On appelle Mission jésuite aux États-Unis une œuvre d’évangélisation chrétienne entreprise au par les jésuites, pour la plupart d'origine belge, auprès des populations amérindiennes de la partie centrale des États-Unis.
Fondés près de deux siècles après la série d'établissements fondés par les Jésuites français en Nouvelle-France (Canada), ces postes missionnaires furent créés dans un contexte économique et politique profondément différent. La première est fondée en 1819 dans le Maryland sur la côte Atlantique. Mais quatre ans après, les pionniers belges, menés par Charles Van Quickenborne, partent sur la Frontière sauvage pour créer des écoles et des dispensaires au service des tribus amérindiennes, sur les deux rives du Mississippi-Missouri. Soutenus par de riches marchands du grand port belge d'Anvers, ils remontent progressivement vers le nord-ouest puis parcourent les montagnes Rocheuses où ils sont les premiers blancs à cultiver la terre, sur les pas de quelques trappeurs métis.
Les raisons et moyens du développement aux États-Unis Qui sont les premiers jésuites aux États-Unis ? thumb|left|John Carroll en 1811. Jésuite, fils d'immigrés irlandais, et premier évêque américain thumb|left|300px|Un camp micmac par Paul-Émile Miot, 1857 Les Jésuites ont la réputation d'être des intellectuels au sein de l'Église, grâce à une formation longue de quinze ans, qui inclut, outre les années de formation spirituelle à proprement parler, des cours de théologie, de philosophie, et de sciences« Qui sont les jésuites », par Nicolas Chapuis, dans Le Monde du 14 mars 2013 . La Compagnie de Jésus souhaitait évangéliser les peuples indigènes, tout en leur dispensant des services médicaux et d'éducation. Ses premiers missionnaires arrivent dès 1611 en Acadie, quelques années après sa découverte. Très présente aux débuts du Canada, la Compagnie de Jésus s'y éteint progressivement lorsque les effets de la suppression de la Compagnie de Jésus (1773) se font sentirGiguère, Georges-Émile (1969), « Restauration de la Compagnie de Jésus au Canada », Sessions d’étude - Société canadienne d'histoire de l'Église catholique, vol. 36, .. Les premiers jésuites aux États-Unis bénéficient de l'expérience canadienne via des récits mais n'ont pas de soutien logistique, sauf dans le territoire de l'Oregon, où ils pourront compter sur François-Norbert Blanchet, venu du Québec, qui a été missionnaire chez les indiens Micmacs.
Le jésuite John Carroll, un immigré irlandais arrivé avant la guerre d'indépendance américaine, à la demande de Benjamin Franklin, devient l'évêque du premier diocèse catholique, à Baltimore, aux États-Unis en 1790. Il fonde six ans plus tard, dans la capitale, le collège de Georgetown - plus tard université - confié à un intellectuel français, Dubourg. À l'époque, les jésuites n'ont pas d'existence officielle... Les premières missions jésuites aux États-Unis sont voulues par des Belges qui ont connu l'adversité. Les Pays-Bas méridionaux sortent meurtris de la période révolutionnaire française nourrie d'anticléricalisme, suivie de la période calviniste hollandaise. Plusieurs jésuites belges très influents ont dû vivre dans la clandestinité avant d'émigrer en Amérique. Charles Nerinckx et Charles de la Croix, aidés par leur ami Dubourg, sont les premiers sur la frontière sauvage, au contact des amérindiens, et jouent un rôle moteur dans la création des premières missions. Les jésuites qui arrivent ensuite par petits groupes en 1819 et 1821 sont essentiellement Belges, quelques italiens venant ensuite aussi dans les montagnes Rocheuses deux décennies plus tardMissionnaires catholiques français aux États-Unis 1791-1920, dossier dirigé par Tanguy Villerbu, Karthala Éditions, 2011 .
