La chartreuse de Mont-Sainte-Marie ou chartreuse de Notre-Dame d'Aillon (latin ), plus communément appelée chartreuse d'Aillon, est un ancien monastère de l'ordre des chartreux, situé sur la commune d'Aillon-le-Jeune, dans le département français de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.

L'établissement monastique est fondé dans les Bauges dans la deuxième partie du par le comte Humbert III, dit de Savoie, qui dote les moines probablement déjà installés. La seule bâtisse subsistante est inscrite en 1994 au titre des monuments historiques. Elle accueille depuis 2008 la Maison du patrimoine du parc naturel régional du massif des Bauges.

Nom La chartreuse est dédiée à la Vierge Marie, mère de Jésus, sous le vocable Mont-Sainte-Marie d'Aillon ( au début du ), puis plus tardivement Notre-Dame« Aillon-le-Jeune » , in Cahier, La Sauvegarde de l'art français, Picard, Numéro 9, 1996 ( présentation en ligne).. Jean-Pierre Aniel, archiviste paléographe, dans son ouvrage Les maisons de chartreux (1983), la présente ainsi Cartusia B. Mariae de Allione.. L'abbé Laurent Morand (1830-1894), historien spécialiste du territoire des Bauges et auteur de trois volumes (1889-1891) consacrés à l'histoire de cette petite région, la mentionne simplement Chartreuse d'Aillon, voire Chartreuse de Lourdens. Joseph-Antoine Besson la désignait, en 1759, par « celle d'Haillon en Bauges »..

Le toponyme Aillon () correspond à un ancien fundus (propriété) auquel est passé le nom du propriétaire, un certain Allio, Allionis. Le chanoine Gros, reprenant notamment le travail de l'abbé Morand, liste les différentes mentions de la chartreuse ou de ses personnalités : Guigo prior de Allione en 1158, Domus Allionis vers 1178, date supposée de la fondation de la chartreuse, puis Bernardus prior de Allione en 1198, prior Allonis en 1223, Cura de Allion vers 1344, Prioratus de Ayllone au ..

Géographie vignette|La chartreuse d'Aillon et sur la gauche le Roc de Pra Renard (), pointe sud du chaînon du Colombier ou Colombier d'Aillon.

La chartreuse d'Aillon se situe à l'extrémité sud-ouest du massif des Bauges ().. Les vestiges de ce monastère se situent sur la commune d'Aillon-le-Jeune, dans le département de la Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes. À l'origine, elle se situait en limite des diocèses de Genève et de Grenoble, et relevant du premier.

Les chartreux ont reçu des terres situées dans l'ancienne paroisse d'Aillon, notamment un désert correspondant au vallon ou combe appelé de Lourdens ou encore d'Aillon ()... La petite combe mesure une dizaine de kilomètres ()., orientée sud-ouest - nord-ouest. Le chartiste Raymond Oursel décrit les lieux comme un .. Le chanoine Gros relève que le nom de Lourdens est récent puisqu'on ne le retrouve pas dans le cartulaire de la Chartreuse d'Aillon. L'archiviste paléographe Pierre Duparc, dans un article consacré aux moines dans le diocèse de Genève, parle du ., aujourd'hui orthographié Fully et désignant également le torrent s'écoulant dans la combe. Les toponymes Fullie et Fully désignent un « bois feuillu », en savoyard..

Le vallon où est installée la chartreuse se situe en contrebas du Grand Colombier dit aussi Colombier d'Aillon. La chartreuse est implantée à une altitude de . ( sur la carte IGN). Il est accessible, par le sud, principalement par la route départementale 32B, depuis le chef-lieu d'Aillon-le-Jeune.

La paroisse d'Aillon et la chartreuse, bien que situées en limite avec le décanat de Savoie, qui dépendait de l'évêché de Grenoble, se trouvaient historiquement dans le décanat d'Annecy, dépendant du diocèse de Genève. Elle relève de la province cartusienne de Chartreuse. À la suite de l'union du duché de Savoie à la France révolutionnaire (1792), le Concordat (1801) donne naissance à l'éphémère diocèse de Chambéry et Genève.. Le monastère est abandonné, les moines chassés par les troupes révolutionnaires (cf. section « Histoire »).

