La chapelle Notre-Dame-de-Pitié, plus communément appelée chapelle de l'Hôtel-Dieu, est un édifice religieux situé dans le quartier de Bellecour, dans le de Lyon qui appartient aux Hospices civils de Lyon. Elle est parfois appelée église de l'Hôtel-Dieu par son rattachement à la basilique Saint Bonaventure et auparavant à la paroisse Saint-Nizier.
Sa partie architecturale est classée monument historique en 1941, puis son mobilier en 1983.
Localisation La chapelle est située place de l'Hôpital, au sein de l'ensemble architectural de l'Hôtel-Dieu de Lyon. De façon inhabituelle pour les chapelles hospitalières, celle-ci fait le lien entre la ville où se trouve son entrée principale, et le monde de l'institution hospitalière. Il y a deux tribunes dans le chœur, l'une destinée aux religieux et religieuses et l'autre aux malades hospitalisés. vignette|upright=2|center|Plan de l'Hôtel-Dieu de Lyon en 1853, issu de Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon, par Augustin-Pierre-Isidore de Polinière (1790-1856). La chapelle est située sur la place de l'Hôpital.
Histoire La chapelle actuelle a été précédée par une église dont on ne connait que le lanterneau qui la surplombait, dépassant du bâtiment rectangulaire qui la contenait. Ensemble que l'on peut voir sur le plan scénographique de Lyon de 1550. vignette|Détail du plan scénographique de Lyon. L'Hôtel-Dieu vers 1550.
Construction
Les recteurs décident le de faire construire une nouvelle chapelle, mais sans démolir les anciens bâtiments dont l'ancienne église. Ils obtiennent l'alignement de la rue Triperie en mai et concluent le marché d'édification de l'église en juin avec trois entrepreneurs : les maîtres-maçons François Renan et Pierre Bournan et le maître architecte et sculpteur Guillaume Ducellet. La pose de la première pierre a lieu en .
Les travaux commencent cette même année à l'emplacement de l'ancien hôpital érigé au et l'ouvrage avance au début rapidement, le chœur est monté jusqu'au niveau des voûtes en 1638. le gros de l'ouvrage est financé par la corporation des maîtres drapiers, et les chapelles, payées par des personnalités, sont construites plus lentement, au fur et à mesure des concessions passées. La première est prise en charge par Pierre de Sève, prévôt des marchands et propriétaire du château de Fléchères dès .
Mais la peste ravage la ville en 1639 et les compagnons sont décimés. En 1641, l'architecte Guillaume Ducellet décède, les maîtres-maçons Claude Chana et Simon Le Rupt prennent la suite de la direction des travaux.
Le , le chœur et la nef de la chapelle sont consacrés sous le vocable de Notre-Dame de Pitié « Hôtel-Dieu dit hôpital du Pont du Rhône puis hôtel-Dieu de Notre-Dame de Pitié du Pont du Rhône, Hôpital général, Grand Hôtel-Dieu », inventaire général du patrimoine culturel de la région Rhône-Alpes .
La façade est prise en charge par le consulat en 1646, son financement étant couplé à celui du nouvel hôtel de ville dans un but d'embellissement urbain et de glorification de la ville de Lyon. De fait, seules les armes du consulat sont prévues sur la façade de la chapelle. Le marché pour la construction de cette façade est signé le de cette année, quatorze jours après la pose de la première pierre de l'hôtel de ville. Le plan de la façade est de Le Muet.
Le portail est terminé 1652 et les clochers en 1655.
L'autel est réalisé par le maître sculpteur George Hannick entre 1646 et 1647, en pierre blanche, encastré de quatre colonnes à pilastres dosseret d'ordre corinthien. Les deux dernières chapelles sont aménagées entre 1646 et 1651.
Elle fait partie des édifices de style baroque de Lyon avec l'église de l'église Saint-Bruno des Chartreux et la chapelle de la Trinité, construites dans un contexte de Contre-Réforme.
