thumb|300px|Char marquant la fin du cortège du défilé du lundi des Roses en 2004 Le défilé du carnaval de Mayence est un cortège annuel qui se déroule le jour du lundi des Roses à Mayence. Depuis le tout premier qui a eu lieu en 1838, 114 défilés ont été organisés (données 2015) et représentent le point culminant du carnaval de Mayence. Avec environ 9 500 participants et un public de plus de 500 000 personnes, le défilé du carnaval de Mayence est l’un des trois plus importants défilés allemands avec ceux de Cologne et de Düsseldorf.

Histoire thumb|Le Prince Carnaval et sa suite. Les membres du MCV (à gauche Carl Michael, le président) en 1838, l’année de fondation du carnaval. Le défilé du lundi des Roses de Mayence est fort d’une histoire vieille de près de 200 ans. Les premières références remontent à la période Biedermeier. À cette époque, la ville de Mayence, en tant que forteresse fédérale, était tour à tour occupée par les armées prussiennes et autrichiennes. Les nouvelles traditions du carnaval, qui étaient alors lancées à Cologne et Düsseldorf, commençaient à atteindre les remparts de Mayence. Le défilé du lundi des Roses a été perturbé plusieurs fois en période de guerre, et ce surtout au durant les deux guerres mondiales.

Le Krähwinkler Landsturm - précurseur du défilé du lundi des Roses C’est en 1837 que Nikolaus Krieger, un artisan de Mayence, organise pour la toute première fois ce qu’on appelle le Krähwinkler Landsturm, le premier défilé du carnaval de Mayence. Ces manifestations, qui sont de plus en plus à la mode durant la première partie du (en 1822 à Bâle, en 1831 à Spire, par exemple), se sont inspirées de la pièce Die deutschen Kleinstädter (Les petits provinciaux) écrite par le dramaturge August von Kotzebue. Krähwinkel, un petit village qui est décrit dans cette pièce, semble représenter à cette époque la quintessence de la bétise et de l’étroitesse d’esprit. Le Krähwinkler Landsturm parodie donc ces caractéristiques, comme entre autres la beaufferie de l’époque Bierdermeier ainsi que l’armée avec ses uniformes et ses exercices militaires. Aujourd’hui, cet événement est décrit comme étant à l’origine du carnaval de Mayence mais est également considéré comme le précurseur du cortège du lundi des Roses, qui a lieu pour la toute première fois l’année suivante.

On retrouve dans le Krähwinkler Landsturm des caractéristiques typiques du carnaval de rue de Mayence. Par exemple, une milice absurde composée de 15 personnes en uniforme avec le « Fähnrich Rummelbuff » au premier rang ou encore le « Seigneur Carnaval » qui se tient au centre du cortège (renommé par la suite le « Prince Carnaval »). Le cortège était accueilli avec beaucoup d’entrain de la part de la population de Mayence. On y compte plusieurs centaines de participants, deux chars, mais également, et surtout, la « närrische Garde » (Garde folle), dont les costumes mettent la foule en émoi. Un chroniqueur du journal de l’époque « Mainz Hellau ! » raconte : « Et tout cela, grâce aux créateurs de ce beau cortège. Personne n’a jamais autant ri que devant cette magnifique composition de fantaisie et sa parfaite réalisation ». La première pierre était ainsi posée pour le tout premier défilé du lundi des Roses, en 1838.

