La bataille de Ramadi, parfois appelée reconquête de Ramadi, a lieu lors de la seconde guerre civile irakienne de à . Elle suit la précédente bataille de Ramadi, qui s'était soldée le par la prise de la totalité de la ville par les djihadistes de l'État islamique. Elle commence le avec l'assaut des Forces armées irakiennes sur le quartier de Ta'Min, au sud de la ville. La cité est déclarée libérée une première fois par le gouvernement irakien le . Mais l'EI contre-attaque au début du mois de , reprenant environ 20 % de la ville et plusieurs zones aux alentours. Le gouvernement irakien parvient à liquider ces nouvelles poches de résistance, à reprendre les alentours de la ville, et à sécuriser la route entre Ramadi et Bagdad le , mettant ainsi fin à la bataille.

Prélude La perte de Ramadi par les forces armées irakiennes, en , est une victoire stratégique et symbolique très importante pour l'État islamique, et un violent revers pour le gouvernement de Bagdad.. En effet, stratégiquement, Ramadi est situé à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad, et symboliquement, c'est le chef-lieu de la province d'Al-Anbar. Sa reconquête par le gouvernement devient donc vite un objectif important.

Le , six jours après la prise de la ville par les djihadistes, l'armée irakienne et des milices tribales menées par le cheikh Rafeh Abdelkarim al-Fahdawi, lancent des assauts sur des localités aux alentours de Ramadi et notamment sur Husaybah, un village situé à à l'ouest de Ramadi. Le 26, l'armée lance une opération visant à isoler les forces de l'EI et à préparer l'offensive pour reprendre Ramadi. Elle est baptisée « À tes ordres Hussein », du nom d'un imam chiiteRamadi: une contre-offensive irakienne bien mal nommée?, RFI, 27 mai 2015.. Face aux critiques, elle est ensuite rebaptisée « À tes ordres ô Irak »La bataille est « mal préparée », selon le président du Parlement irakien, OLJ, 28 mai 2015..

Le , quatre kamikazes de l'État islamique attaquent un quartier-général de l'armée irakienne à al-Jaraishi, au nord de Ramadi, faisant cinq morts dont deux généraux : Abdel Rahman Abou Raghif, commandant adjoint des opérations dans la province d'al-Anbar, et Safine Abdel Madjid, commandant de la Irak: deux généraux tués dans un attentat-suicide, RFI, 27 août 2015..

Début octobre, les forces irakiennes soutenues par l'aviation américaine parviennent à progresser à l'ouest de Ramadi et à reprendre plusieurs localités, dont les villages de Zankura, Albu Jleib, al-Adnaniya, une partie d'Albu Richa et la zone appelée kilomètre 5 lors d'une opération mobilisant Les forces irakiennes reprennent des zones autour de Ramadi, AFP, 7 octobre 2015.. Mais fin octobre et début novembre les pluies torrentielles freinent la progression des forces gouvernementalesIrak: l'offensive à Ramadi stoppée par la pluie, Le Figaro avec AFP, 5 novembre 2015..

Le , les forces irakiennes, aidées par des bombardements américains, reprennent le pont Palestine qui enjambe l'Euphrate au nord-ouest de la ville, afin de procéder à son encerclement et de couper son approvisionnement en eauHélène Sallon, .Les forces irakiennes achèvent d'encercler Ramadi, Reuters, 26 novembre 2015..

Les 4 et , l'EI lance plusieurs voitures piégées sur les positions des forces gouvernementales. Au moins 6 sont détruites, et 8 autres sont interceptées.

Dans les premiers de jours de décembre, afin de préparer le terrain pour l'attaque, la coalition mène 45 frappes aériennes dans la région de Ramadi.. Un bilan dressé par l'état-major américain le estime que 350 djihadistes sont morts dans les frappes, dont leurs chefs Abu Salah et Abu Maryam. Ces 350 morts ne sont pas inclus dans les estimations des forces en présence à Ramadi au moment de l'assaut du . Toutefois, les bombardements tuent et blessent de nombreux civils. D'autant plus que l'état-major américain estime que seuls quelques petits groupes de civils sont parvenus à fuir la cité, et qu'entre sont restées bloquées à l'intérieur.

