L'affaire Jamila Belkacem est une affaire criminelle française dans laquelle Jamila Belkacem, aide-soignante mythomane et manipulatrice, a empoisonné son amant Jacques Brunet, , vétérinaire à Bourg-en-Bresse en et a tenté de faire empoisonner son mari René Maillard en à Villefranche-sur-Saône par sa fille aînée.
Les faits et l'enquête Séparation de Jamila et de René En , le tribunal de grande instance de Villefranche-sur-Saône prononce une séparation de corps sans divorce. Selon Jamila, parce que son époux est homosexuel. Selon René, pour qu'elle puisse bénéficier d'allocations plus importantes« L'empoisonneuse » Article d'Olivier Bertrand publié le 30 janvier 2006 dans Libération« Retour sur une affaire criminelle (3/5) : Jamila Belkacem, la serial-empoisonneuse » Article de Bérénice Dubuc publié le 02 août 2010 dans 20 minutes« Amant brûlé, mère accusée, père ressuscité » Article d'Olivier Bertrand publié le 3 avril 2003 dans Libération.
Rencontre avec Brunet et premières manipulations Jacques Brunet a économisé environ pour réaliser son rêve : acheter un voilier et partir faire le tour du monde sur les océans. Préférant vivre ce rêve en couple, il passe une petite annonce pour trouver une femme voulant faire le voyage avec lui.
En , Jamila Belkacem répond à l'annonce de Jacques Brunet et ils se rencontrent. Elle se présente à lui sous le nom de Myriam Maillard et lui dit qu'elle est infirmière, titulaire de hauts diplômes scientifiques, fille d'un grand architecte marocain. Elle le séduit vite, il devient très épris d'elle. Il la prend en pitié quand elle lui raconte certains passages douloureux de sa vie : elle est la fille illégitime de la femme de ménage de son père, elle a eu une très grave maladie qui justifie qu'elle doit de temps en temps s'absenter pour son traitement à l'hôpital.
Jamila Belkacem présente Jacques Brunet à René Maillard en disant à René que Jacques est un collègue de travail de l'hôpital, atteint d'une tumeur au cerveau, à qui il ne reste que quelques semaines à vivre, rejeté par sa famille« Jamila, un amant tué, un mari rescapé et une fille manipulée » Article d'Éric Mesmin publié le 13 décembre 2003 dans Libération. Et elle dit à Jacques que René est son demi-frère Georges, qu'il est un peu dérangé, et qu'il lui arrive de se faire appeler René, ou de se prendre pour son époux. Elle lui dit que ses quatre enfants sont des neveux et nièces, qui l'appellent « maman » car ils lui ont été confiés depuis des années et qu'ils la considèrent donc comme leur mère.
Relation avec Brunet Jacques Brunet sidéré, aveuglé, ne peut plus se détacher de Jamila. Sur son ordinateur portable, il lui écrit des dizaines de poèmes et l'appelle son . Il est constamment en arrêt maladie, apparemment pour dépression. Il est fatigué et agressif. Il est comme hypnotisé par Jamila, il ne lui refuse rien. Elle a de plus en plus d'emprise sur lui. Il sombre dans une profonde léthargie, devient apathique, nonchalant. Il passe presque tout son temps à dormir, a des pertes de mémoire, ne se souvient plus de ce qu'il a fait les jours précédents, s'isole de plus en plus, ne voit quasiment plus personne. Il est presque injoignable.
Jacques Brunet visite des bateaux d'occasion à acheter. Jamila Belkacem l'accompagne, les vendeurs observent qu'elle n'est pas motivée par l'achat d'un bateau, ni intéressée par le projet de voyage à bord. Le , ils visitent un catamaran de Philippe Ebrard. Jacques Brunet a envie de l'acheter. Il projette de conclure l'achat dans les quinze jours qui suivent.
Disparition et mort de Brunet Le , Jacques et Jamila louent une voiture pour effectuer un voyage en Angleterre. Le , Jacques est malade, ne se sent pas bien, il somnole. Le , Jacques va mieux, il mange avec Jamila et René. Jamila passe une partie de la nuit avec Jacques dans son appartement. À partir de ce moment, il ne répond plus aux appels téléphoniques et plus personne ne le voit vivant. Le , Jamila part en voyage quatre jours en Angleterre avec ses enfants.
