La chronologie des attentats du 13 novembre 2015 en France et de leurs conséquences retrace la préparation des attaques, déroulement des attentats proprement dits puis, mois par mois, les avancées de l'enquête et des différentes conséquences tant au niveau national que sur le plan international.

Au fil des progrès de l'enquête dans les jours qui suivent les attentats, cette chronologie des événements est révélée à la presse par François Molins, procureur de Paris. Les attaques, menées pratiquement au même moment, se déroulent le soir du 13 novembre et sont l'œuvre de trois équipes de trois hommes. Chaque équipe emporte des dispositifs explosifs identiques et, à part une, des fusils d'assaut de type Kalachnikov.

Le vendredi 13 novembre vers 21 h 16, le premier terroriste entre en action près du stade de France en faisant exploser la ceinture d'explosifs dont ils sont équipés. Les trois explosions font au total, outre les terroristes, un mort et une dizaine de blessés graves. À 21 h 24, le second groupe de trois terroristes intervient dans plusieurs rues des et arrondissements de Paris. Se déplaçant à bord d'une Seat León de couleur noire immatriculée en Belgique, ils ouvrent le feu à trois reprises sur des personnes attablées à des terrasses de bars et de restaurants, causant la mort de trente-neuf personnes et en blessant trente-deux autres grièvement, puis l'un des terroristes, Brahim Abdeslam, fait sauter sa ceinture d'explosifs dans un café du boulevard Voltaire, faisant trois blessés graves et treize blessés légers. Ses deux complices disparaissent. À 21 h 47, le troisième groupe arrive à la salle de spectacle du Bataclan ( arrondissement), abat des personnes à l'extérieur du bâtiment, y pénètre et commence à tirer par rafale sur les spectateurs. Les trois hommes exécutent froidement les spectateurs, un par un. La tuerie de masse fait 90 morts et des dizaines de blessés graves avant que les forces de police n'interviennent et abattent les trois terroristes.

2008-2015 : des menaces ignorées Au fil des progrès de l'enquête, il apparaît que différentes menaces exprimées soit lors de manifestations soit lors de l'instruction d'enquêtes auraient pu alerter les différents services et être mieux prises en compte. Toutefois le nombre important de cibles potentielles et les problématiques d'échanges d'information entre services tant du renseignement que de la justice constituent des difficultés pour faire émerger des informations dont le rapprochement a posteriori paraît plus simple.

2008 : Manifestations au pied du Bataclan En janvier 2008, une manifestation a lieu devant le Bataclan pour protester contre le fait que la salle de spectacle accueille chaque année depuis le gala de la Police aux frontières israélienne, le Magav. En décembre 2008, un nouveau rassemblement a lieu pour le même motif, certains des manifestants défilant le visage masqué par des keffiehs avec des propos très menaçants , prévenait le groupe baptisé Resistancepalestine.. Aucun lien direct ne peut toutefois être établi entre ces paroles et les attentats du 13 novembre, mais il apparaît que dès cette année-là, le Bataclan était déjà une cible potentielle pour certaines mouvances radicalesMagazine Focus, Bataclan, les 200 minutes qui ont bouleversé la France, mercredi 26 octobre, à 21h, Chaîne C8, présenté par Guy Lagache.

2009 : le projet de Farouk Ben Abbes Le nom du Bataclan apparaît explicitement en 2009 dans une affaire de terrorisme. Lors de l’attentat commis au Caire, en Égypte, le 22 février 2009 – au cours duquel la jeune Française de 17 ans, Cécile Vannier, est tuée – plusieurs suspects sont arrêtés, dont une Française d'origine albanaise, Dude Hohxa.. Celle-ci aurait déclaré aux services égyptiens que M. Farouk Ben Abbes projetait d’attaquer la salle de spectacle du Bataclan. Il projetait également de s’en prendre à une cible juive dans la commune de Saint-Denis, tome 1, . Interrogé par la police égyptienne, Farouk Ben Abbes aurait confirmé son projet d’attentat contre le Bataclan. Remis en liberté, il est interrogé par les Belges, puis est interpellé en 2010 à son retour en France, mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme et placé en détention. Au cours de ses différentes auditions, Farouk Ben Abbes aurait proposé la salle de spectacle du Bataclan comme cible d'un projet d'attentat, . Toutefois, faute d’éléments probants, une décision de non-lieu est prononcée dans cette affaire le par le juge d'instruction antiterroriste Christophe Tessier, chargé du dossier..