Forces en présence Depuis la prise du pont Palestine le , la ville est entièrement encerclée, et son approvisionnement en eau est coupé. Trois brigades irakiennes entraînées par les Américains sont envoyées en renfort, au total des forces irakiennes sont engagés dans l'offensiveL'armée irakienne se prépare lentement à reprendre Ramadi, Reuters, 12 novembre 2015.. Le colonel Steven Warren, porte-parole de l'Opération Inherent Resolve, estime que les troupes irakiennes sont désormais assez nombreuses pour lancer une attaque sur la ville et que les djihadistes auront du mal à fuir. Par ailleurs, des membres des forces spéciales australiennes sont engagées aux côtés de l'armée irakienne, notamment pour guider les frappes aériennes

Les forces de l'État islamique sont estimées entre 600 et selon le colonel Steven Warren. Les djihadistes ont fortifié leurs positions de manière avancée depuis plusieurs mois. Ils ont notamment déposé des explosifs et des mines en cercles concentriques autour de Ramadi. Et, à l'exception des trois brigades formées par les États-Unis et des membres du Iraqi Counter Terrorism Service, une formation antiterroriste comptant au total, entrainé par un détachement de la 13e demi-brigade de Légion étrangère., les troupes gouvernementales irakiennes ne sont pas bien formées au combat urbain. De plus, du fait de divergence entre les États-Unis et les milices chiites des Hachd al-Chaabi, ces dernières, soutenues par l'Iran, ne participent pas aux combats.

Déroulement

7 et 8 décembre 2015 : Assaut initial et reprise de Ta'Min par le gouvernement irakien Le , l'armée irakienne lance l'assaut sur le quartier universitaire de Tamin, au sud-ouest de la ville. Dans le même temps, des combats ont lieu au village d'Husaybah, à à l'est de Ramadi Les forces irakiennes resserrent l'étau sur l'EI près de Ramadi, AFP, 7 décembre 2015..

Le , Sabah al-Nomane, porte-parole des services de lutte antiterroriste irakiens, déclare à l'AFP que : . Ses propos sont par la suite confirmés par le général Hadi al-Irzayij, chef de la police de la province d'Al-Anbar et porte-parole du commandement des opérations conjointes. Ce-dernier estime que . D'autant plus que la prise de Ta'Min a permis de mettre la main sur de nombreuses quantités de munitionsSalam Faraj, Les forces irakiennes avancent face à l'EI à Ramadi, AFP, 8 décembre 2015..

Malgré une prise rapide du quartier de Tamin, les forces gouvernementales irakiennes sont stoppées dans leur élan durant l'après-midi du . En effet, deux obstacles s'imposent. De très nombreux pièges explosifs ont été laissés par les djihadistes de Daech avant de quitter le quartier, et il est impératif de les déminer avant de poursuivre la progression. Un total de 62 engins explosifs improvisés ont été trouvés en 3 jours, faisant 4 blessés. Et, pour rejoindre le centre-ville, il faudra par la suite traverser la rivière Warar — un bras de l'Euphrate — dont l'autre rive est toujours tenue par l'EI. Selon une source sécuritaire de l'agence Xinhua, les pertes des combats du sont d'au moins 27 djihadistes tués — dont 15 par des frappes aériennes — et 5 morts et 3 blessés du côté des forces gouvernementalesIrak : les forces de sécurité reprennent le contrôle de Ramadi des mains de l'EI, 39 morts, Xinhua, 8 décembre 2015..

Du 9 décembre au 21 décembre 2015 : reprise des quartiers périphériques par le gouvernement irakien Le , tandis que le déminage de Tamin se poursuit, Ashton Carter, le ministre de la Défense américain, déclare que les États-Unis « sont prêts à aider l’armée irakienne avec des moyens additionnels » pour l’aider à « finir le travail » à Ramadi, « y compris des hélicoptères d’attaque et des conseillers militaires »...

