La chapelle Saint-Christophe-et-Saint-Jacques d'Auvillers est une ancienne église catholique paroissiale, située au hameau d'Auvillers de la commune de Neuilly-sous-Clermont, dans l'Oise, en France. Elle fut dégradée au rang de chapelle lors de la suppression de la commune d'Auvillers, en 1825, et est aujourd'hui rattachée à la paroisse Saint-Martin du Liancourtois. Une messe annuelle y est célébrée à l'occasion de la fête patronale de Saint-Christophe, au début du mois de septembre. Le reste du temps, l'église est utilisée pour des célébrations particulières, notamment des mariages. C'est l'un des rares édifices qui conserve encore le plan très simple de la plupart des églises romanes du Beauvaisis, soit une nef unique non voûtée ; un clocher dont la base constitue en même temps la première travée du chœur liturgique ; et une deuxième travée de chœur, qui se termine en l'occurrence par un chevet plat. La nef, réaménagée au , et le clocher, remontent à la fin ou au début du . La deuxième travée de chœur a été reconstruite dans le style gothique primitif pendant la seconde moitié du . Elle a traversé les siècles sans aucune modification notable, et constitue la partie la plus intéressante dans l'intérieur de la chapelle. À l'extérieur, c'est surtout le clocher archaïque avec ses baies flanquées de colonnettes à chapiteaux et sa pyramide de pierre qui est remarquable, bien que la plupart des baies soient aujourd'hui bouchées.
Localisation
La chapelle Saint-Christophe-et-Saint-Jacques d'Auvillers est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, à proximité de Clermont, sur la commune de Neuilly-sous-Clermont, au hameau d'Auvillers, sur la route de Mello à Clermont (RD 110), à l'est du carrefour central du village. La façade occidentale de la chapelle regarde vers la petite place. Un petit cimetière, clos par un muret vers l'ouest et vers le nord, entoure la chapelle. Il était destiné aux défunts d'Auvillers et de la partie du hameau de Lierval qui dépend Neuilly (la majeure partie du hameau appartenant à Breuil-le-Vert). Ne restent aujourd'hui que les concessions à perpétuité. Au nord, une impasse donnant accès au domaine du château borde le muret du cimetière, et permet d'apercevoir l'élévation septentrionale de la chapelle. À l'est et au sud, le cimetière est assez étroit, et délimité par des bâtiments agricoles, qui ne permettent pas de contempler le chevet et l'élévation méridionale en prenant du recul.
Historique Le contexte et la datation thumb|Relevés par Eugène Woillez. thumb|Vitrail néo-gothique du chevet : saint Christophe et saint Jacques.
Sous l'Ancien Régime, Auvillers est une paroisse du doyenné et de l'archidiaconé de Clermont, dans le diocèse de Beauvais.. Pendant les derniers siècles, le collateur de la cure est l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais.. L'église est dédiée à saint Christophe ; son second patron est saint Jacques le Majeur. La partie la plus ancienne de l'édifice est le clocher. Eugène Woillez le considère comme l'un des derniers représentants du style roman primitif dans le Beauvaisis, avec le « clocher-arcade » de La Rue-Saint-Pierre, le clocher-porche d'Estrées-Saint-Denis, et le clocher central de Catenoy.. Dans les anciens diocèses de Soissons et de Senlis, on peut également citer les tours de chevet de Morienval, Rhuis, Saint-Aignan de Senlis, et la tour nord de Saint-Pierre de Senlis. Eugène Müller considère aussi le clocher d'Auvillers comme une œuvre du , sans préciser la fourchette de datation.. Grâce à l'étude exhaustive des monuments romans du département par Dominique Vermand, l'on sait maintenant que les chapiteaux sculptés ne (ré)apparaissent dans la région qu'au dernier quart du , et que le style roman y fait son entrée très tardivement ; p. 124.. Le clocher d'Auvillers possédant justement des chapiteaux sculptés, on ne peut pas le faire remonter avant 1080 environ. Eugène Lefèvre-Pontalis, qui a également étudié de façon assez exhaustive les monuments de la région, est le seul auteur qui considère le clocher comme beaucoup plus jeune, et le situe au premier quart du ; .. Le motif pourrait être le fort évasement extérieur des deux baies du rez-de-chaussée. Jusqu'au début du , les fenêtres sont en principe à simple ébrasement (elles ne sont ébrasées qu'à l'intérieur). Non résolue est la question de la flèche. C'est une pyramide à la base, qui transite ensuite vers un plan octogonal. Ce type de couronnement est unique dans la région. Louis Gonse estime qu'il s'agit de l'un des deux plus anciens toits de pierre dans la région, avec Rhuis.. Eugène Woillez semble mal à l'aise avec la flèche, et ne la mentionne même pas. Eugène Lefèvre-Pontalis situe vers 1130 l'apparition des flèches octogonales cantonnées de pyramidons.
