La manufacture des Gobelins est une manufacture de tapisserie dont l'entrée est située au 42, avenue des Gobelins à Paris dans le arrondissement. Elle est créée en avril 1601 sous l'impulsion d'Henri IV, à l'instigation de son conseiller du commerce Barthélemy de Laffemas.
Sa galerie, rénovée à partir de la fin des années 1970 afin de retrouver sa mission d'origine d'espace d'expositions, fête son lors de sa réouverture au public le .
Son nom officiel est « Manufacture nationale des Gobelins ». Depuis 2025 elle est incluse dans l'établissement public Manufactures nationales - Sèvres & Mobilier national avec notamment le Mobilier national et les autres manufactures textiles : la manufacture de Beauvais (ateliers situés à Paris et à Beauvais) et la manufacture de la Savonnerie (ateliers situés à Paris et Lodève).
Les manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie sont trois hauts lieux de la tapisserie et du tapis en France auxquels sont rattachés l'atelier de Lodève (tapis) et les ateliers du Puy (dentelle aux fuseaux) et d'Alençon (dentelle à l'aiguille). Les priorités en sont l'ameublement des bâtiments de l'État et la poursuite d'une tradition, avec la conservation des techniques anciennes et le maintien d'une qualité traditionnelle appliquée aux expressions artistiques contemporaines.
La manufacture nationale des Gobelins, ainsi que les sols correspondants, font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par arrêté du ..
Histoire Les Gobelins teinturiers en écarlate du faubourg Saint-Marcel vignette|Plan de Paris en 1867 : la manufacture est située le long de la rive droite de la Bièvre.
La première mention d'un Gobelin date du mois d'août 1443, quand Jehan Gobelin, vraisemblablement originaire de Reims d'une famille qui paradoxalement ne fabriqua aucune tapisserie, prit à loyer une maison rue Mouffetard à lenseigne du cygne et quatre ans plus tard établit sur les bords de la Bièvre, coulant en ce temps-là à ciel ouvert, un atelier de teinture. Jehan Gobelin était donc, vers le milieu du , un teinturier de laine réputé pour ses rouges à l'écarlate, installé près d'un moulin sur la Bièvre, dans le faubourg Saint-Marcel. Ce moulin fut nommé « Moulin des Gobelins », avec la marque du pluriel exceptionnelle placée sur le nom propre en raison du nombre déjà important à ce moment de membres de la famille de Jehan ayant adopté le métier de teinturier. Alliée aux Le Peultre et aux CanayeBiographie de Philippe Canaye, sieur de Fresne, celle-ci continua pendant un siècle et demi à y perfectionner l'industrie tinctoriale à tel point que la réputation des Gobelins éclipsa dès lors celle des autres teinturiers, et que la rivière comme le quartier prirent leur nom dès le . Jules Guiffrey cite un Philibert Gobelin, mort avant 1510, et « en son vivant marchand teinturier d'écarlates, demeurant à Saint-Marcel-lès-Paris ». Il est le fils de Jehan Gobelin qui a fait son testament en 1476. Sa sœur, Mathurine Gobelin s'est mariée à Séverin Canaye..
Les Gobelins ont occupé l'îlot comprenant la Grande Maison décrite à la suite d'une visite faite en 1647 et le bâtiment principal appelé l'Hôtel de la Reine Blanche dans le quartier Saint-Marcel jusqu'au début du Jean-François Belhoste, La maison, la fabrique et la ville. L'industrie du drap fin en France ( s) - V-Les teintureries du quartier des Gobelins, , dans Histoire, économie et société, 1994, tome 13, (lire en ligne).