Afin d'en consolider le contrôle, la police d'Habbanyah, une localité plus à l'ouest, déploie une partie de ses hommes dans le quartier de Tamin.

De plus, une offensive de l'armée dans l'ouest de la ville parvient à chasser les djihadistes de leur poste de commandement militaire. La prise du poste de commandement et celle du quartier de Ta'mim permettent de profiter d'un avantage géographique, car ces deux positions surplombent la ville.

En réaction à l'avancée des troupes irakiennes à l'intérieur de la ville, l’État islamique impose aux civils des zones qu'il contrôle encore l'interdiction de sortir de la ville, et l'obligation de rester le plus possible dans leurs maisons. Le but de la manœuvre étant de pouvoir se servir d'eux comme boucliers humains. Les djihadistes se servent de l'exemple d'une famille qu'ils ont tué alors qu'elle tentait de fuir la ville, au début du mois de décembre.

Le , le major-général Ismail Malhawi déclare qu'une série de bombardement de la coalition internationale au nord de Ramadi aurait causé la mort de "65 éléments de l'EI en plus de sérieux dégâts matériels", sans donner plus de précisions. Une autre source sécuritaire, qui déclare vouloir garder l'anonymat, confirme les frappes mais donne un bilan plus modéré : l'armée de l'air irakienne aurait tué 10 membres de Daech et détruit 4 véhicules piégés. Ces véhicules piégés étaient censés exploser sur les lignes irakiennes, mais ils auraient été interceptés et détruit bien avant de les atteindre.

Le soir du (heure irakienne, nuit du 10 au heure française), le lieutenant-général Abdul-Ghani al-Asadi, commandant des forces anti-terroristes, déclare que ses troupes ont pris le contrôle d'un périmètre dans l'ouest de Ramadi, s'étendant du pont Palestine jusqu'au pont Al-Qasim. Il annonce également attendre de nouvelles instructions du commandement général avant de poursuivre l'offensive. Il ne donne aucune précision sur la nature des combats, ou le nombre de morts ou de blessés parmi les militaires, les djihadistes ou les civils.

De plus, le général Yahia Rasoul confirme à Reuters que, simultanément à l'assaut des forces anti-terroristes à l'ouest de Ramadi, l'armée a attaqué le nord de la ville, et est parvenue à créer plusieurs percées. Durant les assauts, l'explosion de 2 kamikazes provoque au moins 27 morts parmi les militaires.

Pour tenter de ralentir la progression des militaires irakiens, l’État islamique détruit tous les ponts qui mènent directement au centre de la ville. Cette manœuvre est à double-tranchant : elle renforce les fortifications du centre, mais elle divise les djihadistes en trois groupes isolés les uns des autres.

À la fin de la journée du , l’État islamique a perdu le sud et le sud-ouest de la ville, ne contrôle plus que partiellement le nord et l'ouest de Ramadi, et continue de tenir le sud-est, l'est et le centre de la ville. Des messages radios interceptés indiquent que les djihadistes manquent de vivres et de munitions. Les services de renseignements irakiens estiment qu'il ne reste plus qu'entre 250 à 300 combattants de Daech, et qu'entre sont encore coincées dans la ville. Les djihadistes toujours au centre de la ville s'abritent dans un réseau de fortifications, constituées d'un réseau élaboré de tunnels, de bâtiments piégés, et de routes en lacets minées.

Le , les forces armées irakiennes reçoivent le renfort de 500 miliciens tribaux du clan Al-Hashed, dirigés par le général Yusuf al-Asal - lui-même étant un dirigeant du clan.

En inspectant des entrepôts d'armes dans les zones reprises, les forces gouvernementales irakiennes découvrent des roquettes de fabrication militaire, mais également d'autres roquettes artisanales, fabriquées à partir de bouteilles de gaz. En inspectant d'autres bâtiments pris à Daech, les militaires découvrent également une liste de fonctionnaires qui ont rejoint l'organisation pour sauver leurs vies, et une liste d'autres fonctionnaires qui ont été probablement exécutés par les djihadistes.