Chelicorophium curvispinum (« Caspian mud shrimp » pour les anglophones) est une espèce de crustacés amphipodes décrite en 1895. Il fait partie de la microfaune et des macroinvertébrés dits benthiques (microzoobenthos) vivant sur le fond et les substrats durs.
C'est une espèce envahissante dont l'aire de répartition est en rapide extension depuis la seconde moitié du .
Risques de confusion Chelicorophium curvispinum coexiste souvent avec une autre espèce (Chelicorophium sowinskyi) qui lui ressemble beaucoupJazdzewski, K., and A. Konopacka. (1988) Notes on the Gammaridean Amphipoda of the Dniester River basin and eastern Carpathians. Proceedings of the 6th International Colloquium on Amphipod Crustaceans, Ambleteuse, France, 28 June-3 July 1985: Studies on Amphipoda. Crustaceana: Supplement 13: 72-89Pirogov, V.V., (1991). The new elements in benthic fauna of the reservoirs of the Volga-Kama Cascade. Hydrobiological Journal 27(1): 53-58, et elles peuvent être introduites dans de nouveaux milieux ensemble ; ces deux espèces peuvent être facilement confondues.
Origines biogéographiques Chelicorophium curvispinum est originaire du bassin ponto-caspien.
Il est présent dans la mer Noire et dans les cours d'eau adjacents ; il pourrait avoir colonisé les bassins adjacents de la mer d'Azov - mer Noire quand ces bassins ont été connectés durant la préhistoire (Mordukhai-Boltovskoi 1964). Hors de cette aire, ses populations actuelles proviennent des grands bassins fluviaux qui se déversent dans les mers Noire et Caspienne, dont la Volga, le Dniepr, le Dniestr et le Danubede Kluijver, M.J., and S.S. Ingalsuo. (1999), Macrobenthos of the North Sea- Crustacea. Corophium curvispinum, consulté 20 juin 2012.bij de Vaate, A., K. Jazdzewski, H. A. M. Ketelaars, S. Gollasch, and G. van der Velde. (2002) Geographical patterns in range extension of Ponto-Caspian macroinvertebrate species in Europe. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences 59: 1159-1174..
Habitats, aire de répartition, invasivité Cet organisme est natif de la mer Caspienne.
Très adaptable, à la suite d'introductions probablement accidentelles, il colonise depuis quelques décennies des milieux très variés ; eaux marines, saumâtres et doucesde Kluijver, M.J. & S.S. Ingalsuo. (1999) Macrobenthos of the North Sea- Crustacea. Corophium curvispinum ; consulté 20 juin 2012.) loin de son aire naturelle de répartition.
On le détecte dans plusieurs parties (hongroises) du Danube dès la première partie du selon Žganec (2009) citant Dudich 1927, 1947; Muskó 1994Žganec, K., Gottstein, S., & Hudina, S. (2009). Ponto-Caspian amphipods in Croatian large rivers. Aquatic Invasions, 4(2), 327-335. et on le trouvait en 2007 dans les cours d'eau débouchant sur le sud de la mer BaltiqueHerkül K. & Kotta, J. (2007), New records of the amphipods Chelicorophium curvispinum, Gammarus tigrinus, G. duebeni, and G. lacustris in the Estonian coastal sea. Proc. Estonian Acad. Sci. Biol. Ecol., 56, 290-296 et jusqu'en Estonie (depuis 2007)Herkül, K., & Kotta, J. (2007). New records of the amphipods Chelicorophium curvispinum, Gammarus tigrinus, G. duebeni, and G. lacustris in the Estonian coastal sea. Proc. Estonian Acad. Sci. Biol. Ecol, 56(4), 290œ296. (où il s'est manifesté avec des invasions littorales dans les années 2000, apparaissant avec d'autres espèces invasives dont les crustacés Gammarus tigrinus, Pontogammarus robustoides et Paramysis intermedia sont les nouveaux arrivants les plus récents dans la mer côtière estonienneHerkül, K., Kotta, J., Püss, T., & Kotta, I. (2009). Crustacean invasions in the Estonian coastal sea. Estonian journal of ecology, 58(4), 313-323..). De même le trouve-t-on maintenant en mer du Nord et dans les cours d'eau qui y débouchent et jusqu'en Irlande (2004)Lucy, F., Minchin, D., Holmes, J. M. C., & Sullivan, M. (2004). First records of the Ponto-Caspian amphipod Chelicorophium curvispinum (Sars, 1895) in Ireland. The Irish Naturalists' Journal, 461-464. et dans le nord de la BaltiqueMalyavin, S. A., Berezina, N. A., & Hwang, J. S. (2008). A finding of Chelicorophium curvispinum (Amphipoda, Crustacea) in the Gulf of Finland (the Baltic Sea). Zoologicheskii zhurnal, 87(6), 643-649..
