Frank-Walter Steinmeier (), né le à Detmold (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), est un homme d'État allemand. Membre du Parti social-démocrate (SPD), il est président de la République fédérale d'Allemagne depuis le .
Proche collaborateur de Gerhard Schröder, alors ministre-président de Basse-Saxe durant les années , il est directeur de la chancellerie fédérale entre et . Pendant ces six années, il concourt à la conception puis à la mise en œuvre des réformes prévues par l'Agenda 2010.
À la suite de la formation d'une grande coalition sous la conduite d'Angela Merkel en , il est nommé ministre fédéral des Affaires étrangères puis devient vice-chancelier deux ans plus tard tout en conservant son portefeuille ministériel. Candidat des sociaux-démocrates à la chancellerie lors des élections fédérales de 2009, il voit son parti essuyer une défaite historique face aux conservateurs. Il devient ensuite président de son groupe parlementaire au Bundestag.
Après avoir renoncé à diriger la campagne du SPD au profit de Peer Steinbrück pour les élections fédérales de 2013, il est de nouveau nommé ministre fédéral des Affaires étrangères dans le cadre d'une nouvelle grande coalition dirigée par Angela Merkel.
Il est choisi comme candidat de consensus pour l'élection présidentielle de 2017, après le retrait du président sortant Joachim Gauck. Bénéficiant de l'appui d'une large majorité à l'Assemblée fédérale, il remporte le scrutin dès le premier tour. Il est réélu en 2022.
Biographie Jeunesse et études
Né à Detmold et ayant grandi à Schieder-Schwalenberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Frank-Walter Steinmeier est le fils de Walter Steinmeier, ouvrier, et d'Ursula Steinmeier née Broy ; sa branche familiale paternelle est affiliée à l'Église de Lippe, l'une des rares congrégations religieuses calvinistes d'Allemagne tandis que sa mère, originaire de Breslau (Wrocław), est issue d'une famille de réfugiés d'obédience luthérienne expulsée de Silésie après la Seconde Guerre mondiale. Après avoir passé son Abitur en 1974 à Blomberg, il accomplit pendant deux ans son service militaire.
En 1976, il entre à l'université de Gießen pour y entamer des études supérieures de droit, auquel il ajoute les sciences politiques quatre ans plus tard. Il obtient son premier examen juridique d'État en 1982, puis décroche le second en 1986 « Stiftung Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland », Lebendiges Museum Online.. Il commence aussitôt à travailler comme associé de recherche au département de droit public de la , avant de se voir décerner un doctorat en 1991.
Mariage et descendance
En 1995, Frank-Walter Steinmeier épouse la juge administrative Elke Büdenbender, rencontrée durant ses études de droit à l'université de Gießen. De ce mariage naît une fille, prénommée Merit, en 1996. Au mois d', Steinmeier s'est provisoirement démis de ses fonctions politiques pour donner un rein à son épouse, gravement malade, afin de la sauverNicolas Barotte, « Frank-Walter Steinmeier, Sisyphe président », Le Figaro Magazine, semaine du 10 février 2017, page 24. ; ce geste a suscité la sympathie de l'opinion publique allemande.
Le couple vit à Zehlendorf, un quartier situé dans l'arrondissement de Steglitz-Zehlendorf, à Berlin.
Carrière politique Premières années Juste après avoir obtenu son doctorat, Frank-Walter Steinmeier est recruté comme conseiller pour le droit et la politique des médias de la chancellerie régionale de Basse-Saxe. Deux ans plus tard, en 1993, il est désigné chef du cabinet de Gerhard Schröder, à l'époque ministre-président du Land. avant d'être nommé, l'année suivante, à la direction du département d'orientation politique de coordinations et de planification gouvernementale pour une période de deux ans , Office de presse et d'information du gouvernement fédéral..
