Le Tunnel (en version originale, en ), est un roman psychologique et philosophique écrit par l'Argentin Ernesto Sábato.
Le récit met en scène la jalousie et l'obsession maladives d'un peintre, qui aboutissent au meurtre de la femme qu'il aime.. Le titre du roman symbolise l'isolement émotionnel et physique de ce peintre, Juan Pablo Castel, par rapport à la société ; cet isolement devient de plus en plus évident au fur et à mesure que Castel raconte, depuis sa cellule de prison, la série d'événements qui l'ont amené à assassiner la seule personne capable de le comprendre.
Au-delà d'une simple histoire de crime passionnel, Le Tunnel est une œuvre essentielle d'Ernesto Sábato dans le sens où elle développe sa métaphysique existentialiste, en explorant les sentiments de frustration, de confusion, de désespoir, d'aliénation de l'homme contemporain face à l'inévitable solitude de l'expérience humaine et l'absurdité de l'existence. Les critiques littéraires ont analysé l'influence des écrits de Sartre, Camus, Freud et Marx sur la pensée de Sábato et sur la conception de ce roman en particulier.
Avec sa publication en 1948, Sábato obtient la reconnaissance internationale en recevant des éloges de personnalités importantes telles que Thomas Mann et Albert Camus..
Histoire par chapitres I et II Présentation du personnage, Juan Pablo Castel, peintre.
III à V Juan Pablo rencontre María dans une exposition de peinture où il expose : il remarque une jeune femme qui regarde fixement une petite fenêtre avec une femme faisant face à la mer, dans un de ses tableaux ; il commence alors à s'obséder pour la fille et la cherche partout en ville. Dans sa recherche, le peintre fantasme sur toutes les possibilités dont il dispose pour la rencontrer et l'aborder dans la rue, tout en ayant une série de réflexions qui montrent sa posture vis-à-vis de la peinture et des expositions qu'il évite.
VI à VIII Castel retrouve María dans la rue et la suit jusqu'à des bureaux ; il entre dans l'immeuble derrière elle et lui demande le nom des bureaux. María le reconnaît et rougit. Castel lui fait savoir qu'il l'a cherchée, qu'ils doivent parler de la « fenêtre » de son tableau, ce que María ne semble pas comprendre. Voyant cela, Castel s'excuse et part. María le rattrape et demande pardon, disant qu'au contraire elle y pense beaucoup, et part à son tour. Le peintre ne cesse de penser à elle et décide de la chercher à nouveau.
IX à XII Le jour suivant, Castel va au même endroit et attend que María passe à nouveau ; il la voit enfin, la prend par le bras et l'emmène à un parc près de là. Le peintre lui confesse qu'il ne cesse de penser à elle et qu'il a besoin d'elle ; il lui demande de ne jamais se séparer de lui. Il lui demande qu'ils parlent du tableau de la fenêtre, et María lui explique qu'il lui semblait que le tableau était un message de désespoir ; elle ajoute qu'il ne gagnera rien à la voir : elle fait du mal à tous ceux qui s'approchent d'elle.
Plus tard, Castel l'appelle par téléphone ; il ne parvient pas à comprendre le ton mystérieux de María, qui finalement lui dit qu'elle doit raccrocher. Juan Pablo lui dit qu'il l'appellera le lendemain. Agité par l'appel, Castel ne peut dormir et va dans un café, très tôt le matin. Il appelle la maison de María, mais la femme de ménage lui dit qu'elle est partie à la campagne, non sans avoir laissé une lettre qui lui était destinée. Lorsqu'il arrive chez María, il est reçu par un homme aveugle qui lui donne la lettre et se présente comme Allende, mari de María. Surpris, Castel ouvre la lettre, qui dit seulement « Moi aussi je pense à vous ». Allende révèle à Castel la maison où se trouve María, ainsi que celle de son cousin Hunter, qui vit en face.
XIII à XVI Très confus par ce qu'il vient de se passer et par le contenu de la lettre, Castel commence à déduire une série d'hypothèses sur l'histoire qu'il est en train de vivre et sur la raison pour laquelle María ne lui avait pas mentionné qu'elle était mariée.