Restauration au
Les œuvres contenues dans la chapelle sont détruites pendant la Révolution à l'exception de la Vierge à l'Enfant de Jacques Mimerel et de la Pietà de Thomas Blanchet qui sont cachées en lieu sûr. La chapelle est ensuite transformée en dépôt de salpêtre. Après la création des Hospices civils de Lyon en 1802, qui réunissent l'Hôtel-Dieu de Lyon et l'Hôpital de la Charité de Lyon, elle fut ré-ornementée et restaurée tout au long du , alors que ces décors était blancs auparavant jusqu'en 1868. En 1895, les frères Taton démolissent la chapelle Saint-Joseph.
Oubli au Au début du , un projet, présenté par Tony Garnier, prévoit la destruction quasi intégrale de l'Hôtel-Dieu de Lyon et notamment de sa chapelle. Le projet est toutefois abandonné. En 1933, année où l'Hôpital de la Charité de Lyon est détruit, un projet de création d'une rue entre la place de l'hôpital et le pont de la Guillotière prévoit la démolition d'une partie de l'hôpital, mais la conservation de la chapelle. Ce projet reste également à l'état d'études. La chapelle tombe dans l'oubli. Entre 1940 et 1967, environ sont baptisés dans la chapelle.
Reconnaissance et restauration d'envergure au vignette|Angle Nord-Ouest de la chapelle d'accès et sondage sur le mur Nord en septembre 2016, avant une prochaine restauration. Sur l'impulsion du Claude Lapras, neurochirurgien à l'Hôtel-Dieu, qui perçoit l'intérêt artistique et patrimonial de la chapelle, les Hospices civils de Lyon décident de la restaurer. Cette restauration est la première depuis , elle vise à supprimer une couche très épaisse de poussière consolidée. Les coûts de la restauration sont estimés à environ d'euros. Cette restauration est indépendante de la restauration générale de l'Hôtel-Dieu de Lyon. Le maître d'ouvrage de cette restauration est les Hospices civils de Lyon, alors que le maître d’œuvre est Didier Repellin, l'architecte en chef des monuments historiques.
Ces restaurations sont initialement prévues pour démarrer en 2012 avec un budget initial d'environ d'euros pour la période 2012-2015. En plus des Hospices civils de Lyon, de la ville de Lyon et de la DRAC Rhône-Alpes qui financent le projet à plus de 50 %, plusieurs fondations ont participé à son financement, tel que la fondation du Crédit Agricole ou d'Engie, mais aussi l'association French Heritage Society et diverses associations ou fondations dédiées au patrimoine.
Cette restauration entre 2012 et 2015 a été réalisée en plusieurs étapes, les vitraux, les décors peints, les fonts baptismaux en marbre, ainsi qu'un haut-relief ont ainsi été restaurés durant la première période.
À la fin 2015, l'ensemble des chapelles latérales sud devraient être restaurées, avec la restauration de la chapelle Saint-Jean-Baptiste appelé aussi des Fonts baptismaux entre et , la chapelle Saint-Joseph, la chapelle du Sacré-Cœur, puis la restauration du transept Sud.
Phase de restauration Coût Études préalables Phase 1 (2012-2013) Phase 2 (2013-2014) Phase 3A (2014) Phase 3B (2015)
Architecture Plan général vignette|Plan simplifié de la chapelle en 1853, issu de Considérations sur la salubrité de l'Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon, par Augustin-Pierre-Isidore de Polinière (1790-1856). La chapelle a un plan de type basilical. Elle prend pour modèle l'église du Gesù de Rome. Elle se compose d'une nef unique, flanquée de chapelles latérales ouvrant directement sur le cœur. La croisée du transept est à peine ébauchée. Ce plan répond aux nouvelles exigences de la contre-réforme, notamment aux « Instructions sur la construction et l'aménagement des églises (1577) » Notice BNF : FRBNF30223857 Parisiis : apud J. Jost, 1643 publiées par Charles Borromée, archevêque de Milan. Il s'agit de permettre à l'ensemble des fidèles de voir le chœur sans être gênés par les colonnes. Ce plan « à la romaine » ou « à l'antique » est réalisé en France pour la première fois à l'église des feuillants de Paris au tout début du et popularisé par le père jésuite MartellangeSur la diffusion des églises du premier baroque en France, voir : Cl. Mignot « Architecture et territoire, la diffusion du modèle d'église à la romaine en France (1598-1685)», L'architecture religieuse européenne au temps des Réformes, Paris, 2009, p. 122-136..