Un autre problème est soulevé par la voûte d'ogives de la base du clocher. Eugène Woillez pense être confronté à la plus ancienne voûte d'ogives de l'Oise.. Dominique Vermand ne la retient pas explicitement pour son inventaire des voûtes d'ogives romanes du département, mais répertorie néanmoins le profil de ses ogives. Il est purement fonctionnel, et se résume à des claveaux aux arêtes chanfreinées. Des voûtes analogues considérées comme romanes, soit antérieures à 1150, existent à Beaumont-sur-Oise, Saint-Étienne de Beauvais, Cauffry, Fitz-James et Foulangues. Or, le voûtement d'ogives ne fait son apparition dans le Beauvaisis que vers 1105 / 1110 au plus tôt, à l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais (sous réserve), à Acy-en-Multien, et à l'église Saint-Étienne de Beauvais. Il faut donc considérer la voûte comme secondaire, ou bien se joindre à la datation plus tardive du clocher suggérée par Eugène Lefèvre-PontalisVermand 1997, , p. 132-143.. Dans ce cas, le lien hiérarchique de l'église d'Auvillers avec l'abbaye Saint-Lucien pourrait expliquer la diffusion rapide d'une nouvelle technique de construction dans un village aussi insignifiant. — La nef devrait être à peu près contemporaine du clocher. Eugène Woillez prend soin de préciser que seul le mur septentrional n'a pas été radicalement remanié. On y voit trois petites fenêtres en plein cintre à double ébrasement, dont l'archivolte est appareillée, et non plus monolithique. Ce constat va dans le sens d'une datation du premier quart du au plus tôt.. Nettement plus tardives sont les deux arcades en tiers-point qui font communiquer la base du clocher avec la nef et la deuxième travée du chœur. Elles doivent être issues d'une reprise en sous-œuvre, car l'arc brisé n'est pas connu dans la région avant le second quart du Vermand 1997, , p. 137.. L'arcade orientale est décorée de la même manière que les bases des colonnettes du chœur. Reste à aborder la question de la datation du chœur. Eugène Woillez le considère comme gothique, et donc postérieur au milieu du . En même temps, la baie en plein cintre du chevet n'autorise a priori pas une date postérieur au début du , alors que le larmier qui court à la limite des allèges n'apparaît, en général, que quelques années plus tard. L'attention d'Eugène Müller est surtout attirée par les bases et socles des colonnettes, qui n'ont pas leur pareil dans la région, et que l'on pourrait considérer comme néo-romans si cet auteur ne les avait pas déjà observés en 1892. Il les considère comme l'expression d'un style .
La chapelle au et la découverte de la « Madone d'Auvillers » thumb|La Madone d'Auvillers.
Le dernier curé d'Auvillers meurt le .. C'est quelques semaines après que le culte catholique est interdit partout en France. En 1803, un ouragan endommage les toitures et vitrages .. Sans doute quelques années plus tard, Robert-Louis de Bonnières de Wierre, propriétaire du château voisin depuis 1849, offre à l'église, ou y met en dépôt, un bas-relief en marbre blanc. L'œuvre attribuée à Agostino di Duccio (1418 – vers 1481) par Louis Courajod en 1892, est connue comme la Madone d'Auvillers depuis son entrée aux collections du musée du Louvre, en 1903. En 1907, le chanoine Marsaux écrit : .. Mais bien avant que la madone ne connaisse la célébrité, et qu'avec elle, le nom d'Auvillers fasse le tour de la presse spécialisée, l'intérieur de la chapelle subit un remaniement néo-roman très important, que lʼAssociation pour la restauration de la chapelle d'Auvillers entend faire restaurer. Ce remaniement porte sur l'installation d'arcatures plaquées, d'un confessionnal en pierre, et de deux autels avec retables dans la nef, dont Eugène Woillez précise bien qu'elle est , et qu'elle ne présente rien à noter que son plafond de bois. En plus, tout l'intérieur est affublé d'une polychromie architecturale, discrète dans la nef mais aux teintes criardes dans le chœur, probablement conçue par le décorateur et architecte Philippe Bruslé, de Senlis (chapelle de la Vierge de la cathedrale de Senlis, Chamant, Mont-l'Évêque, Nointel, Saint-Vincent de Senlis, etc.).. On peut situer la restauration entre la parution de la dernière livraison de l'ouvrage de Woillez, en 1849, et le décès de Bruslé, en 1877.
Louis Courajod raconte les circonstances dans lesquelles son confrère Louis Gonse visite la chapelle d'Auvillers et découvre la madone. Il prépare, au début des années 1890, son grand ouvrage sur l'art gothique, et sillonne les environs de Clermont à la recherche d'édifices précurseurs du . . Bien que ce ne soit pas le sujet de son article, Courajod renseigne aussi sur la place que la chapelle occupe en cette fin du dans la vie des habitants : .. Comme le relate le chanoine Marsaux, des négociations sont entreprises en 1903 entre le gouvernement, la commune et Robert de Bonnières, dont les parents avaient mis à disposition la précieuse sculpture. Les intéressés conviennent de céder la madone à l'État, qui, en contrepartie, remet à la commune une copie et deux bons du Trésor, incessibles et insaisissables, dont les intérêts doivent être employés à des , pour le premier, et , pour le second. Aussitôt, l'œuvre prend le chemin de Paris, et est exposée au département des sculptures. (galerie Donatello, salle 1.). La copie par Robert Escoula, praticien de Rodin, est encastrée dans le mur oriental de la nef, à gauche de l'arc triomphal, et se trouve aujourd'hui entourée d'un enduit en mauvais état. Pour une description de l'original, on pourra utilement consulter l'article d'André Michel (voir dans la bibliographie).
La restauration de la chapelle depuis le