L'affaire Jubillar est une affaire criminelle de féminicide concernant la disparition dans la nuit du au de Delphine Aussaguel, habitant Cagnac-les-Mines, tuée par son mari Cédric Jubillar.

D'après les explications initiales de son époux, elle aurait quitté le domicile familial dans la nuit, n'emportant que son téléphone portable. Le corps n'est dans un premier temps pas retrouvé.

Après l'examen de multiples pistes, les enquêteurs soupçonnent Cédric Jubillar, suite à un faisceau d'indices tel que des mensonges, des déclarations contradictoires, son comportement et différents témoignages sur d'anciennes disputes et la nuit du drame. Le couple était en instance de divorce. Mis en garde à vue en , il est mis en examen pour meurtre sur conjoint et placé en détention provisoire. Après une instruction qui s'achève en , le mari, qui nie toujours les faits reprochés, est condamné à de réclusion criminelle le après un procès très médiatisé.

Il fait appel de ce verdict, mais avoue en avoir tué sa femme dans une lettre adressée à son avocat. Le , sur indication de Cédric Jubillar, des ossements identifiés comme ceux de Delphine Aussaguel sont retrouvés dans un champ à Mailhoc.

Biographie

Delphine Jubillar, née Aussaguel., épouse Jubillar, est infirmière. Elle travaille de nuit dans une clinique d'Albi.. Née le dans le Tarn, elle est âgée de en et est mariée depuis . à Cédric Jubillar, auto-entrepreneur exerçant le métier de peintre-plaquiste. Le couple a deux enfants, âgés de et au moment de la disparition de leur mère. Ils habitent Cagnac-les-Mines dans une maison inachevée construite par le mari..

À l'été , Delphine Aussaguel fait part de son désir de divorcer. D'après son avocate, ce divorce paraissait s'effectuer d'un commun accord..

Faits et enquête Le , vers quatre heures du matin, Cédric Jubillar appelle la gendarmerie pour signaler la disparition de sa femme. Auparavant, il avait envoyé à une proche de Delphine un message : . Son interlocutrice lui avait répondu : .. Les premières recherches des gendarmes mobilisent de nombreux moyens (chiens, drone, hélicoptères) et effectifs ( réservistes)..

Le , près d'un millier de personnes, dont Cédric Jubillar, ratissent le terrain accidenté de la commune afin de retrouver Delphine Aussaguel.. Quelques objets (téléphone, couteau, vêtements) sont découverts. Le même jour, une information judiciaire est ouverte pour enlèvement et séquestration et le dossier est confié à deux juges d'instruction du tribunal de Toulouse..

Le lendemain, la maison du couple est fouillée par les enquêteurs.. Elle l'est à nouveau, plus longuement, le , notamment par des spécialistes de l'institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale..

Téléphone et Facebook Le téléphone de Delphine Aussaguel disparaît avec elle. Il cesse d'émettre le matin du dans un rayon de deux kilomètres autour du domicile. Son téléphone sonne pour la dernière fois à (puis passera sur messagerie à ) ; il déclenche alors un relais proche du domicile mais qui n'est pas le relais auquel il borne habituellement lorsque Delphine est chez elle. Pourtant, le , un message vide est posté depuis son compte Facebook (dont elle est la seule à détenir les codes).. Trois hypothèses sont avancées : celui d'un bug de l'application, un piratage ou encore un dysfonctionnement résultant des investigations des enquêteurs sur le matériel informatique de la disparue.. L'hypothèse du piratage aurait été privilégiée par les gendarmes..

Le , le téléphone semble se réactiver (plus précisément l'application Messenger.) sans qu'une explication unique puisse être avancée.

Le , le procureur précise que ces réactivations seraient une conséquence technique des recherches informatiques des enquêteurs, ce qui leur a été confirmé par Samsung.

Le , les gendarmes chargés de l'enquête disposent désormais d'une grande partie de l'historique des géolocalisations du téléphone de son mari grâce à une réquisition auprès de Google..