On l'a trouvé dans la Moselle vivant en communauté avec deux espèces de bivalves invasifs : la moule zébrée et une espèce de corbiculeBachmann, V., Usseglio-Polatera, P., Cegielka, E., Wagner, P., Poinsaint, J. F., & Moreteau, J. C. (1997). Premières observations sur la coexistence de Dreissena polymorpha, Corophium curvispinum et Corbicula spp. dans la rivière Moselle. Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (344-345), 373-384.. Notamment transporté par les eaux de ballastPygott JR, Douglas (1989), Current distribution of Corophium curvispinum Sars var. devium Wundsch (Crustacea, Amphipoda) in Britain with notes on its ecology in the Shropshire Union Canal. Naturalist, 114, 15-17 (dont probablement jusqu'au Royaume-UniHarris, R. 1991. Amphipod also invades Britain. Nature 354: 194), il semble rapidement étendre son aire de répartition, dont en France (à partir du Nord-est dans la Moselle française où une étude l'a repéré jusqu' à Gondreville au moins (en 1997) (ce qui correspond à supplémentaires colonisés par rapport aux données précédentes, peut être en lien avec d'autres espèces dont Corbicula qui dans la même étude était retrouvé (pour deux formes ou espèces différentes) jusqu'à Dieulouard (à de l'embouchure sur le Rhin)Bachmann V, Cegielka E, Wagner P, Usseglio-Polatera P, Moreteau J.C (1995), Installation de l'amphipode Corophium curvispinum et de la palourde asiatique Corbicula sp. dans le cours français de la Moselle. Hydroécol. Appt., 7 (1-2). En 1998, on le trouvait dans les canaux de Picardie, le Rhin canalisé et le réseau de canaux connexes a servi d'autoroute à de nombreuses espèces invasives dont celle-ciLeuven, R. S., van der Velde, G., Baijens, I., Snijders, J., van der Zwart, C., Lenders, H. R., & bij de Vaate, A. (2009). The river Rhine: a global highway for dispersal of aquatic invasive species. Biological invasions, 11(9), 1989-2008..
En Europe, d'abord signalé dans la Meuse, il a ensuite été découvert dans le Rhin en 1987 où deux ans plus tard il constituait localement l'essentiel de la faune benthiqueDen Hartog C & al (1992). Why was the invasion of the River Rhine by Corophium curvispinum and Corbicula species so successful ? J. Nat. Hist, 26, 1121-1129Paffen B & al (1994), The population explosion of the amphipod Corophium curvispinum in the Dutch Lower Rhine. Wafer Sci. Techno!., 29 (3), 53-55 et semblait selon Van der Velde en 1994 van der Velde, G., B.G.P. Paffen, and F.W.B van den Brink. 1994. Decline of zebra mussel populations in the Rhine-Competition between two mass invaders (Dreissena polymorpha and Corophium curvispinum). Naturwissenschaften 81: 32-34. entrer en compétition avec la moule zébrée (qui a très fortement régressé après l'arrivée de C. curvispinum en aval du Rhin : division par du nombre de moules par mètre carré de substrat dur de 1986 à 1992 alors que dans le même temps les populations de Corophiums étaient multipliées passant de 3 à par mètre carré Voir fig 4.11 page 101, intitulé "Explosion de la population de Chelicorophium curispinum dans le Rhin aval et décroissance de la moule zébrée", in Jean-Nicolas Beisel & Christian Lévêque (2010) Introductions d'espèces dans les milieux aquatiques ; éditions Quae, 2010 - 232 pages). Après 1988 des populations très denses ont été observées (atteignant plusieurs milliers d'individus par mètre carré à l'embouchure de la Moselle)Schöll, F. (1990) Zur Bestandssituation von Corophium curvispinum Sars im Rheingebiet. Lauterbornia 5: 67-70.. Il a été trouvé dans la Moselle en 1994.
