Louvrage du Mont-Agel, appelé aussi fort du Mont-Agel ou forteresse du Mont-Agel pour la partie la plus ancienne, est une fortification faisant partie de la ligne Maginot, située sur la commune de Peille dans le département des Alpes-Maritimes. Il est perché sur le mont Agel, surplombant Monte-Carlo et le littoral.

Il s'agit d'un gros ouvrage, dont la majorité des infrastructures sont souterraines, avec huit petits blocs émergeant en surface ; son armement consiste essentiellement en deux tourelles d'artillerie. Il a été construit à côté de l'ancien fort du Mont-Agel, datant de la fin du . D'autres installations militaires étaient concentrées sur la plateau, avec notamment plusieurs positions d'artillerie à l'air libre.

L'ensemble devait défendre par les feux de son artillerie le passage par le littoral méditerranéen. Pendant les combats de juin 1940 contre l'armée italienne, son équipage arrosa les troupes adverses de plusieurs milliers d'obus. Depuis 1953, l'ouvrage est intégré au sein d'une base militaire de détection aérienne.

Description thumb|alt=Photo avec des oliviers au premier rang, le mont se détachant au second plan avec son sommet plat. |Le mont Agel, vu depuis Roquebrune. L'ouvrage est construit sur le mont Agel (en provençal la « montagne où il gèle »)., une hauteur des Préalpes de Nice formant une avancée entre les vallées du Paillon et du Gorbio, dominant la baie de Roquebrune. Ce mont est composé de couches de calcaires dolomitiques clairs fissurés (avec une faille active nord-est/sud-ouest), datant du Jurassique supérieur (au sommet) et moyen (haut des versants), avec plus bas des éboulis de pierraille (notamment à Fontbonne) ..

Le point culminant est à d'altitude, avec des versants couverts de résineux au nord-ouest, et de feuillus espacés au sud-estInstitut national de l'information géographique et forestière, Carte forestière v2, 2006.. Le sommet forme un petit plateau au relief irrégulier de du nord au sud et de de large, soit de superficie. L'ouvrage en lui-même n'occupe qu'une petite partie de la surface, concentré au sud-ouest, à environ d'altitude.

Position sur la ligne Les fortifications françaises construites dans les années 1930 (surnommées la « ligne Maginot ») sont organisées en 24 secteurs, eux-mêmes subdivisés en plusieurs sous-secteurs et quartiers. L'ouvrage du Mont-Agel fait partie du secteur fortifié des Alpes-Maritimes (SFAM), dans le sous-secteur des . Ce sous-secteur, le plus méridional, a la charge de défendre le littoral (notamment en bloquant la route des Corniches) et les vallées voisines contre une attaque débouchant de la frontière franco-italienne, le long d'une ligne correspondant du nord au sud aux communes de Castillon, Sainte-Agnès, Gorbio et Roquebrune-Cap-Martin. Il est subdivisé en trois « quartiers » : l'ouvrage du Mont-Agel est dans celui de Sainte-Agnès, soit celui correspond aux sommets dominants directement le littoral.

La défense était organisée en profondeur : d'abord la frontière elle-même était surveillée par le barrage routier de Pont-Saint-Louis et par les points d'appui légers des sections d'éclaireurs-skieurs (les SES, détachées des ). Ensuite, un peu plus en retrait, une série d'avant-postes forme une ligne de défense : chaque avant-poste, tenu par une section de fantassins, est de taille modeste tel que l'avant-poste du Collet-du-Pilon. Puis encore un peu plus à l'ouest, à environ cinq kilomètres de la frontière, se trouve la « ligne principale de résistance », composée d'une succession d'ouvrages bétonnés : les plus gros sont armés avec de l'artillerie et se soutiennent mutuellement en flanquement (ouvrages de Castillon, de Sainte-Agnès, de Roquebrune et de Cap-Martin), avec des ouvrages d'infanterie et de petites casemates dans les intervalles (tel que l'ouvrage du Col-des-Banquettes ou la casemate de Vesqui Nord).