Lors des auditions de l'enquête parlementaire, M. Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure, déclare, concernant ce projet d'attentat, que , tome 1, . Mais les propriétaires du Bataclan n'auraient jamais été informés de ces menaces. Pour Georges Fenech, président de la commission d'enquête, il s'agit là d'un manquement grave de la justice. La procédure prévoit en effet que lorsqu'un établissement ou une personne victime potentielle apparaît dans une procédure ceux-ci doivent en être informés par le biais d'un avis à victimes.

Lors de son audition, le juge Trévidic déclare ne pas se souvenir avoir instruit le dossier Farouk Ben Abbes et que , tome 2, .

2015 : le projet de Reda Hame Le , Reda Hame est interpellé à son retour de Syrie. Interrogé par le juge d’instruction Marc Trévidic, il explique qu’il a été invité à commettre un attentat en France, par exemple dans une salle de spectacle, par Abou Omar, qui n’est autre qu’Abdelhamid Abaaoud... Camille Hennetier, cheffe du pôle antiterroriste du parquet de Paris, est tout aussi affirmative : . La salle du Bataclan n’est néanmoins pas citée en tant que telle.

La menace est prise très au sérieux par les services français mais, comme le souligne Marc Trévidic lors de son audition, .. , estime Sébastien Pietrasanta, rapporteur PS de la commission d'enquête.

2015 : la préparation des attentats Septembre Début septembre, deux appartements sont loués en Belgique sous de fausses identités dans le cadre de la préparation des attentats, l'un à Charleroi (le septembre) et l'autre à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. (le 3 septembre).. Cet appartement bruxellois a sans doute été utilisé pour fabriquer des explosifs. Les enquêteurs y ont retrouvé lors de leur perquisition le 10 décembre des traces de TATP, une balance de précision et des ceintures ventrales. Par ailleurs, ils ont pu y retrouver une trace ADN de Bilal Hadfi ainsi qu'une empreinte digitale de Salah Abdeslam. Ce même Bilal Hadfi, ainsi qu'Abdelhamid Abaaoud ont séjourné dans l'appartement de Charleroi.

Le 9 septembre, le véhicule de Salah Abdeslam est contrôlé à la frontière austro-hongroise en provenance de Budapest. Il se trouve en compagnie de deux hommes munis de deux cartes d'identité belges, qui se révéleront par la suite fausses, au nom de Samir Bouzid et Soufiane Kayal. Ces deux hommes coordonnent ensuite les attaques depuis Bruxelles le 13 novembre.

Octobre Le 3 octobre, deux des futurs kamikazes du stade de France munis de faux passeports syriens aux noms de Mohammad al-Mahmod et Ahmad al-Mohammad débarquent sur l'île grecque de Leros en se mêlant au flux de réfugiés convergeant vers ce pays. Ils parviennent ainsi à s'infiltrer en Europe sans être détectés..

Le 5 octobre, les terroristes louent sous une fausse identité une maison à Auvelais dans la province de Namur, au sud de la Belgique. Elle est soupçonnée d'avoir servi de cache. Elle a été louée par Soufiane Kayal, la fausse identité utilisée par l'un des deux hommes repérés à la frontière austro-hongroise avec Salah Abdeslam en septembre.

Novembre Le 9 novembre, Salah Abdeslam loue la Polo et la Clio utilisées lors des attentats dans deux agences différentes à Bruxelles..