La première manufacture de Marc de Comans et François de La Planche Pour affranchir le royaume des dépenses importantes qui étaient dues à l'importation des tapisseries étrangères et éviter la sortie de cet argent du royaume, le roi Henri IV a décidé, en avril 1601, d'installer dans « une grande maison ou antiennement se faisoit teinture » Marc de Comans et François de La Planche, tapissiers flamands, le premier d'Anvers et le second d'Audenarde, associés depuis le pour réaliser des tapisseries façon de Flandres. En , Henri IV leur accorde des lettres patentes dans lesquelles il indique qu'il a fait venir les deux tapissiers flamands pour installer des manufactures de tapisserie à Paris et dans d'autres villes du royaume. Le roi veut et ordonne que Marc de Comans et François de La Planche soient considérés comme nobles, commensaux et domestiques de la maison royale et qu'ils jouissent des prérogatives, exemptions et immunités attachées à ces qualités. Un privilège exclusif leur est accordé interdisant à toute personne d'ouvrir un atelier semblable pendant . Le roi leur assure un logement gratuit et accorde aux ouvriers qui les suivraient en France l'exemption du droit d'aubaine, la dispense des tailles, des subsides, des impositions et des gardes. Les laines, soies et autres matières qui entrent dans la composition des tapisseries terminées sont exemptées de taxes et d'impôts. De plus le roi doit payer à chacun des deux entrepreneurs de pension et leur donner pour les frais de première installation. Ils s'obligent à prendre 25 apprentis la première année et 20 les années suivantes, entretenus au frais de l'État, et à maintenir en activité 80 métiers, dont 60 à Paris et 20 à Amiens ou une autre ville. Mais les deux entrepreneurs restaient libres de travailler pour qui ils voulaient. Le roi se réservait d'utiliser leur art mais en leur payant ses achats comme n'importe quel client..
Pour lutter contre les tapissiers flamands, Comans a fait appel à Rubens pour fournir des cartons de tapisserie. Dans une lettre datée du , Rubens se plaint de la difficulté de se faire payer ses prestations. Il s'agit probablement des 12 cartons de la tenture de lHistoire de Constantin commandés en 1622, destinée au roi mais non commandée par luiGuy Delmarcel, La tapisserie flamande du , , Imprimerie nationale, Paris, 1999 , et qui ont été plusieurs fois copiés. Il a probablement fallu qu'il s'adresse à RichelieuUtpictura 18 : Constantin dirige la construction de ConstantinopleSur l'histoire de la réalisation des tapisseries du cycle de La Vie de Constantin, voir Alexis Merle du Bourg, Peter Paul Rubens et la France, , Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, 2004 (lire en ligne)..
En 1629, Charles de Comans (ou Coomans) et Raphaël de la Planche (ou van der Plancke)R.M. Van Den Haute, Les promoteurs belges de la manufacture des Gobelins, Le Patriote illustré, . - succèdent à leurs pères. Après leur démission, le roi Louis XIII leur donne la permission d'exercer séparément leur monopole le et Charles reste à la tête des Gobelins - suivi par ses frères Alexandre (début de 1635) et Hippolyte (en 1651) - tandis que Raphaël part s'installer dans le faubourg Saint Germain.
