L'église Saint-Gildard est une église catholique paroissiale située à Longuesse, en France. Ce fut, sous l'Ancien Régime, l'une des nombreuses possessions de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Sa construction remonte à la fin du , en ce qui concerne le chœur et la croisée du transept, qui sont de style gothique et de dimensions considérables pour un petit village. L'architecture de ces travées est soignée, et d'une sobriété raffinée. L'église Saint-Gildard était conçue pour devenir l'une des plus prestigieuses églises du Vexin français. Seulement, l'édifice ne fut jamais achevé, et sans doute aussi privé des deux croisillons du transept pendant la guerre de Cent Ans. Ils furent remplacés par des chapelles à la période flamboyante et à la Renaissance, au cours des années 1520 / 1530 et à partir du milieu du . Le clocher date de la même époque, et est d'une telle simplicité qu'il apparaît comme une construction provisoire. La base du clocher occupe une moitié de la seule travée de la nef qui fut construite, ou reconstruite. De cette façon, l'église Saint-Gildard ne possède pas de façade. Ses parties orientales sont toutefois assez remarquables pour justifier le classement aux monuments historiques par arrêté du .. Longuesse est aujourd'hui affilié à la paroisse Avernes et Marines, et l'église Saint-Gildard n'accueille plus que trois ou quatre messes dominicales par an.
Localisation thumb|left|Approche du village par le sud.
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional Oise-Pays de France, sur la commune d'Longuesse, au milieu du village, Grande-Rue. Elle est perpendiculaire à la rue. Le chevet donne immédiatement sur la rue. Au sud, s'étend un parvis, qui est partagé avec la mairie-école, bâtie parallèlement à la rue, mais en recul, perpendiculairement à l'église. De cette façon, son élévation méridionale n'est pas entièrement dégagée : le clocher, implanté à l'angle sud-ouest, est caché par la mairie. Au nord, une ruelle en cul-de-sac sépare l'élévation septentrionale d'une cour de ferme close de murs. Avant la Révolution Française, la ferme appartenait à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.. Il n'y a pas de façade occidentale, car l'église est restée inachevée. Son mur occidental, qui revêt un caractère provisoire, est enclavé dans la cour de ferme.
Histoire thumb|left|Mairie-école et église.
L'église est dédiée à saint Gildard de Rouen (connu également comme Godard), évêque de Rouen de 488 environ jusqu'à sa mort en 525, et patron de la ville de Rouen jusqu'à la canonisation de saint Romain. Longuesse est une ancienne terre royale. En cette vertu, Charles III le Simple peut accorder, en 918, la chapelle de Longuesse avec ses revenus à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En contrepartie, il demande, par la charte de donation, des prières et services religieux pour lui et les membres de sa famille. Par la suite, l'abbaye parisienne est apparemment spoliée de son bien. En effet, un document de 960 stipule que Hugues II, évêque de Rouen, rend l'église de Longuesse à l'abbaye, en se réservant seulement le droit de synode et de procuration. L'opération est renouvelée deux siècles plus tard par Hugues III, qui veut compenser l'abbaye du fidèle dévouement à sa personne. La donation est encore confirmée en 1175 par Rotrou de Warwick, son successeur. Sous tout l'Ancien Régime, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés reste le collateur de la cure. La rémunération du curé, à portion congrue, est à sa charge, mais les archives gardent les traces de nombreux différends, qui montrent que le curé peine souvent à recouvrir son traitement, qui est du reste souvent perçu comme insuffisant. L'abbaye de Saint-Germain-des-Prés n'établit jamais un prieuré à Longuesse. Sur place, ses intérêts sont d'ordre purement temporel, et ils sont défendus par un religieux ayant le titre de procureur ou usufruitier.. La paroisse relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et de l'archidiocèse de Rouen.. thumb|Chapiteaux de la fin du . thumb|Chapiteau Renaissance.
L'histoire de l'église reste encore à élucider. Son vaisseau central est de style gothique primitif, et le début de sa construction peut être situé à la fin du . Il se compose d'une seule travée de nef ; d'une travée prévue comme croisée du transept ; et d'un vaste chœur se terminant par un chevet polygonal. Deux chapelles flanquent la seconde travée. Il est manifeste que l'église n'est pas complète, car il n'y a pas de façade occidentale, ni de portail représentatif, et la nef est bien trop courte. L'on ignore si l'édifice est resté inachevé, où s'il fut partiellement détruit sous la guerre de Cent Ans. La question se pose également à propos du transept. Bernard Duhamel n'a pas remarqué que les murs hauts au-dessus des grandes arcades de la travée, qu'il qualifie de nef, bouchent des arcs-doubleaux aussi élevés que ceux à l'ouest et à l'est, et formule seulement l'hypothèse que la travée a pu être munie de bas-côtés dès l'origine. Quoi qu'il en soit, la configuration de la voûte du carré du transept et des faisceaux de colonnettes montrent que le parti initial fut de construire deux croisillons du transept, et pas seulement des chapelles de faible hauteur. Il est certain aussi que l'état actuel est cimenté depuis le , quand les deux chapelles furent construites sous deux campagnes différentes. Celle du nord est gothique flamboyante, et montre les caractéristiques du second quart du , et celle du sud affiche le style de la Renaissance, et date probablement de la seconde moitié de ce même siècle.. Quant au clocher, Monique Richard-Rivoire le classe parmi les clochers flamboyants du Vexin.. Cette précision est importante, car pour une raison obscure, Bernard Duhamel affirme que le clocher et la travée de nef furent édifiés en 1870. Puisque la date n'est certainement pas inventée, elle devrait plutôt correspondre au toit à la hache, ou à d'importantes réparations. Une autre campagne de réparation, qui n'a pas non plus laissé de traces apparentes, fut menée au .