1838 - La naissance du défile du lundi des Roses thumb|Illustration de la Mainzer Ranzengarde dans un leporello de 1857 Après l’immense succès de 1837, plusieurs habitants volontaires entourés de Johann Maria Kertell, un grossiste mayençais membre du conseil municipal et du parlement, ainsi que de l’association pour le carnaval tout juste créée, décident d’organiser un cortège masqué devant avoir lieu le lundi du carnaval (). Dans un premier temps, une batterie d’actions importantes et futuristes est mise en place au sein du tout nouveau carnaval de Mayence. Le , un comité composé d’habitants de Mayence officialise à l’écrit le statut de l’association pour le carnaval. Une demande est envoyée au commissaire provincial de Lichtenberg du grand-duché de Hesse afin qu’il approuve les statuts et reconnaisse l’association ; plus de cent personnes apposent leur signature à cette demande. L’un des principaux objectifs de cette nouvelle association est ainsi formulé dans la demande : « rendre hommage au dieu Jocus d’une façon plus ordonnée et noble qu’autrefois dans cette même ville… » Le , la demande est acceptée, ce qui laisse supposer la mise en place d’un accord préalable entre les demandeurs et les autorités. Le Mainzer Carneval-Verein (association du carnaval de Mayence) ou MCV est né. Le a lieu la première Assemblée générale, suivie par d’autres séances. Le , le président Carl Georg Michel demande l’approbation des autorités pour la création d’un défilé du carnaval, que celles-ci lui donnent très rapidement.

Deux fabricants de carrosses mayençais, le conseil municipal ainsi que les autorités militaires vont prêter 100 coches. De la milice folle de l’année précédente avait émergé la Mainzer Ranzengarde composée de 37 soldats menés par le Général Johann Maria Kertell, qui n’apparaissaient que vêtus des uniformes caractéristiques de l’époque du prince électeur Frédéric-Charles Joseph d'Erthal. La Garde ainsi que la « Zwergen-Compagnie » ou Compagnie des nains, composée de jeunes enfants déguisés, se chargeaient de l’escorte « militaire » du défilé et faisaient office de garde rapprochée du Seigneur Carnaval.

Les hérauts du Prince à cheval formaient, devant la Ranzengarde, les premiers rangs du cortège. Derrière eux se trouvaient les porteurs de drapeaux ainsi que la Ranzengarde dont les soldats arboraient leur nouvel uniforme, nombre d’entre eux portant de faux ventres rembourrés et de longues tresses. Le Seigneur Carnaval et sa cour se tenaient sur les chars qui accompagnaient le défilé. Celui-ci commence son chemin du manège, passe la place du château (Schlossplatz) puis la Große Bleiche pour arriver jusqu’au marché. C’est à cet endroit qu’a lieu le moment le plus important de la procession : le Seigneur Carnaval y est sacré puis couronné roi avant de rendre hommage aux habitants de la ville. Ce premier défilé accueille également l’inauguration du drapeau et la prestation de serment des recrues de la Ranzengarde, qui sont encore aujourd’hui des moments phares du cortège de rue. Pour cette première édition, le défilé est clôturé par un tour de chapeau dans le parc portant à l’époque le nom de Neue Anlage.

De 1839 à 1933 thumb|Représentation après le défilé du lundi des Roses en 1845 thumb|Illustration du du lundi des Roses en 1873 thumb|Le char du Prince lors du défilé de 1886 Les deux défilés de 1839 et de 1840 faisant suite au tout premier cortège étaient également liés au niveau de leur thème. En 1838 le Seigneur Carnaval était donc sacré, en 1839, on fêtait son mariage pour enfin célébrer la naissance de son fils Hanswurst l’année suivante. À partir de 1842, le défilé du lundi des Roses reflète des problématiques plus actuelles dans un contexte politique agité à l’époque du Vormarz. Le carnaval de Mayence, encore très récent, devient alors politique ; les rapports entre les organisateurs membres de la MCV et les autorités étaient jusque-là plutôt bons, mais c’est l’arrivée de nouveaux participants engagés comme Ludwig Kalisch, Franz Heinrich Zitz (Président du MCV à partir de 1843) ou encore Eduard Reis qui a donné naissance au carnaval politique et littéraire de Mayence. En 1845, le défilé du lundi des Roses est pour la première fois dans le viseur des autorités de Darmstadt. Le ministre de l’intérieur du grand-duché de Hesse-Darmstadt s’est donc vu contraint de « mettre en place des activités officielles en étant plus vigilant ». En 1846 lors du défilé du lundi des Roses, on peut assister à l’incinération symbolique de la censure sur la place du marché de Mayence. Malgré cela, les relations entre le MCV qui organise le défilé et les autorités locales de Mayence sont au beau fixe. Grâce à un fort engagement et à un ensemble de tactiques judicieuses, le commissaire provincial de Lichtenberg ainsi que le maire en exercice de Mayence, Nikolaus Nack, ont pu éviter l’interdiction du MCV et ainsi du lundi des Roses, prônée par la cour grand-ducale de Darmstadt. Malgré cela, les relations politiques dans le Sud-Ouest de l’Allemagne en 1848/1849 et dans les années qui ont suivi ont obligé les autorités à annuler le carnaval de Mayence et le défilé du lundi des Roses. Pendant ces quelques années, le MCV n’organise que quelques « réunions » et aucun lundi des Roses n’est célébré dans sa totalité jusqu’en 1855.

