Le « dahir berbère », ainsi nommé au départ par ses opposants, ou Dahir du 17 hija 1348 (16 mai 1930) réglant le fonctionnement de la justice dans les tribus de coutume berbère non pourvues de mahakmas pour l'application du Chrâa (Charia)Une mahakma est un et le chrâa (ou ) la , est un dahir du temps du protectorat français au Maroc, établi sous la résidence générale de Lucien Saint et scellé par le sultan Mohammed ben Youssef (devenu plus tard roi Mohammed V), alors âgé de vingt ans et au début de son règne.

Il vise à préserver l’autonomie traditionnelle des tribus berbères du Maroc, essentiellement dans le domaine juridique.

Quels que furent les objectifs, , du texte de ce dahir, qui s'inscrivait dans le cadre de la « politique berbère » rapidement engagée par la puissance coloniale française après le traité de Fès de 1912, son adoption fut perçue au Maroc comme un non-respect des statuts du protectorat ou une atteinte à l'unité du peuple marocain ; au point de susciter une réaction nationaliste de grande ampleur, devenue une étape essentielle du nationalisme marocain et ayant conduit, dans un premier temps notable, environ quatre ans après (), à une quasi-marche arrière.

« Politique berbère »

Les motivations de la création du dahir berbère est une œuvre qui prend ses racines depuis fort longtemps, à commencer par la bulle papale de Grégoire XV, fondateur et organisateur de la mission de christianisation de la Barbarie, pays des infidèles. Cette mission sera représentée au Maroc par des franciscains en 1619.

Le projet colonial s'inscrit dans la pensée de Louis Massignon :

Reniement du berbérisme par Massignon « C'est une question qui a été en effet pour moi un cas de conscience à la fois religieux et scientifique, pendant les années 1909 à 1913 où le père de Foucauld, par écrit et de vive voix, me pressait de consacrer après lui, ma vie à ce mouvement tournant qui devait éliminer la langue arabe et l'Islam de notre Afrique du Nord, au bénéfice de la langue française et de la chrétienté, en deux temps : exhumation du tuf linguistique et coutumier primitif des Berbères ; assimilation par une langue et une loi (chrétienne ?) supérieures, française et chrétienne. Comme tous les croyants et tous les débutants, j'étais très sympathique à cette thèse ; j'avais cru à l'assimilation franco-chrétienne de la Kabylie par le mouvement tournant du berbérisme, (…) puis j'ai vu que leur désislamisation [des Kabyles] tournerait au laïcisme maçonnique (puis à un nationalisme nord-africain xénophobe…). Martyr ne se rendait pas compte de l'ignominie de ce berbérisme, et je mis des années à m'en apercevoir et à m'en dégager » ~ Louis Massignon.

L'application du dahir se réalise en trois étapes.

Étape du 11 septembre 1914 Sous l'influence d'un groupe de spécialistes des sociétés montagnardes du moyen et du haut Atlas, tel Maurice Le Glay (ancien militaire, contrôleur civil et écrivain), d'un noyau de en collaboration avec l'évêque de Rabat, ce dahir avait pour but l'adaptation de la « justice berbère » aux conditions de l'époque dans l'esprit de la politique inaugurée au Maroc par Lyautey par le dahir du . Cette politique consistait à préserver l'autonomie des Berbères, en particulier dans le domaine juridique, en les soustrayant à la législation islamique ou Charia et en maintenant leur droit coutumier, dit `Orf ou Izref.

La résidence se mobilise pour faire appliquer son plan en faisant signer au sultan le dahir qui soustrait les tribus berbères à la « loi islamique », reconnait leurs coutumes et dispose que l'appel des jugements rendus en matière pénale serait porté devant les juridictions françaises.

Étape du : le dahir dit « berbère » Officialisant dans le pays la justice coutumière, enracinée depuis des millénaires.

Étape du Son intitulé exact tel que le lui a donné le législateur est : "Dahir règlementant le fonctionnement de la justice dans les tribus de coutumes berbères". En application de ce dahir, l’arrêté viziriel du organisait les tribunaux coutumiers ainsi constitués.

Étape du Pendant ses études à l’Université al-Qaraouiyine de Fès, Si Ahmed Boubia a organisé avec ses camarades la célèbre manifestation de Khémisset du contre la politique coloniale française et contre le Dahir berbère, manifestation qui était à l’origine d’un mouvement de solidarité populaire dans d’autres contrées du Maghreb selon le témoignage même du Président tunisien Habib Bourguiba dans un discours prononcé à l’occasion de la commémoration du de la mort de Allal al-Fassi. Dans ce discours publié par le journal Al-Alam le , Habib Bourguiba insiste à plusieurs reprises sur l’importance du soulèvement de Khémisset pour une première coordination de la résistance au niveau du Maghreb.

