Le word embedding (aussi appelé en français plongement lexical ou plongement sémantique) est une méthode d'apprentissage d'une représentation de mots sous forme de vecteurs, utilisée notamment en traitement automatique des langues.

Cette technique permet de représenter chaque mot d'un dictionnaire par un vecteur de nombres réels, autrement dit une liste de nombres. Les vecteurs des mots ont tous la même dimension et encodent le sens des mots d'un point de vue de similarité d'utilisation. Plus des mots peuvent être utilisées dans le même contexte (l'un à la place de l'autre dans une phrase) et plus leurs vecteurs sont proches. Par exemple, on pourrait s'attendre à ce que les mots « chien » et « chat » soient représentés par des vecteurs relativement proches. Cette technique est basée sur l'hypothèse (dite « de Harris » ou distributional hypothesisarticle distributional hypothesis sur le wiki de ACL, la principale société savante en traitement automatique des languesHarris, Z. (1954). Distributional structure. Word, 10(23): 146-162.) qui veut que les mots apparaissant dans des contextes similaires ont des significations apparentées. La similarité entre des vecteurs peut être définie comme la distance dans l'espace vectoriel où sont définis ces vecteurs ou comme l'angle entre ces vecteurs.

La technique des word embeddings diminue la dimension (la taille) de la représentation des mots en comparaison d'un modèle vectoriel par exemple, facilitant ainsi les tâches d'apprentissage impliquant ces mots, puisque moins soumis au fléau de la dimension.

Introduction Pour utiliser les données en apprentissage machine, il est nécessaire de leur trouver une représentation mathématique, typiquement des vecteurs. Certaines données s'y prêtent directement, comme les images, qui engendrent des vecteurs riches en information, encodant toutes les nuances et les couleurs qui les composent. Les mots, quant à eux, sont des éléments d'information isolés, et certaines représentations rudimentaires se limitent à un simple identifiant par mot. Par exemple le mot « chat » sera encodé par un seul identifiant arbitraire, disons X87. C'est une représentation discrète, relativement pauvre, qui ne permet notamment pas de comparer deux mots entre eux. Les plongements lexicaux, eux, représentent un mot par un vecteur. Par exemple, un chat sera représenté par le vecteur [0,43 0,88 0,98 1,3]. Si l'on encode tous les mots d'un dictionnaire ainsi, il devient alors possible de comparer les vecteurs des mots entre eux, par exemple en mesurant l'angle entre les vecteurs. Une bonne représentation de mots permettra alors de trouver que le mot « chien » est plus près du mot « chat » qu'il ne l'est du mot « gratte-ciel ». Qui plus est, ces représentations permettent d'espérer que, dans l'espace vectoriel où le plongement est fait, on aura l'équation roi - homme + femme = reine ou encore l'équation Paris - France + Pologne = Varsovie.

Les word embeddings sont également très utiles pour mitiger le fléau de la dimension, un problème récurrent en intelligence artificielle. Sans les plongements de mots, les identifiants uniques représentant les mots engendrent des données éparses, des points isolés dans un espace vaste et presque vide. Avec les plongements de mots, en revanche, l'espace devient beaucoup plus restreint et il est plus facile pour un ordinateur d'y établir des regroupements, d'y découvrir des régularités, en apprentissage machine.

Historique et contexte De façon générale, la technique des word embeddings est possible grâce à l'hypothèse distributionnelle (), établie dans le domaine de la . L’idée est que des mots de sens proches auront tendance à apparaître dans des voisinages de mots similaires. Comme l'a écrit John Rupert Firth en 1957, « Vous connaîtrez un mot par ses fréquentations. ». En utilisant le voisinage d'un mot pour représenter ce dernier, on crée ainsi une représentation qui peut encoder sa sémantique (son sens). En d'autres termes, le contexte suffit pour représenter un mot, ce qui est fort différent de la linguistique traditionnelle chomskienne.

D'un point de vue historique, l’encodage des mots selon certaines caractéristiques de leur sens a commencé dans les années 1950 et 1960. En particulier, le modèle vectoriel en recherche d’information permet de représenter un document complet par un objet mathématique qui vise à rendre compte de son sens. Avec ces représentations de documents, on peut notamment concevoir un moteur de recherche plein texte, qui compare la représentation d’une requête utilisateur avec les représentations de multiples documents. La représentation la plus proche de celle de la requête correspond alors au document le plus pertinent.

On distingue deux approches pour encoder le contexte (le voisinage) d'un mot. Les approches à base de fréquences dénombrent les mots cooccurrents avec un mot donné, puis distillent cette information pour créer des vecteurs denses et de petite dimension. Un exemple est l'analyse sémantique latente. Les plongements lexicaux constituent une seconde approche, prédictive celle-là, par laquelle on cherche à prédire un mot donné à l'aide de son contexte ou vice-versa. . Une implémentation populaire du calcul des plongements de mots est fournie par le chercheur Tomas Mikolov dans son programme word2vec, dont la description date de 2013.

Principe des word embeddings dans word2vec

Principe général L'idée générale est de projeter un ensemble de mots d'un vocabulaire de taille dans un espace vectoriel continu où les vecteurs de ces mots ont une taille relativement petite. De plus, on veut trouver une représentation vectorielle de chaque mot de de façon que les mots aux représentations voisines apparaissent dans des contextes similaires.

