L'immigration belge en France est un phénomène migratoire qui a commencé au et qui a constitué le flux le plus important de travailleurs étrangers vers la France pendant tout ce siècle. Les Belges sont devenus minoritaires à partir du dans les migrations en direction de la France. Il s'agit aujourd'hui avant tout de flux aisés et étudiants.
Histoire
Deuxième moitié du À partir de la deuxième moitié du , l'immigration belge devient une immigration de masse concernant avant tout des ouvriers précaires à la recherche d'un emploi dans les grandes industries françaises.
Flux et installations Quantitativement, les flux d'immigrés belges sont en hausse pendant toute la deuxième moitié du siècle. Si les Belges sont 128 000 lors du recensement de 1851, ils sont déjà 204 000 en 1861, 347 000 en 1872, 432 000 en 1881 avec un pic à 482 000 en 1886. Leur nombre baisse ensuite progressivement. Ils ne sont plus que 323 000 en 1901 et 287 000 en 1911. La première guerre mondiale fut ensuite l'occasion d'une nouvelle hausse des arrivées. Du fait de cette forte présence, les Belges constituent pendant toute cette période la plus grande communauté étrangère de France, ils représentent de ce fait 46 % des étrangers en France en 1872. Ils sont cependant dépassés par les Italiens à partir de 1901. Cette baisse en chiffre absolus doit cependant être attribuée aux retours d'une part, mais aussi, et surtout aux naturalisations, d'autant qu'elles furent facilitées par la loi du 26 juin 1889, et aux décès. Cette population déjà bien intégrée commence à se fondre avec les Français.
Nord de la France La crise en Belgique des années 1850 et l'industrialisation du nord de la France ont été les causes d'un flux réguliers de Belges venant pour travailler notamment dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Ces migrations sont fortement pendulaires, de nombreux Belges vivent à la frontière et continuent ainsi à mener leur vie de famille en Belgique tout en travaillant le jour en France. Ces flux d'abord en bicyclettes se développèrent et permirent la naissance d'un réseau dense de tramways à la frontière. Ils exercent surtout dans les secteurs du tissage et des mines où ils occupent les emplois les plus pénibles et précaires (mineurs de fond, peigneurs, etc.). Du fait de la flexibilité de ces flux, leur travail est très précaire et sert avant tout aux entreprises à pallier les manques conjoncturels de main-d’œuvre. C'est ainsi que le président du conseil d'administration du conseil des Mines de Lens affirmait en 1859 que « le bassin houiller du Pas-de-Calais ne réussira à développer ses exploitations qu'avec l'aide des mineurs belges ». Ils furent aussi utilisés par le patronat pour empêcher les mouvements sociaux français : la compagnie d'Anzin embauche des Belges pour briser la grève de 1884. Cette figure du Belge briseur de grèves se retrouve jusqu'au Germinal de Zola. Des villes entières deviennent à majorité belge, comme Roubaix, qui en 1870 est peuplé de 55 % de Belges. À Halluin et Wazemmes, les Belges représentent 75 % de la population, 59% à Leers et 49% à Roncques. Un quart des Belges de France sont ainsi dans le Nord du pays en 1861.
Paris Un certain nombre de Belges furent aussi présents à Paris, de 9 711 en 1851, ils sont 28 430 en 1866, 34 192 en 1876, et 45 649 en 1886, au pic de leur présence parisienne. Leur présence n'a ensuite cessé de décroître. Au sein de la capitale, il est aussi possible de souligner des polarisations géographiques. Ils sont ainsi pour leur majorité dans le nord-est de la capitale, notamment, en 1881, dans le 18e arrondissement (4 700) et le 11e (7482), mais aussi dans le 19e (3 343) ou le 20e (2 312) et le 12e (2 346). Leur présence dans des arrondissements plus aisés comme le 16e (947) s'explique par la domesticité belge logée par les riches familles, mais aussi par les plus rares intellectuels et hommes d'affaires vivant à Paris. En 1891, cette géographie se confirme, les 18e, 19e, 20e et 11e arrondissements accueillent alors près de 18 000 Belges à eux seuls. Les Belges s'orientent néanmoins vers la périphérie et abandonnent les quartiers de Sainte-Marguerite ou de La Roquette aux nouveaux venus, surtout Italiens.
