Albert Léopold Naud, né le à Graves (Charente) et mort le à , est un journaliste, militant politique, avocat pénaliste et résistant français.
Biographie
Fils d'agriculteurs, Albert Naud suit les cours de l'École normale d'instituteurs de Ruffec, avant de gagner Paris.. Secrétaire administratif à la Chambre syndicale des raffineurs de sucre, il entre à la fin des années 1920 à L'Écho de Paris dont il est un rédacteur pendant quatre ans. Il fréquente le cours d'orateurs du Centre de propagande des républicains nationauxCf. ses mémoires, citées par Jean-Yves Boulic et Annick Lavaure, dans Henri de Kérillis, l'absolu patriote, Presses Universitaires de Rennes, 1997 d'Henri de Kérillis, chef des informations politiques de L'Écho de Paris, et devient dans les années 1930 l'un des principaux orateurs et l'une des plumes de ce Centre.
Ayant obtenu sa licence en droit, il devient avocat et s'inscrit au barreau de Paris en 1933, et plaide notamment pour des procès d'assises. Ce militant de la droite « nationale » plaide en faveur d'un déserteur de la Première Guerre mondiale en 1933Le Populaire, 22 mars 1933, p. 1 et 2. Premier secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris en 1934-1935La France judiciaire, 31 juillet 1932, L'Écho de Paris, 11 juillet 1934, « À la conférence des avocats » (photographie) , il plaide en 1937 en correctionnelle pour Kerillis « L'organe officiel des soviets est condamné pour diffamation », Le Matin, 13 novembre 1937 et pour le colonel François de La Rocque« Les procès intentés par le colonel de La Rocque », '’L’Ouest-Éclair, 22 décembre 1937]</ref>.
Mobilisé en 1939, il est deux fois blessé pendant la bataille de France. Il reprend ses activités d'avocat en 1940 et entre tôt dans la Résistance. Il est arrêté et inculpé avec d'autres avocats pour propagande gaulliste en <ref>[https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k662228j/f2.item.r=%22Albert%20Naud%22.zoom « Des Degaullistes poursuivis », '’L’Ouest-Éclair, 24 janvier 1941, « L'affaire de distribution de tracts anglophiles. Silhouettes d'inculpés », Le Journal, 22 janvier 1941: la presse rappelle son passé au service du Centre de propagande. Il est emprisonné à la Santé pendant deux mois. Après le démantèlement de son premier réseau, il entre dans un autre groupe et participe au combat pour la libération de ParisSon premier réseau était le réseau « Temple de la Résistance » , fondé par l'avocat Pierre Weill-Curiel, envoyé en mission en France à l'été 1940. Il créa, au palais de justice un réseau qui compta parmi ses chefs d'autres avocats: Léon-Maurice Nordmann, Albert Naud, René-Georges Etienne, Robert Lacoste, Alexandre Mitterand : Le Monde, 19 octobre 1949..
À la Libération, il reprend son métier d'avocat. Il est avocat commis d'office de Pierre Laval en 1945, avec ses confrères Jacques Baraduc et Yves-Frédéric Jaffré, mais ils demandent à être déchargés de cette mission « La deuxième audience du procès Laval », Le Monde, 6 octobre 1945. Il s'en explique dans son livre Pourquoi je n'ai pas défendu Laval et dans un article au Monde en 1969Le Monde, 10 juin 1969, Me Albert Naud, "J'aurais pu sauver Pierre Laval": . Il a cependant plaidé lors de l'audience du 5 octobre, comme les deux autres avocats, demandant un complément d'information, rejeté par la Cour: Jean Galtier-Boissière, Journal 1940-1950, Quai Voltaire, 1992, p. 522, Déclaration de Me Naud et Baraduc du 30 octobre 1945 aux agences de presse étrangères. Cf. Fred Kupferman, Le procès de Vichy, Pucheu, Pétain, Laval, Complexe, 2006 . Il est aussi l'avocat d'Henri BéraudLe Monde, 4 janvier 1950, Jean Galtier-Boissière, Journal 1940-1950, Quai Voltaire, 1992, p. 299-300 en 1944, de Louis-Ferdinand Céline de 1947 à 1951, d'Adrien Marquet et d'Henri Labroue en 1948Le Monde, 5 janvier 1948, Le Monde, 16 octobre 1953, Le Monde, 7 décembre 1948, et défend également d'autres collaborateurs, pour la plupart condamnés à mort comme Robert de Beauplan, Mathilde CarréLe Monde, 28 mai 1945, "Condamnation à mort du général Mangeot", Le Monde, 2 novembre 1945, "Jean Lousteau condamné à mort", Le Monde, 28 novembre 1945, "Robert de Beauplan condamné à mort", Le Monde, 20 janvier 1948, Le Monde, 10 janvier 1949, "Mathilde Carré condamnée à mort" ou trois anciens gardiens du camp de concentration de Natzweiler-Struthof en 1955Le Monde, 16 mai 1955, Le Monde, 19 mai 1955. Sa conférence sur le thème est interdite en 1949Le Monde, 26 février 1949.