En 1856, on observe un regain d’activité dans le carnaval de Mayence, et par conséquent dans le lundi des Roses. Celui-ci est à nouveau organisé mais cette fois sans thématique centrale, comme lors de ses plus belles années. C’est à cette occasion que la « Klepper-Garde » (soldats montés sur des chevaux en bois), créée cette même année, prend la place de deuxième garde dans le cortège. En 1863, à l’occasion du du carnaval, les récits décrivent un défilé du lundi des Roses magnifique. À cause de remarques jugées injurieuses pendant les Fastnachtsvorträge (cérémonies de carnaval), le commandant de garnison prussien choisit de retirer temporairement tous les orchestres et les chevaux du défilé, si bien que celui-ci a failli être annulé. Face à cette situation critique, le grand-duc de Hessen-Darmstadt décide de soutenir le carnaval en offrant orchestres et chevaux, permettant ainsi au lundi des Roses d’avoir lieu. Cependant, en 1864, la guerre prusso-danoise (des duchés) qui menaçait d’éclater et les événements politiques qui allaient en résulter, tels que la guerre austro-prussienne, ont mené à l’annulation du défilé. Le manque de moyens des associations de carnaval de Mayence a également provoqué une longue pause dans les défilés jusqu’en 1884.

Mais le lundi des Roses réussit à surmonter cette pause forcée. En 1884, le carnaval de Mayence et le lundi des Roses connaissent un fort engouement. Grâce à la construction du nouvel hôtel de ville cette même année (qui était considéré à l’époque comme la plus grande salle des fêtes d’Allemagne) et à la possibilité de l’utiliser, le carnaval de salle réussit à se développer, aussi bien dans le domaine social qu’en nombre de visiteurs. À partir de cette époque, les chars deviennent de plus en plus grands et sophistiqués, et certaines de ces structures mises sur pied par des architectes et des sculpteurs atteignent une hauteur de 6 mètres. En 1888, une nouvelle campagne de jubilée est mise en place à l’occasion du du MCV. Cette année-là, une commission propre au cortège organise le défilé du lundi des Roses, le professionnalisant nettement. On remarque, à travers la participation des membres de la famille du grand-duc, qui suivent le cortège depuis le balcon de leur résidence à Mayence, le palais impérial, que le défilé et le carnaval de Mayence sont de mieux en mieux acceptés par la société. Le défilé de jubilée suivant, qui a lieu en 1913 à l’occasion des 75 ans du MCV, est le défilé le plus long que la ville ait connu jusqu’à cette époque. On y compte 100 000 visiteurs, dont 40 000 étrangers et 18 000 visiteurs venus de Wiesbaden. Cette fois, le grand-duc Ernest-Louis et la grande-duchesse Eléonore eux-mêmes, ainsi qu’une suite de 25 personnes, assistent au défilé depuis le balcon du Erthaler Hof. Le lundi des Roses de 1913 a aussi servi d’inspiration et de décor à l'œuvre la plus connue de Carl Zuckmayer, Fastnachtsbeichte (confession du carnaval), une intrigue policière qui a lieu lors du carnaval de Mayence.