Texte du « dahir berbère »

(surnommé « dahir berbère » au départ par ses opposants) :

Campagne contre le dahir Réaction nationaliste En 1930, le Dahir berbère qui a été publié le et qui instaure une division ethnique entre Arabes et Berbères pour mieux ancrer la politique coloniale au Maroc, ce texte a entraîné la première réaction des jeunes nationalistes slaouis. Après plusieurs concertations avec ses amis Abdellatif Sbihi, Mohamed Chémaou, Abdeslam Aouad, Ahmed Maâninou et son frère Saïd Hajji, c'est Abdelkrim Hajji, qui eut l'idée d’utiliser le « Latif », comme arme religieuse pour sensibiliser les gens sur le danger que constitue ce Dahir (http://said.hajji.name/fr/book-anneau2.html (L'anneau manquant de l'histoire du mouvement national (Daâwat Alhaq -ministère des Habous et des Affaires Islamiques - No 232 du )(http://said.hajji.name/fr/book-istiqlal.html (Hommage du Parti de l'Istiqlal à Abdelkrim Hajji ("Al Alam" - )). Il a aussitôt fait la tournée des écoles coraniques de Salé pour leur demander la lecture du « Latif ». L’appel au « latif » 8 a ainsi été lancé à Salé le par Abdelkrim Hajji, relayé par la suite dans les principales mosquées du Maroc ; et une pétition contre le dahir berbère du , rédigée par le mufti Abu Bakr Zniber, est remise le au Sultan Mohammed ben Youssef par le biais du grand vizir Al-MoqriN 9 ainsi qu'au Résident général. Le mouvement de contestation conduit finalement la France, en 1934, au retrait de ce dahir, perçu par les intellectuels de l’époque comme une tentative de division du peuple marocainDossier marocain sur le dahir berbère de 1930 auteur = Persée année = éditeur = www.persee.fr consulté le = 30 mars 2013.

Autres réactions L'occupant colonial (la Résidence) va rapidement réagir en exerçant de fortes pressions sur le sultan Mohammed ben Youssef (futur roi Mohammed V), alors âgé de vingt ans et ayant succédé à son père Moulay Youssef (sultan de 1912 à 1927) deux ans et demi plus tôt, pour qu'il condamne publiquement toutes les manifestations contre le dahir.

À l'occasion de la commémoration de la fête du Mouloud, le , un message du sultan préparé par la Résidence a été lu dans les mosquées.

Réflexions sur le Dahir dit Berbère Les manifestations pacifiques propagées à travers le pays grâce à l'appel au "latif" relayé par la Pétition du 28 aout 1930 constituent la première réaction nationaliste organisée contre l’occupant et conduira la France au retrait du Dahir Berbère. Nombreux s’accordent aujourd’hui à reconnaitre que cet important épisode historique et le recul de la France a conforté les nationalistes et constitue l’acte fondateur de la prise de conscience politique qui conduira une dizaine d’années plus tard à la signature le d’une nouvelle Pétition, cette fois appelée « Manifeste de l'indépendance ». Les signataires de la pétition contre le Dahir Berbère sont les symboles des Marocains libres. Tous font partie du panthéon marocain : grands résistants avant l'heure de l'indépendance. L’abrogation du dahir dit berbère devient un thème de revendication du nationalisme dont toutes les organisations, embryonnaires dans les milieux citadins et jusque-là sans contact entre elles, vont se rapprocher. Pour la première fois sont offertes, à ceux qui se veulent conducteurs d’hommes, des masses populaires prêtes à les suivre ; en effet une atteinte à la religion est alors une idée-force capable de tirer de sa passive indifférence la population.

Controverses En 2002, Mohamed Mounib publie son ouvrage "Le Dahir berbère : le plus grand mensonge politique du Maroc contemporain", où il essaie de clarifier les dispositions de ce dahir, qui reste l'un des thèmes les plus controversés du Protectorat français au Maroc.

Notes et références

Voir aussi

Mythe kabyle

Bibliographie

Textes officiels

Ouvrages

« Le "dahir berbère" du », « La campagne contre le dahir », « Les conséquences d'une opposition victorieuse »,

Articles

Articles connexes Liste des souverains de la dynastie alaouite (depuis 1631)

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