Plusieurs jours plus tard, il appelle pour demander l'adresse de la maison où se trouve María et lui écrit une lettre pour lui demander qu'elle l'appelle dès qu'elle rentre à Buenos Aires. María répond en disant qu'elle pense à lui et qu'elle le sent entre la mer et elle. Ils continuent à s'écrire jusqu'à ce que María rentre à Buenos Aires ; ils se donnent rendez-vous et Castel la questionne sur son départ subit à la maison de campagne.
XVII à XX Pendant plus d'un mois, ils entretiennent une relation constante, mais Juan Pablo se tourmente fréquemment, et tourmente par la même occasion María, qu'il envahit de questions sur sa vie privée, ses relations, ses réactions, l'« amour fraternel » qu'elle dit sentir pour Allende, etc. De telles situations arrivent à des extrêmes et un jour Castel menace María de la tuer s'il apprend qu'elle le trompe.
XXI a XXV Accablé par l'usure de la relation, Castel se perd dans la boisson. Une nuit, il rêve qu'un homme lui tend un piège et le transforme en oiseau ; il se voit étant un oiseau et parle avec un autre de cette espèce, mais personne ne s'en rend compte, sauf lui. En se réveillant, il appelle la maison de María et découvre qu'elle est à nouveau partie à la maison de campagne. Il lui écrit et lui demande pardon. Plusieurs jours plus tard, il reçoit une réponse de María l'invitant à passer quelques jours à la maison où elle se trouve. En arrivant à la gare « Allende », un chauffeur l'attend, prétextant une indisposition de María. Dans la maison, il est reçu par Hunter et sa cousine Mimí, qui lui pose des questions sur ses peintures. Les cousins discutent tandis que Castel se demande pour quelle raison María ne sort pas de sa chambre.
XXVI à XXVIII Finalement, María fait son apparition et tous les deux vont marcher sur la plage, prétextant qu'ils vont voir des dessins de Castel. Ils restent silencieux face à la mer et María lui avoue combien elle était émue par le tableau de la fenêtre, et combien elle désirait le connaître, ayant elle aussi eu les mêmes sentiments que lui, tous deux cherchant quelqu'un. En rentrant à la maison, Hunter est très agité, visiblement jaloux. Cela révèle à Castel la relation qu'il semble y avoir entre eux ; il se retire tout d'un coup dans sa chambre et les entend se disputer. Le lendemain, très tôt, il décide de partir.
XXIX à XXXIII Castel, confus et déçu par la situation avec María, ne cesse de boire, de se battre dans les bars et maltraite les prostituées. Il envoie une lettre à María dans laquelle il explique son départ subit de la maison de campagne et la remercie pour ses attentions, mais déclare ne pas croire qu'elle l'aime, expliquant qu'il ne peut comprendre comment elle peut l'aimer tout en aimant son mari et en couchant avec Hunter. Il va à la poste déposer la lettre et, quelques minutes après l'avoir fait, regrette ; il essaie inutilement de la récupérer, mais les employés du bureau de poste ne le lui permettent pas.
Castel appelle María à sa maison de campagne pour lui demander qu'elle vienne le voir, sous peine de se tuer. Elle lui fait comprendre qu'il n'y a plus lieu de se revoir, qu'ils ne feront que se faire du mal ; mais Juan Pablo menaçant de se suicider, elle accepte. Celui-ci ne cesse de la questionner sur sa relation avec Hunter et va chercher Lartigue, un ami proche de Hunter, pour lui demander depuis quand ce dernier a commencé à avoir des relations avec María. Face au refus et à la nervosité de Lartigue, Castel confirme ses soupçons. Il appelle à la maison de María de Buenos Aires, où elle se trouve, et lui donne rendez-vous le lendemain.
