En philosophie, la responsabilité morale est le statut de louange, blâme, récompense ou châtiment moralement méritoire pour un acte ou une omission, conformément aux obligations morales de chacun. Décider de ce qui (si même une telle chose existe) compte comme « moralement obligatoire » est une préoccupation principale de l'éthique.

Les philosophes se réfèrent aux personnes qui ont la responsabilité morale d'une action comme des agents moraux. Les agents ont la possibilité de réfléchir sur leur situation, de former des intentions à propos de la façon dont ils vont agir, puis d'effectuer cette action. La notion de libre arbitre est devenue une question importante dans le débat relativement à la question de savoir si les individus sont jamais moralement responsables de leurs actes et, si oui, dans quel sens. Les incompatibilistes considèrent le déterminisme comme en contradiction avec le libre arbitre alors que les compatibilistes pensent que les deux peuvent coexister.

La responsabilité morale ne correspond pas nécessairement à la responsabilité juridique. Une personne est légalement responsable d'un événement quand un système juridique est de nature à pénaliser cette personne pour cet événement. Bien qu'il puisse souvent arriver que lorsqu'une personne est moralement responsable d'un acte, elle en est également légalement responsable, les deux états ne coïncident pas toujours.

Position philosophique vignette|Différentes positions philosophiques existent, en désaccord sur le déterminisme et le libre arbitre

Selon la façon dont un philosophe conçoit le libre arbitre, il existera des opinions différentes sur la responsabilité morale.

Incompatibilisme

Libertarianisme métaphysique

Les libertariens métaphysiques pensent que nos actions ne sont pas toujours causalement déterminées, prévoyant la possibilité du libre arbitre et ainsi de la responsabilité morale. Tous les libertariens sont également incompatibilistes : ils pensent que si le déterminisme causal était vrai de l'action humaine, nous ne disposerions pas du libre arbitre. En conséquence, les libertariens souscrivent au principe de possibilités alternatives, qui postule que la responsabilité morale exige que nous aurions pu agir différemment.

Des considérations phénoménologiques sont parfois invoquées par les incompatibilistes pour défendre une position libertarienne. Dans la vie quotidienne, nous sentons que le choix contraire est une option viable. Bien que ce sentiment ne crée pas fermement l'existence du libre arbitre, certains incompatibilistes prétendent que le sentiment phénoménologique de possibilités alternatives est une condition préalable au libre volonté.

Jean-Paul Sartre suggère que les gens évitent parfois accusation et responsabilité en se cachant derrière le déterminisme : «... nous sommes toujours prêts à nous réfugier dans une croyance au déterminisme si cette liberté pèse sur nous ou si nous avons besoin d'une excuse »Sartre, J.P. (1943)Being and Nothingness, reprint 1993. New York: Washington Square Press..

Une opinion similaire veut que la culpabilité morale de l'individu réside dans le caractère individuel. Autrement dit, une personne avec le caractère d'un meurtrier n'a pas d'autre choix que d'assassiner, mais peut encore être punie parce qu'il est juste de punir ceux de mauvaise moralité. Comment son caractère a-t-il été déterminé est non pertinent dans cette perspective. Robert Cummins par exemple, soutient que les gens ne devraient pas être jugés pour leurs actions individuelles, mais plutôt sur la façon dont ces actions « reflètent leur caractère ». Si le caractère (quelle qu'en soit la définition) est le facteur causal dominant dans la détermination des choix de chacun, et si ses choix sont moralement mauvais, alors on devrait être tenus responsables de ces choix, indépendamment des gènes et autres facteurs de ce genreVuoso, G. (1987) Background Responsibility and Excuse, Yale Law Journal, 96, Cummins, R. Culpabilit and Mental Disorder, .

Il existe en droit une exception connue à l'hypothèse que la culpabilité morale réside soit dans le caractère individuel soit dans des actes librement voulus. La défense d'aliénation mentale — ou son corollaire, la responsabilité diminuée (sorte d'appel au sophisme de la cause unique) — peut être utilisée pour soutenir que l'acte coupable n'a pas été le produit d'un esprit coupableGoldstein, A. M., Morse, S. J. & Shapiro, D. L. 2003 Evaluation of criminal responsibility. In Forensic psychology. vol. 11 (ed. A. M. Goldstein), . New York: Wiley.. Dans de tels cas, les systèmes juridiques de la plupart des sociétés occidentales supposent que la personne n'est en quelque sorte pas fautive parce que ses actions sont une conséquence d'une fonction cérébrale anormale (ce qui implique que le fonctionnement du cerveau est un agent causal déterministe de l'esprit et du motif).

L'argument de la chance L'argument de la chance est une critique contre la conception libertarienne de la responsabilité morale. Il suggère que toute action donnée, et même le caractère d'une personne, sont le résultat de diverses forces hors du contrôle de cette personne. Il peut ne pas être raisonnable alors de tenir cette personne uniquement moralement responsable.. Thomas Nagel suggère que les quatre types différents de chance (y compris les influences génétiques et d'autres facteurs externes) finissent par influencer la façon dont les actions d'une personne sont évaluées moralement. Par exemple, une personne conduisant en état d'ébriété peut rentrer chez elle sans incident et pourtant cette action de « conduite sous l'emprise de l'alcool » peut sembler moralement plus répréhensible si quelqu'un arrive à croiser son chemin (étant frappé par la voiture)Nagel, Thomas. 1976, Moral Luck, Proceedings of the Aristotelian Society Supplementary vol. 50: 137-55..