La relation avec les jésuites canadiens
Aux États-Unis, les missionnaires ont suivi l'exemple des Jésuites au Canada, bâtisseurs du Collège de Québec en 1635, et promoteurs d'écoles pour éduquer les enfants amérindiens, les séminaires. Les Missions jésuites en Nouvelle-France se tournèrent d'abord vers les tribus sédentaires, vivant comme les paysans français de l'agriculture, sujets des missions jésuites en France à la même période. Ils ont privilégié les Hurons entre 1634 et 1650 puis à partir de 1654 les Iroquois, qui avaient décimé les Hurons, mais aussi les Montagnais, Algonquins et Micmacs. Les jésuites aux États-Unis ont bénéficié de l'expérience acquise par Jean de Brébeuf, brûlé vif par les Iroquois, qui avait eu le temps de composer un dictionnaire et une grammaire de langue indienne, mais aussi de mesurer l'impact dévastateur des épidémies sur des amérindiens ne disposant pas des mêmes défenses immunitaires que les européens. Beaucoup d'Amérindiens en Nouvelle-France vivant autour des Grands Lacs ont été refoulés vers les États-Unis par près de deux siècles de conflits entre l'Angleterre et les colons québécois ou américains, dont les trois principaux, les guerres de 1756-1763, puis 1776-1784 et surtout 1812-1814, et son dégât collatéral, la guerre Creek.
La relation avec les amérindiens thumb|upright|Photographie du chef Homli (1822-1891) des Walla Walla, du territoire de l'Oregon près du « lac des prêtres ». Les jésuites veulent former interprètes et agronomes. Ils écrivent des dictionnaires des langues indiennes, qu'ils apprennent. Plusieurs pionniers (Antonio Ravalli, Christian Hoecken) sont médecins. Dès 1816, Dubourg rencontre Madeleine-Sophie Barat, la fondatrice des sœurs du Sacré-Cœur de Jésus et obtient que la sœur Philippine Duchesne réalise son rêve de rejoindre la mission parmi les amérindiens. Il ordonne prêtre, à Gand en 1816, Charles de la Croix qui part en mission indienne avec elle dès 1818 à Florissant (Missouri).
Parmi les tribus amérindiennes liées aux jésuites: les Shawnee du Kentucky, à l'ouest des Appalaches, accueillent Charles Nerinckx après 1805. les Osages sont baptisés par Charles de la Croix dès 1821"Unaffected by the Gospel: Osage Resistance to the Christian Invasion (1673-1906) : a Cultural Victory", par Willard H. Rollings, UNM Press, 2004, page 11 . les Algonquins sont élèves à l'école de Florissant (Missouri) dès 1823. les Iroquois font connaitre les « robes noires » jusqu'aux montagnes Rocheuses dès 1825 les Kickapoo du Kansas saluent la maîtrise de leur langue par Christian Hoecken, qui en écrit le dictionnaire et la grammaire"The History of St. Mary's Academy & College". les Têtes-Plates de l'Idaho sont rencontrés en 1839 par Pierre-Jean De Smet à Saint-Joseph de Council Bluffs (Nebraska). les Potawatomis sont à l'origine de la Saint-Joseph de Council Bluffs en 1838. les Pieds-Noirs négocient la paix avec eux, avec l'aide de Pierre-Jean De Smet en 1838. les Sioux sont conseillés par Pierre-Jean De Smet lors du Traité de Fort Laramie (1868). les Cœur d'Alène sont à l'origine de la Mission jésuite du Sacré-Cœur les Pend d'Oreilles sont à l'origine de la Mission Saint-Michael les Kutenai sont à l'origine de la Mission Saint-Eugène
Le contexte politique, culturel et social des missions jésuites aux États-Unis
Aux États-Unis, les missions jésuites s'implantent suivant le progrès vers l'Ouest américain, se déplaçant sur la frontière sauvage, qui est d'abord dans le Kentucky, puis le long du Mississippi et ensuite dans les montagnes Rocheuses. Les jésuites belges sont parmi les premiers implantés dans les montagnes Rocheuses. Ils sont témoins de la violence et des abus contre les amérindiens mais n'ont plus l'influence politique, culturelle et religieuse qu'ils avaient deux siècles auparavant en Nouvelle-France (Canada Français). Les États-Unis sont un pays de tradition protestante et la restauration pontificale de l'ordre religieux, par Pie VII date de seulement une décennie ou deux, après une éclipse de 40 ans. Le long de l'artère fluviale du Mississippi-Missouri, les jésuites voient arriver la spéculation sur les terres à coton, à l'origine de la panique de 1837. Dans les Rocheuses, ils sont au contact avec des trafiquants de fourrures, souvent sans foi ni loi. Les jésuites belges seront beaucoup plus nombreux après la panique de 1857, l'année de l'ouverture du collège américain de Louvain. Auparavant, ils étaient portés par leur sympathie naturelle pour la cause amérindienne, qui s'aggrave sensiblement avec l'amplification de la ruée vers l'or de Géorgie de 1828 et ses conséquences, l'Indian Removal Act de 1830, lorsque le président américain décide l'exil des tribus indiennes à l'ouest du Mississippi, marqué par la Piste des larmes.