Les différentes pistes Delphine Aussaguel correspondait sur les réseaux sociaux avec un homme.. Entendu par les gendarmes, il est mis hors de cause, son ex-compagne confirmant qu'il était bien à son domicile près de Montauban la nuit de la disparition de Delphine Aussaguel.. Cet homme, surnommé dans la presse le ou affirme en que Delphine Aussaguel et lui projetaient de s'installer ensemble et que la nuit de sa disparition peu avant , elle lui avait envoyé une photographie d'elle ., tenue qui sera retrouvée lors de la première perquisition dans le bac à linge sale. Des bouts de papier écrits par Delphine confirment qu'elle souhaitait quitter le domicile conjugal et qu'elle préparait activement son départ. Delphine avait prévu de s'installer à Albi avec son amant....

Un autre homme, dont le comportement envers Delphine Aussaguel est qualifié de ou d' par un témoin (ce que ne corroborent pas les dires d'un autre témoin), est entendu par les enquêteurs. Il avait déjà été condamné le dans une affaire liée (accidentellement) à la voiture du couple Jubillar.. Il nie toute implication et les gendarmes ne semblent pas disposer d'éléments le reliant à l'affaire..

Les voisins signalent la présence d'un camping-car garé à proximité du domicile de Delphine Aussaguel dans les jours précédant sa disparition. Retrouvé et entendu par les enquêteurs, le propriétaire du véhicule est mis hors de cause.

Le , des gendarmes spécialistes en spéléologie interviennent à Cagnac-Les-Mines afin de poursuivre les recherches.. Les amies de la disparue continuent elles-mêmes à organiser des battues à la recherche d'indices. Ces recherches sont rendues difficiles par la topographie vallonnée et le passé minier de la région. Cependant, selon des habitants, la plupart des puits auraient été recensés et rebouchés depuis longtemps..

En , les enquêteurs explorent une nouvelle piste : Cathy (nom d'emprunt), épouse de l'amant de Delphine Aussaguel (le , qui utilise également le nom d'emprunt dans la presse), a intercepté un SMS de son mari envoyé à Delphine Aussaguel quelques jours avant sa disparition. Ayant demandé des comptes à son époux, elle la contacte et converse avec elle. D'après Cathy, les deux femmes concluent un pacte : Delphine attendra la séparation de Cathy et de son mari au mois de pour poursuivre sa liaison avec son amant. Le soir du , Delphine Aussaguel aurait brisé le pacte, envoyant une photo d'elle en combishort. Et la veille de la disparition, Cathy aurait passé à un numéro inconnu.. Jean et Cathy sont ultérieurement mis hors de cause par l'enquête.. Le nombre de 145 correspondrait en fait aux consommations de données Internet répertoriées..

Le , des fouilles sont entreprises dans une ferme, incendiée en , située dans le lieu-dit Drignac de Cagnac-les-Mines. En effet, selon un codétenu de Cédric Jubillar, ce dernier lui a affirmé avoir tué son épouse avec un couteau. et enterré son corps à cet endroit. Le codétenu affirme également que Cédric Jubillar a informé sa nouvelle compagne du meurtre..

Dans l'émission L'Heure du crime du , le témoignage d'une voisine indique que Cédric Jubillar aurait été aperçu le soir de la disparition de sa conjointe..

Le , une reconstitution est organisée à Cagnac-les-Mines pour tenter de résoudre les zones d'ombre qui persistent dans cette enquête..

Volet judiciaire Au moins trois demandes de parties civiles sont déposées dans cette affaire : celle de Cédric Jubillar, celle des frères et de la sœur de Delphine et celle d'amies proches et cousines de la disparue. La justice rejette cette dernière demande, ce dont leur avocat fait appel.. Le , la chambre d'instruction accepte la constitution de partie civile de la cousine de Delphine mais rejette celle de ses amies..

