vignette|Quartier des Granges d'Échirolles.

Kévin Noubissi est un étudiant en master de 21 ans, l'un des deux jeunes du quartier des Granges à Échirolles tués au couteau lors d'une expédition punitive, le , par une vingtaine d'agresseurs, avec son ami Sofiane Tadbirt, éducateur de 22 ans.

L'extrême violence du meurtre, pour des motifs futiles, a entraîné une forte médiatisation et une émotion à l'échelle nationale. Trois ans après les faits, dix jeunes hommes sont reconnus coupables du meurtre et condamnés à des peines allant de 8 à de prison.

Contexte vignette|gauche|Les deux quartiers impliqués. Les faits commencent par une altercation entre deux adolescents, Wilfried, qui vient des Granges à Échirolles, et Abou Cissé, qui vient de la Villeneuve à Grenoble, deux quartiers prioritaires voisins. À proximité du lycée Marie-Curie, les deux garçons, en conflit pour une « histoire de fille », échangent des « mauvais regards », insultes et coups, vers . Deux amis de Wilfried le rejoignent pour le soutenir et effrayer AbouÉchirolles : le procès de l'extrême violence sur Le Point, le 2 novembre 2015.

Une heure plus tard, Abou et son ami Sid-Ahmed se battent de nouveau avec le groupe des Granges, à l'arrêt de tramway Marie-Curie. Mohamed El Amine, grand frère de Sid-Ahmed, intervient et disperse Wilfried et ses amis avec du gaz lacrymogèneRixe d'Echirolles : le périlleux procès du lynchage de Kevin et Sofiane sur ladepeche.fr, le 2 novembre 2015.

Vers , le grand frère de Wilfried, qui n'est autre que Kévin Noubissi, rencontre le groupe rival aux Granges avec des amis, dont Sofiane Tadbirt. Kévin en vient aux mains avec Mohamed El Amine et le gifle en demandant des excuses. Le groupe de la Villeneuve se replie en promettant vengeance, avant de préparer l'expédition punitive sur la place des Géants en réunissant de nombreuses armes.

Massacre vignette|Tramway vers l'arrêt Les Granges, utilisé par plusieurs agresseurs.

Vers , le , Kévin, Sofiane et deux autres amis reviennent d'un McDonald's, où ils sont allés dîner. Pendant ce temps, une vingtaine de jeunes de la Villeneuve, dont certains fortement alcoolisés, convergent vers le parc Maurice-Thorez, où ils attendent les quatre amis. Alors que ces derniers ne portent aucune arme, ils sont pris en embuscade par leurs rivaux, qui sont équipés de tessons de bouteille, d'un pistolet à grenaille, de bâtons, de pelles, de marteaux et de couteaux, ainsi que d'un chien d'attaque. Deux embusqués parviennent à s'échapper, mais pas Sofiane et Kévin, qui sont acculés par leurs assaillants.

Les deux amis sont violemment tabassés à soixante mètres l'un de l'autre avec, selon les témoins, une dizaine d'individus massés autour de chacun d'eux. Défiguré par deux tirs de grenailles, Kévin tente de s'enfuir mais est rattrapé par cinq à sept agresseurs. Il reçoit huit coups de couteau portés par différentes lames, dont un fatal au poumon, donné avec un long couteau de boucher. Parmi les assaillants, plusieurs réclament qu'on lui Cour de cassation, criminelle, Chambre criminelle, 24 mars 2015, 15-80.024, Inédit sur legifrance.gouv.fr.

Quant à Sofiane, il est jeté à terre et frappé avec un bâton, probablement le manche d'un fusil. Il reçoit des coups de bouteille et de marteau au visage alors qu'il tente de s'échapper. Il est lacéré de de couteau provenant de deux lames différentes. Il reçoit notamment neuf coups dans le dos, six au thorax et à l'abdomen ainsi que deux dans le crâne. Un des accusés sera reconnu coupable de lui avoir roulé sur la tête avec un scooter, en plus de sauter sur le corps de Kévin en riant. Sofiane décède le lendemain à l'hôpital, après une longue agonie. selon la Cour de cassation, y compris les parties génitales de l'un d'euxCour de cassation, Chambre criminelle, 24 mai 2018, 17-82.858.