Les mécènes et financiers Les jésuites belges trouvent dès 1832 le soutien financier de quatre marchands de la ville portuaire d'Anvers, Pierre de Nef, Guillaume-Joseph De Boey, Henri Le Paige et Joseph Proost. En reconnaissance le nom des deux premiers fut donné à deux lacs situés près de la Mission jésuite Saint-Michael des Pend'Oreilles, le Lac des Prêtres et le Lac Eloika. La communauté financière d'Amsterdam, rivale et protestante, investit à la même époque dans la spéculation sur les terres à coton du Mississippi, dont les planteurs n'attendent qu'une chose: l'extinction des tribus amérindiennes. Le mois d'avril 1832 voit une énorme levée de fonds de l'Union Bank of Louisiana à Amsterdam suivie quelques mois après d'une autre de la Banque des citoyens de la Louisiane.
Théodore de Theux, successeur depuis 1830 de Charles Van Quickenborne à la tête de la mission du Missouri, a des liens dans la communauté financière belge. Il reçoit le une lettre de Pierre de Nef expliquant qu'il a fait . En quatre ans, de 1832 à 1835, Pierre de Nef a envoyé au Missouri et au Maryland pour . Guillaume-Joseph De Boey, un autre ami de Pierre-Jean De Smet, a une fortune de deux à huit millions de francs selon les sourcesLemaire 186̞8, page 32Lemaire 186̞8, page 33, montant considérable pour l'époque et constituée essentiellement d'actions de sociétés, grâce à de judicieux placements. En France, une Société de l'Océanie au capital d'un million de francs s'est créé en 1844, pour envoyer des missionnaires - des Pères maristes de Lyon - en Oregon. La même année Pierre-Jean De Smet passe par Lyon après Anvers et Amsterdam, lors de sa première grande tournée européenne après l'ouverture de premiers postes missionnaires dans les Rocheuses. Il effectuera un total de neuf voyages transatlantiques. Les liens commerciaux entre États-Unis et Belgique se développent: les importations belges de produits américains doublent dans la décennie d'avant la guerre de Sécession"La Belgique et la Guerre de sécession: 1861-1865. Étude diplomatique, Volume 1", par Francis Balace, page 18 .
L'héritage universitaire Plusieurs grands établissements américains d'enseignement supérieur ont des origines jésuites: En 1789 est fondé le collège qui deviendra l'université de Georgetown, dont John Carroll, ordonné évêque de Baltimore l'année suivante, devient le directeur. Guillaume-Valentin Dubourg en est le directeur en 1796. Tous deux sont d'anciens JésuitesLa Compagnie de Jésus fut supprimée en 1773 et restaurée en 1814. En 1824, la création d'une école amérindienne jésuite Stanislaus Kostka à Florissant par Charles Van Quickenborne est suivie en 1829 par celle du collège Saint-Régis de Saint-Louis, sous juridiction des jésuites depuis 1828, la future université de Saint-Louis. En 1837, le collège Saint-Charles voit le jour à Grand Coteau (Louisiane), rejoint deux ans après par Théodore de Theux. En 1840, le frère Pierre De Meyer fait partie du groupe de jésuites qui participent au développement de l'université Xavier (Cincinnati), dans l'Ohio, aux côtés de Jean-Antoine Elet, qui devient le premier président jésuite de l'établissement"TO SEE GREAT WONDERS A HISTORY OF XAVIER UNIVERSITY 1831–2006 Roger A. Fortin, page 19 . Une école plus modeste existait en 1831. En 1879, Johann Martin Henni fonde l'université Marquette à Milwaukee grâce à don de Guillaume-Joseph De Boey.