Cependant, les autorités préfectorales essayaient de limiter ces flux vers la capitale. D'une part pour éviter la présence d'un trop grand nombre d'étrangers - jugés dangereux politiquement - dans une ville déjà sujette à l'instabilité politique, mais aussi pour éviter une trop forte concurrence. C'est ainsi que dès le une circulaire du gouvernement provisoire de la Deuxième République demande aux préfets de limiter les arrivées de Belges pour éviter qu'ils ne concurrencent les ateliers nationaux. De même, en 1854, alors que Paris connaît une légère crise de l'emploi, le préfet demande aux services de police d'empêcher les arrivées de Belges, afin de garantir le travail des parisiens. La présence belge à Paris est notamment due à un grand nombre de jeunes femmes belges qui venaient dans les centres urbains afin de travailler comme servantes.
Paris était aussi une ville d'immigration belge attirant les élites. C'est particulièrement visible dans le domaine musical, de grands noms de la musique belges viennent ainsi travailler à Paris, comme Peter Léopold Léonard Benoit, chef d'orchestre aux Bouffes Parisiens sous Offenbach, ou Armand-Marie-Ghislain Limnander de Nieuwenhove qui compose pour l'opéra comique. Il faut aussi évoquer les facteurs d'instruments, comme Adolphe Sax (inventeur du saxophone) arrivé en 1843.
Transfrontalier Un autre flux concerne les migrations transfrontalières agricoles. De nombreux Belges partaient ainsi cultiver les betterave dans le Nord-Ouest de la France ou faire les moissons. Ces flux furent aussi favorisés par les différences de climat, c'est ainsi que des Belges de la vallée de la Semoy partaient dans la vallée de Sedan en France où les récoltes sont plus précoces avant de retourner s'occuper de leurs champs ensuite. Ils sont ainsi près de 45 000 à opérer cette migration transfrontalière régulière au début du XXe siècle.
Intégration La population Belge est une population particulièrement intégrée, c'est notamment elle qui présente les taux de mariage mixte les plus élevés pendant cette période et qui se fait le plus souvent naturaliser - quoique ce soit généralement pour devenir français aux yeux de tous et échapper à la xénophobie. La forte présence des Belges dans les associations ludiques et sportives témoigne aussi de cette intégration. Par exemple, l'Espérance de Lille, association cycliste, comportait 7 Belges pour 18 membres.
Droits sociaux Pendant la seconde moitié du XXe siècle, les Belges sont touchés autant que les autres étrangers par les restrictions qui visent à restreindre les droits des étrangers, notamment pendant les années 1880 et 1890. Cependant, l'importance de la population belge en France a pour conséquence que leur poids politique est plus important et que le gouvernement Belge s'efforce de garantir diplomatiquement leurs droits, de plus, leur forte intégration dans la société française leur garantit un accès privilégié à certaines ressources. C'est ainsi que le consul de Belgique en France rapporte en 1896 que les Belges sont traités comme les Français en matière de droits à l'assistance publique. Les restrictions de certaines villes, comme Roubaix, qui exige cinq ans de résidence pour les étrangers pour l'accès aux organismes d'assistance ou Tourcoing qui demande 10 ans en France dont un dans la ville, sont telles que la majorité des Belges répondent aux conditions, et que ceux qui n'y répondent pas peuvent bénéficier d'une certaine souplesse de l'administration. Même pour des soins plus exigeants, comme l'accès aux hospices (Roubaix exige 35 ans de résidence), les Belges ont accès aux aides et constituent de ce fait un quart des secourus de l'Hospice Barbieux. En 1904, la sauvegarde des nourrissons de Tourcoing s'adresse aux Belges comme aux Français. Une convention bilatérale franco-belge de 1906 a de plus permis aux Belges de bénéficier de la loi de 1898 sur les accidents du travail qui excluait les étrangers de la catégorie des bénéficiaires.