À l'issue de ce mandat, il est nommé secrétaire d'État et directeur de la chancellerie de Basse-Saxe ; il gagne la confiance de Schröder qui l'invite à le suivre après la victoire du SPD aux élections fédérales du .
Directeur de la chancellerie fédérale gauche|thumb|Gerhard Schröder en 2005. Désigné secrétaire d'État auprès de Gerhard Schröder, devenu chancelier fédéral au mois de , il remplace Bodo Hombach comme directeur de la chancellerie fédérale, sans obtenir toutefois le poste honorifique de ministre fédéral avec attributions spéciales contrairement à son prédécesseur qui cumulait ces deux fonctions.
Durant les six années de son mandat, il devient un proche confident politique du chancelier Schröder « Frank-Walter Steinmeier : sur les talons de la chancelière », Le Monde, ., étant même considéré comme son bras droit. Gestionnaire et pragmatique, il participe à l'élaboration et à la mise en œuvre de la réforme des retraites et du système de santé au mois de ; il contribue, surtout, à la préparation d'un grand programme de réformes d'inspiration social-libérales, connu sous le nom d'Agenda 2010 et destiné à réduire les déficits publics et accroître la compétitivité économique du pays. Dans cette optique, il siège au comité de pilotage pour la mise en œuvre de la réforme Hartz IV, qui assouplit les indemnités chômage.
En sa qualité de délégué pour le renseignement puis de directeur de la chancellerie, il se spécialise en politique étrangère et géopolitique. Il participe ainsi à la réunion de crise suivant les attentats du 11 septembre 2001 aux côtés du chancelier et des ministres fédéraux des Affaires étrangères, de l'Intérieur et de la Défense. Il préside également les réunions des secrétaires d'État et les réunions des secrétaires d'État chargés des questions européennes ; son arbitrage s'y est révélé plusieurs fois décisif.
Ministre des Affaires étrangères right|thumb|250px|Frank-Walter Steinmeier et Condoleezza Rice, à Washington D.C., en 2007. À la suite des élections fédérales anticipées du 18 septembre 2005, la CDU/CSU et le SPD, incapables de constituer une coalition avec leur allié traditionnel, décident de former une grande coalition sous la direction d'Angela Merkel, présidente de la CDU et candidate chrétienne-démocrate à la chancellerie. Celle-ci, finalement désignée chancelière, présente son gouvernement fédéral de coalition le suivant ; dans ce cabinet, Frank-Walter Steinmeier se voit confier le poste de ministre fédéral des Affaires étrangères. Premier social-démocrate nommé à ce poste depuis l'intérim d'Helmut Schmidt en 1982, il est le premier nommé à le détenir de façon permanente depuis Willy Brandt, en 1966. Cette nomination prestigieuse est vue comme une surprise, puisque cet inconnu du grand public est alors considéré comme proche de Gerhard Schröder, mais elle suscite toutefois des réactions positives, y compris du respecté Hans-Dietrich Genscher, titulaire du poste de 1974 à 1992. À la différence de nombre de ses prédécesseurs, il n'est toutefois pas nommé vice-chancelier.
En prenant ses fonctions, il doit se charger des prérogatives de la présidence du Conseil de l'Union européenne, que l'Allemagne doit assumer à partir du premier semestre de 2007. À ce titre, il est considéré comme l'un des architectes du traité de Lisbonne.
Le , à la faveur d'un remaniement ministériel provoqué par la démission de Franz Müntefering, il récupère la fonction de vice-chancelier, ce qui fait de lui le « numéro deux » du gouvernement fédéral et, surtout, l'interlocuteur principal de Merkel au sein du cabinet.
Dès sa nomination, Frank-Walter Steinmeier entretient de bonnes relations avec la chancelière Merkel, malgré des désaccords les opposant parfois en matière de politique étrangère mais si plusieurs questions sensibles, comme le programme nucléaire iranien ou la lutte contre le réchauffement climatique, suscitent leurs convergences.