Il plaide parallèlement pour d'autres affaires qui ne sont pas liées à la guerre, comme dans celle impliquant Marc Fleurot, en 1950Un ingénieur malor de l'école Centrale, accusé d'avoir assassiné son riche beau-père: Le Monde, 7 mars 1950, 9 mars 1950, 10 mars 1950.
Il est membre du Conseil de l'ordre des avocats à la Cour de Paris. Élu en 1956, il est réélu en 1957 et 1958Le Monde, juillet 1956, Le Monde, 7 juillet 1956, Le Monde, 22 juin 1957, Le Monde, 21 juin 1958.
Il plaide ensuite dans plusieurs grands procès, notamment politiques, comme l'affaire Ben Barka : il y défend Ahmed Dlimi, directeur adjoint de la Sûreté marocaine, accusé d'avoir participé à l'organisation de l'enlèvement de Ben BarkaLe Monde, 14 décembre 1966, 15 décembre 1966, 27 février 1967, 26 mai 1967, 6 mai 1967, 7 juin 1967. Il participe à des procès criminels comme celui de Lucien Léger, qu'il défend en 1966Le Monde, 19 juillet 2008, "Lucien Léger", ou celui du truand Marcel FrancisciLe Monde, 22 janvier 1973, 9 mai 1973, 16 mai 1973. Enfin, il s'investit dans des affaires de mœurs, comme celle impliquant Gabrielle Russier. Il sera d'ailleurs, par la suite, coscénariste de Mourir d'aimer, le film inspiré de cette affaire. Ces procès ne doivent pas faire oublier que Naud était d'abord un , selon ses propres diresLe Monde, 22 décembre 1973.
Il se bat pour l'abolition de la peine de mort, par la publication de livres Le Monde, 9 janvier 2010 (reproduction d'un article du 11 janvier 1960), "Tu ne tueras pas de M Albert Naud", Le Monde, 9 avril 1971 et en demandant la grâce de condamnés à mort devant quatre présidents de la République : Vincent Auriol, René Coty, Charles de Gaulle puis Georges PompidouLa peine de mort en 1975, présenté par Jean-Pierre Berthet, TF1, .. Il milite également dans plusieurs associations, l'Union pour la liberté en 1952Le Monde, 3 novembre 1952, puis l'Association française contre la peine de mortLe Monde, 11 février 1963, "Onze orateurs ont plaidé pour l'abolition de la peine de mort. Dans cette optique militante, il accepte, en 1968, de collaborer en tant que conseiller technique à un projet du jeune réalisateur Claude Lelouch. Le film, baptisé La Vie, l'Amour, la Mort, relate une enquête criminelle se concluant par une scène d'exécution capitale. Séduit par le naturel de Naud, Lelouch lui proposera à terme d'incarner l'avocat de la défense.
Il est candidat sans succès à l'Académie française, par deux fois, en 1968 et en 1975-1976Le Monde, 21 février 1976, 23 février 1976.
En 1976, il témoigne dans le film documentaire Chantons sous l'Occupation d'André Halimi.
Henri Leclerc est son collaborateur pendant douze ans.
Œuvres Pourquoi je n'ai pas défendu Pierre Laval, Paris : A. Fayard, 1948 Peau d'orange ou l'école du soir, Grasset, 1951 (roman) Tu ne tueras pas, Paris, La Table ronde, 1963 Contre la peine de mort, pendant de Pour la peine de mort de Jacques Charpentier (bâtonnier), Berger-Levrault, collection Pour ou contre, 1967 L'Agonie de la peine de mort ?, Paris, La Table ronde, 1972 Les défendre tous, Paris, Robert Laffont, 1973
Pour approfondir Bibliographie Frédéric Monnier, Lettres à son avocat. 118 lettres inédites à Me Albert Naud, notice biographique de Me Naud sur le site louisferdinandceline.free.fr Jean-Marc Théolleyre, « Du côté du faible, même assassin », Le Monde, (nécrologie) Emmanuel Pierrat, Quand les avocats font l'histoire. De l'Antiquité à nos jours, Albin Michel, 2022
Liens externes
Notes et références
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