Religion Les Belges étaient pour leur grande part chrétiens. De ce fait, les institutions religieuses ont essayé de contrôler l'émigration afin qu'elle ne soit pas l'occasion d'une déprise de la religion. C'est ainsi que dès 1862 l'archevêque de Gand obtient l'accord de l'archevêque de Paris pour l'envoi d'un prêtre flamand pour la Pâques. Un aumônier, Liéven Beyaert s'installe ensuite faubourg Saint-Antoine où il incarne la Mission Flamande en créant l’œuvre des Flamands. Celle-ci s'oppose à l'intégration des Belges dans la population française, la ville de Paris est perçue comme un lieu de turpitude. La révolution de 1871 change profondément les discours de l'autorité religieuse, c'est le peuple français qui est perçu comme n'ayant plus aucune religion. Liéven Beyaert milite donc pour le maintien d'une identité flamande contre toute forme d'assimilation, s'inscrivant dans la tradition ultramontaine de la Mission Flamande.
En 1863, le lieu de culte des Belges parisiens est l’Église Sainte-Marguerite. Des conflits avec le curé qui ne laisse aux Belges qu'une chapelle attenante et une prise de parole après l'eucharistie pousse Beyaert à chercher un autre lieu de culte, d'autant que l'église ne comporte que 300 places, ce qui est trop peu. Ainsi, pour la Pâques de 1866, l'église était comble et tous les paroissiens ne purent trouver une place. Il organise des quêtes en Belgique à partir de 1866. Mais le clergé parisien, hostile à la tradition ultramontaine de l’œuvre, s'y opposa. C'est une intervention du Saint-Siège qui a permis à l’œuvre d'obtenir l'autorisation d'ouvrir un lieu de culte rue des Boulets.
Le lieu fut détruit en 1871 par la Commune de Paris, la baronne de Monin-Rendeux et d'autres dames d’œuvres organisèrent des quêtes pour créer un nouveau lieu de culte, avec le soutien tacite de jésuites. Mais le bâtiment, achevé en 1877, les jésuites se retirent de leur engagement. Le bâtiment prévu pour quinze aumôniers n'en accueille que trois. La population belge qui, depuis, s'est intégré dans les réseaux parisiens privilégie les messes paroissiales et ne vont plus dans le lieu de culte spécifiquement belge. Cette déprise de l’œuvre qui perd toute influence dans les années 1870 est due à ses positions ultramontaines trop tranchées déconnectées des préoccupations des immigrés belges. Elle se réoriente donc vers la morale en combattant le concubinage. Liéven Beyaert organisa ainsi 11 000 mariages en 30 ans, notamment grâce à la société Saint-François-Régis qu'il avait créée. Vers la fin de son exercice, il a surtout officié à des mariages mixtes, témoignant de l'intégration progressive de la population belge.
Engagements politiques
Réseaux socialistes du Nord-Pas-de-Calais Les Belges ont joué un rôle très important dans la politisation des ouvriers du Nord. Le coup d’État de Napoléon III suscite une vague d'émigration des socialistes français vers la Belgique. C'est pourquoi s'est développé un important mouvement socialiste belge dans les années 1860. Ces exilés français ont ensuite essayé de diffuser ces idées en France, à partir de journaux et syndicats implantés en Belgique. Benjamin Delessalle est un socialiste français qui a joué un grand rôle dans ce partage des luttes entre les deux pays. C'est ainsi que lors de la grève de Gand (Belgique), des demandes de fonds de soutien sont faites à Roubaix (France). vignette|234x234px|Edouard Anseele est un socialiste belge influent dans le Nord de la France.