Enfin, encore un peu plus en arrière, étaient implantées les installations de soutien, que ce soit les positions de tir de l'artillerie de position ou les installations logistiques (postes de commandement, dépôts de munitions, etc.). L'ouvrage du Mont-Agel est à seulement trois kilomètres de la baie de Roquebrune, mais en retrait de la ligne principale de résistance : l'ouvrage de Sainte-Agnès est à au nord-est, l'ouvrage de Roquebrune à plus à l'est, celui de Cap-Martin à au sud-est. Mont-Agel est en fait un ouvrage de soutien d'artillerie, couvrant avec ses deux tourelles tout le sous-secteur.

Souterrains et blocs

Comme tous les autres ouvrages de la ligne Maginot, celui du Mont-Agel est conçu pour résister à un bombardement d'obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrain, creusés au minimum sous douze mètres de roche, tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d'épais cuirassements en acier et des couches de béton armé. En surface, les blocs sont dispersés pour réduire la taille des cibles. Chaque bloc de combat dispose d'une certaine autonomie, avec ses propres magasins à munitions, sa salle de repos, son , ainsi que son système de ventilation et de filtration de l'air. Étant donné que les positions de mise en batterie pour de l'artillerie lourde sont rares en montagne, le niveau de protection est moins important que dans le Nord-Est (les ouvrages construits en Alsace, en Lorraine et dans le Nord). Dans le Sud-Est (les Alpes), le niveau de protection pour les gros ouvrages est le (les petits ouvrages sont au , voir au en haute-montagne). : les dalles des blocs d'artillerie font d'épaisseur (théoriquement à l'épreuve de deux coups d'obus de superposés), les murs exposés , les autres murs, les radiers et les planchers un mètre. Pour le cas des blocs armés d'une tourelle, la dalle passe en protection , soit une épaisseur de (de quoi résister à deux obus de ).. L'intérieur des dalles et murs exposés est en plus recouvert de de tôle pour protéger le personnel de la formation de (projection de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus).

La caserne de temps de guerre, les salles des filtres à air, les systèmes de ventilation, les PC, le central téléphonique, la cuisine, les sanitaires, les magasins à munitions (notamment les au pied des blocs 5 et 6 : de y sont entreposés)., les réservoirs d'eau, de gazole (de quoi tenir trois mois) et de nourriture sont tous en souterrain, reliés entre eux par une galerie équipée d'une voie ferrée étroite de d'écartement où roulent des wagonnets poussés à bras (le modèle porte jusqu'à : une caisse d'obus fait de 80 à ). Les entrées sont de plain-pied, tandis que les accès aux blocs se font par des puits avec escaliers et monte-charge.

En cas de coupure de l'alimentation électrique (du alternatif, fournit par le réseau civil) nécessaire à l'éclairage, aux tourelles et aux monte-charges, l'ouvrage dispose d'une usine avec trois groupes électrogènes (un seul suffisait en régime normal), composés chacun d'un moteur Diesel Als.Thom de . couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à ) servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros moteurs. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau.

Entrées et téléphérique

Une singularité de l'ouvrage est de compter trois entrées différentes, alors que la règle dans les Alpes est plutôt d'avoir une seule entrée mixte (à deux portes). Les trois entrées sont spécialisées : une au sud pour les hommes (bloc 1), la deuxième plus au nord pour les camions (bloc 2) et la dernière pour le téléphérique (bloc 3). L'entrée des hommes se limite à une petite façade bétonnée encastrée dans la falaise, avec une porte blindée précédée d'une petite passerelle enjambant un petit fossé. L'entrée des camions (les véhicules se verront souvent remplacés par des convois de mulets) se fait par un pont-levis ajouré de de long franchissant le fossé diamant (qui sert à recevoir les débris de béton lors des bombardements), donnant sur le garage de déchargement formant sas, dont la défense est assurée par un blockhaus intérieur (avec deux créneaux pour fusil-mitrailleur), le tout clos par une porte blindée.

