a emmené ligoté : (Sulpice-Sévère, Vita Beati Martini, chap. II, fol. 161C).. Il est probable que Martin se soit laissé convaincre pour ne pas nuire à la position sociale de ses parents, tant sa vocation chrétienne est puissante.
Il n’en reste pas moins vrai que ce n’est pas comme simple soldat que Martin entre dans l’armée romaine : en tant que fils de vétéran, il a le grade de . avec une double solde. Le circitor est chargé de mener la ronde de nuit et d’inspecter les postes de garde de la garnison. Le jeune homme possède à l'époque un esclave, mais, selon ses hagiographes, il le traite comme son propre frère.
La charité de Martin
La scène de la charité de Martin, la plus célèbre de la Vita Sancti Martini de Sulpice-Sévère, fait partie de la légende hagiographique..
Affecté en Gaule, à Amiens, un soir de l’hiver 334 (Vita Beati Martini, chap. III, fol. 162A). le légionnaire Martin partage son manteau militaire (la chlamyde, faite d'une pièce de laine rectangulaire) avec un déshérité transi de froid, car il n’a déjà plus de solde après avoir généreusement distribué son argent (ibid.).. La nuit suivante le Christ lui apparaît en songe vêtu de ce même pan de manteau (Vita Beati Martini, chap. III, fol. 162B).. Il a alors (fol. 162C).. Le reste de son manteau, appelé « cape » sera placé plus tard, à la vénération des fidèles, dans une pièce dont le nom est à l'origine du mot chapelleCf. : .. (cappella en italien, chapel en anglais, Kapelle en allemand).
Campagne contre les Alamans sur le Rhin C’est aussi le temps où les grandes invasions germaniques se préparent ; les Barbares sont aux portes de l’empire ; depuis longtemps déjà les milices auxiliaires des légions sont composées de mercenaires d’origine germanique. En , Martin participe à la campagne sur le Rhin contre les Alamans à Civitas Vangionum en Rhénanie (Vita Beati Martini, chap. IV, fol. 162D). ; ses convictions religieuses lui interdisent de verser le sang et il refuse de se battre (ibid.).. Pour prouver qu’il n’est pas un lâche et qu’il croit à la providence et à la protection divine, il propose de servir de bouclier humain. Il est enchaîné et exposé à l’ennemi mais, pour une raison inexpliquée, les barbares demandent la paixD'après Vita Beati Martini, chap. IV.. Il s'agit d'un récit "miraculeux" tels qu'ils seront abondamment développés sept cents ans plus tard dans La Légende dorée de Jacques de Voragine. Le genre fut d'une grande popularité durant tout le Moyen Âge.
Selon Sulpice-Sévère, Martin sert encore deux années dans l'arméeSelon une autre tradition, il aurait été versé dans le corps d’élite des Alæ Scolares.., une unité d’élite de la garde impériale dont il fut membre pendant ; cela porterait la durée totale de son service à , durée légale dans les corps auxiliaires de l’armée romaine, puis il se fait baptiser à Pâques toujours en garnison à Amiens.. ; cette époque est un temps de transition, la fin d’un règne et le début d’un autre règne où tous, même les soldats, sont pénétrés par les idées nouvelles.
Vie d'ermite vignette|gauche|250px|Saint Martin renonce à sa vie militaire et de chevalier, par le peintre italien Simone Martini. En 356, ayant pu quitter l’armée il se rend à Poitiers pour rejoindre HilaireLa date est, là encore, donnée approximativement par Grégoire de Tours : (Histoire des Francs, livre I)., évêque de la ville depuis 350. Hilaire a le même âge que lui et appartient comme lui à l’aristocratie, mais il a embrassé la foi chrétienne tardivement et il est moins tourné vers la mortification et plus intellectuel ; l’homme lui a plu cependant et il a donc décidé de se joindre à lui.
Son statut d’ancien homme de guerre empêche Martin de devenir prêtre : aussi refuse-t-il la fonction de diacre que lui propose l’évêque. Martin, tel les prophètes thaumaturges Élie et Élisée, se voit attribuer un pouvoir de thaumaturge doublé de celui d'un exorcisteSulpice-Sévère, Vita…, cap. V.. Au cours du même voyage, il rencontre le Diable..
Dans la région des Alpes, il est un jour attaqué par des brigands. L'un des voleurs lui demande s'il a peur. Martin lui répond qu'il n'a jamais eu autant de courage et qu'il plaint les brigands. Il se met à leur expliquer l'Évangile. Les voleurs le délivrent et l'un d'eux demande à Martin de prier pour lui.
La chrétienté est alors déchirée par des courants de pensée qui se combattent violemment et physiquement ; les ariens sont les disciples d’un prêtre, Arius, qui nie que le Christ soit Dieu fils de Dieu au contraire des trinitaires de l’Église orthodoxe ; à cette époque les ariens sont très influents auprès du pouvoir politique. Alors qu'Hilaire, un trinitaire, victime de ses ennemis politiques et religieux, tombe en disgrâce et est exilé, Martin est averti « en songe » qu’il doit rejoindre ses parents en Illyrie afin de les convertir (Sulpice-Sévère, Vita…, cap. V).. Il réussit à convertir sa mère mais son père reste étranger à sa foi (Sulpice-Sévère, Vita…, cap. VI, fol. 164A)). ; cette position peut du reste n’être que tactique, le père essayant de défendre son statut social privilégié.