Histoire Fondation La fondation de la chartreuse n'est pas datée précisément à ce jour. Laurent Morand rappelle, dans son étude consacrée à la chartreuse, les différentes traditions historiques suivantes : Charles-Joseph Morotius, dit Dom Morozzo, auteur du Theatrum Chronologicum sacri Ordinis Cartusiensis (1681)Carolus Josephus Morotius,Theatrum Chronologicum sacri Ordinis Cartusiensis, Turin, 1681, (lire en ligne). ainsi que les auteurs de la Gallia christiana donnant l'année 1143 ; un document ancien dit « Series Et Origo Doiorum Ordinis Cartusiensis, dit de la maison d'Aillon » indique et la Carta Capituli Cartusiensis, la charte du chapitre général des chartreux, qui s'est tenu en 1208, indiquant pour sa part, dans la marge, « avant 1178 ». À propos de l'année 1143, comme le souligne l'abbé Morand, le comte Humbert III, dit de Savoie ne succède à son père Amédée III qu'à sa mort, à Chypre, en . Pierre Jacques Le Seigneur, auteur d'un ouvrage consacré à la chartreuse en 2008, reprend les travaux de Morand en mentionnant le plupart de ces traditions..

Les auteurs du Régeste genevois (1866) présentent dans leur « Table alphabétique générale » à l'entrée « Aillon » . Leur datation reposeActe « sans date. (1183, selon Besson) » (REG 0/0/1/426), (). sur les travaux de l'abbé Joseph-Antoine Besson, Mémoires pour l'histoire ecclésiastique des diocèses de Genève, Tarentaise, Aoste et Maurienne et du décanat de Savoie (1759). L'année est également retenue dans Petite chronique de Frère Billard, chartreux (1860) de l'historien François Rabut (1819-1893)François Rabut, Petite chronique de Frère Billard, chartreux, contenant le récit des incendies de la maison d'Aillon-en-Bauges, des détails sur quelques réparation et sur les bois possédés par cette maison en 1585, , publié dans Mémoires et documents de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, 1860 (lire en ligne)..

Des auteurs plus récents (le chanoine Gros, 1935, le chartiste Aniel, 1983 ou encore les auteurs de l’Histoire des communes savoyardes, 1984 ( lire en ligne). ou encore Le Seigneur, 2008.) s'accordent pour retenir l'année 1178 pour la charte 1. Le médiéviste Pierre Duparc (1995) donne deux années précisant que les moines auraient reçu vers 1178 un . Pierre Jacques Le Seigneur précise que , selon la charte 3.

Au-delà de la datation, la tradition historique s'accorde sur le contexte. Le comte Humbert III fait un important don aux chartreux. La charte de fondation débute ainsi Texte en latin, présenté par Samuel Guichenon, Histoire généalogique de la royale maison de Savoie, justifiée par titres, fondations de monastères... et autres preuves authentiques, tome quatrième. Première partie, nouvelle édition, J.-M. Briolo, 1780, preuves (lire en ligne). (). D'après ce document, il lègue à l'abbaye l'ensemble de ses droits sur la terre d'Aillon, le lac de la Thuile (). ainsi que Des vassaux du comte , témoins de la donation, lèguent ou vendent des biens et des terres à la chartreuse.

Cet acte de donation du comte Humbert III est considéré comme celui de la fondation du monastère, même si la présence antérieure des moines semble fort probable. L'abbé Morand souligne une installation à partir de 1149.

Guy, dit évêque d'Aoste et prieur de Meyriat (Bugey) est présent lors de cette fondation ().. Il s'agit probablement de Guy d'Aoste. Le chanoine Gros relève la mention d'un Guigo prior de Allione, en 1158. Morand, qui s'accorde sur 1178, nuance cette fonction attribuée à Gui, voyant plutôt en lui l'organisateur de la communauté.