L'approche de Mikolov s'appuie sur des réseaux de neurones artificiels pour construire ces vecteurs. Ces modèles sont entraînés sur des corpus très volumineux. Le principe de base est qu'on tente de prédire un mot à partir de son contexte ou vice-versa. Un sous-produit de cet apprentissage constitue les plongements lexicaux. Il existe deux variantes de l'algorithme word2vec. Le modèle continuous bag-of-words (sac de mots continu) cherche à prédire un mot à partir de ses mots voisins, par exemple prédire attrape dans l'extrait le chat ____ la souris. Le modèle skip-gram cherche à prédire les mots du contexte à partir d'un mot central, par exemple prédire les quatre mots le, chat, la et souris à partir de attrape. centré|vignette|440x440px|Modèle CBOW. Illustration adaptée de l'article de Mikolov. centré|vignette|440x440px|Modèle skip-gram. Illustration adaptée de l'article de Mikolov. Dans les deux cas, on définit un réseau de neurones artificiels qui a une couche d'entrée , et une couche de sortie . Ces vecteurs sont binaires et de taille . Une couche cachée à dimensions est intercalée entre les deux. est un hyperparamètre d'apprentissage. L'entraînement du réseau produit une matrice de taille , connectée à gauche aux entrées et à droite à la couche cachée. Au terme de l'apprentissage, la matrice contient les plongements de tous les mots du vocabulaire.

Les vecteurs et sont construits avec un encodage one-hot : ils possèdent un dans leur ième dimension et des zéros partout ailleurs. La dimension i non nulle correspond au mot i du vocabulaire. À la suite de la multiplication matricielle, la ième ligne de encode donc le plongement du ième mot. La propagation consiste à mettre à jour les différentes couches du réseau. La couche cachée est une application linéaire des entrées et de la couche . La couche de sortie est calculée grâce à la fonction softmax. La rétro-propagation utilise une fonction de perte , qui spécifie un score suivant la sortie en sachant l'entrée .

Le modèle skip-gram (SG) vignette|356x356px|réseau de neurones skip-gram|centré

Le modèle skip-gram apprend en considérant un mot tiré d'une phrase donnée. Autrement dit pour entraîner le réseau de neurones nous considérons une phrase , on en extrait un mot qui sera notre entrée du réseau . Le reste de la phrase sera notre sortie .

La couche cachée est dans ce cas la somme pondérée de l'entrée par , seuls les éléments non nuls de apportent de l'information, on peut donc montrer que: .

La couche de sortie peut être calculée sur la même idée, on a donc que l'entrée à la -ième valeur du -ième mot est:

Nous pouvons donc appliquer la fonction fonction softmax. qui nous donne

La fonction de perte est définie comme étant .

The Continuous Bag-of-Words (CBOW) vignette|356x356px|réseau de neurones Continuous Bag-of-words|centré Le modèle Continuous Bag-of-words est l'image inverse du skip-gram modèle. À partir d'un contexte il apprend à reconnaître un mot , l'ensemble est une phrase du langage.

Comme dans le modèle Skip-gram la couche cachée est la somme pondérée de l'entrée par , on peut donc montrer que: .

La couche de sortie peut être calculée sur la même idée, on a donc que l'entrée à la -ième valeur du mot est:

Nous pouvons donc appliquer la fonction fonction softmax qui nous donne

La fonction de perte est définie comme étant .

Applications Le plongement lexical a ouvert de nouvelles perspectives grâce à la réduction de dimensionnalité qu'il autorise. Un certain nombre d'applications ont ainsi pu voir le jour ou connaître une amélioration importante.

Traduction

Apport des word embedings Les premiers outils de traduction se basent sur des :corpus parallèles afin d'apprendre les traductions mot à mot. Cette méthode étant très limitée (par exemple small peut être traduit par petit, petite, petites ou petits en fonction du contexte, ce qui n'est pas étudié dans le cas présent), la méthode a évolué en étudiant les bigrammes ou trigrammes afin de replacer chaque mot dans son contexte. La traduction est ainsi largement améliorée mais reste approximative car il n'y a aucune analyse sémantique des phrases.

L'analyse sémantique est difficilement réalisable à partir des mots seuls. La traduction étant l'étude sémantique des similarités entre deux langages, cela rajoute encore une difficulté. Le plongement lexical permet une traduction automatique à partir des similarités sémantiques entre les langages.

Méthode La traduction avec le plongement lexical se fait en plusieurs temps : word embedding sur chacun des deux langages (apprentissage de la sémantique de chaque langage) word embedding bilingue (apprentissage des similarités inter-langages)

Le plongement lexical bilingue nécessite deux étapes : l'initialisation l’entraînement.

Lors de l'initialisation, le coefficient d'alignement de chaque mot d'un langage avec les mots de l'autre langage est calculé, c'est-à-dire le nombre de fois où chaque mot x est aligné avec chaque mot y (et donc apparaît au même endroit dans les deux textes) par rapport au nombre de fois où le mot x apparaît dans toutes les sources.

On crée ainsi une matrice d'alignement où chaque correspond au coefficient d'alignement du ième mot du premier langage avec le jème mot du deuxième langage.

Enfin, pour l’entraînement, on calcule un vecteur objectif qui se base sur la matrice d'alignement précédemment calculée et sur les apprentissages de chaque langage. Ce vecteur servira de vecteur objectif lors de l’entraînement du plongement lexical bilingue.

Analyse de sentiments

Apport du plongement lexical Avec l'arrivée des réseaux sociaux, l'analyse automatique de sentiments (opinion mining) est devenue un domaine de recherche très étudié, le but étant de déduire si une phrase est plutôt positive, négative ou neutre. Cette analyse est notamment utilisée dans l'analyse de tweets.

Avant l'arrivée du plongement lexical, l'analyse automatique de sentiments se basait sur une base d'apprentissage annotée entièrement à la main.

Le plongement lexical apporte donc une véritable aide pour l'analyse de sentiments car il permet d'éviter une partie importante de travail manuel.

Méthode