L'entablement distingue deux niveaux d'élévation ; l'entrée du chœur est soulignée par deux grandes colonnes à forte saillie. Les fenêtres sont placées en hauteur et sont garnies de verres non colorés, non figuratifs, composés de grisailles qui assurent un excellent éclairement de l'intérieur de la chapelle. À l'origine un badigeon blanc couvrait les murs ce qui renforçait cette clarté.
L'ensemble architectural est grave et majestueux, caractéristique du baroque des origines, plus sobre qu'il ne le sera ultérieurement. Cet édifice, financé par les marchands drapiers et les élites lyonnaises, est une expression de leur pouvoir. Contrairement aux autres églises de la ville, où les ornements sont plus modestes et moins strictement respectueux des théories en vigueur, .
Façade vignette|Entrée de l'Hôtel-Dieu. La deuxième composition encadre la troisième. La réalisation de la façade est attribuée à Jacques Mimerel ou Georges Hannick et son plan à Le Muet. La composition générale est en fait composée de trois compositions encastrées et présente une certaine exubérance typique du style « Fontainebleau ».
Trois compositions La première composition, encadrant les deux autres, est d'ordre ionique. Encadrée de pilastres simulés par des refends, elle est prolongée par deux tours clocher, les pilastres colossaux d'inspiration ionique couronnés de chapiteaux dont la fleur d'abaque est remplacée par un mascaron. Le tout supporte un fronton interrompu par un haut-relief représentant deux figures ailées encadrant et portant un médaillon à deux blasons et surmonté d'une couronne. Cette interruption couronne la deuxième composition.
La deuxième composition encastrée dans la première est une travée, également d'ordre ionique. Elle est couronnée par le groupe aux figures ailées interrompant le fronton de la première composition. Cette seconde composition ionique encadre la troisième composition, celle de l'entrée. Cette dernière est donc encadrée par des pilastres jumelés, les externes formant ressaut en saillie. Le chapiteau ionique comporte deux volutes reliées par une guirlande. L'absence de gousses et la présence d'un mascaron en guise de fleur d'abaque et un abaque à cornes en font une réalisation originale. L'entablement comporte une architrave canonique, à trois fasces, couronnée par un talon et un réglet, une frise au décor de branchages avec feuilles de chêne et glands liés par des courroies tels des faisceaux de licteur formant deux faisceaux symétriques et adossés et enfin, une corniche avec cimaise, larmier et denticules. La corniche soutient une baie d'inspiration thermale au remplage à volutes en lieu et place d'une tripartition canonique de ce type de baie. L'ensemble formé par la composition ionique et la baie est encadré d'une frise formée d'une succession de courts segments feuillagés séparés par de fines baguettes.
La troisième composition, celle de l'entrée, est un jeu complexe de cadres emboîtés les uns dans les autres. La baie d'entrée rectangulaire est à trois chambranles successifs, le tout formant saillie sur un jeu de pilastres jumelés, les deux internes disparaissant au profit des chambranles de la baie, laissant seulement apparaître un entablement partiellement caché par des palmes (?). Cet entablement dorique serait composé de la seule architrave à deux fasces et une ébauche de corniche comportant simplement talon et réglet. Toutefois, le motif de cette ébauche d'entablement est repris pour couronner les pilastres externes où il ressemble davantage à un chapiteau dorique sans astragale. La composition soutient un arc dont la clef forme un cuir découpé portant un cadre vierge. Le tympan comporte le haut-relief de la Pietà de Joseph-Hugues Fabisch.
Clochers
Analyse et interprétation vignette|Musequin vomissant une chute de fruits.