On peut faire remonter cet argument à David Hume. Si l'indéterminisme physique est vrai, alors ces événements qui ne sont pas déterminés sont scientifiquement décrits comme probabilistes ou aléatoires. Il est donc fait valoir qu'il est douteux que l'on puisse louer ou blâmer quelqu'un pour avoir fait une action générée de façon aléatoire par son système nerveux (sans qu'il y ait un organisme non-physique responsable de l'issue probabiliste observée)Hume, D. (1740). A Treatise of Human Nature (1967 edition). Oxford University Press, Oxford. .

Déterminisme dur

Les déterministes durs (à ne pas confondre avec les fatalistes) utilisent souvent la liberté dans des considérations morales pratiques plutôt qu'une notion de libre arbitre. En effet, face à la possibilité que le déterminisme nécessite un système moral complètement différent, certains partisans disent « Tant pis pour le libre arbitre! »Benditt, Theodore (1998) Philosophy Then and Now with eds. Arnold and Graham. Oxford: Blackwell Publishing, 1998. . Clarence Darrow, le célèbre avocat de la défense, a plaidé l'innocence de ses clients, Leopold et Loeb, en invoquant une telle notion de déterminisme durDarrow, Clarence, 1924, The Plea of Clarence Darrow, in Defense of Richard Loeb and Nathan Leopold, Jr., On Trial for Murder, page reference is to the reprint in Philosophical Explorations: Freedom, God, and Goodness, S. Cahn (ed.), New York: Prometheus Books, 1989.. Lors de sa plaidoirie il a déclaré :

Paul de Tarse, dans son Épître aux Romains aborde ainsi la question de la responsabilité morale : « Le potier n'a-t-il pas le pouvoir sur l'argile, de la même masse pour faire un vase avec honneur et un autre avec déshonneur? »St. Paul, Epistle to the Romans, 9:21, King James Bible Tennessee:The Gideons International. Dans cette perspective, les individus peuvent encore être déshonorés pour leurs actes, même si ces actes ont finalement été complètement déterminé par Dieu.

Joshua Greene et Jonathan Cohen, chercheurs dans le domaine émergent de la neuroéthique, font valoir, sur la base de ces cas, que notre notion actuelle de la responsabilité morale est fondée sur des intuitions libertariennes (et dualistes)Greene, J. Cohen, J. (2004). For the law, neuroscience changes nothing and everything. Philosophical Transactions of the Royal Society of London B, 359, 1775–1785.. ils font valoir que les recherches en neurosciences cognitives (par exemple les ) sapent ces intuitions en montrant que le cerveau est responsable de nos actions, non seulement en cas de psychose luxuriante mais aussi dans des situations moins évidentes. Un dommage au lobe frontal par exemple réduit la capacité à peser des risques incertains et à prendre des décisions prudentes et conduit donc à une probabilité accrue que quelqu'un commette un crime violentBrower M.C. and Price B.H. (2001). Neuropsychiatry of frontal lobe dysfunction in violent and criminal behaviour: a critical review. Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, 71: 720–726.. Cela est vrai non seulement des patients avec des lésions au lobe frontal à la suite d'un accident ou d'un AVC, mais aussi des adolescents, qui montrent une activité réduite du lobe frontal par rapport aux adultesSteinberg, L., Scott, E. S. (2003). Less guilty by reason of adolescence: developmental immaturity, diminished responsibility, and the juvenile death penalty dans American Psychologist 58, 1009–1018. et même des enfants qui sont chroniquement négligés ou maltraitésTeicher, M. H., Anderson, S. L., Polcari, A., Anderson, C. M., Navalta, C. P., and Kim, D. M. (2003). The neurobiological consequences of early stress and childhood maltreatment. Neuroscience and Behavioral Reviews, 27: 33–44.. Dans chaque cas, le coupable peut, selon eux, déclaré avoir moins de responsabilités pour ses actions . Greene et Cohen prédisent que, comme ces exemples deviennent plus courants et bien connus, les interprétations du libre arbitre et de la responsabilité morale des jurés vont se déplacer loin de la notion libertaire intuitive qui les sous-tend actuellement.

vignette|David Eagleman explique que nature et culture sont les causes de tout comportement criminel. Il croit également que la science exige que le changement et l'amélioration, plutôt que la culpabilité, doivent devenir le centre du système de justice légaleDavid Eagleman, Philosophy Bites Podcast, "David Eagleman on Morality and the Brain" Greene et Cohen soutiennent également que le système juridique ne nécessite pas cette interprétation libertarien. Ils suggèrent plutôt que seules les notions de rétribution de justice, dans lesquelles le but du système juridique est de punir les gens pour des méfaits, exigent l'intuition libertarienne. De nombreuses formes d'approches éthiquement réalistes et consequentialistes de la justice, qui visent à promouvoir le bien-être futur plutôt que le châtiment, peuvent survivre même à une interprétation déterministe dure du libre arbitre. En conséquence, le système juridique et les notions de justice peuvent ainsi être maintenus même en face des nouvelles preuves neuroscientifiques qui sapent les intuitions libertariennes du libre arbitre.