Les différents ateliers de tapisserie parisiens avant la création de la manufacture Il y a à Paris vers 1630 plusieurs ateliers de tapisserieJules Guiffrey, Les Manufactures parisiennes de tapisseries au , 1892, . : l'atelier de tapisseries de l'hôpital de la Trinité, rue Saint-Denis, dont les lettres de fondation sont enregistrées le . Cette manufacture n'a plus qu'une existence précaire en 1635 ; l'atelier de la Grande galerie du Louvre, atelier de haute lisse. Maurice du Bourg (ou Dubout) qui dirigeait l'atelier de tapisseries de l'hôpital de la Trinité en 1584, dirige les ateliers de tapisseries du Louvre en 1608 avec Girard Laurent. Henri Sauval, historien de Paris, raconte qu'Henri IV a visité l'atelier de tapisseries de l'hôpital de la Trinité en 1594 et qu'il a choisi d'en établir un autre en 1597 dans les locaux de la maison professe des jésuites qui était vide. Il a choisi de la placer sous la direction de Girard Laurent, tapissier, avec Toussaint Dubreuil comme peintre et Barthélemy Tremblay, sculpteur. Maurice du Bourg leur fut progressivement associé. Ils durent quitter la maison professe des jésuites pour la Grande galerie du Louvre au moment de leur rappel, en 1604. En 1613, Girard Laurent cède à son fils le titre de tapissier du roi. Maurice du Bourg, ou l'un de ses successeurs, a partagé avec lui le logement du Louvre jusqu'en 1650. L'atelier qui devait avoir quatre métiers montés, a dû s'arrêter vers 1657, car il livre peu après du matériel aux Gobelins. À côté de leur logement, Mazarin avait donné en 1655 un logement à Pierre Le Fevre, artisan français qui avait dirigé la manufacture de Florence. Son fils Jean est allé s'établir aux Gobelins dix ans plus tard. À proximité était aussi logé Pierre Dupont, inventeur des tapis à la façon du Levant, le fondateur de la Savonnerie, en vertu d'un brevet daté du Alfred Darcel, Jules Guiffrey, La stromatourgie de Pierre Dupont. Documents relatifs à la fabrication des tapis de Turquie en France au , Charavay frères libraires, Paris, 1882 (lire en ligne). Les tapissiers seront ensuite employés par la manufacture des Gobelins ; l'atelier de la Savonnerie a été fondé par Pierre Dupont et Simon Lourdet sur la colline de Chaillot en 1627 l'atelier du faubourg Saint-Marcel fondé par Marc de Comans et François de La Planche en . Henri Lerambert a eu longtemps la charge de « peintre pour les tapissiers du roi ». Sa charge rendu vacante par sa mort, en 1609, un concours a été fait pour choisir son successeur parmi les peintres Guillaume Dumée, Laurent Guyot, Gabriel Honnet et Martin de Héry, fils de Claude de Héry. Dumée et Guyot ont été choisis pour se partager à égalité la charge de Lerambert et devaient fournir les patrons pour les tapissiers du roi. Guyot s'est marié avec la sœur de Dumée en 1613. Simon Vouet rappelé à Paris en 1627 a fourni des cartons de tapisserie. l'atelier du faubourg Saint-Germain fondé par Raphaël de La Planche, fils de François de La Planche et qui disparaîtra après la fondation de la manufacture des Gobelins.
La Manufacture royale des Gobelins vignette|Louis XIV visitant la manufacture des Gobelins avec Colbert en 1667. Reprenant pour le compte de Louis XIV le plan mis en œuvre par Henri IV, Colbert incite peu avant 1660 le Hollandais Jean Glucq à importer en France un nouveau procédé de teinture écarlate appelé « à la hollandaise ». Celui-ci se fixe définitivement en 1684 dans une des maisons de l'ancienne folie Gobelin qu'il achète et embellit après avoir obtenu des lettres de naturalité.
Appréciant la qualité des productions de l'enclos des Gobelins, Colbert réussit à convaincre Louis XIV de donner les moyens nécessaires au lustre censé glorifier la monarchie. Voulant donner une tout autre organisation à l'œuvre d'Henri IV, il ne renouvelle pas à Hippolyte de Comans la concession en 1661 : il emprunte afin d'acheter le au sieur Leleu, à l'emplacement de l'ancien Clos Eudes de Saint Merry, l'hôtel des Gobelins (environ , maintes fois agrandi jusqu'en 1668) pour la somme de et regrouper autour tous les ateliers parisiens ainsi que celui créé à Maincy par Nicolas Fouquet. Ainsi naît la Manufacture royale des Gobelins qui dépend du surintendant des bâtiments et est soumise par lui à l'autorité du premier peintre du Roi, Charles Le Brun, lequel, nommé officiellement en 1663, a par la suite sous ses ordres des équipes entières d'artistes « bons peintres, maîtres tapissiers en haute lisse, orfèvres, fondeurs, graveurs lapidaires et ébénistes… » Il cumule donc la direction de la Manufacture des Meubles de la Couronne.