Lors d'une expérimentation dans le Rhin (après que l'espèce ait commencé à y pulluler, probablement via les canaux, voies navigablesSouben, J., Loiseau, J., & Roger, M. C. (2014). Dynamique de colonisation des voies navigables du bassin de la Seine par Chelicorophium curvispinum (Crustacea: Amphipoda). Hydroécologie Appliquée, 18, 1-14. et le transport par péniche), cet animal (tout comme une autre invasive : D. villosus) s'est montrée capable de rapidement coloniser des pierres nues en suspension dans le courant, à partir de la pleine eau. Même si la diversité en invertébrés augmentait après un ou deux mois, ces deux espèces continuaient à prédominer avec 70–95 % du nombre total de macroinvertébrés présents sur ces pierresVan Riel, M. C., & Van der Velde, G. (2006). To conquer and persist: colonization and population development of the Ponto-Caspian amphipods Dikerogammarus villosus and Chelicorophium curvispinum on bare stone substrate in the main channel of the River Rhine. Archiv für Hydrobiologie, 166(1), 23-39 (résumé)..
Il a rapidement colonisé les littoraux de la mer Baltique d'une manière encore mal comprise, selon Herkül (2009).
Il est momentanément vulnérable aux baisses de niveau d'eau (dans les lacs en période de sécheresse par exemple) mais ses populations se montrent parmi les plus résilientes. Ce phénomène a été étudié de ce point de vue parmi d'autres effets de la canicule de 2003 par Musko & al. (2007) dans le lac BalatonMusko, I. B., Balogh, C., Tóth, Á. P., Varga, É., & Lakatos, G. (2007). Differential response of invasive malacostracan species to lake level fluctuations. Hydrobiologia, 590(1), 65-74 récemment colonisé par 4 espèces invasives (C. curvispinum, Dikerogammarus haemobaphes, Dikerogammarus villosus, la crevette d'eau douce Mysidae Limnomysis benedeni et l'isopode Jaera istri devenus dominants parmi les macroinvertébrés de ce lac). Durant la période de reconstitution (2 ans) des populations après la baisse de niveau due à la canicule, Dikerogammarus a été moins présent que C. curvispinum.
Description Taille : petit amphipode de 2,5 à , mais dépassant rarement de long et même 2,4 à (et moins de pour les subadultes) dans les populations hivernantesvan den Brink, F.W.B., G. van der Velde, and A. bij de Vaate. 1993. Ecological aspects, explosive range extension and impact of a mass invader, Corophium curvispinum Sars 1895 (Crustacea: Amphipoda), in the lower Rhine (The Netherlands). Oecologia 93(2): 224-232.Rajagopal, S., G. van der Velde, B. Paffen, and A. bij de Vaate. 1998 Growth and production of Corophium curvispinum GO Sars, 1895 (Amphipoda), an invader in the lower Rhine. pp. 457-472..
Carapace : de section plutôt cylindrique et comprimée dorso-ventralement, elle est translucide et de couleur gris-jaunâtre avec des segments urosomaux non fusionnés (avec des épines sur les uropodes 1 et 2) et un petit rostre triangulaireFiche Chelicorophium curvispinum, consulté 2015-12-12.
Antennes : il dispose de deux paires d'antennes : la première paire est fine alors que la seconde est proportionnellement très longue et épaisse, ce qui fait qu'il . Le premier segment de la première antenne a 3 ou 4 épines le long de la marge ventrale et 2 ou 3 épines sur le bord interne ; Les antennes sont ciliées de manière clairsemée (aspect poilu). Les deuxièmes antennes sont modérément ciliées, avec de longs poils ; une caractéristique distinctive de cette espèce est que le quatrième segment de ces antennes porte un grand éperon courbe et un ou deux petits éperons sur leur pointe ventrolatérale. Le cinquième segment porte en outre une structure triangulaire sur sa surface ventrale.
Dimorphisme sexuel : femelles et mâles se différencient par la présence d'épines et d'éperons sur la surface intérieure de la deuxième antenne.
Cette espèce a une "palme" uniformément convexe sur l'appendice le plus antérieur (gnathopode 1), tandis que des indentations sont présentes le long de la marge intérieure du dernier segment (dactyle) du deuxième gnathopodeLincoln, R.J. (1979) British Marine Amphipoda : Gammaridea. British Museum of Natural History, Londres
Animal tubicole