Une autre des particularités de l'ouvrage est d'être équipé d'un téléphérique (tout comme les ouvrages de Rimplas, de Roche-la-Croix, du Janus, du Sapey et du Pas-du-Roc), la route d'accès sinueuse ne permettant pas d'assurer un ravitaillement en obus correspondant aux volumes nécessaires (surtout en hiver). Chacune des (à matériel, citernes ou pour le transport d'un blessé) peut emporter jusqu'à de matériel sur un parcours de de long et de dénivelée.. Le bloc 3 correspond à la recette supérieure du téléphérique, tandis que la recette inférieure se trouve plus à l'ouest au hameau des Lacs (ou Pont des Lacs), sur la route de Peille (soit à d'altitude ; ). Le hall de réception du bloc 3 est défendu à l'intérieur par deux créneaux pour fusil-mitrailleur installés dans le mur de fond ; l'ouverture extérieure est fermée par une grille métallique, tandis que les accès à la galerie de l'ouvrage sont clos par des portes blindées..

Défense des dessus

thumb|alt=Photo d'un cuirassement bombé dépassant du béton, percé de plusieurs créneaux. |Une cloche GFM, ici sur l'ouvrage de l'Agaisen, voisin de celui du Mont-Agel. Le bloc 4 est de taille modeste, bordant l'arrivée du téléphérique comme une simple caponnière du bloc 3. Il servait à assurer la défense des entrées, avec en façade deux créneaux pour fusil mitrailleur tirant vers le sud-est (l'un vers la route donnant sur les deux entrées, l'autre sur l'arrivée du téléphérique) ainsi qu'au-dessus une cloche GFM (pour guetteur et fusil mitrailleur). Cette cloche est du modèle 1929, d' de diamètre extérieur, avec de blindage (ce cuirassement fait d'acier) et percé de cinq créneaux. Les fusils mitrailleurs de l'ouvrage étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tiraient la cartouche de à balle lourde (modèle 1933 D de au lieu de pour la modèle 1929 C).. Ces FM étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de , avec une portée pratique de l'ordre de .. L'alimentation du FM se fait par chargeurs droits de , avec un stock de par cloche GFM, par FM de casemate et pour un FM de porte ou de défense intérieure.. La cadence de tir maximale est de par minute, mais elle est normalement de 200 à par minute...

Le bloc 7 se limite à une cloche GFM permettant la surveillance et la protection extérieures des deux tourelles voisines.

Enfin, le bloc 8 est à part, isolé à à l'est de l'ouvrage, à la limite orientale du plateau. Le bloc n'est pas relié par galerie au reste de l'ouvrage, il comporte donc une entrée dans un repli de terrain qui était défendue par deux créneaux pour fusil-mitrailleur (sur la porte et sur la façade). La raison d'être de ce bloc est de servir d'observatoire : il est donc équipé de deux cloches, d'une part une cloche GFM et d'autre part une cloche observatoire (type VDP : « à vue directe et périscopique »). Le bloc est aussi équipé de deux créneaux optiques, traversant le mur, l'un vers l'ouvrage de Roquebrune, l'autre vers l'observatoire du Mont-Gros-de-Roquebrune.. Le créneau optique est utilisé en cas de défaillance de la liaison téléphonique : il s'agit d'un orifice circulaire de quinze centimètres de diamètre, équipé d'un projecteur pour l'émission et d'une lunette pour la réception (il faut être dans l'axe pour voir la communication)..

Tourelles d'artillerie thumb|alt=Coupe verticale d'un bloc, montrant le mouvement d'éclipse puis de mise en batterie d'une tourelle. |Schéma montrant le système de mise en batterie et d'éclipse d'une tourelle d'artillerie, grâce à un contrepoids.