XXXIV à XXXIX María ne se présente pas au rendez-vous, et, quand il l'appelle chez elle, Juan Pablo découvre qu'elle est rentrée un peu plus tôt à la maison de campagne. Castel emprunte la voiture d'un ami et conduit jusqu'à ladite maison. Quand il arrive, il se rappelle avec nostalgie les moments heureux vécus avec María et rêve d'elle, enfant, galopant à cheval, les cheveux aux vents. Il comprend qu'il n'a jamais été réellement uni à María, mais est au contraire resté toujours isolé d'elle, comme des autres, par une sorte de mur infranchissable : . Après avoir attendu, Castel voit au travers de la fenêtre de la maison qu'ils descendent les escaliers, se tenant par le bras et se préparant à aller faire une promenade au parc.
Quand il entre dans la maison de campagne, Castel désespère en remarquant que seule une lumière s'allume, celle de la pièce centrale, et plus tard, celle de la chambre de María. Couteau en main, il monte au balcon, trouve une porte, entre dans la galerie intérieure et apparaît face à la porte de María, qui lui demande ce qu'il compte faire. Il lui répond qu'il doit la tuer parce qu'elle l'a laissé seul ; il lui plante le couteau dans la poitrine, et elle meurt. Il sort de la maison, et appelle Allende pour lui dire qu'il doit le voir. Lors de cette entrevue, Castel lui confesse ses suspicions d'infidélité et lui révèle même qu'elle le trompait avec lui. Allende poursuit inutilement Castel en le qualifiant d'« insensé ». Castel se livre à la police et apprend plus tard qu'Allende s'est suicidé.
Thèmes du roman
Au-delà d'une simple histoire de crime passionnel, Le Tunnel est une œuvre essentielle d'Ernesto Sábato dans le sens où elle développe sa métaphysique existentialiste.., en explorant les sentiments de frustration, de confusion, de désespoir et d'aliénation de l'homme contemporain face à l'inévitable solitude de l'expérience humaine et l'absurdité de l'existence. Les critiques littéraires ont analysé l'influence des essais philosophiques et de la littérature existentialistes de Sartre et Camus, mais aussi des théories psychanalytiques freudiennes et lacaniennes, ainsi que du philosophe politique Marx, sur la pensée de Sábato et notamment sur la conception de ce roman.
Isolement
Le titre du roman symbolise l'isolement émotionnel et physique du peintre Juan Pablo Castel par rapport à la société. Cet isolement devient de plus en plus évident au fur et à mesure que Castel raconte, depuis sa cellule de prison, la série d'événements qui l'ont amené à assassiner la seule personne capable de le comprendre. Il finit en particulier par l'expliciter, au chapitre XXXVI :
La portée de ce thème central de l'isolement a été interprétée de différentes manières, en tant que mise en scène :
d'une métaphysique existentialiste inspirée de Sartre ;
des théories psychanalytiques freudiennes, lacaniennes ou jungiennes ;
d'une critique de la société de masse contemporaine, dans laquelle l'homme se retrouve déshumanisé.
Existentialisme
L'influence des écrits de Sartre et Camus sur la pensée de Sábato et notamment sur la conception de ce roman est telle qu'elle est évoquée explicitement dans Le Tunnel, au chapitre XXVIII : ..
Dans Le Tunnel, Sábato met notamment en scène les sentiments d'isolement, d'incompréhension et d'incapacité à communiquer avec les autres son expérience de l'existence, développé également par Sartre et Camus. En particulier, dans un rêve du protagoniste, au chapitre XXII, alors qu'il est transformé en oiseau de taille humaine, ses amis se comportent comme s'il n'avait pas changé, et il renonce à essayer de leur exprimer son angoisse, quand il se rend compte qu'il ne peut émettre que des cris qui semblent inaudibles car ils ne suscitent aucune réaction inhabituelle.
Au chapitre VI, il exprime le sentiment d'absurdité propre à l'existentialisme en décrivant le monde comme .
Le chercheur considère que le meurtre de Maria par Castel peut être considéré comme Donald Leslie Shaw, Nueva narrativa hispanoamericana, Cátedra, 1981, p. 53..
Psychanalyse et psychiatrie
Le chercheur Agustín Francisco Seguí considère que .