Le mardi 10 novembre vers , la Clio louée à Bruxelles est flashée à hauteur de Valenciennes, en direction de Paris. Vers , elle repart pour la Belgique. À , elle est de nouveau détectée en France au péage de Chamant dans l'Oise. Grâce à des relevés bancaires corroborés par des archives de vidéosurveillance, les enquêteurs déterminent que Salah Abdeslam se trouve une nouvelle fois en France le lendemain, mercredi 11 novembre, en compagnie de Mohamed Abrini, un djihadiste belge passé par la Syrie. Ils sont repérés à bord de la Clio noire dans une station service de l'Oise, à Ressons-sur-Matz, sur l'autoroute A1, en direction de Paris..

L'enquête permet de retrouver des images montrant le 12 novembre à du matin Salah et Brahim Abdeslam, deux des terroristes du 13 novembre, accompagnés de Mohamed Abrini, descendant de la Clio et de la Seat utilisées pour les attentats. Ils sont stationnés dans une ruelle à Molenbeek, descendent de leurs véhicules et s'échangent un paquet. À les deux voitures prennent le départ en direction de Charleroi par l'autoroute A54. Ils y rejoignent un autre véhicule, une Polo. Les trois véhicules repartent ensemble pour Paris vers . Les images des vidéos de surveillance de deux stations-service où le convoi fait des haltes permettent de reconstituer partiellement la composition du groupe. Dans la Polo, on retrouve Bilal Hadfi, l'un des kamikazes du Stade de France et deux des assaillants du Bataclan, Samy Amimour et Ismaël Omar Mostefaï. Le quatrième occupant du véhicule n'est pas formellement identifié, mais il pourrait s'agir de Foued Mohamed-Aggad, le troisième terroriste du Bataclan. Dans la Clio, on retrouve Salah et Brahim Abdeslam accompagnés de Mohamed Abrini. Les trois véhicules arrivent à Paris en début de soirée. La Seat, qui est le véhicule de queue, y parvient à . Sur place, les terroristes se répartissent dans deux locations louées par les frères Abdeslam. Le commando du Bataclan loge dans deux studios de l’Appart’City d’Alfortville, loués le même jour par Salah Abdeslam, tandis que les équipes du Stade de France et des terrasses se rendent dans un pavillon de Bobigny, une étroite maison en meulière de deux étages, située à l'ombre de la cité de l'Abreuvoir où ils confectionnent leurs ceintures explosives à l'aide de rouleaux de Scotch retrouvés sur place.

13 novembre 2015 : la soirée et la nuit des attentats parisiens Coordination en Belgique Les attaques sont coordonnées depuis la ville de Bruxelles, sans doute par deux hommes connus sous les fausses identités de Samir Bouzid et Soufiane Kayal et contrôlés le 9 septembre 2015 à la frontière austro-hongroise en compagnie de Salah Abdeslam. Les coordinateurs communiquent avec le commando du Bataclan sur une ligne et avec Abdelhamid Abaaoud grâce à un autre numéro le soir du 13 novembre. Ces deux lignes sont géolocalisées au même endroit en Belgique.

Départ des commandos L'étude de la mémoire du téléphone Samsung jeté par les assaillants du Bataclan au moment de l'attaque et sur lequel ont été retrouvés des traces d'ADN de Mostefaï et Mohamed Aggad montre que l'appareil a été utilisé pour télécharger l'application de messagerie sécurisée Telegram vers puis qu'il a été utilisé pour faire des recherches sur le concert des Eagles of Death Metal au Bataclan ainsi que pour trouver des photos et plans détaillés de la salle.

La Clio quitte le pavillon de Bobigny vers et stationne au terminal 2C de l'aéroport de Roissy entre et . Les raisons de ce déplacement restent inexpliquées mais il s'agit selon l'enquête d'un acte prémédité puisque l'on retrouve par la suite dans la Clio un papier où est griffonné le nom de l'aéroport et des autres destinations des terroristes. Le véhicule retourne ensuite à Bobigny.