L'église Saint-Gildard est classée aux monuments historiques par arrêté du . Le , un cyclone l'endommage gravement. Le toit du clocher est emporté par le vent, et des pans entiers de la charpente se retrouvent dans la cour de l'école ; le reste des toitures est découvert ; et plusieurs vitrages sont enfoncés. Ces dégâts sont photographiquement documentés par l'architecte en chef des monuments historiques, Gabriel Ruprich-Robert.. L'église est remise en état par la suite. La restauration des voûtes, au cours des années 1930, s'effectue sous la direction de l'architecte en chef, Jules Formigé.. — Après le rattachement au nouveau diocèse de Versailles créé sous la Révolution française pour regrouper les paroisses du département de Seine-et-Oise, Longuesse change une seconde fois de diocèse en 1966, quand la refonte des départements d'Île-de-France motive l'érection du diocèse de Pontoise, qui correspond au territoire du nouveau département du Val-d'Oise. Le village est aujourd'hui affilié à la paroisse Avernes et Marines, qui est très étendue, et réunit trente-cinq clochers. Dans les petits villages, les messes dominicales ne sont célébrées qu'épisodiquement, en l'occurrence, trois à quatre fois par an..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Régulièrement orientée, l'église répond à un plan symétrique assez simple, mais atypique. Elle se compose d'une nef inachevée limitée à une seule travée, dont la moitié méridionale contient la base du clocher, ouverte par de grandes arcades ; d'une grande travée carrée prévue comme croisée du transept, mais tenant lieu de nef ; de deux chapelles de deux petites travées flanquant cette nef et communiquant avec celle-ci par de grandes arcades ; et d'un chœur d'une seule travée très profonde, avec une partie droite et une abside à pans coupés. La croisée du transept est conçue pour ne comporter qu'un unique niveau d'élévation, mais présente des murs aveugles au-dessus des grandes arcades dans sa configuration actuelle. Les autres parties de l'église sont à un seul niveau d'élévation. La hauteur et la largeur des trois travées du vaisseau central est identique sur toute la longueur de l'édifice. La chapelle du nord est subdivisée en deux parties par un mur. La première travée sert de porche. Une tourelle d'escalier occupe l'angle entre la nef provisoire et la chapelle du nord, et la sacristie flanque la nef provisoire (et plus particulièrement le clocher) au sud. La base du clocher est voûtée d'ogives, mais pas le reste de la nef provisoire. La grande travée carrée et les chapelles sont munies de voûtes d'ogives quadripartites ordinaires. Le chœur présente une voûte très particulière à dix branches d'ogives, qui constitue une combinaison entre une voûte sexpartite, employée parfois pour les travées carrées à la première période gothique, et une voûte à six branches d'ogives telle qu'habituellement employée pour les absides à pans coupés. L'on accède à l'église par des portails latéraux uniquement, situés dans la première travée de chacune des deux chapelles. L'ensemble de l'église est couvert par une large toiture à deux rampants, ce qui donne des toits en appentis pour les chapelles. Le clocher est coiffé d'un toit à la hache.
Intérieur Croisée du transept thumb|upright|Vue vers l'est. thumb|upright|Vue vers le nord.
Que l'on arrive depuis le nord ou depuis le sud, l'on entre dans l'église par la croisée du transept, après avoir traversé l'une des petites chapelles, et non par la nef proprement dite, restée apparemment à l'état d'ébauche, comme à la cathédrale de Beauvais. La travée surprend par son ampleur. Sa superficie dépasse les carrés du transept des autres églises rurales du Vexin de la période gothique, qui tiennent généralement lieu de base au clocher, et adoptent donc une largeur et une profondeur restreintes. L'on voit déjà depuis l'extérieur que la hauteur est relativement importante. À l'intérieur, l'impression d'élancement se relativise un peu, car la hauteur des piliers ne dépasse pas la largeur entre les colonnes les plus rapprochées, qui est assez considérable. La hauteur de la voûte permet d'augmenter la hauteur totale de la travée de moitié. Le rapport des proportions, qui repose sur des principes très simples, est l'une des clés de l'harmonie des églises gothiques. L'on se rapproche des dimensions de la première travée du chœur de Vétheuil, qui est l'un des plus grands du Vexin, car en le raccordant à la croisée du transept par une courte travée intermédiaire, l'architecte s'est libéré des contraintes imposées par la distance entre les piles du clocher. En l'occurrence, les faisceaux de colonnettes aux quatre angles paraissent bien trop minces en proportion avec la superficie de la travée, pour imaginer qu'ils puissent former les piliers d'un clocher central. Le diamètre des fûts paraît être le même qu'à Avernes ou Us, où le carré du transept, effectivement un peu plus petit, sert justement de base au clocher. La configuration des supports et des arcs-doubleaux, le profil des nervures des voûtes et même les bases sont par ailleurs pratiquement identiques qu'à Avernes. La sculpture des chapiteaux n'est toutefois pas de la même signature, bien qu'assez proche, et le profil des tailloirs diffère nettement.