Le vers , Jamila Belkacem téléphone aux pompiers pour donner l'alerte. Elle dit s'appeler Myriam Maillard et que son compagnon Jacques Brunet ne répond plus à ses appels téléphoniques. Elle semble très inquiète. Les pompiers la rejoignent devant chez lui. Ils sentent une odeur de brûlé à travers la porte d'entrée de l'appartement de Jacques Brunet. Les pompiers ouvrent la porte avec un pied-de-biche. L'intérieur de l'appartement est rempli de suie, lugubre, la lumière extérieure y pénètre à peine. Éclairant avec leurs lampes torches, ils découvrent dans la chambre le corps carbonisé de Jacques Brunet sur son matelas. Jamila Belkacem leur dit que Jacques avait l'habitude de prendre des somnifères le soir pour s'endormir en lisant à la bougie pour éviter de devoir se relever pour éteindre la lumière. Plusieurs boîtes de médicaments sont sous le matelas. Ils en déduisent que la mort de Jacques Brunet est accidentelle. Il a dû s'assoupir en lisant, une bougie a dû basculer et mettre le feu au matelas et à l'appartement. Le médecin de garde délivre un certificat de décès et un permis d'inhumer.
Doutes sur la mort de Brunet Alors que la disparition de Jacques Brunet semble une affaire classée, plusieurs événements relancent l'enquête. D'une part, la famille Brunet est sceptique sur cette thèse, car d'après eux il était très méticuleux sur la sécurité. De plus, elle constate que ses comptes en banque sont vides. D'autre part, Yves Debertolis, expert en assurances chargé d'évaluer les dégâts dans l'appartement de Jacques, émet des doutes avant même de l'inspecter. D'après lui, il est impossible qu'un corps soit ainsi calciné sans utiliser un accélérant, vraisemblablement de l'essence. En visitant l'appartement, il constate au moins quatre points de départ d'incendie à des températures de plus de . Les analyses révèlent des traces d'essence sur les plinthes de l'appartement et sur les restes du matelas. Le rapport d'expertise conclut que c'est le signe d'un incendie volontaire, et donc que la mort de Jacques est soit un suicide, soit un assassinat.
Face à cette révélation, la famille Brunet porte plainte. L'avocat de la famille saisit le procureur de la République. Le juge d'instruction ordonne que le corps de Jacques soit exhumé et autopsié. Les médecins légistes confirment d'abord qu'il s'agit bien du corps de Jacques Brunet. Ensuite, sur les circonstances du décès, ils constatent qu'il n'y a pas de trace de suies dans la bouche ni dans la trachée de Jacques. Donc, au début de l'incendie, Jacques ne respirait plus et était vraisemblablement déjà mort. Ensuite, les analyses toxicologiques révèlent que Jacques a absorbé des médicaments. Elles mettent en évidence des quantités importantes de benzodiazépines qu'il absorbait quotidiennement depuis quatre mois et demi, et également de la doxépine (un antidépresseur) à des doses toxiques dans son sang. Enfin, les médecins légistes établissent que Jacques Brunet est mort entre le 19 et le .
La lettre anonyme Le , l'épouse de Jacques Brunet reçoit une lettre anonyme de la part d'une femme. Elle se présente comme la maîtresse clandestine de Jacques. Cette personne écrit qu'elle a appris la mort de Jacques le . Elle demande à la destinataire de ne pas soupçonner Myriam Maillard. Cette personne affirme que Myriam Maillard est quelqu'un de bien, qui n'a rien à voir avec la disparition des économies de Jacques. Cette lettre a l'effet inverse, car tous les soupçons se focalisent sur Myriam Maillard. De plus, Jamila Belkacem téléphone à de nombreuses reprises à Yves Debertolis pour essayer, en vain, de le convaincre que l'incendie a bien été provoqué par une bougie qui a enflammé les couvertures et le matelas, et qu'il était donc accidentel.