S'agissant de la politique étrangère, il considère que les principaux alliés de l'Allemagne sont la France et les États-Unis ; en outre, il insiste beaucoup sur le rôle de l'OTAN. Néanmoins, Steinmeier fait également valoir ses sympathies pour la Russie, considérant qu'une ouverture à l'égard de ce pays vaudrait mieux qu'un isolement ; en cela, il explique être favorable à ce qu'il nomme une « Ostpolitik », une politique étrangère tournée vers l'est inspirée au début des années 1970 par le chancelier fédéral social-démocrate Willy Brandt. Cette prise de position lui a été reprochée, y compris au sein de son propre camp. Au mois de , il est le premier dignitaire étranger reçu par le nouveau président de la fédération de Russie, Dmitri Medvedev, successeur de Vladimir Poutine, devenu pour sa part président du gouvernement.
Candidat social-démocrate à la chancellerie
left|thumb|220px|Frank-Walter Steinmeier en campagne à Kiel, en .
Le , à un an des prochaines élections législatives, prévues en 2009, le président fédéral du Parti social-démocrate, Kurt Beck, annonce sa démission. Steinmeier prend sa succession à titre provisoire et devient le candidat du SPD à la chancellerie fédérale ; ce remaniement à la tête du parti est très largement ratifié par les délégués au congrès extraordinaire du parti qui l'approuvent avec 95 % des voix lors du vote du suivant « Steinmeier candidat SPD à la chancellerie allemande », Le Nouvel observateur, .
Lors de campagne, placé sous le slogan « Notre pays peut faire plus » « Merkel-Steinmeier, le duel d'un duo », Le Figaro, ., il promet, grâce à un programme baptisé « plan pour l'Allemagne », d'atteindre le plein emploi en 2020 en créant quatre millions d'emplois, dont deux millions dans l'industrie, un million dans la santé, cinq cent mille dans l'innovation et cinq cent mille dans d'autres secteurs tels les services. Il veut en outre encourager le développement des énergies renouvelables ou de la voiture électrique et promouvoir un plan pour les petites et moyennes entreprises en associant le gouvernement fédéral, l'industrie, les syndicats et les PME « Frank-Walter Steinmeier promet le plein emploi », RFI, ..
Il affiche également comme objectif que la moitié des jeunes obtiennent leur Abitur, et annonce son intention de faire adopter une loi sur l'égalité des sexes, afin que les femmes soient mieux représentées dans les conseils d'administration et aussi bien rémunérées que les hommes.
Si le candidat social-démocrate jouit personnellement d'une cote de popularité satisfaisante, son parti, à l'issue des élections du ne recueille que 23 % des suffrages derrière les Unions chrétiennes emmenées par la chancelière Angela Merkel, favorite pour être reconduite à la tête du gouvernement fédéral ; avec une chute de onze points par rapport aux précédentes élections, c'est le plus mauvais résultat recueilli par les sociaux-démocrates depuis l'instauration de la République fédérale en 1949. « C'est un jour amer pour la social-démocratie allemande, il n'y a aucun moyen de présenter favorablement ce résultat » reconnaît Steinmeier le soir-même du scrutin. Un mois plus tard, le suivant, Angela Merkel présente son deuxième gouvernement, formé avec les libéraux-démocrates, mettant un terme à la grande coalition rassemblant d'une part les conservateurs et d'autre part les sociaux-démocrates.
Chef de l'opposition parlementaire Malgré la cuisante défaite du parti qu'il a conduit, Frank-Walter Steinmeier, élu député dans la circonscription 61, située dans le Land de Brandebourg, avec 32,8 % des voix, est largement désigné, le , président du groupe SPD au Bundestag, par 126 députés sur 146, soit 86 % des voix. Il devient de facto le chef de l'opposition parlementaire à la coalition noire-jaune emmenée par Angela Merkel, partageant toutefois la tête de cette opposition avec le nouveau président fédéral du SPD, Sigmar Gabriel.