Procès vignette|Palais de justice de Grenoble.

Entre et , treize jeunes hommes sont interpellés et mis en examen pour « assassinat ». Ils sont douze à être jugés pour homicide à partir du devant la cour d'assises des mineurs de l'Isère, deux d'entre eux ayant eu moins de 18 ans au moment des faits.. Durant les longues semaines d'audiences, les jurés ont rencontré de grandes difficultés pour individualiser les peines, la loi du quartier selon laquelle « on ne balance pas » ayant prévalu. Des menaces entre accusés et envers les témoins ont été évoquées.

Dix des douze accusés sont condamnés pour homicide volontaire, la cour ayant appliqué la jurisprudence de la co-action selon laquelle chaque participant au lynchage a contribué à la mort des victimes, en les affaiblissant par leurs coups, en les empêchant de fuir ou de recevoir de l'aide. De même, aucun des accusés ne pouvait ignorer la nature mortelle des coups portés ().

vignette|Galerie de l'Arlequin dans le parc Jean-Verlhac de la Villeneuve de Grenoble, d'où sont originaires plusieurs accusés.

Les peines de prison vont de 8 à 20 ansRixe d'Échirolles. Condamné à 20 ans de prison, Ilyes Tafer se désiste de son appel sur Le Parisien, le 13 décembre 2015Rixe d'Echirolles: dix accusés condamnés à des peines de 8 à 20 ans, deux acquittés sur france3-regions.francetvinfo.fr : Ilyès T., condamné à de réclusion, reconnu coupable des coups de couteau. Il nie les faits malgré plusieurs témoignages. Il avait été libéré de prison 13 jours avant la rixe, ayant déjà été condamné pour avoir poignardé le vigile d'un supermarché d'Échirolles lors d'un vol à l'étalage. À l'instar de sa mère, il souffre de troubles psychiatriquesProcès de la rixe d'Echirolles: Ilyès Tafer, "l'accusé impulsif" sur france3-regions.francetvinfo.fr, le 10 novembre 2015. En raison de plusieurs infractions au cours de sa détention, notamment agressions sur le personnel et tentative d'évasion, sa possible libération conditionnelle est repoussée à 2035 en Prison de Mont-de-Marsan : l'agresseur avait été condamné à 20 ans dans la rixe d'Echirolles sur france3-regions.francetvinfo.fr, le 16 janvier 2018. Youssef C. , identifié par plusieurs témoins et confondu par de l'ADN des deux victimes retrouvé sur ses chaussures. Il est condamné à de prison, reconnu coupable d'avoir enfoncé le crâne de Sofiane avec son scooter. Il nie les faits et est le seul à faire appel du verdict. Sa peine est alourdie à de prisonProcès d'Echirolles: Peine alourdie pour l'un des meurtriers présumés de Kevin et Sofiane sur 20minutes.fr, le 7 avril 2017. Son avocat, ardent critique de la jurisprudence dite de coaction, y voyant une négation du principe de la responsabilité pénale individuelle, forme un pourvoi en cassation, qui est rejeté en 2018. Le 28 août 2026, Youssef C. est abattu d’une balle dans la tête à Décines, dans le quartier de SullyMort d’une balle dans la tête à Décines : la victime avait été condamnée pour un double meurtre sur Le Progrès, le 7 septembre 2026. Naderhaman D., accusé par Ibrahim C. d'être l'auteur des coups de marteau sur le crâne de Sofiane. Il nie et est condamné à de prisonProcès d'Échirolles: l'acquittement plaidé pour une majorité d'accusés sur Le Point, le 9 décembre 2015. Ulas C. nie sa participation, mais est confondu par son ADN retrouvé sur une casquette abandonnée sur les lieux du crime et plusieurs témoins. Il est accusé d'avoir frappé Sofiane avec un bâton et condamné à de prison. X. C., mineur au moment des faits et petit-frère d'Ulas, reconnaît être le porteur du pistolet à grenaille, condamné à de prison. Z. L., mineur au moment des faits, accusé d'avoir porté des coups de marteau. Il nie et est condamné à de prison. Eraba D. reconnaît sa participation, il était équipé d'un pistolet d'alarmeProcès de la rixe mortelle d'Echirolles à Grenoble, l'examen des personnalités se poursuit sur francetvinfo.fr, le 6 novembre 2015, il est condamné à de prison. Antonin C. reconnaît avoir frappé Sofiane à la tête avec une bouteille, condamné à de prison. Constant M. W. conteste sa présence sur les lieux mais est accusé par Ibrahim Camara d'avoir porté des coups de couteau à Sofiane, condamné à de prison. Mohamed El Amine E. D., militaire du 93 RAM, à l'origine de la rixe, admet avoir donné des coups. Il est l'un des deux seuls à avoir collaboré avec la justice et est condamné à de prison. Ibrahim C. , frère de Youssef, est le principal recruteur de la bande, et un accusé affirme l'avoir vu s'équiper d'une longue lame. Il est l'un des deux seuls à avoir collaboré avec la justice et dénoncé ses co-accusés, il est acquitté. C'est seulement après le procès qu'il sera accusé par des condamnés d'avoir porté des coups de couteau. Bérat K. finit par admettre sa présence sur les lieux après l'avoir niée. Il aurait été accompagné du propriétaire du chien, qui ne sera jamais identifié. Il est accusé d'un unique coup de poing et est finalement acquitté pour charges insuffisantes, conformément aux souhaits des parties civilesMeurtres d'Echirolles: 10 à 20 ans de prison pour les accusés, deux acquittés sur L'Express, le 12 décembre 2015.