L'enquête se resserre sur la coupable Les gendarmes vont à l'adresse de Myriam Maillard, au 90 rue Paul-Bert à Villefranche-sur-Saône, pour l'interroger et ils découvrent sa véritable identité : Jamila Belkacem. Myriam est le prénom de sa fille cadette. Ils constatent que plus de (environ ) ont été virés des comptes de Jacques Brunet au bénéfice de Jamila Belkacem. Des chèques de Jacques Brunet sont signés par celle-ci. L'argent a disparu des comptes de Jamila Belkacem.
Dans la cave de Jamila Belkacem et René Maillard, les gendarmes trouvent l'ordinateur portable de Jacques Brunet. Les experts informatiques retrouvent dans la mémoire de cet ordinateur des documents effacés : des fausses ordonnances pour les médicaments qui ont servi à empoisonner Jacques Brunet aux noms de Zina Rifi ou René Mayer. Dans les documents imprimés non enregistrés, les experts informatiques trouvent la lettre envoyée à l'épouse de Jacques Brunet, imprimée à le . La personne qui a rédigé cette lettre savait donc que le cadavre de Jacques Brunet serait découvert le et donc savait, le , que Jacques Brunet était mort. Ce jour-là, à cette heure, Jamila Belkacem était seule dans l'appartement, René Maillard travaillait à l'usine, ses quatre enfants étaient en classe. Seule Jamila Belkacem a pu utiliser cet ordinateur pour écrire et imprimer cette lettre.
Protagonistes
Jamila Belkacem Jamila Belkacem nait le au Douar Beni Oulil au Maroc, dans une modeste famille paysanne. Son père est polygame, elle est une des neuf enfants de la seconde épouse. En , elle immigre en France. Elle rencontre René Maillard par petite annonce. En , ils se marient. Elle obtient la nationalité française. Ils ont quatre enfants. Elle tenait beaucoup à avoir des enfants. Elle a un certain nombre d'aventures de courte durée.
Jacques Brunet Jacques Brunet est vétérinaire à Bourg-en-Bresse, reconnu et apprécié professionnellement. Il vit isolé depuis qu'il est séparé de son épouse, qui habite avec ses enfants dans le sud de la France. Il habite un petit appartement, meublé sommairement, dans le centre-ville. Il est très croyant. De plus, sa vie sociale est très réduite.
Arrestation et incarcération Le , Jamila Belkacem est arrêtée et placée en garde à vue à la gendarmerie de Bourg-en-Bresse. Elle nie les faits qui lui sont reprochés et jure qu'elle est innocente, qu'elle aimait Jacques et qu'ils avaient prévu de se marier. Elle affirme que les transferts d'argent ont été faits à l'initiative de Jacques Brunet, pour éviter qu'il doive verser une partie de cet argent à sa future ex-épouse dont il avait prévu de divorcer« Coup de théâtre aux assises du Rhône » Article d'Alice Géraud publié le 28 février 2003 dans Libération. Elle accuse René Maillard. Elle est mise en examen pour assassinat et incarcérée à la maison d'arrêt de Montluc« Famille Belkacem, après la mère, la fille » Article publié le 30 janvier 2006 dans 20 minutes à Lyon. Elle entame une grève de la faim. René Maillard est mis hors de cause.
Procès et condamnations Procès pour la mort de Jacques Brunet Première instance Le , le procès de Jamila Belkacem débute à la cour d'assises de l'Ain à Bourg-en-Bresse. Luc Robert est l'avocat de la famille de Jacques Brunet. La défense de Jamila Belkacem est assurée par les avocats André Buffard, Yanina Castelli et Jean Dubuis.
Elle affirme que ce n'est pas elle qui a effacé les fausses ordonnances qui étaient enregistrées dans la mémoire de l'ordinateur de Jacques Brunet, et que c'est pendant sa détention provisoire qu'elle a appris à se servir d'un ordinateur. Mais plusieurs personnes témoignent qu'elle avait un ordinateur chez elle, qu'elle utilisait, et qu'elle leur a donné des explications pour utiliser un ordinateur quand ils en ont acquis un.
René Maillard déclare l'avoir vu fabriquer de fausses ordonnances, qu'elle en avait l'habitude et qu'un pharmacien l'avait dénoncée à la police. Elle raconte qu'elle a vécu des traumatismes pendant son enfance : mort de sa mère, viol, enlèvement.