Les moines chartreux venus s'installer semblent originaires de la chartreuse de Meyriat, située . La première installation des moines pourrait être d'après l'abbé Morand au niveau des lieux-dits Muret ou Saint-Bruno, ce dernier serait peut être une référence au chartreux saint Bruno. La date de leur installation sur le site actuel n'est pas connu.

Donations par les comtes de Savoie La chartreuse d'Aillon est la troisième maison ouverte dans la partie sud de la région, après le Reposoir (1151, diocèse de Genève, installée en Faucigny) et Saint-Hugon (1173, diocèse de Grenoble, en Savoie en position de frontière avec le Dauphiné). L'Ordre chartreux compte trois autres maisons dans le diocèse de Genève : Vallon (1138, Chablais), Oujon (1146, en Pays de Vaud) et Pomier (vers 1170, en Genevois)..

La donation du comte Humbert III est confirmée par ses successeurs, qui en accordent à leur tour d'autres. Ces bienveillance envers Aillon proviennent également des grandes familles seigneuriales de Savoie, notamment les Apremont (Apremont), Chignin (Chignin), les Miolans (Miolans), ou encore de Ravoire ou de La Ravoire (Montmélian) ()..

Le comte Thomas de Savoie confirme, en 1216, les donations de son père.. Il dote, au cours de son règne, à six occasions l'abbaye, fondée par son père (). et lui apporte sa protectionActe entre 1188 et 1233 (REG 0/0/1/451), ()..

vignette|gauche|Grangerie de Lourdens (2013). Le fils de Thomas , le comte Amédée IV, poursuit les donations avec des terres « dans la plaine de Montmélian » en 1236Acte du (REG 0/0/1/695), ()., notamment le domaine dit de Lourdens, à Cruet ( lire en ligne). En 1251, il confirmera toutes les donations faites au monastère par ses prédécesseursActe du (REG 0/0/1/834), ().. Dans son testament de 1252, il fait un don de mille sous à la chartreuse ainsi qu'aux monastères d'Arvières et de HautecombeActe du (REG 0/0/1/845), ()..

Le comte Amédée VI de Savoie lègue par testament le château fortifié de Pierre-Châtel à l'ordre des Chartreux en 1383. Le prieur d'Aillon en obtient la charge et devient ainsi le commandant de la forteresse.. Bien que cette fonction soit en contradiction avec la règle cartusienne, il la gardera jusqu'en 1583.

Une visite en 1476 permet de connaître les possessions de la chartreuse pour cette période : .. L'établissement possède de nombreuses terres estimées à , principalement des forêts, une dizaine de fermes situées dans la combe de Lourdens, ainsi que des possessions à Doucy, des vignes dans la Combe de Savoie.

Vie du monastère Ces différentes donations permettent à la chartreuse de prospérer. Ainsi le nombre de moines augmente, passant de 7 ou 8 lors de la fondation à Ces derniers ne sont liés par aucun vœu, mais ils ont passé un contrat avec le monastère, pouvant être considérés de simples salariés..

Les moines sont principalement originaires de la région, même si quelques-uns semblent originaires de l'extérieur, selon Dom Charles Le Couteulx (1639-1709)., annaliste cartusien.

Les historiens Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon font observer dans une étude consacrée aux communautés montagnardes (2010) que les chartreux veillaient .. Il donne ainsi en exemple Aillon qui .

Le monastère est détruit à de nombreuses occasions par des incendies.. Celui de 1582 oblige la reconstruction des lieux. La restauration est due au prieur Dom Fiacre Billard. Le nouveau monastère est reconstruit au cours du . Le portail de l'entrée de l'ancienne hôtellerie possède deux clefs en pierre avec les dates de 1646 et 1671 inscrites (voir photo ci-dessous).

Un relâchement est constaté dans l'observation de la règle cartusienne. Les auteurs de l'ouvrage Le Diocèse de Genève-Annecy (1985) relatent une visite effectuée en 1476 dans cette maison avec un . On relève en cette fin de période que

Les activités L'accroissement des activités du monastère demande peu à peu une main d'œuvre nombreuse. Initialement installé dans un lieu désert, des paysans viennent s'installer pour exploiter les terres, mais aussi pour travailler le fer, notamment dans les martinets.