Les familles des victimes se déclarent déçues par le procès, notamment le père de Sofiane, Mohamed, pour qui . Selon lui, une douzaine de meurtriers n'ont jamais été identifiés dans cette affaire. Selon les parties civiles, les accusés n'ont exprimé aucun regret sincère lors des audiences, et l'un d'eux a même lancé vers les familles des victimes Drame d'Echirolles : des réquisitions qui ne satisfont personne sur Le Parisien, le 8 décembre 2015. Un avocat des parties civiles affirme qu'Kevin et Sofiane : le verdict en demi-teinte d’un procès complexe sur placegrenet.fr. Malgré la douleur de des accusés, la mère de Kévin, Aurélie Monkam-Noubissi, croit à une rédemption, à un salut.

Hommage Le président de la République François Hollande vient rencontrer les familles des victimes à Échirolles. Une marche blanche rassemblant plus de vêtues de blanc se déroule dans les rues d'Échirolles les jours suivantsfrance3-regions.francetvinfo.fr du 26 mars 2014, Portrait d'Aurélie Monkam-Noubissi, mère courage.la-croix.com du 29 mars 2013, Aurélie Monkam-Noubissi, la force d’une mère.. Malgré le drame, la mère de Kévin, Aurélie Monkam-Noubissi, continue d'exercer son métier de pédiatre et décide d'écrire un livre sur l'affaireAurélie Monkam Noubissi.. Son action lui donne le surnom de mère courage. La jalousie a été évoquée par cette dernière comme motif du déchaînement de violence, les deux victimes représentant des jeunes de cité ayant réussi. Kévin avait obtenu une licence professionnelle et devait intégrer un master en administration des entreprises. Sofiane était éducateur et auxiliaire de vie, employé par la métropole de Grenoble. À l'inverse, la plupart de leurs agresseurs sont déscolarisés, sans emploi et inscrits au fichier de traitement d'antécédents judiciaires. De plus, le chercheur Sebastian Roché note qu'Trois ans après le drame d’Echirolles, l’incompréhension demeure sur La Croix, le 2 novembre 2015La Villeneuve : les plaies d’un quartier sur L'Humanité, le 9 octobre 2012.

En 2014, le chanteur Calogero, également originaire d'Échirolles, leur dédie la chanson Un jour au mauvais endroitCalogero, son hommage à Kevin et Sofiane tués à Grenoble sur lyoncapitale.fr, le 18 aout 2014.

Six ans après les faits, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb lors d'un déplacement à Grenoble, vient se recueillir sur la stèle du souvenir de Kévin et Sofiane dans le parc Maurice-Thorez.

Notes et références

Noubissi, Kevin Tadbirt, Sofiane Catégorie:Victime d'un lynchage Catégorie:Mort poignardé Catégorie:Homicide en France Catégorie:Histoire de Grenoble Catégorie:Échirolles Catégorie:Septembre 2012 en France