Mise en cause de Cédric Jubillar Le , Cédric Jubillar, l'époux de Delphine Aussaguel, sa mère ainsi que son beau-père sont placés en garde à vue par les gendarmes.. Le , Cédric Jubillar est mis en examen pour meurtre aggravé, les juges d'instruction ayant conclu que trop d'éléments pesaient contre lui. Selon le procureur de la République de Toulouse : Disparition en pleine nuit de décembre d'une mère de famille, . Couple en procédure de divorce, Delphine Aussaguel et voulait quitter définitivement le domicile conjugal. Mensonges de Cédric Jubillar qui prétendait que la séparation était non conflictuelle et qu'il ignorait qu'elle le quittait pour un autre homme. Comportement de Cédric Jubillar qui et instaure un en essayant de la géolocaliser et surveillant son compte bancaire. Cédric Jubillar met à contacter la gendarmerie quand il constate la disparition mais ne contacte pas de proches alors que Delphine Aussaguel allait parfois dormir chez une amie et qu'il n'avait jamais contacté les forces de l'ordre auparavant. Cédric Jubillar n'aurait marché que avant d'appeler les gendarmes et aurait mis la couette de Delphine à la machine à leur arrivée, faits démentis ultérieurement. La voiture de Delphine a été déplacée dans la nuit, puisque garée à l'inverse du sens dans lequel Delphine Aussaguel la garait habituellement, et il y avait également de la condensation à l'intérieur du véhicule ce qui, selon un expert, indique une présence humaine récente. Cédric Jubillar n'a pas de permis de conduire. Alors que Cédric Jubillar affirme qu'il n'y a pas eu de dispute ce soir là, l'aîné de la famille, âgé de , évoque une violente dispute entre ses parents après . À , les cris d'une femme venant de la direction du domicile des Jubillar ont été entendus par deux voisines du couple..

Cédric Jubillar est placé sous mandat de dépôt. Son avocat est alors Jean-Baptiste Alary. Celui-ci sera bientôt rejoint par deux autres avocats, Alexandre Martin et Emmanuelle Franck. alors que Jean-Baptiste Alary finira par se retirer.

Les gendarmes s'interrogent également à propos du comportement adopté par Cédric Jubillar quelques minutes après la découverte de la disparition. Une première analyse du podomètre de son téléphone indique qu'il n'effectue qu'une quarantaine de pas entre le moment où il dit s'être aperçu de l'absence de Delphine et l'arrivée des gendarmes. Lors d'une rapide recherche dans et autour de la maison avec les gendarmes, il en effectue alors 380 ; il expliquera qu'il n'a pas voulu la chercher à l'extérieur pour ne pas déranger les voisins. Une analyse ultérieure plus détaillée du podomètre révèle qu'il a en réalité effectué plus qu'une quarantaine de pas (au moins 300) avant l'arrivée des gendarmes. Il en effectue 46 de (horaire où il rallume son téléphone) à et 255 pas de à du matin (appel des gendarmes à et arrivée des gendarmes à )..

D'après le procureur de la République, lorsque les gendarmes arrivent à du matin, le lave-linge est en fonctionnement : il contient la couette avec laquelle dormait la disparue, alors que l'état de l'habitation est négligé.. Cette déclaration du procureur est par la suite infirmée par une photographie versée au dossier : elle a été prise l'après-midi du par les gendarmes. et montre la couette sur le canapé-lit où dormait Delphine Aussaguel.. Par ailleurs, l'analyse de l'eau de la machine à laver ne révèle pas de trace de sang..

Les enquêteurs s'interrogent sur l'empressement de Cédric Jubillar à contacter la gendarmerie seulement une quinzaine de minutes après son réveil. Il tente de joindre sa conjointe jusqu'à le matin de sa disparition, puis deux fois le lendemain matin (), puis plus aucun appel ne sera effectué.

Par ailleurs, les enquêteurs sont surpris de la rapidité avec laquelle Cédric Jubillar fait le deuil de son épouse, ce qui laisse supposer qu'il sait exactement ce qui lui est arrivé. Les propos incohérents et changeants de Cédric Jubillar conduisent les enquêteurs à s'interroger sur la fiabilité de ses explications sur le déroulement de la soirée, qui semble contredite par les éléments en leur possession.

Les enfants du couple sont placés chez la sœur de Delphine..